mercredi 11 juin 2014

Allers simples pour le futur

Classées en SF jeunesse, mais écrites par Christian Grenier qui lui a donné ses lettres de noblesse, ces nouvelles ont tout des grandes. L'auteur explique ses choix, convictions et sources d'inspiration en préface, ainsi que dans une postface ajoutée à chaque texte de ce recueil paru dans la collection Autres mondes chez Mango.

Mon classement subjectif :
Le dernier des zitis (++) : belle et inquiétante fable autour de la protection de la planète - NB : une partie se passe à La Réunion, l'auteur semble inspiré, c'est la deuxième de ses nouvelles à ma connaissance dont c'est le cas
Les passagers de Décembre (+) : magnifique conte de Noël autour de la relativité
Le fils de la comète : improbable hypothèse sur l'origine de l'Homo sapiens
Les nouvelles suivantes explorent différents aspects de la virtualité et du champs des simulations : épreuves (Anna passe son bac : livre Vs numérique, un choc de cultures) jeu de combats (Tuez Jack le muché ! (-) un affrontement dans des réseaux souterrains par souvenirs interposés) relations (L'Ami fidèle : même virtuels, ils ont besoin d'alter ego)

lundi 9 juin 2014

Projet oXatan


Quatre adolescents, élevés sur Mars dans un isolement presque complet, à l'exception de mademoiselle Grâce qui veille sur eux shotgun au poing, reclus au sein d'un complexe " le Bunker " qui leur est dédié sur une île " l'Eden "ceinturée d'un marécage infesté d'alligators, entouré d'un grillage électrifié et d'une forêt gardée par des ogres à la peau bleue.
Mêlant SF, fantastique, mythologie et conte... il interroge l'ambiguïté de la relation de créateur à ses créatures et réciproquement. Je trouve peu de choses à dire, à la mesure du peu d'intérêt trouvé à ce roman jeunesse, finalement trop foisonnant, parce que Fabrice Colin y lance trop de pistes qui auraient peut être gagné à être suivies séparément.

dimanche 8 juin 2014

Les enquêtes de Phryne Fisher [2]


challenge tour du monde : AUSTRALIE


Cocaïne et tralala
Née pauvre en Australie, avant que son père n'hérite d"un titre aristocratique, Miss Phryne Fisher n'a pas froid aux yeux. Cheveux courts à la garçonne, portant le pantalon comme la robe de soirée, elle fume, boit, sait conduire et piloter, mais assume une féminité débridée et ne dédaigne pas la bagatelle. La jeune aristocrate anglaise s'ennuie un peu dans la bonne société et fait des incartades discrètes, loin de Londres. Lorsque le colonel Harper lui demande d'aller enquêter à Melbourne sur la santé chancelante de sa fille Lydia Andrews, elle ne se fait pas prier et embarque sur le premier paquebot, l'Orient. Elle ne sait pas encore tous les dangers qui l'attendent, ni que l'appel de l'aventure lui fera se découvrir une vocation de détective.
En plein coeur des années folles et des débuts de l'émancipation féminine (une amie de Phryne est une écossaise devenue médecin à force de volonté) Kerry Greenwood campe les prémisses d'un personnage récurrent attachant, intelligent, émancipé, une sorte de Miss Tupence (Agatha Christie) qui n'a pas encore trouvé son Tommy (ou sera-ce le beau danseur Sasha de Lisse que sa grand-mère, princesse russe déchue, pousse à user de sa séduction ?)
Lu le 8 juin 2014

Phryne et les anarchistes
Une déception avec ce roman où je ne retrouve pas les éléments qui m'ont plu dans le précédent volume. Enfant gâtée qui se sent tout permis et adopte deux petites filles, mère peu modèle qui vit à cent à l'heure sa vie de garçonne émancipée sans souci des convenances, jeune femme frivole qui fréquente les soirées de charité aussi bien que les docks, mais aussi donneuse d'ordres et redresseuse de torts au grand coeur qui se heurte aux pires bandits sans frémir, Phryne Fisher est plus agaçante que charismatique. J'ai cru y voir une Pénélope Green australienne et cela ne m'a pas emballée pour la suite de ses aventures.
Lu le 31 juillet 2015

samedi 7 juin 2014

Quartiers de Pamplemousses

challenge Tour du monde : Ile Maurice
 
A la façon d'un Marcel Pagnol mauricien, l'auteur raconte de petites scènes de vie rattachées à une enfance heureuse et insouciante, entre quatre frères, des oncles et tantes originaux, le couple uni de ses parents, avant que ne vienne la prise de conscience de la fragilité de son monde, dans le havre familial de Mon repos, blotti au milieu d'un champ de cannes à sucre en lisière du village de Pamplemousses.
Dans une famille riche en inventeurs et concepteurs originaux, les projets novateurs ne manquent pas (éoliennes, gramophone Vs sono, levure secrète...), qu'ils soient promis à un bel avenir, à un cuisant échec ou à un abandon spectaculaire.
Le père de l'auteur, en fervent défenseur de la couronne britannique se porte candidat aux élections, milite contre l'indépendance face à l'empire et ne se laisse pas abattre par la déveine qui entrave la mise en "musique" (en référence à une des anecdotes savoureuses de ce roman) de ses bonnes intentions. L'axe de cette chronique est constitué de la lutte pour l'indépendance des Mauriciens, hindous, musulmans, créoles et chinois, à travers le prisme d'un gamin qui en est le témoin ingénu. Cette situation politique instable cristallise des tensions latentes entre les différentes communautés. Tour à tour, sous domination française, puis britannique, Maurice connaîtra pourtant une décolonisation pacifique.

lundi 2 juin 2014

Méto

Yves Grevet, Meto l'intégrale
tome 1 : La maison
Tam-Tam - Roman Je bouquine (11-15 ans) - 2008
Méto est l'un des 64 garçons, répartis en 4 classes d'âge et par couleurs : les bleus ciel, les bleus foncés, les violets et les rouges, qui vivent dans La maison, sous la surveillance stricte de gardiens, les César numérotés de 1 à 4. Ils subissent un sévère entraînement et vivent dans la crainte du jour où devenus trop grands, ils font " craquer leur lit " selon l'expression consacrée et doivent donc quitter les lieux. Aucun ne sait très bien ce qu'il advient de leurs aînés, emportés au matin par les monstres-soldats que personne n'a le droit de regarder. Une partie des bâtiments leur est interdite et il se passe des choses bizarres dans les dortoirs quand tous sont endormis. Mais Méto est un peu plus curieux que la moyenne, ce qui lui a valu de battre le record de jours de punition dans le frigo : quatre jours, soient 96 heures à zéro degré !

L'univers clos, militarisé, de La maison ressemble assez au pensionnat où vit Anna (La révélation) avant son évasion pour retrouver les siens. Des enfants sont enlevés à leur famille pour être éduqués/brimés dans une institution dont le but est obscur, mais ils gardent des bribes de souvenirs, des sensations agréables de leur vie d'avant. L'instigateur de toute cette organisation est un certain Jove que bien peu d'enfants ont déjà rencontré, toujours les yeux bandés mais les narines assaillies par son odeur de vinaigre.
Sinon, la mise en place de cette trilogie m'évoque L'île du docteur Moreau qui se livrait en grand secret à des expériences monstrueuses.

L'avis de Walpurgis

Une partie des enfants les plus âgés se rebellent et fuient la maison, avec l'aide des serviteurs de la nuit pour rejoindre les rangs d'anciens esclaves évadés, les Oreilles coupées. L'opération tourne au carnage, tous les serviteurs et beaucoup d'enfants sont tués. Les rares survivants, dont Méto, blessé à l'abdomen, et ses amis Titus, Octavius, Marcus et Claudius sont recueillis bon gré, mal gré par la résistance.

tome 2 : L'île
L'animosité des Oreilles coupées à l'égard des nouveaux venus ne tarde pas à se faire sentir, que Nairgels leur chef s'efforce de contenir. Soigné dans l'Entre-Deux, Meto parvient à percer le secret du chaman, au péril de sa vie. A la faveur d'une traîtrise du clan des Lézards, Meto et Claudius sont repris par la Maison pour être instrumentalisés. Jove impose aux Césars que Méto suive l'entrainement des neuf garçons choisis pour mener des expéditions sur le continent. Il entrevoit la possibilité de tenir ses promesses vis-à-vis de ceux qui se sentent retenus prisonniers dans l'île.

Un certain nombre d'explications sont proposées dans ce second tome, puisque Meto est " intégré " de force à la Maison et que tout est fait pour qu'il soit perçu comme le pire des traîtres aussi bien par ses hôtes chez les Oreilles coupées, que parmi ses anciens amis, les petits et les serviteurs. Pourtant, il représente le grain de sable dans l'organisation bien huilée de Jove qui semble le protéger de la malveillance et des mesures trop drastiques des César et sous couvert d'un plan diabolique pour récupérer un ancien, échappé sur le continent, il parvient à prendre des contacts à l'extérieur de l'île et dans le quartier hautement réservé des soldats. Qui de Jove, de Romulus ou de Méto tire maintenant les ficelles ?
tome 3 : Le monde

Dommage pour les couvertures qui, je le trouve, ne donnent vraiment pas envie de lire le roman ; j'ai sélectionné celle de l'intégrale pour ma deuxième participation au challenge de la plus moche Oh my couverture !

samedi 31 mai 2014

Club Dumas


A-t-on réellement découvert un chapitre manuscrit des Trois Mousquetaires ? Et quel rapport y-a-t-il entre le chef-d'œuvre de Dumas et ces Neuf Portes du royaume des ombres, livre diabolique dont l'auteur fut brûlé l'année même de la mort de D'Artagnan ?
Telles sont les questions auxquelles Corso, chercheur de livres rares pour collectionneurs fortunés, tente de répondre en butant sur des cadavres, de Tolède à Cintra, puis chez les bouquinistes de Paris et au bord de la Loire, suivi par d'étranges sosies de Milady ou de Rochefort.
Comme il l'a fait avec Le Tableau du maître flamand, Grand Prix de Littérature policière 1993, Arturo Pérez-Reverte nous entraîne ici, avec une érudition et un brio qui laissent pantois, dans une aventure où la réalité semble n'être qu'une des versions possibles de la fiction.

Comme dans tout roman d'Arturo Perez Reverte, il existe plusieurs niveaux de lecture : l'intrigue proprement dite, souvent magistrale, à laquelle il faut se soumettre en tant que lecteur et une réflexion inhérente au sujet même de l'intrigue, à savoir dans le cas du Club Dumas, un intérêt pour l'intertextualité (relations entre les oeuvres d'auteurs appartenant à différentes époques). Le roman se situe dans l'univers des livres, incunables, autographes et autres raretés chères au coeur des bibliophiles.
Depuis des années, Lucas Corso fait figure d'expert dans ce domaine. Des libraires et autres amateurs de livres fortunés s'adressent à lui  pour qu'il déniche tel ouvrage rarissime sur lesquels ils ont des vues, ou pour authentifier tel autre opus qu'ils viennent d'acquérir à un prix prohibitif. Varco, un libraire richissime installé à Tolède, est en possession d'un des trois exemplaires rescapés d'un autodafé ayant conduit à l'exécution d'un imprimeur vénitien et à la destruction de tous volumes sortis de ses presses. Il est convaincu que l'ouvrage n'est pas totalement authentique et envoie Corso chercher des preuves auprès des deux autres propriétaires : un noble portugais désargenté qui survit en vendant au compte goutte les pièces de sa bibliothèque et une fondation ayant pour objet l'étude des textes de démonologie dont le siège est l'appartement parisien d'une vieille duchesse excentrique.

vendredi 30 mai 2014

Tissons des liens d'été 1/2

Dans chaque swap, une fois que les colis sont prêts pour l'expédition, c'est toujours avec un peu de fébrilité qu'on attend de découvrir ce que l'autre va penser de notre envoi et ce qu'il a conçu pour nous en retour, le moment tant attendu où on ouvre le colis et où on étale tous les petits paquets...
L'été en ligne de mire, Mypianocanta m'a proposé de participer de nouveau à son swap Tissons des liens et j'ai accepté avec plaisir car nous finissons par bien connaître nos goûts.

Son colis est arrivé chez moi en avance sur le départ du sien, ce qui fait que les deux sont en ce moment sur mon île, comme sait si bien le rappeler le marque page qu'elle m'a dessiné pour l'occasion " D'une île à l'autre ". Pas de lumière ce soir pour les photos, mais je n'ai pas résisté à la tentation... instant fébrile... la suite demain pour le contenu ! du mou, du dur, des livres (facile) et j'ai lu ta carte, mais quel peut être cet invité mystère ??
MERCI d'ores et déjà

Sans plus attendre, la photo du contenu :
des douceurs : thé, confiture et bonbons, bien cachée dans une trousse à secrets qui se transforme en pot à crayons
des lectures : quelques mots sympathiques sur une carte postale, 3 livres à découvrir Keegan (de ma LàL) et deux autres, Peru et Tolkien (jamais effleuré, ce sera l'occasion), des MP pour ne pas me perdre
des créations : un mandala dans les tons bleus pour me plaire et le fameux marque page
Merci beaucoup My
Ce week end j'ai emballé pour toi, il me reste à trouver le bon horaire pour la poste

Mypianocanta a écrit

j'ai reçu mon colis. Bon vous avez compris je suis contente parce qu'il est tout beau, tout mimi : des photos très vite. Merci XL !

samedi 24 mai 2014

De l'intérêt d'écouter des livres audio


L'étranger
Heureuse redécouverte du titre de Camus dont j'avais gardé un très bon sentiment global mais très peu de souvenirs de détail, comme je m'en suis rendu compte en écoutant cet enregistrement audio. Je trouve que c'est une bonne façon de se repasser un classique que de le découvrir sous un autre angle, de se laisser porter par une double voix de la narration et du lecteur intermédiaire.
Mes souvenirs de L'étranger, lu au lycée, tiennent en peu de mots : je me rappelais d'un nom Meursault, d'une forme de sourde violence et d'une impression d'étrangeté - aux hommes, dans la ville, dans sa propre vie - mais pas de toutes les étapes de ses déboires, ni de sa condamnation ; le reste, je l'ai entendu comme une presque nouveauté, portée la voix de Michael Lonsdale (j'ai lu par ailleurs qu'il existe une version enregistrée par Albert Camus lui même). J'ai aimé de nouveau, notamment la question de liberté de choix, le sentiment de non maîtrise des évènements majeurs de l'existence, d'abandon à la fatalité ou de résignation du héros.

Le roman se divise en trois : le crime, le procès, la prison.
Depuis l'enterrement de Maman jusqu'au meurtre sur la plage, la première partie suit une lente progression, un inéluctable crescendo qui prépare la scène capitale. La description par le menu des faits et gestes de Meursault le montre comme quelqu'un d'insensible, sentimentalement et émotionnellement. Peu capable d'empathie, le personnage se situe à la limite de la sociopathie.
Son incapacité à extérioriser va bien entendu le desservir lors du procès pour meurtre. Meursault ne cherche pas à expliquer, ni à excuser son geste, ni à feindre un sentiment de culpabilité. Face à l'indifférence de son client pour sa défense, l'avocat commis d'office doit consentir à baisser les bras devant le réquisitoire à charge. 
En prison, Meursault reçoit une seule fois la visite de Marie, une ancienne collègue retrouvée au lendemain de l'enterrement, devenue sa petite amie et qui lui avait soustrait une promesse de mariage. Il ne semble pas en souffrir ; seule la liberté lui manque un certain temps, puis il s'habitue. Son univers mental est assez riche en dépit des apparences.
Seulement, il refuse le secours de la religion et désespère le prêtre. Comme étranger à lui même et à son environnement, Meursault ne voit aucun intérêt au prolongement de sa vie terrestre, mais il ne se projette pas non plus dans un au-delà après la mort.
Le roman d'Albert Camus, récompensé du Prix Nobel de littérature en 1957, illustre la théorie de l'absurdité de l'existence, entre fatalité et résignation. L'irréparable aurait pu être évité, le scénario aurait pu bifurquer à tout instant, mais chaque choix fortuit de Meursault, d'où l'impression de décision délibérée reste pourtant absente, le rapproche de la chute.

mercredi 21 mai 2014

Summer Star Wars

Le désormais rituel challenge estival pendant lequel M. Lhisbei squatte un peu - si peu par ailleurs - le RSFBlog ouvrira dans un mois pile, le temps de fourbir nos PàL.
Extrait :
Voici donc l'épisode II de notre traditionnel Summer Star Wars, épisode que nous baptiserons L'attaque du Challenge cloné pour respecter la tradition. Le Challenge se tiendra du 21 juin (solstice d'été) au 23 septembre inclus (équinoxe d'automne). Trois mois pour explorer deux genres phares de la SF : le Space Opera et le Planet OPera.

dimanche 18 mai 2014

Far away

étape 2 du challenge des cinq continents, le défi est lancé : Qui découvrira l'énigme en premier grâce aux indices récoltés chaque mois (un billet par continent) ? Je m'ajoute la contrainte supplémentaire de chercher des romans ou des récits basés sur le voyage.
J'avais prévu l'Océanie, mais la BD commandée pour l'occasion est un pavé dont je préfère remettre la lecture au mois prochain pour la savourer. 

COUP DE COEUR
En attendant, je me suis trouvé une petite pépite pour l'Amérique du Nord : Far away, le périple imaginé par Maryse et Jean-François Charles et peint par Gabriele Gamberini traverse une partie du Canada (Laurentides/Québec, Trois-rivières, Montréal) et des Etats-Unis (Dakota du Sud, Rocheuses/Wyoming, jusqu'en Arizona) et fait une escale magnifique aux chutes du Niagara (Etat de New York).  
Martin Bonsoir conduit un de ces trucks qui sillonnent les longues routes désertes d'un point à l'autre de l'Amérique du Nord. Il n'est pas très liant, pourtant le hasard d'une panne en pleine tempête de neige le met en présence d'Esmé Larivière. Veuve ayant perdu son fils unique dans l'accident qui a ravi les deux vies qui lui tenaient à coeur, elle n'attend plus rien... sauf peut être cette rencontre qui lui donne le souffle pour lever les voiles. Son bagage prêt en un instant, elle décide d'accompagner Martin et son chargement jusqu'au Grand Canyon pour y relâcher Melchior, seul rescapé de trois écureuils que lui avait ramenés son mari une veille de Noël.  
Le graphisme me faisait penser à l'illustration de Cul de sac par Metter et donc je m'attendais presque à chaque page à un dérapage dramatique, mais c'est une histoire touchante et une belle leçon de vie qui attend finalement le héros de ce road movie. A la fin, l'émotion prend le pas sur le pathos, notamment grâce à la scène qui illustre la solidarité entre routiers, avec le convoi de bahuts lancés à la poursuite d'Esmé. 

vendredi 16 mai 2014

Le roman des Jardin

Alexandre Jardin, la quarantaine atteinte, livre le récit inénarrable, parfois chimérique et improbable, des aventures extraconjugales et excentriques d'une famille pas comme les autres. Ses ascendants directs, présentés sous leurs surnoms : le Nain jaune, l'Arquebuse, le Zubial, ont vécu en marginaux, tout en étant profondément intriqués dans la société civile du 20ème siècle. Leur empreinte héréditaire, mais aussi le souvenir réinventé de la saga familiale, ont marqué de romanesque le caractère de l'écrivain.

J'avais des souvenirs de la tournée de promotion de ce roman au moment de sa sortie et la présentation de certains passages m'avait fait oscillé dans le doute. Oeuvre fictionnelle à substrat historique ou témoignage autobiographique romancé, mon opinion reste indécise après avoir écouté la lecture, parfois coupée de fous rires, d'Alexandre Jardin, mais j'ai aimé tout simplement, comme production littéraire, Le [riche] roman des Jardin.

En association avec Val-aime-les-livres

Avec mon meilleur souvenir

Dans ces morceaux choisis autobiographiques, vivante illustration de l'expression brûler la chandelle par les deux bouts, Françoise Sagan égrène en un joyeux pêle-mêle les souvenirs heureux, chaleureux, sans qu'ils soient exempts de gravité, des stars qu'elle a connues et appréciées : Billie Holiday, Orson Welles, Tennessee Williams et Carson Mc Cullers, Marie Bell, Rudolf Noureev, Jean-Paul Sartre, en alternance avec des essais divertissants mêlés de réflexions profondes qui attestent de sa façon de vivre à 100 à l'heure : le jeu, la vitesse, le théâtre, l'écriture, la fête à Saint Tropez (alors encore un village)...
Tous ces portraits et histoires inoubliables sont portés par le phrasé haché de l'auteur, sa voix brève, qui parfois s'emballe. Je ne la connaissais pas auteur de théâtre, je l'ai découverte à plus d'un titre et je me réjouis de lire prochainement un titre de ma LàL : Des bleus à l'âme ou Un peu de soleil dans l'eau froide.
En association avec Val-aime-les-livres que je remercie de cette incitation

jeudi 15 mai 2014

Le menteur

Le peintre Oliver Lyon est maintenant un portraitste reconnu. Sans le sou, il a autrefois demandé en mariage la belle et sévère Everina qui l'a éconduit. Sa surprise est grande lorsqu'au cours d'un séjour dans la campagne anglaise, il la recroise chez des relations communes, mariée, mère et heureuse. Son époux, le colonel Clement Capadose, est un beau parleur fascinant, un menteur invétéré, un affabulateur pathologique. Encore amoureux, Oliver s'émeut de la souffrance que la duplicité de Capadose doit faire endurer à l'intégrité d'Everina. Manipulateur à son tour, il se met en tête de peindre le colonel et de réaliser le chef d'oeuvre qu'il présentera à l'Académie, le portrait de l'imposture qui dira tout de la psychologie de son modèle, en révèlera la hideur au monde et mettra sa femme dans l'obligation de prendre position.
J'ai vu venir le dénouement, la déconfiture attendue d'Oliver Lyon. La magie de l'écriture veut que mon empathie de lecteur soit allée au colonel et à son épouse, de la façon souhaitée par Henry James qui a choisi de les décrire estimés et appréciés dans les cercles indulgents qu'ils fréquentent. Le style me rappelle les romans de caractère d'Honoré de Balzac.

mercredi 14 mai 2014

Bleu cerise

Rohrbourg est une cité imaginaire, mais ses semblables, dont le roman décrit la réalité socio-économique suite à la démilitarisation de l'Est de la France, ont existé. Avec le départ du 79ème régiment d'artillerie hippomobile, la petite ville perd un tiers de sa population et sa principale source de revenus. Un collectif Action s'organise pour mobiliser l'opinion.
Face au désarroi du chômage, chacun réagit à sa manière. Cristof Neumann préfère le suicide à l'indignité, mais Daniel, qui croit son père incapable d'un tel geste, entend punir les "vrais" coupables. Le corps a été découvert dans une cabane du champ de manoeuvres désaffecté par Elodie Wiener, une lycéenne qui entend elle aussi connaître la vérité.
Le récit, vivant grâce au caractère déterminé d'Elodie et de la journaliste locale Claire Nuevavilla, montre les extrémités auxquelles la détresse peut conduire, mais aussi la solidarité.
Il y a un beau passage dans le roman de Lorris Murail sur les sens des couleurs : le rouge réservé au drapeau national, le vert pour le sang versé des soldats, etc. Bleu cerise par exemple, c'est le nom qu'on donne au vin dans les Corbières.

lundi 12 mai 2014

swap Tissons des liens en préparation

  • Le colis Tissons des liens sur les mois de juin/juillet/août de/avec Mypianocanta : envoi jusqu'au 31 mai, qui sera suivi d'une ou plusieurs lettres “de vacances”  (même si vous n'y êtes pas... donnez envie à votre binôme de venir vous voir par exemple). La correspondance peut se faire sous forme de cartes postales, lettres personnalisées, etc... soyez imaginatifs sur la forme afin que nous ayons quelques photos.
Contenu du colis :
- 1 livre de la WL de votre binôme OK + 1 livre que vous avez très envie de lui faire découvrir OK (en mode mystère cf. Le blog d'une berge à l'autre si My est d'accord)
- 1 MP dans les goûts de votre binôme OK + 1 qui dit quelque chose de vous OK
- des gourmandises OK et/ou une boisson avec au moins quelque chose de votre région/village (ou spécialité personnelle)
- 1 petite surprise autour de ce qu'aime votre binôme IDEE+ 1 petit truc fait main IDEE

dimanche 11 mai 2014

Le portail de l'ange

L'auteur propose, en partenariat entre Livraddict et les éditions Slatkine m'a permis de découvrir l'un des romans de Sonia  Frisco  dont le résumé m'a tentée :

L'esprit humain est aussi puissant que dangereux... et il ne faut pas toucher à tout sans savoir ce que l'on touche.
Dans un univers où toutes sortes de forces s'entremêlent, dans un labyrinthe où la plus limpide lumière provoque aussi son ombre, le petit Justin est venu au monde pour amener un sourire... puis se taire à jamais.
Tout ce qui n'est pas prédateur est-il destiné à devenir proie ?
La belle saison était revenue. Un grand renouveau avait déferlé sur la Terre Mère, en un souffle puissant et neuf, le souffle de la naissance, celui de la création, de la vie et de l'éclat.
On l'appelait Printemps. Marta l'appela Justin.
Devant l'immense tout est permis pour rester en Vie.
Dans toutes les histoires, il y a ce qu'on nous dit et il y a ce qu'on entend.

Le roman est arrivé joliment emballé, comme un cadeau, accompagné d'un petit mot et d'un marque page assorti. J'apprécie énormément l'attention, mais ce n'est pas tout, car dans le paquet se cache un précieux présent  : le partage de ce merveilleux enfant qu'est Justin.
J'ai été séduite, emportée par l'histoire de Marta, l'incroyable Marta, si puissante et si fragile. Entourée de ses deux hommes, Joss le taciturne qui ne la comprend pas toujours mais l'aime inconditionnellement et leur petit Justin, si attachant, l'enfant du miracle puisque son oncle Gustavo s'était assuré que Marta ne pourrait jamais être mère.

J'ai aimé découvrir ce roman lentement, en m'imprégnant des impressions laissées par la créativité de chacun à sa façon, Justin qui découvre le monde, Marta qui l'enchante de ses conceptions architecturales ou Ignacio son jeune frère qu'elle guide subtilement dans cette voie. Marta se lance dans tout à corps perdu, elle ne sait pas se ménager, ni se modérer. Emerveillée par sa progéniture, mais parfois désemparée, sujette à des crises de doute, Marta trouve compréhension et soutien auprès du docteur Régent et de l'institutrice Julia Andrade. Une improbable rémission lui permet même de reprendre les papiers et les crayons remisés dans le garage et de modeler son jardin et sa maison à l'image des projets merveilleusement sensibles qui habitent son esprit.
L'histoire est racontée du point de vue de l'enfant qui interprète parfois difficilement le monde des adultes en dépit de sa précocité. Il ne m'a pas échappé que les initiales des Trinidad leur donnaient des airs de sainte famille et cela a renforcé l'effet de prodige produit par les exploits secrets de Justin. Mais mon imaginaire se serait satisfait de n'avoir aucune explication rationnelle trop précise et je regrette presque que le roman ne se soit pas clos avant l'épilogue, en me laissant apporter mes propres réponses aux énigmes soulevées par l'état de Marta, l'existence de Julien, l'intérêt de Julia, etc.
Merci  pour cet Echange

RDV entre ses lecteurs et Sonia Frisco sur Livraddict le 18 Septembre 2014 21:41:16 :
Chère XL,
En voilà une belle surprise à laquelle je ne m'attendais pas, mais alors pas du tout !
J'ai aussi hâte de "découvrir ma plume en italien" ^^
Merci pour votre très belle chronique sur Le Portail de l'Ange

lundi 5 mai 2014

Histoires de Grande guerre

COUP DE COEUR
Le pire comme le meilleur se côtoient dans les listes Bibliomania : Au revoir là-haut,  d'ailleurs honoré du Goncourt de la rentrée littéraire 2013, appartient sans conteste à la seconde catégorie. Animé d'un grand souffle épique, le roman de Pierre Lemaître emprunte aux combines et aux compromissions de l'après Grande guerre pour tracer d'une écriture poignante et talentueuse, une fresque cruelle et désenchantée, subversive et amorale, misérable et réaliste.

Au revoir là-haut
Edouard/Eugène, rescapé des tranchées mais atteint par un éclat d'obus la veille de l'armistice, est une " gueule cassée ".  Il ne sera jamais plus ce jeune homme rieur, cet étudiant des Beaux-Arts rebelle... d'ailleurs, il ne veut pas retourner dans sa famille, où l'attendent une soeur aimante, Madeleine et un père despotique, Marcel Péricourt, qui ne l'a jamais compris. Albert Maillard, qui lui doit la vie, le prend en charge, lui fournissant gîte, couvert, amitié et morphine dont il est devenu dépendant durant sa convalescence. Mais le retour à la vie civile est difficile pour les soldats démobilisés : morts, ils sont des héros, vivants, ils encombrent.
A l'instigation d'Edouard, qui a repris les crayons, ils montent une escroquerie à grande échelle, pour gagner de l'argent à la faveur du devoir de mémoire envers les morts sur les champs de bataille, que chaque municipalité veut honorer à l'exemple de l'Etat à travers un monument commémoratif exaltant les valeurs patriotiques. Ils ne sont pas les seuls à saisir cet effet d'aubaine et à surfer sur les ruines du carnage. Aulnay-Pradelle, leur lieutenant lors de la prise fatale de la cote 113, est revenu du front décoré et l'ambition toujours chevillée au corps. Après une cour rapide, il a réussi à épouser Madeleine et s'est lancé dans les affaires, trafiquant sur les appels d'offre du gouvernement pour le transfert des dépouilles de soldats vers les cimetières militaires.

Vu le film adapté du roman - avec une appréhension injustifiée car il est excellent - en décembre 2017

Le sang des Valentine
 Val' une des organisatrices du Loto BD pour la catégorie Fictions réalistes a sélectionné pour moi Le sang des Valentines par Catel et De Metter chez Casterman. Une BD sur le thème de la première guerre mondiale, que j'ai hâte de découvrir car je n'ai aucune connaissance de BD sur cette période... J'ai bien tenté d'y remédier par le concours de Jérôme pour gagner Vies tranchées mais sans succès !
Première guerre mondiale, France. Geneviève, citadine de bonne famille, belle, sensible et cultivée, a épousé Augustin Dortet. Le couple vit retiré dans les Pyrénées. Une existence de recluse à la campagne et la mort de leur enfant ont déjà plongé Geneviève dans une profonde dépression quand Augustin doit rejoindre le front. Durant le conflit, il entretient une longue correspondance avec son épouse.
Une histoire de quiproquos et d'incompréhension.
Visionnaire, le trait de De Metter devance même parfois le scénario.

Amère patrie
Le tome 1 de cette BD de "Lax" Christian Lacroix met en scène deux enfants qui ne savent pas encore qu'ils vont participer à la "grande guerre" : l'un originaire du Sénégal et l'autre d'un village rural français.
Lu le 11 juillet 2012

 
Paroles de poilus
Un mélange efficace de textes tirés de sources documentaires réelles et d'images fictionnelles pour plonger au coeur du quotidien des tranchées permet de donner une vision intimiste de cette génération sacrifiée
Lu le 14 mai 2011

dimanche 4 mai 2014

Challenge Lire sous la contrainte

La 15ème session a pour thème les conjonctions de coordination, au moyen mnémotechnique bien connu : mais, ou, et, donc, or, ni, car. Les billets seront remis le 29 juin juste avant les vacances.

challenge Lire sous la contrainte
J'ai déjà quelques pistes faciles pour le ET mais je suis curieusement de voir les titres qui illustreront les autres !
dans ma PàL : Christian GRENIER  Virus L.I.V.3 ou la mort des livres
dans ma LàL : Amélie NOTHOMB  Ni d'Eve ni d'Adam
Andrea JAPP  Cinq filles, trois cadavres mais plus de volant
JP ANDREVON  C'est arrivé mais on n'en a rien su
Xavier MAUMEJAN  Car je suis légion

vendredi 2 mai 2014

Bout'd'ficelle

Les romans qui vous donnent envie d'en lire d'autres, ça ne vous est jamais arrivé ? Pour moi par exemple :
  • Sans parler du chien de Wilkie Collins n'arrête pas de citer Jérôme K. Jérôme, Trois hommes et un chien
  • Hypérion de Dan Simmons basé sur le titre éponyme de John Keats
  • Le jeu de l'ange de Carlos Luis Zafon et Les grandes espérances de Charles Dickens

Zouck

Pierre Bottero, plus connu pour ses épopées fantasy, touche par ce roman à des problématiques plus contemporaines.  Il livre un très court texte, assez peu fouillé mais poignant de sincérité, sur des problématiques et risques liées particulièrement à l'adolescence et notamment l'anorexie.

Les héroïnes Anouck et Maiwenn, deux jeunes filles en fleurs, sont les meilleures amies du monde. Pourtant, confrontées aux perturbations de leur âge, elles sont sur le point d'être frappées par un mal être face auquel leur entourage est impuissant : l'une, très jolie et mature, fait les frais d'une mauvaise rencontre sur Internet, tandis que l'autre, passionnée de danse classique, tombe dans l'ivresse de l'anorexie après avoir surpris le commentaire désobligeant d'un professeur sur sa morphologie.

Le processus insidieux de l'anorexie est parfaitement exposé : d'abord le régime, puis, devant l'ivresse ressentie par l'impression de maîtriser complètement son corps (Zouck pense qu'elle danse mieux désormais), les restrictions toujours plus nombreuses, les stratagèmes mis au point pour moins manger. Puis viennent les premiers malaises, la prise de conscience (qui ne signifie en rien la volonté de guérir) et le lent chemin vers la stabilisation.
Le second atout de ce livre est de ne jamais être moralisateur, aucun personnage ne juge Zouck, tous essaient de la comprendre et de l'aider. Elle-même, une fois que son état s'est amélioré, montre le fait que le combat contre cette maladie est quotidien. Parallèlement à son histoire, se déroule celle de son amie Maïwenn. Son histoire d'amour, qui est davantage une histoire de manipulation, presque d'abus, illustre la fragilité des adolescents.
aussi :
La chair de l'araignée (BD)
XXL

jeudi 1 mai 2014

challenge nordique : la suite

Nous étions orphelins depuis que Myiuki a délaissé le challenge Cap au Nord pour d'autres activités littéraires, merci à Bouquinette qui prend la relève jusqu'en mai 2015 avec le challenge Littérature des pays du froid son nouveau titre et son nouveau, très beau logo.
Je me suis inscrite en Viking du dimanche (10 livres lus). Les auteurs doivent être originaires des pays ou régions froid(e)s suivantes. Il y a un bonus spécial pour ceux qui couvriront la totalité des destinations à explorer :
Norvège
Finlande : Arto Paasilinna, Petits suicides entre amis
Islande : Arni Thorarinsson, Le septième fils
Danemark : Andersen
Russie : Vladimir Fedorovski, Le roman de l'Orient express
Canada : Pierre Szalowski, Le froid modifie la trajectoire des poissons, Chrystine Brouillet, Le poison dans l'eau  une aventure de Maud Graham
Pays Baltes ( Estonie,  Lettonie,  Lituanie)
Groenland : Jorn Riel, La passion secrète de Fjordur
Alaska
Suède : Maria Ernestam, Les oreilles de Buster ; Camilla Läckberg, La princesse des glaces ; Per Olov Enquist, Le cinquième hiver du magnétiseur, Fredrick Backman : Vieux, râleur et suicidaire : la vie selon Ove

Bilan du challenge Cap au Nord (inscrite en bébé inuit : 3 livres) :
SUEDE : Henning Mankell, Le cerveau de Kennedy  ; Camilla Läckberg, Cyanure
ISLANDE : Audur Ava Olafsdottir, Rosa candida
bonus en NORVEGE : Laurent Obertone, Utoya

mercredi 30 avril 2014

Un mot, des titres : PIERRE

Coeur de pierre
Comme je l'annonçais sur le forum du challenge, c'est bien le titre que je cherchais mais pas du même auteur. N'ayant pas de pierre dans ma PàL, pourtant bien lourde, j'avais été séduite par l'illustration de couverture de ce bel album autant que par le résumé. Le 15 janvier 2014
J'ai bien fait de persister car l'album Coeur de pierre répond bien aux attentes qu'il avait suscitées. C'est tarabiscoté sans être mièvre et je trouve dans les dessins d'Almanza une inspiration Jugendstil qui me plaît beaucoup. L'histoire est assez torturée et la fin plutôt sombre pour un album jeunesse. Elle confronte trois personnages illustrant des qualités de coeur qu'on retrouve associées dans des expressions : La petite fille au cœur d’artichaut aime tout le monde et plus particulièrement le garçon né avec un cœur de pierre. Elle lui offre son coeur feuille à feuille, mais lui ne sachant répondre à ses élans, les rejettent avec indifférence. Le garçon au cœur d'or aime la fillette. Il ramasse tous les petits bouts d'artichaut et le moment venu, il offre ce trésor reconstitué à la fillette mourante. Lu le 30 avril 2014
 
Pierre (bis) avec ce Coeur de pierre de Pierre Péju
En attendant, le challenge m'a de nouveau permis une belle découverte avec les personnages de Leïla (lycéenne), Schulz (SDF), Larsen (écrivain) et Juliette (actrice).
Sur une route déjà empruntée par Pirandello, Pierre Péju donne corps à un forme d'intertextualité, pleine d'intérêt et de questionnements. Les premiers chapitres montrent Schulz un homme déchu qui est sur le point d'être expulsé de sa maison et Leïla, une jeune beur qui étouffe au lycée et dans la vie à laquelle elle s'attend. Une rencontre improbable mènent ces deux êtres en souffrance sur les routes de l'Ile de France. L'objectif de Leïla est Marseille, mais le destin les arrête bien avant. Alors que Leïla est ulcérée, Mémé la noire une sorte de devineresse pleine de sagesse, lui indique un chemin... Leïla, qui comprend immédiatement que l'impensable vient de se produire, se met en quête de Larsen. Elle n'a pas l'intention de lui mâcher ses mots.
Larsen habite une curieuse maison dont la façade s'orne d'un coeur sculpté réaliste. Comme Schulz, il est en train de plier bagages car il a vendu à un promoteur qui compte bâtir un lotissement. Alors que Leïla fait son apparition dans sa vie, Juliette son épouse a disparu depuis quelque temps, suscitant la curiosité avide des villageois. Actrice en quête du rôle qui la révélera, elle aussi a accusé l'écrivain d'être sans coeur !
Un récit à clefs et à tiroirs dont j'ai aimé suivre les péripéties. C'est bien écrit, d'une simplicité apparente, mais cela soulève des questions existentielles auxquelles l'homme est exposé et ne peut qu'apporter des réponses intuitives. Qui ne s'est jamais demandé le pourquoi de tout cela ?

Le prochain mot est CHANSON, pour le 1er mars, mais pour l'instant je n'ai aucun titre en vue.
Suggestions : La grammaire est une chanson douce et La chanson de Charles Quint d'Erik Orsenna

mardi 29 avril 2014

challenge oh my, cette couverture !

C'est décalé et irrévérencieux donc irrésistible : le but est de trouver la couverture la plus kitsch et/ou la plus moche (les deux peuvent se cumuler) mais de lire le livre tout de même !
Le challenge est ouvert depuis le 15 janvier chez Cess et dure jusqu'au 15 juillet 2014.

Certains ont déjà commencé à balancer leurs souvenirs, alors je vous dit qu'il y a des perles aussi en BD et quand on parle de syndrome moussaka, j'ai des exemples qui me viennent à l'esprit !
Typiquement, j'ai toujours trouvé les couvertures du Vagabond des limbes plutôt hideuses, celle-ci en particulier, il n'empêche que je suis fan depuis toujours de la série de Godard et Ribeira.

J'ai trouvé la couverture, reste à dénicher le roman pour le lire : je n'aurais jamais cru tomber sur cette perle en explorant la bibliographie de Françoise Sagan (Le sang doré des Borgia, scénario)

dimanche 27 avril 2014

Eric-Emmanuel SCHMITT (2)


COGITO ERGO SUM... Et si la vie n'était qu'un songe ? Et si les nuages, les oiseaux, la Terre et les autres hommes n'étaient que des visions de notre esprit ? Qui n'a jamais songé que le monde n'existait qu'en, par et pour sa conscience et imaginé que les autres et le monde autour n'étaient que le fruit de son imagination ?
Dans l'impossibilité de lever le doute, il faut lire ce roman hallucinant où Eric Emmanuel Schmitt exhume les écrits d'un auteur dont le traité est allé au bout de la supposition, un texte fondateur pour les partisans de ce mouvement égocentrique extrémiste qui a pour nom Secte des égoïstes. 
Dans une salle du sous-sol de la Bibliothèque nationale, un chercheur découvre par hasard la trace d'un inconnu excentrique, Gaspard Languenhaert, qui soutint  la philosophie " égoïste "  dans les salons du XVIIIe siècle, théorie selon laquelle le monde extérieur n'a aucune réalité.
Intrigué, le chercheur abandonne ses travaux et part à la découverte d'éventuels documents sur ce singulier penseur. Mystérieusement, toutes les pistes tournent court. Conspiration ? Malédiction ? La logique devient folle. Sur les traces des disciples de Languenhaert de Paris à Amsterdam, cette enquête l'emmène au fond de lui-même, emportant le lecteur avec lui dans des vertiges hallucinants.
Lu le 11 janvier 2013

Il manquait à mon challenge Éric-Emmanuel Schmitt. La nuit de Valognes, première pièce de théâtre écrite par l'auteur, repose sur l'exploitation du mythe de Don Juan, tout en le projetant sous un jour plus contemporain. Les traits anciens empruntés à la postérité sont là, comme le fidèle Sganarelle, avec son précieux carnet, pour attester des " victoires " de son maître dans plusieurs pays d'Europe. Mais Don Juan a changé... Face au tribunal réunissant tous les modèles de femmes qu'il a bafouées, il déjoue le complot organisé par la duchesse visant à le condamner au mariage avec sa filleule et il s'en tire une fois encore, avec une pirouette qui laisse le spectateur pantois. Quelle maîtrise des idées et de l'écriture, déjà !
Lu le 27 avril 2014

samedi 26 avril 2014

Lune mauve

Pourquoi tous les romans jeune adulte me donnent-ils l'impression de se ressembler ? Une héroïne de 16 ans, des enjeux qui la dépassent et/ou une situation désespérée dont elle est la clef naïve et ignorante, deux prétendants représentant des forces antagonistes et un entourage qui n'est jamais tout à fait fiable...
Venue de Crozon en Bretagne, Séléné Savel d'Hauterive intègre le très réputé lycée parisien Darcourt. Elle est rejetée presque d'emblée par la petite communauté où la domination de sa ravissante cousine Alexia est déjà bien établie. L'arrivée d'un nouvel étudiant, le beau Lazlo, agite tout ce petit monde : sa perfection semble le destiner à Alexia, mais il joue avec elle autant qu'avec le coeur de Séléné.
L'écriture est habile et la réalité pourrait suffire à expliquer des rivalités complexes, sans même faire appel à l'imaginaire ou à la fantasy. Toujours le besoin d'en faire plus, de plonger du côté obscur de la force !
Quand l'auteur Marilou Aznar a proposé son roman en partenariat, je me souviens d'avoir été vraiment tentée, notamment par la couverture que je trouve très réussie. Maintenant, l'effet d'annonce est un peu retombé et je me sens déçue. 
== SPOILER==
La suite devrait se passer sur Viradan, le monde jumeau de la Terre, que Séléné doit rejoindre pour succéder à sa mère Iris comme messagère de la déesse lunaire Ishtar. Les couleurs de ce monde, reprises dans l'univers pictural d'Iris, donnent envie : une lune mauve, un ciel vert pâle, des prairies bleu outremer, une falaise d'un noir d'obsidienne.

vendredi 25 avril 2014

Cryptozoïque

L'écoulement du temps est le thème que partagent ces deux romans, leur autre point commun est que je ne les ai guère appréciés, pour l'un, je viens de le finir : Cryptozoïque de Brian Aldiss, pour l'autre, cela fait bien longtemps : Le monde inverti de Christopher Priest, (challenge un mot, des titres, session Monde en janvier 2012) mais depuis je n'ai rien trouvé de vraiment positif à en dire.
  1. La possibilité de voyager dans le temps, sans avoir aucune possibilité de changer le cours de l'histoire. Un artiste qui recrée des environnements, leur idéologie, l'esprit du moment. Puis vient l'idée d'inverser le cours du temps, la mort devenant une naissance, une balle retournant dans le canon du pistolet, le monde n'allant pas vers le futur mais vers le passé.
autre piste de lecture : Les évadés du précambrien (= cryptozoïque)

Les habitants de Terre ne sortent jamais au dehors. Seuls quelques élus, appartenant aux puissantes guildes, ont le droit de s'y aventurer. Que ce soient les cartographes ou ceux du rail, ils oeuvrent à faire continuellement avancer la ville, en démontant les rails sur lesquels elle avance de l'amont pour les remonter en aval le lendemain. Tous les jours, le point est fait pour situer la ville par rapport à un optimum temporel vers lequel tendent tous les efforts.
Aucun ralentissement n'est permis et il n'est bon pour personne de rester trop en arrière. Une sourde menace pèse sur les esprits, alors que le reste de la population est maintenue dans l'ignorance des faits et causes de ce cheminement perpétuel. Pourtant un jeune apprenti, futur membre des guildes, au comportement plus curieux ou plus rebelle que les autres, va perturber de ses questions l'organisation immuable et par ses prises de position mettre en danger l'ensemble du système.
J'ai trouvé le roman complexe et hermétique, même si la fin apporte une explication assez simple qui permet de comprendre la situation et que tous les indices trouvent leur place. L'image de la trajectoire hyperbolique est séduisante, mais les clefs de ce jeu intellectuel sont trop compliquées, l'incompréhension est restée la plus forte.

mardi 22 avril 2014

Ma double vie

Sociétaire turbulente de la Comédie Française (deux fois démissionnaire), critiquée pour ses excentricités, actrice, sculpteur et peintre, Sarah Bernhardt fut plus qu'une tragédienne de renom : Jean Cocteau inventa pour elle l'expression "monstre sacré". Elle croisa sur sa route Victor Hugo, Théophile Gautier, George Sand... Déterminée et très volontaire, elle parvint peu à peu, en dépit d'une santé fragile, à s’imposer par sa voix « divine » et son jeu exalté.
Dans ses mémoires publiés en 1907, elle raconte sa prime jeunesse en Bretagne, sa période mystique au couvent puis ses débuts de comédienne alors qu’elle n’a que 19 ans, son engagement pendant la guerre de 1870, la Commune, ses premières tournées, à Londres, puis à travers les États-Unis (7 mois et plus de 50 villes) ; attentive à construire sa légende, elle reste pourtant modeste dans le succès et très discrète sur sa vie privée.

Source : Bibliothèque numérique romande
Téléchargements : ePub - PDF - PDF (liseuse) - Kindle-Mobipocket - Sony Reader - word

lundi 21 avril 2014

Sang du ciel

De l'originalité conjuguée à mes centres d'intérêt m'a fait choisir ce roman : Marcello Fois est présenté comme l'équivalent sarde d'Andrea Camilleri. Or la Sardaigne est peu représentée dans la littérature et l'histoire, se déroulant à la fin du XIXème siècle, l'éloigne encore plus de nos conceptions habituelles. Les nombreuses inclusions d'expressions du dialecte local contribuent à faire de ce policier un roman du terroir, ce que l'auteur défend en soulignant des particularités insulaires par opposition aux " continentaux ".
L'enquêteur n'est pas un policier mais un avocat obstiné qui ne décroche pas de " son " affaire avant de l'avoir totalement élucidée. Poète à ses heures, il communique par rêve avec son père et ses aïeux, lorsqu'un problème l'obsède.
Filippo Tanchis, le cadet de trois frères est accusé du meurtre de Bobere Solinas. Sa tante et tutrice ne peut y croire et charge Bustianu de le sortir de prison, lequel découvre que le jeune homme est déséquilibré mais que la victime était un usurier et un indicateur. Filippo ne lui laisse pas le temps de le sauver et s'ouvre les veines. Sa connaissance de l'île, de ses habitants, de ses moeurs et des codes qui régissent la vie dans le village de Nuoro, va aider Bustianu à faire éclater la vérité.
L'atmosphère pesante est rendue encore plus oppressante par la tourmente qui souffle d'Afrique et apporte une pluie drue, épaisse et chaude qui souille de rouille les rues, les champs et abrutit les hommes et les bêtes, d'où le titre.

dimanche 20 avril 2014

Histoires de CHAOS

Le chaos en marche
Premier volet d'une trilogie signée Patrick Ness, Le bruit du couteau présente ce Nouveau Monde où tout fait bruit : les pensées des hommes, les animaux et même les choses bruissent d'une cacophonie ininterrompue. Le mal viendrait d'un virus répandu par les Spackles, les premiers habitants de ce monde et aurait causé la mort de toutes les femmes.
Todd Hewitt est le dernier garçon de Prentissville qui doit accéder à la majorité dans un mois, pour ses treize ans, au cours d'une initiation par laquelle sont déjà passés tous les habitants de la communauté. Sa mère l'a confié à Ben et Cillian pour qu'ils l'élèvent et le protègent.
Au cours d'une promenade aux limites de la ville, Todd découvre une créature dont ne filtre que du vide, aucune pensée. Il hésite devant l'inconnu, s'agit-il d'un Spackle rescapé ou d'une fille ? Viola est la seule survivante d'un vaisseau de reconnaissance mais le prédicateur du village, Aaron, bien décidé à s'emparer d'elle, nourrit de noirs desseins. Les deux enfants se lancent dans une fuite en avant, exténuante et vouée à l'échec.
J'ai moyennement aimé ce roman, pourtant entré cette année dans le classement du Baby challenge SF à un rang élevé. Il s'agit d'une sorte de roman d'aventures doublé d'une initiation, mais les rebondissements se font un peu attendre et ils passent des pages et des pages à courir presque sans manger ni dormir. C'est assez peu crédible, et encore moins les multiples réapparitions d'Aaron, horriblement défiguré mais toujours vivant, et là le registre serait plutôt l'épouvante.
Une des originalités vient du traitement graphique des sons dans les pages du roman : bruits représentés par des amas de mots juxtaposés et superposés, cris en majuscules, accents traduits par des néologismes ou des orthographes fantaisistes, une sorte de parler analphabète dont je n'ai pas saisi l'intérêt.
Lu le 20 avril 2014
 
La théorie du chaos
challenge numérique catégorie math'en mots
fractales et Poincaré sont à la base de ce roman policier de Leonard Rosen
Lu le 22 juin 2014

Edit du 7/7/17 : je ne me souviens même plus de ma lecture, heureusement il y a le blogue
extrait du résumé éditeur
La Théorie du Chaos est un plaidoyer pour la nature humaine, fondamentalement irréductible à tous les modèles mathématique, statistique ou économique dans lesquels on tente en permanence de renfermer. C'est surtout un magnifique roman d'intrigue et de suspense, d'une rare intelligence.
Avec ce premier roman salué par une critique unanime, Leonard Rosen introduit les mathématiques dans l'univers de John le Carré. Professeur à Harvard et à Bentley, il vit dans le Massachusetts et collabore au Boston Globe. La Théorie du chaos est son premier roman.

jeudi 17 avril 2014

Six appeal


Janet Evanovitch a ses fans. Je viens de découvrir les mésaventures de Stéphanie Plum dans le cadre du Baby challenge policier et j'en fais désormais partie. Autant j'ai été déçue - sur une idée assez similaire - par les Spellman de Lisa Lutz, autant les démêlés de Stéphanie avec les autres membres de la famille Plum et notamment sa grand-mère ou son cousin et patron, m'ont fait garder le sourire presque de bout en bout de ce sixième tome de la série : j'y reviendrai avec plaisir, mais il y a tellement à lire...
Tous les titres sont portés par un jeu de mots et celui-ci rend bien compte de son contenu car Stéphanie est peu farouche et cela donne lieu à quelques scènes assez torrides, avec deux beaux gosses entre lesquels son coeur balance : deux opposés, deux représentants de la loi, mais chacun d'un côté de la barrière morale, un privé et un flic conventionnel, un méchant, qui fut son mentor et exerce encore un grand ascendant sur elle et que la police officielle recherche pour meurtre et un gentil qu'elle connaît depuis l'adolescence, qui est invité dans sa famille et voudrait l'épouser.

ABC polar 2014 : lettre E
challenge numérique : chiffre 6

mercredi 16 avril 2014

De sang froid

Récit véridique d'un meurtre multiple et de ses conséquences
Inspiré par un fait divers, Truman Capote mène une enquête minutieuse. A force de détails, de témoignages, d'observations, il raconte ce qui a pu se passer dans cette nuit de novembre 1959 à Holcomb, une petite ville du Kansas. Le roman-réalité vient de naître.

Le 15 novembre 1959, quatre personnes, le père, la mère et leurs deux enfants adolescents, sont assassinés au fusil de chasse dans leur ferme située à Holcomb, dans l’ouest du Kansas. Les membres de la famille Clutter étaient appréciés dans tout le comté et rien ne semble relier les meurtriers à leurs victimes. Le crime, presque parfait car il n’existe pas non plus de mobile apparent, aurait pu rester non élucidé sans l’obstination de quelques policiers.
Le Kansas est un des états qui applique encore la peine capitale, par pendaison, et en ce début des années 60, quelques criminels jugés coupables d’homicide ont fini leurs jours dans le « coin » d’un pénitencier d’état.

On retrouve dans ce roman de Truman Capote des préoccupations proches de celles de Nell (Harper Lee), amie de l’auteur et écrivain, notamment une réflexion sur le pouvoir de justice, le droit à la défense pour tous, l’application de la peine de mort…
J'ai voulu voir également le film qui valut un oscar du meilleur premier rôle à l'acteur incarnant Truman Capote. Il dialogue de façon très intéressante avec le roman qu'il éclaire sur le métier d'écrivain, le travail journalistique et l'élaboration du roman.





50 billets, 50 états
Holcomb, KANSAS




Extrait de Wikipedia
En 1959, à Holcomb, Kansas, deux jeunes truands tuent, sans mobile apparent, quatre membres d'une famille puritaine modèle. Capote, tombant sur l'article traitant de ce crime, décide de relater cette histoire avec la plus grande précision. Pour cela, il quitte New York et part s'installer quelque temps à Holcomb, afin de recueillir le maximum d'informations sur la façon dont s'est déroulé le crime. Il recueille donc le témoignage et l'avis de la population et des autorités locales, et surtout il rencontre et interroge les assassins eux-mêmes dans leur cellule.
Capote commence par décrire le lieu du crime, une petite ville de la Bible Belt. Tous les protagonistes sont ensuite présentés, grâce aux témoignages recueillis et divers documents consultés par l'auteur. Vient ensuite la description du crime et la traque des criminels.
Le texte s'intéresse particulièrement à la psychologie des deux jeunes criminels. Capote décrit l'étrange processus qui mène de simples marginaux, rongés par une multitude de démons intérieurs, à un quadruple meurtre. Un autre sujet qui fascine l'auteur est la façon dont une petite communauté sans histoire vit une telle tragédie.
D'abord publié dans le New Yorker, en 1965, De sang-froid (1966) devient un classique de la littérature américaine du 20ème siècle. Vendu à plus de 8 millions d'exemplaires, l'ouvrage vaut à Truman Capote une immense gloire, mais le précipite également dans une dépression dont il ne sortit plus, touché à jamais par sa rencontre avec Perry Smith, l'un des deux assassins, et dans lequel il se reconnut tel qu'il aurait été, s'il n'avait pas décidé d'être écrivain.

vendredi 11 avril 2014

Soie

étape 1 du challenge des cinq continents (avec une énigme finale)
Les inscriptions sont closes, le défi est lancé, un billet par continent : Qui découvrira l'énigme en premier grâce aux indices récoltés chaque mois ? Je m'ajoute la contrainte supplémentaire de chercher des romans ou des récits basés sur le voyage.

Je poursuis le voyage vers la Chine avec deux albums autobiographiques de l'illustrateur québécois Guy Delisle : Shenzhen (2001) et Pyongyang (2003) où il raconte ses expériences dans des studios d'animation. J'ai lu récemment Chroniques birmanes (2007) qui relate un séjour d'une année à Rangoon avec son épouse, expatriée de Médecins Sans Frontières et leur fils nouveau-né.
Quatre ans plus tard paraît Chroniques de Jérusalem qui relate l'année 2008-2009 passée par la famille en Israël, et qui lui vaut le prix du meilleur album : Angoulême - Fauve d'or - 2012

Du meilleur au moins bon à mon avis :
A Pyongyang (Corée du Nord) où il passe deux mois comme superviseur dans un studio d'animation, Guy Delisle relit 1984 de George Orwell, ce qui lui permet de mettre en résonance ce qu'il constate de la vie des Nord-Coréens. Très critique et acerbe, l'album montre le confinement dans lequel sont maintenus les étrangers et l'impossibilité de toute confrontation réelle avec la population. Avec un humour grinçant, il rend compte du mélange de propagande et d'idolâtrie dont  la première dynastie communiste au monde fait l'objet : Kim-II-Sung et son digne héritier en dictature Kim-Jong-II ont une manière "incontestable" d'entretenir le culte de la personnalité et d'étouffer dans l'oeuf toute opposition. 

Shenzhen (Chine)

Myanmar 
J'en avais lu le plus grand bien tant dans le cadre du challenge PàL sèche que de celui Carnets de voyage. Est-ce pour cela qu'il s'est finalement révélé une déception ? Je m'attendais certainement à quelque chose de plus consistant et j'ai finalement trouvé le tout assez nombriliste et superficiel, avec des problématiques occidentales et une vie de père au foyer guère émaillée d'épisodes intéressants, sauf le séjour dans un établissement bouddhiste (oh zut, panne de clim' ou il n'y a plus de cornflakes au magasin du coin ou comment je pourrais bien me faire parrainer pour profiter de la piscine du club australien...)
Il y est assez peu question des conditions de vie de la population birmane, alors que c'est un privilège de pouvoir vivre plusieurs mois dans un pays tellement difficile à pénétrer ; d'un autre côté, si tout ce qui est écrit ou dessiné risque d'être retenu contre les protagonistes locaux, je peux comprendre. Il y a encore deux autres de ses précédents recueils au CDI, donc je vais pouvoir vérifier si les conditions de censure du pays ont influencé l'écriture du reportage. J'aurais aimé aussi plus de scènes aussi fouillées que les deux dessins de camions de pompiers japonais des années 40.
Lu le 11 février 2014

jeudi 10 avril 2014

Les diamants de l'hiver

Annette Byrne est la matriarche d'une famille aisée comme il en existe trop : la vie devrait leur sourire mais ses deux fils se sont brouillés à la suite d'une grave faute professionnelle, ses deux petites filles vivent des situations de couple compliquées... Elle décide d'user d'un subterfuge pour réunir tout le monde dans sa magnifique propriété à quelques heures de New York. L'occasion pour tous de se réconcilier pense-t-elle, sans imaginer que le pire sera évité de justesse lors de ce week end de décembre.
J'ai suivi le roman de Belva Plain en livre audio, un bon passe temps, même si la fin est sans surprise, qui m'a tenu toute une semaine de trajet en voiture : c'est intéressant, car la vie de chaque membre de la famille est évoquée tour à tour et j'avais envie d'entendre la suite, mais je ne l'aurais jamais lu " en vrai " car c'est un roman qui déborde de bons sentiments (les "Mon Dieu" et "Seigneur" abondent et à la longue le ton de la lectrice pour le dire m'horripilait) et n'apporte pas grand chose en définitive.

lundi 7 avril 2014

Un été indien

I remember my Grandpa, 1943, est la première nouvelle connue (avant la redécouverte de La traversée de l'été) de Truman Capote
Bobby se souvient de l'année où il a quitté, désespéré, son grand-père et la ferme familiale où avaient grandi et travaillé plusieurs générations. Son père a décidé d'aller s'installer de l'autre côté des montagnes Allegheny, afin d'accéder à une meilleure vie en ville et d'envoyer son fils à l'école. La grand-mère n'a pas survécu au choc de leur départ et est décédée le lendemain. Le grand-père a résisté huit années supplémentaires sans cesser de penser un seul jour à son petit-fils. En dépit de leur "secret" et de sa promesse, le gamin n'a pas écrit à l'aïeul chaque semaine et avec ses parents, ils ne sont jamais retournés sur leurs terres, laissées en fermage. Bobby comprend avec le recul la richesse de cet héritage humain légué par le vieil homme à la veille de leur séparation. Cette déchirure est marquée par le passage abrupt du flamboiement de l'été indien aux premières neiges d'un hiver précoce qui précipite leur départ en voiture.

Truman Capote, dont j'apprécie le style et la pertinence tant dans ses nouvelles Petit déjeuner chez Tiffany que, et même plus encore, dans son roman De sang froid, livre à son habitude une réflexion pleine d'égards et un témoignage aigu des mutations de l'Amérique profonde au mitan du XXème siècle.






50 billets, 50 états
VIRGINIE OCCIDENTALE

dimanche 6 avril 2014

Une nuit à Rome

Raphaël, presque quarantenaire, vit en couple avec Sophia. Elle lui a organisé une fête surprise avec tous ses amis avant le week end qu'ils doivent passer dans la belle famille. Une vieille cassette VHS arrivée par la poste remet tout en question : dans la tête de Raphaël, les certitudes n'ont plus leur place face aux images de la nuit de ses 20 ans en compagnie du rire de Marie.
L'album démarre sur une note dramatique qui plombe d'emblée toute la suite de l'histoire : on attend à chaque page tournée, le désastre imminent, mais l'auteur sait mener l'intrigue et son lecteur vers l'abîme. En dépit de cette ambiance oppressante, les planches sont aériennes, légères, lumineuses et forment un étrange contraste. Les explications sont livrées dans la genèse du scénario qui ajoute un contrepoint intéressant.

Des pistes sont lancées, certains personnages secondaires forcent l'intérêt, comme cette veuve italienne qui ne veut pas survivre à la disparition de son conjoint...
Lu le 9 octobre 2012
C'est un dyptique (argh) dont j'attends la suite impatiemment : elle est en cours, voir le blog de l'album

Les premières pages du second volet (tant attendu, enfin paru) montre l'incertitude des retrouvailles, puis bascule lentement dans la folle nuit de leurs 40 ans entre noce russe et palace romain, la fuite de Marie au petit matin laissant Raphaël aussi démuni que 20 ans plus tôt. Elle est restée une gamine capricieuse, voire pire, une femme fragile et déséquilibrée à la limite du point de rupture. Pourtant, lui qui devrait la fuir doublement, ne semble pas avoir tiré les leçons du passé, ni celles du présent. Je me demande s'il n'y aura pas un troisième volet, car l'alchimie entre Marie et Raphaël jette le trouble sur tout ce qu'ils vivent ensemble. D'autre part, des réponses manquent (par exemple la veuve est presque absente de cet album), Damien le compagnon de Marie accepte trop facilement sa défaite et Sophia, plus longue au pardon, pourrait bien être la dupe de nouveau, bien que mère et épouse...

On doit à Jim/Téhy le scénario de Fées et tendres automates.

Post du 11/04 : Tiens qu'est-ce que je disais... pas plus tard qu'aujourd'hui !  
Nuit à Rome 3 et 4
Hier, j'ai écrit quelques idées, quelques premiers bouts de scènes qui viennent, pour le début de Nuit à Rome 3. Je connais la dernière case de l'album. Je vois très grossièrement de quoi j'ai envie de parler. Ça s'apparente à de la sculpture, une sorte de forme sans forme actuellement, et va falloir sculpter, pétrir tout ça. J'ai un an, un an et demi pour écrire. C'est ça, le vrai luxe. Noter les idées quand elles viennent. Ça donne l'impression de ne jamais travailler…
Je vous en reparlerai probablement… :-)
dimanche 6 avril 2014

samedi 5 avril 2014

Le contraire de un

challenge des nombres : UN
Deux n'est pas le double mais le contraire de un, de sa solitude.
Ma deuxième tentative d'approche d'Erri de Luca ne m'a pas convaincue davantage que la première (Montedidio Femina - Etranger - 2002), je le regrette car j'ai le sentiment de passer à côté de l'auteur qui recueille tant de critiques favorables, j'en attendais peut être trop de ses origines napolitaines et du sujet de ses nouvelles.
Les textes sollicitent la vue, l'ouïe, l'odorat, autant que les souvenirs, parfois biaisés comme les délires fiévreux provoqués par la malaria, mais au final je n'ai pas ressenti d'engouement, ni de rejet, juste une vague incompréhension mitigée d'ennui.

mardi 1 avril 2014

Destins

Nouvelle saga au long cours sur le thème du Choix, la série orchestrée par Frank Giroud associe un nouveau duo scénariste/dessinateur à chaque tome. le lecteur aura la possibilité de découvrir toutes les vies d'Ellen au fil des 14 tomes dévoilant 5 destins parallèles selon les choix faits par la protagoniste principale, avec en filigrane, la question suivante : quelle influence nos choix ont-ils sur notre destin ? Un ultime album terminera toutes ces lignes de vie et apportera un épilogue surprenant.

tome 1 : Le hold-up - Giroud - Durand
Ellen Baker a commis un erreur de jeunesse en accompagnant Greg dans un casse qui a mal tourné, faisant trois victimes : le jeune homme, le vigile et une mère de famille. Les enregistrements ne permettent pas de la reconnaître et elle laisse accuser à sa place, Jane la compagne de Greg connue pour ses activités militantes. 
Ellen s'est racheté une conduite en s'engageant dans l'humanitaire et dix-sept ans après, épouse et mère comblée, elle est devenue "la madone des assoiffés" une personnalité en vue dans le monde des ONG. Mais après une séparation amère, l'époux de Jane, qui lui avait servi d'alibi, se rétracte et l'envoie sur la chaise électrique. Ellen est face à un choix crucial : dans l'une ou l'autre alternative, sa moralité est mise en porte à faux
Lu le 30 janvier 2014

les tomes 8-9-10-12 suivent le fil rouge de l'histoire de Frank Giroud illustrée et scénarisée par des duos d'auteurs et de dessinateurs : lorsqu'elle apprend le procès et la condamnation de Jane pour le hold up sanglant qu'elle a commis à 22 ans avec Greg, Ellen Cluster née Baker se dénonce et encourt la peine capitale dans l'Etat du Texas où elle est née avant de tout quitter pour l'Irlande et de finir par s'installer à Londres où elle travaille pour une ONG qui se bat pour l'accès de tous à l'eau potable, la WAFA

les tomes 6-7-11-13 suivent le fil bleu, Ellen ne se dénonce pas et elle part pour l'Afrique avec son convoi humanitaire, ce schéma réserve beaucoup plus de surprise que le précédent, ce qui est intéressant c'est de retrouver des points de convergence entre les deux destins
J'ai hâte de lire la suite et fin, tomes 13 et 14 où se rejoignent les deux fils