jeudi 23 février 2017

Gillian Flynn [2]

« À quoi penses-tu ? Comment te sens-tu ? Qui es-tu ? Que nous sommes-nous fait l’un à l’autre ? Qu’est-ce qui nous attend ? Autant de questions qui, je suppose, surplombent tous les mariages, tels des nuages menaçants. »
Les apparences comme l'a écrit Fan2polar qui en a proposé la LC est un titre trop transparent en français par rapport à l'original Gone girl. Il attire l'attention sur leur côté trompeur et dès lors la lecture est d'emblée faussée.
Offert par Magicienned'Oz à l'issue du challenge Chacun son époque

Dans une première partie, les jours défilent dans le journal des faits et gestes de Nick depuis la disparition de sa femme Amy le jour de leur cinquième anniversaire de mariage. Les apparences sont celles d'une lutte à leur domicile. Amy avait l'habitude d'organiser une chasse au trésor autour d'évènements et de lieux emblématiques de l'année écoulée, pour guider son mari jusqu'à son cadeau. Au fur et à mesure du décompte, les indices apparaissent et l'aura de culpabilité qui se dessine autour de Nick provoque le revirement des enquêteurs, des beaux-parents, de l'opinion publique. Ceux qui au départ avaient soutenu le mari, comme victime collatérale, commencent à pointer du doigt ses manquements, son absence d'émotivité, sa perte de crédibilité.

== ATTENTION SPOILER ==

Dans une deuxième partie, Amy vit par procuration le plaisir d'avoir organisé sa disparition et programmé dans le moindre détail la chute progressive mais irrémédiable de son mari.
Dans un troisième partie, elle fait une réapparition théâtrale et vient savourer sa victoire pleine et entière sur Nick.
Amy est une manipulatrice machiavélique, une redoutable perverse narcissique, une mante religieuse schizophrène. Sous les apparences de la plus grande douceur, la fille cool que chaque homme rêve de rencontrer et d'épouser, est devenue une femme au foyer désenchantée, aigrie et désoeuvrée. Si l'épatante Amy est le sujet d'une série à succès qui a fait la fortune de ses parents, celle qui se rêvait l'héroïne d'un roman d'amour perpétuel prépare minutieusement sa vengeance contre l'amoureux séduisant qui n'a pas su le rester.
L'histoire est glauque, tortueuse, malsaine mais m'a semblé moins pénible à lire que Sur ma peau ; sans doute parce que n'ayant pu m'identifier ni à l'un ni à l'autre des protagonistes, je me suis sentie moins impliquée. Le roman dissèque les ressorts psychologiques qui ont amené une petite fille chérie, enfant unique adorée d'un couple fusionnel, en un monstre assoiffé de marques d'amour. J'ai le regret que certaines pistes se révèlent des impasses et ne soient pas exploitées comme les relations incestueuses.

***
50 états, 50 billets
MISSOURI


Sur ma peau de Gillian Flynn
Originaire de Wind Gap mais peu enthousiaste à l'idée de retourner sur les lieux de son enfance, Camille Preak, une jeune journaliste prometteuse, est envoyée par son rédacteur en chef pour dénicher le scoop avant tous les journaux à grand tirage  : une petite fille a disparu. Déjà, l'été dernier, une enfant modèle avait été sauvagement assassinée...
Un lourd secret enfoui depuis des années remonte à la surface alors qu'elle enquête sur les deux meurtres pour tenter de trouver un lien. Adolescente, Camille a vécu dans une souffrance qu'elle n'a pu exprimer, mais tout son corps témoigne de la tragédie...  Sitôt adulte, elle a préféré fuir. Il est pourtant grand temps d'affronter les démons de son passé si elle tient à découvrir la vérité.

Gillian Flynn propose une histoire de relation mère-fille destructrice. L'horreur de bout en bout, mais le pire est qu'elle m'a paru plausible jusque dans ses excès. Je l'ai lue au bord de la nausée, sans pouvoir m'empêcher de continuer, car je voulais savoir si Camille réussirait à s'échapper une bonne fois pour toutes.

Lu le 21 décembre 2015

50 états, 50 billets
Wind Gap, MISSOURI

samedi 18 février 2017

challenge des 4AS : les nouveaux défis

Défi des 4 as de Licorne pour l' EQUIPE JOKER
DEFI PRINCIPAL : 1 - Le diable chuchotait de Miyuki Miyabe  LU
OPTION : 2 - Un employé modèle de Paul Cleave  LU
OPTION : 4 - Rhinocéros d'Eugène Ionesco  LU

Session 2
DEFI PRINCIPAL : 4 - Les Pousse-pierres T1 et Les ombres de Torino T2 d'Arnaud Duval  LUS
OPTION : 1 - Patrick Modiano  MIS EN SCENE
OPTION : 2 - Le livre des Baltimore de Joël Dicker  LU

 Voilà les 4 défis des deux premiers mois. ATTENTION DEPART LE 1 MARS ... PAS AVANT ...

DEFI 1 : Lire un livre d’un auteur que vous connaissez déjà, en même temps que votre avis ou chronique, nous indiquer le(s)quel(s) de ces romans vous avez préféré :  5 PT
DEFI 2 : Honneur au printemps - Faites nous un petit poème de 4 lignes sur votre fleur préférée ou sur une ambiance printanière ( plus si vous êtes inspiré) : 4 PT
DEFI 3 : Lire un lire dont le titre contient au moins 3 lettres contenus dans le  mot PRINTEMPS : 3 PT
DEFI 4 : Lire le tome d’une série, n’importe quel tome ! : 2 PT


(Choix des défis jusqu'au 15 mars)
défi 1 : Claire Keegan qui j'apprécie beaucoup, soit
défi 3 : pour toutes les lettres, le choix entre
 défi 4 : l'occasion de commencer enfin la saga

lundi 6 février 2017

Le livre des Baltimore

Il est aussi prenant que La vérité sur l'affaire Harry Québert et utilise un peu les mêmes schémas de construction, avec un drame annoncé et ses prémisses, tandis que des allers-retours montrent les résonances entre passé et présent. Je ne m'en suis pas sentie lasse, parce que l'intrigue est beaucoup plus riche, étoffée et complexe. Il y a cependant certains passages qui m'ont gênée car ils m'ont laissé une impression d'incohérence entre les deux romans, notamment concernant la jeunesse de Goldman et les relations de " Marcus chéri " avec sa mère.
Le livre des Baltimore revient sur une période antérieur de sa vie, avant qu'il ne devienne le grand écrivain. Après Harry, son professeur à l'influence considérable, le roman livre plusieurs autres personnalités qui ont forgé ce qu'il est devenu : la famille de son oncle Saul de Baltimore et le complexe d'infériorité des Montclair, Alexandra son amour de jeunesse par qui le malheur est arrivé au sein du gang des Goldman.
Il a également en commun avec La vérité...  les réflexions autour du travail d'écriture, par l'entremise de ce gentil voisin, auteur amateur qui ne comprend pas que Marcus en plein période créative, ne "fasse" apparemment rien de ses journées.

Ce qui est drôle c'est que je l'ai lu en entendant la voix du narrateur choisi pour le livre audio, preuve sans doute qu'il fut bien choisi !

mercredi 1 février 2017

La famille Middlestein

Au moment où j'ai été percutée par le film La fille de Brest qui retrace le combat du docteur Irène Frachon pour faire reconnaître la dangerosité et interdire la commercialisation du Mediator, je lis le roman de Jami Attenberg questionnant la responsabilité collective de sons entourage quant à l'obésité morbide d'Edie Middelstein, la matriarche.
L'histoire, servie avec une juste dose de légèreté, d'humour, de réflexion et d'autodérision, pourrait n'être que celle d'américains moyens ordinaires, voire celle d'une famille juive de Chicago sur quatre générations, si l'auteur n'offrait au lecteur un peu plus que ça, retraçant l'installation d'une nouvelle communauté d'exilés d'Europe de l'Est dans la banlieue d'une grande ville nord-américaine et s'interrogeant sur la judéité aujourd'hui à travers la relation de ses personnages à la religion.
Par surprise, sans m'en rendre compte, j'ai fini par m'attacher aux personnages, y compris ceux qui sont montrés comme les plus antipathiques. Si le doute survient en travers de leur route, la rédemption n'est refusée à aucun.
Edie enfant était grosse à l'image de sa mère qui n'a jamais su lui refuser la moindre nourriture. Son père laissait faire. Adulte, elle est obèse et ses proches s'alarment des conséquences de son addiction sur sa santé. Alors que ses petits-enfants, les jumeaux Josh et Emily s'apprêtent à entrer dans l'âge adulte, c'est l'heure des remises en cause pour toute la famille.
Richard son mari, a préféré fuir à la veille de son opération vasculaire, la première en préfiguration d'une longue série si elle ne se reprend pas ; il espère de la vie une ultime parcelle de bonheur auprès d'une femme qu'il ne lui faille pas combattre au quotidien.
Rachelle sa bru a mis un place un programme diététique draconien qu'elle applique à sa famille à défaut de pouvoir l'imposer à sa belle-mère. Avec Benny, elle forme un couple solide en dépit de leur mariage précipité suite à la faute de jeunesse qui les a rendu parents ; ils ne dédaignent pas un petit joint en commun de temps en temps.
Robin sa fille a dû revenir passer ses week ends à la maison, après une dizaine d'années d'éloignement, pour veiller sur sa mère. Adolescente, elle a décidé du jour au lendemain, à la suite d'un drame, de maigrir pour changer d'image, mais elle boit plus que de raison. Daniel partage ses verres et serait prêt à plus si elle le lui demande.
Enfin la lumière de ce roman vient sur le tard, comme dans la vie d'Edie, avec Kenneth ce vieux Chinois épris de bonne cuisine qui veut la soigner par le mal qui la dévore, en lui concoctant avec amour de bons et sains petits plats.
Lu le 4 décembre 2016

à lire dans la même veine : XXL de Julia Bell (proche par le sujet) ; Eleanor Rigby de Douglas Coupland (proche par le style)

L'avis de journal d'une lectrice :
Nous suivons la vie d'Edie depuis ses cinq ans (Edie, 28 kilos) jusqu'à la vieille femme malade (Edie, 150 kilos), en passant par l'adolescente déjà trop grosse (Edie, 92 kilos) et la jeune femme déprimée par la mort de sa mère (Edie, 72 kilos) ou la jeune mère qui semble étouffer dans sa famille (Edie, 112 kilos). Plus Edie grossit, plus sa santé se dégrade, moins elle semble s'en préoccuper, et plus la famille va mal. Et même si tout est raconté sur un ton vaguement burlesque, on ne peut que se sentir extrêmement mal à l'aise face à cette femme qui est réduite à son poids et semble se suicider en direct.