« À quoi penses-tu ? Comment te sens-tu ? Qui es-tu ? Que nous
sommes-nous fait l’un à l’autre ? Qu’est-ce qui nous attend ? Autant de
questions qui, je suppose, surplombent tous les mariages, tels des
nuages menaçants. »
Les apparences comme l'a écrit Fan2polar qui en a proposé la LC est un titre trop transparent en français par rapport à l'original Gone girl. Il attire l'attention sur leur côté trompeur et dès lors la lecture est d'emblée faussée.
Offert par Magicienned'Oz à l'issue du challenge Chacun son époque
Dans une première partie, les jours défilent dans le journal des faits et gestes de Nick depuis la disparition de sa femme Amy le jour de leur cinquième anniversaire de mariage. Les apparences sont celles d'une lutte à leur domicile. Amy avait l'habitude d'organiser une chasse au trésor autour d'évènements et de lieux emblématiques de l'année écoulée, pour guider son mari jusqu'à son cadeau. Au fur et à mesure du décompte, les indices apparaissent et l'aura de culpabilité qui se dessine autour de Nick provoque le revirement des enquêteurs, des beaux-parents, de l'opinion publique. Ceux qui au départ avaient soutenu le mari, comme victime collatérale, commencent à pointer du doigt ses manquements, son absence d'émotivité, sa perte de crédibilité.
Dans une deuxième partie, Amy vit par procuration le plaisir d'avoir organisé sa disparition et programmé dans le moindre détail la chute progressive mais irrémédiable de son mari.
Dans un troisième partie, elle fait une réapparition théâtrale et vient savourer sa victoire pleine et entière sur Nick.
Amy est une manipulatrice machiavélique, une redoutable perverse narcissique, une mante religieuse schizophrène. Sous les apparences de la plus grande douceur, la fille cool que chaque homme rêve de rencontrer et d'épouser, est devenue une femme au foyer désenchantée, aigrie et désoeuvrée. Si l'épatante Amy est le sujet d'une série à succès qui a fait
la fortune de ses parents, celle qui se rêvait l'héroïne d'un roman
d'amour perpétuel prépare
minutieusement sa vengeance contre l'amoureux séduisant qui n'a pas su le rester.
L'histoire est glauque, tortueuse, malsaine mais m'a semblé moins pénible à lire que Sur ma peau ; sans doute parce que n'ayant pu m'identifier ni à l'un ni à l'autre des protagonistes, je me suis sentie moins impliquée. Le roman dissèque les ressorts psychologiques qui ont amené une petite fille chérie, enfant unique adorée d'un couple fusionnel, en un monstre assoiffé de marques d'amour. J'ai le regret que certaines pistes se révèlent des impasses et ne soient pas exploitées comme les relations incestueuses.

Sur ma peau de Gillian Flynn
Originaire de Wind Gap mais peu enthousiaste à l'idée de retourner sur les lieux de son enfance, Camille Preak, une jeune journaliste prometteuse, est envoyée par son rédacteur en chef pour dénicher le scoop avant tous les journaux à grand tirage : une petite fille a disparu. Déjà, l'été dernier, une enfant modèle avait été sauvagement assassinée...
Un lourd secret enfoui depuis des années remonte à la surface alors qu'elle enquête sur les deux meurtres pour tenter de trouver un lien. Adolescente, Camille a vécu dans une souffrance qu'elle n'a pu exprimer, mais tout son corps témoigne de la tragédie... Sitôt adulte, elle a préféré fuir. Il est pourtant grand temps d'affronter les démons de son passé si elle tient à découvrir la vérité.
Gillian Flynn propose une histoire de relation mère-fille destructrice. L'horreur de bout en bout, mais le pire est qu'elle m'a paru plausible jusque dans ses excès. Je l'ai lue au bord de la nausée, sans pouvoir m'empêcher de continuer, car je voulais savoir si Camille réussirait à s'échapper une bonne fois pour toutes.
Lu le 21 décembre 2015


