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mardi 25 février 2020

Pierre Pelot [3]

Roman de gare me laisse un (dé)goût d'inachevé et pourtant, la nouvelle est mon genre préféré. Le style est une effroyable logorrhée. Quant au sens du texte, je penche par bienveillance pour du second degré fantasmatique, à savoir les pensées chaotiques d'un doux dingue juste échappé de l'asile (allusion du texte à une sortie d'hôpital) qui " tue " son temps au café de la gare... plutôt que de passer à l'acte. Dire que Pierre Pelot écrit aussi des choses aussi belles que Les étoiles ensevelies. Avec une production aussi massive (215 titres à ce jour sur Babelio) c'est délicat de réussir à toucher son lecteur à coup sûr.

 
Sous le vent du monde, en collaboration avec le paléontologue Yves Coppens (le "père" de Lucy) attend dans ma PàL, j'espère être moins déçue.
Dans le premier volume, nous sommes en Afrique, voici 1,7 millions d'années: Nî-éi, une jeune femme Homo Rudolfensis rejetée par sa tribu, entreprend un voyage et va rencontrer Moh'hr, Homo habilis. Ils feront un bout de chemin ensemble, apprendront à se comprendre en inventant le langage.

Les étoiles ensevelies
J'ai choisi un peu au hasard en section jeunesse Les étoiles ensevelies de Pierre Pelot pour découvrir une autre facette de cet auteur très prolifique (voir Une fille au sourire fragile). Sous ce titre, je m'attendais plutôt à lire du space opera dans le cadre du SSW du RSFBlog... Aucunement ! Je reste très contente d'avoir eu la main heureuse pour cette première. Il s'agit en effet d'un très beau texte initiatique sur une aventure humaine entre un petit garçon et un étranger sans domicile ni papiers. Vendredi matin, Ludo part avec son cartable sur le dos, mais il n'a pas l'intention d'aller à l'école. Il a pris toutes ses économies (32 francs) pour acheter un nouvel âne et rendre plus facile à sa mère la corvée d'eau en bas de la colline. Il fait froid, c'est l'automne, il est tard et le brouillard tombe, il s'est aventuré trop loin de chez lui et il s'apprête à passer la nuit dans une cabane rudimentaire lorsqu'il aperçoit Antonio qui se cache des rares voitures passant sur la route défoncée. Travailleur clandestin saturé de mauvais traitements, Antonio repart à la chaleur de son rude pays, l'Andalousie. Quand il croise la route de Ludo, son premier réflexe est la fuite, pour éviter les ennuis qui ne manqueront pas d'arriver s'il reste avec le gamin. Pourtant, de la rencontre va naître une belle histoire de confiance, de solidarité et d'amitié, mais aussi de séparation dont l'enfant sort grandi. Certaines scènes, comme le copeux petit déjeuner dans l'auberge, sont très simples et pourtant émouvantes. Le titre - magique - prend tout son sens avec une histoire racontée par Antonio, qui résume sa quête et qu'il transmet comme message d'espoir à Ludo : les étoiles ensevelies sont ces étoiles filantes qui brillent aussi intensément que soudainement avant de disparaître : il convient de faire un voeu quand on les aperçoit. Elles sont venues se cacher sous terre et il appartient à chacun de trouver la sienne pour que son voeu se réalise.
Epilogue : l'âne tant convoité finit par être trouvé et ramené à la maison.
Lu le 17 juillet 2015


Une jeune fille au sourire fragile
Catherine Tolviac se sent bien vivante mais Jean Michel son compagnon est persuadé qu'elle est morte assassinée dans un village des Vosges où elle faisait retraite pour finir l'écriture d'un scénario. Elle a eu un an auparavant un gravissime accident de la route qui l'a laissée dans le coma. Mathilde Bihrlinger est bien morte au volant de sa voiture mais Aline sa soeur est convaincue du contraire. Catherine et Aline auraient pu ne jamais se rencontrer si l'une, ayant décidé de revenir sur les lieux de ses premières colonies de vacances n'avait loué un étage de sa maison à l'autre.
Le livre est classé fantastique mais seul l'épilogue l'est vraiment. Pour le reste du roman, les apparences ont des accents de vérité quotidienne seulement perturbés par certains passages plus allusifs qui sèment le trouble. Vous aurez compris que son auteur Pierre Pelot signe un embrouillamini d'où le lecteur lui-même ne sort pas indemne. Deux femmes Alice/Aline et Cathie/Kate/Mathilde interagissent dans un certain état de confusion mentale limite psychiatrique. Du titre à son raccourci il n'y qu'un pas, sans doute voulu Une jeune fille fragile.
Lu le 17 juin 2015 dans le cadre du challenge un mot, des titres * FILLE *

mercredi 24 juillet 2019

Laurent Gaudé [3]

COUP DE COEUR
Eldorado de Laurent Gaudé
Autour d'une saison ETE : titre en jaune
challenge des thés : Bleu - Europe
Je trouve ce titre particulièrement adapté à une lecture dans le cadre de ce challenge qui nous lance, depuis plusieurs années, à la rencontre de tous les continents. En effet, il se déroule en Italie, en Sicile plus précisément et à Lampedusa, une des îles éoliennes située sur la route des nombreux passeurs de migrants clandestins. La frégate Zeffiro est chargée d'intercepter les bateaux en situation irrégulière mais aussi, le plus souvent de sauver les passagers abandonnés à leur sort. Le regard sur le rapport Nord-Sud est renforcé par la confrontation entre deux destins inverses. Un jeune Soudanais, Souleiman tente la traversée dans l'espoir d'offrir une vie meilleure à la deuxième génération de ses descendants. A la suite de deux rencontres, le commandant Salvatore Piracci est profondément bousculé dans ses convictions. Faut-il voir un signe dans son prénom qui signifie " Sauveur " ? La figure de Massambalo, protecteur tutélaire des migrants apporte une touche fantastique, sans être superfétatoire, à l'ensemble du roman.


Le soleil des Scorta
Mon long refus d'aborder ce roman de Laurent Gaudé tient d'une part à un malentendu, d'autre part à une relative déception à la lecture de La porte des enfers dont le billet est toujours dans les brouillons. J'ai adoré cette immersion dans l'Italie très rurale des Pouilles au siècle dernier, la beauté brute des descriptions de paysages et les fulgurances de bonheur saisies par des gens simples.
 Jean Giono Jury 2004
 Goncourt Général 2004
La chronique de Montepuccio, à travers celle de la famille Scorta Mascalzone, illustre la versatilité et l'ambiguïté abrupte des habitants. Après avoir lapidé le fondateur de la lignée, un vaurien prénommé Luciano, ils sont prêt à idolâtrer son fils bâtard Rocco qui règne par la terreur dans la région, avant de prendre parti pour ses descendants déshérités, Domenico, Giuseppe et Carmella contre le curé de la paroisse. Avec leur frère d'adoption Raffaele, les Scorta ont reconquis à force de volonté et de sueur, une relative aisance matérielle. Mais leur fierté d'exister tient en un secret jalousement gardé, transmis à un seul membre, de génération en génération.
L'histoire chronologique d'une famille hors du commun marquée du sceau de l'opprobre et de la folie, est entrecoupée d'un long monologue de Carmella : sortie de son mutisme car sentant venir un Alzheimer, elle confie au nouveau et rude curé un message et unique héritage immatériel, destiné à sa petite-fille Anna quand elle sera en âge de recueillir les confidences de l'aïeule.
Lu le 21 janvier 2016

La porte des enfers
 

vendredi 28 décembre 2018

L'auteur du mois...

Voyage en Islande sous la plume d'Arnaldur Indridason. NB : les islandais n'ont pas de patronyme, ils sont fils de (-son) ou fille de (-dotir). 
Les enquêtes du commissaire Erlendur Sveinsson [3]
Chaque histoire est l'occasion de dénoncer certains faits de société et notamment les violences faites aux femmes. En tant que policier, Erlendur est sans pitié, mais en tant qu'auteur également, la position d'Indridason est ferme. Il donne un vision dure, non édulcorée de son île, en proie aux démons de son passé, mais aussi aux problèmes liés à la mondialisation de l'économie.
Un challenge organisé par RizDeuxZz qui me permet de compléter la bibliographie d'Arnaldur Indridason [4] avec un emprunt en bibliothèque : ils n'avaient pas la suite logique, La voix, donc j'ai pris Etranges rivages.

J'ai préféré ce tome à tous les précédents mettant en scène Erlendur car il n'y fait pas figure de commissaire. Plus centré sur son passé, c'est une enquête sans en être une. Son idée fixe, rechercher la vérité sur les disparitions, est au centre de l'histoire. Eprouvant de temps à autre le besoin de se retirer loin de Reykjavic, il part errer sur la lande où il dort à la belle étoile ou bien dans les ruines abandonnées de la ferme autrefois occupée par ses parents. Il s'interroge sur sa responsabilité dans la perte de son frère cadet au cours d'une terrible tempête. En parallèle, il recherche les derniers contemporains d'une jeune femme portée disparue simultanément à tout un régiment de soldats britanniques heureusement rescapés pour la plupart. Loin de ses enquêtes habituelles, mais pas de ses préoccupations ni de ses manières, Etranges rivages livre quelques secrets du passé. De façon très collatérale, il découvre deux meurtres insoupçonnés survenus plusieurs dizaines d'années auparavant. 

* * *

La cité des jarres est le premier tome étonnant d'une série. Vient ensuite La femme en vert. Je ne le savais pas mais heureusement je préfère avoir commencé dans l'ordre chronologique.
La cité des jarres
Un meurtre a été commis dans un quartier de Reykjavik construit sur pilotis à l'emplacement d'un ancien marais. Holberg, la victime, a été assassiné avec un cendrier dans son salon. Etrangement, le meurtrier a laissé sur le corps un papier indiquant « je suis Lui ». L'intuition de l'inspecteur Erlendur, policier aux méthodes très personnelles, le pousse à chercher le mobile du crime dans le passé d'Holberg. Contre toute attente, l'enquête le conduit jusqu'au centre d'étude du génome, laboratoire de recherches sur le patrimoine génétique islandais.  
Lu le 27 juillet 2009_
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La femme en vert
Reykjavik prend de l'ampleur et s'étend sur les pentes de collines autrefois réservées aux résidences d'été et aux camps militaires. Dans un nouveau quartier en construction, des ossements indubitablement humains sont découverts dans le talus d'un chantier.
Dans ce second tome, l'inspecteur Erlendur continue à se débattre avec ses problèmes familiaux, une ex-épouse acariâtre qui refuse de lui adresser la parole depuis le divorce, un fils indifférent et une fille junkie et enceinte, qui l'appelle à l'aide mais le fuit.
Lu le 23 novembre 2011

La voix 

L'homme du lac
A la suite des tremblements de terre d'Islande en juin 2000, le lac de Kleifarvatn se vide peu à peu. Une hydrologue chargée de mesurer le niveau de l'eau découvre sur le fond asséché un squelette lesté par un émetteur radio portant des inscriptions en caractères cyrilliques à demi effacés. Qui est donc l'homme du lac ? Erlendur et son équipe se voient chargés de l'affaire qui les amène à se déplacer dans le pays, pour le plaisir du lecteur qui apprend à découvrir un peu plus de l'Irlande et des Islandais à chaque nouvelle enquête. Elle les entraîne également hors des frontières, avec le programme d'échanges de jeunes communistes prometteurs avec certaines universités réputées de RDA sous contrôle de la police politique. Dans le contexte de la guerre froide et de la révolte populaire hongroise, le roman interroge, sans s'appesantir, la position islandaise dans les relations internationales. Par ailleurs, le climat familial d'Erlendur ne s'est pas allégé, entre ses deux enfants qui lui reprochent son divorce et conséquemment leur abandon : sa fille Eva Lind vit une histoire d'amour-haine avec lui, tandis que son fils Sindri Snaër, très proche de sa soeur, reste plutôt indifférent à son père.
Lu le 22 novembre 2017
* * *
Hors série
Betty vit avec Tozzi (Tomas Ottosson Zoëga), un armateur islandais qui a assis sa fortune sur les quotas de pêche. La jeune femme, très attachée au luxe qui l'entoure, a décidé de se débarrasser de lui avant qu'il ne révise son testament. Elle l'a convaincu d'embaucher un juriste spécialisé en droit maritime européen dont elle devient la maîtresse. La souricière pour deux personnes est tendue... dans l'attente de ses proies.

Les Diaboliques en version islandaise, Betty diffère un peu des autres romans écrits par Arnaldur Indridasson ; l'inspecteur Erlendur Sveinsson n'y fait d'ailleurs son apparition que par une courte allusion. Plus centré sur l'étude psychologique d'un personnage, il laisse peu de place aux évocations de l'Islande (sociale, économique...) qui habituellement m'intéressent. Mais l'auteur s'y révèle toujours aussi habile à maintenir l'intérêt. Le point pivotant du livre, au chapitre 18, est remarquablement imprévu !

Je ne regrette pas de m'être laissée convaincre par les commentaires élogieux d'Avenael et Philisine, des co-participantes au challenge nordique : Islande
Lu le 22 juin 2012

mardi 25 septembre 2018

Elise Fischer [2]

Les alliances de cristal par FischerLes alliances de cristal
J'ai reçu en cadeau un exemplaire dédicacé par l'auteur.
Comme mon premier roman d'Elise Fischer (ci-dessous) plusieurs générations, des Vosges à la capitale de la Lorraine, dessinent le l'histoire d'une famille et traversent deux guerres et les séquelles d'une première défaite devant l'Allemagne. J'ai choisi ce titre car j'aime particulièrement l'Art nouveau et le travail du cristal et ce roman montre bien la passion ayant habité les artistes/artisans qui ont pleinement déployé leur savoir faire aux moments des grandes expositions universelles.
Matthieu Thuillier est l'enfant d'un homme qui n'a pas su choisir entre deux femmes, les a rendues également insatisfaites et malheureuses, les a conduites à la folie pour l'une et à la mort pour toutes les deux. Il ne reprendra pas l'entreprise paternelle car sa vocation l'attire vers le travail de la pâte de verre, mais il suivra l'exemple des amours contrariées. Du début du siècle à son épilogue en 1969, le roman permet de parcourir le processus d'innovation aux côtés d'Emile Gallé et ses contemporains, la montée en puissance de la concurrence, avec les ateliers Daum et Lalique, puis la crise de l'Art nouveau, art bourgeois et la révolution esthétique de l'art moderne...

Extrait : Dans le four rougeoyant, le mélange de sable et de chaux entre en fusion. Par quel miracle, au bout de la canne du souffleur, le verre fondu devient-il un vase, une coupe, un objet d'art ? Tous les jours, après l'école, Matthieu Thuillier s'émerveille de ce spectacle magique. Il sait déjà que sa vocation, son métier, sa passion sont là, dans la pénombre de l'atelier de verrerie. [...]


Grâce à son goût inné et à son ingéniosité, Matthieu va devenir un maître, l'égal des meilleurs créateurs de l'école de l'Art nouveau. Mais il y a la guerre qui menace et, plus encore, la révolution esthétique des modernes qui s'annonce...
Le talent de Mathieu me semble fortement inspiré par les recherches d'Emile Gallé dont l'illustration de couverture des éditions Pocket est le portrait par Victor Prouvé (vers 1892-1893) exposé au Musée de l'Ecole de Nancy ; ci-contre, un autre portrait par Louis Hestaux.

 *  *  *
Trois reines pour une couronne
En Lorraine, le destin de trois femmes de caractère : Adèle, sa fille Charlotte, et Louise, sa petite-fille. Au-delà des liens du sang qui les unissent, elles partagent la même passion pour la fabrication de la bière, cette boisson couleur de l'or. Filles ou petites-filles de brasseurs tonneliers, elles travaillent dans l'ombre des hommes et contribuent à l'essor de la célèbre brasserie de Champigneulles, près de Nancy.
Elise Fischer retrace un siècle de l'histoire relative à cette toute petite partie de la vallée de la Meurthe située à 4 km de Nancy en direction de Metz fondée sur l'essor de la brasserie.
Lu le 15 octobre 2013

En une superbe fresque historique et trois générations de femmes, élues tout à tour miss Reine des bières : Adèle la sage, Charlotte la rebelle et Louise l'affranchie, l'auteur parcourt le destin troublé mais fertile de cette partie de la France à travers celui de deux familles aussi étroitement liées qu'impossibles à rapprocher, les Thouvenelle, famille de brasseurs et les d'Auzécourt, des notables nancéiens.
Le portrait de ces femmes courageuses, qui n'ont pas réellement connu la "Belle époque" contrairement à ce que laisserait entendre la couverture, est fort et émouvant, comme la vie pour laquelle elles se sont battues. Paradoxalement, ce roman montre une forme d'émancipation féminine, en parallèle à l'asservissement de l'humain à l'industrie puis au capital.

1798-1997, c'est aussi la célébration du centenaire d'une bière portée par la vision d'un homme, le père de la Reine des bières, le concepteur des futures Grandes brasseries de Champigneulles, qui sut profiter de l'annexion de l'Alsace pour se développer et racheter toutes les petites brasseries de l'Est et du Nord de la France avant de se heurter à la zone d'influence de l'autre géante d'Alsace, remise de l'occupation et de l'interdiction d'exporter, la Hatt (Kronenbourg) avant que les deux ne tombent dans l'escarcelle de BSN (Gervais Danone).

Chose plutôt rare, j'ai apprécié ce roman historique, sans doute parce que je connais bien la région, mais aussi parce que les éléments du réel s'insèrent sans lourdeur dans la trame romanesque. On vit l'évolution de la vie dans une campagne en cours d'industrialisation au rythme de trois générations, avec les progrès et les espoirs, mais aussi les difficultés. Comment imaginer aujourd'hui la peur et le désastre suggéré par la venue imminente d'un orage, cela m'a rappelé un passage des souvenirs de Laura Ingalls Wilder, l'auteur de la petite maison dans la prairie, quand les intempéries ruinent les attentes des familles de colons.


jeudi 27 juillet 2017

Claire Keegan [2]

A travers les champs bleus / Walk the blue fields
Tout d'abord, lorsque je tiens un volume de l'éditeur Sabine Wespieser dans les mains, je suis sûre de deux choses : la sobriété de l'objet, format, texture, typographie, sans défaut, ensuite la garantie d'une oeuvre de qualité car les auteurs publiés sont minutieusement choisis.
Les textes de Claire Keegan plongent dans une atmosphère qui rappelle celle du siècle dernier, pourtant elles sont contemporaines. L'écriture est juste, limpide, sans artifice de langage, mais la langue est belle, travaillée jusqu'à la simplicité, évocatrice. La narration se passe de sentiments ; elle repose plutôt sur l'évocation des faits de telle manière qu'ils montrent les rapports régissant de toute éternité la vie des hommes : labeur, convoitise, filiation, transmission. Il s'en dégage une sorte de fatalisme immémorial. 
J'ai déjà lu Les trois lumières (2011) et si j'ai dû me séparer du roman - emprunté - j'ai acheté rapidement ses deux autres titres traduits : L'antarctique (2010) et celui qui fait l'objet de ce challenge.
Indubitablement, les nouvelles de ce recueil creusent la même veine où rudesse paysanne et mutisme des sentiments se côtoient sans parvenir à se rencontrer. Une petite dose de Claire Keegan suffit à produire l'enchantement de la lecture, pourtant la force des tensions qui traversent le récit montrent que sous les apparences de " bon voisinage " les évènements sont souvent dramatiques.
La mort lente et douloureuse (résidence /vengeance d'artiste) Le cadeau d'adieu (inceste, exil) A travers les champs bleus (la force d'une vocation) Chevaux noirs (rupture) La fille du forestier (talent de conteuse) Près du bord de l'eau (Texas, convenances) Renoncement (vie rangée, le brigadier volage) La nuit des sorbiers (une femme libre)

Extrait d'interview par La ruelle bleue
J’écris du point de vue des personnages que je mets en scène dans une histoire donnée et j’écris tout ce qu’il est nécessaire à ces personnages et à cette histoire pour exister. J’oublie alors que je suis un écrivain. Je deviens quelqu’un d’autre : je suis Martha [ndlr : in La fille du forestier], ou la femme sur l’île d’Achille [ndlr : in La mort lente et douloureuse], ou l’homme saoul dans « Chevaux noirs », ou bien encore l’homme qui dort au côté de la femme dans « La nuit des sorbiers »…  J’essaie de ne jamais prendre parti non plus. Mon travail, c’est d’imaginer ces personnages, leurs vies, de les animer. J’essaie juste d’écrire ce qui leur arrive.[...] Je pense que la narration doit nécessairement rester sur un mode suggestif et ne jamais s’aventurer sur la terre ferme des assertions. C’est essentiel afin d’ouvrir tout le champ des possibles. L’affirmation annihile tout. Si vous êtes catégorique quand vous écrivez, alors vous n’offrez pas au lecteur la possibilité du contraire et le privez ainsi d’une tension indispensable à fertiliser l’imagination. Ainsi, si une chose est vraie, alors son contraire peut l’être aussi. C’est la fameuse théorie de l’iceberg… Je pense en effet que le genre de la nouvelle est un genre qui fait la part belle à la suggestion. Et c’est justement toute la complexité de la chose ! »

Les trois lumières
Le titre, rencontré plus d'une fois sur vos blogues, m'avaient intriguée. Le challenge de Calypso me donne l'occasion de découvrir ce très court texte de Claire Keegan inscrit dans ma LàL.
Une petite fille à l'âge indéterminé (sans doute moins d'une dizaine d'années) est l'héroïne de cette histoire. Elle est l'aînée d'une fratrie apparemment déjà trop nombreuse. Sa mère, de nouveau enceinte, est débordée et l'argent manque, même si le père ne veut pas l'admettre. La fillette est laissée aux soins d'un couple sans enfant, apparenté au côté maternel. Peu affectueux, son père la conduit sur place mais ne s'attarde pas. Les Kinsella se montrent immédiatement attentifs à procurer à la petite un environnement chaleureux et la traitent comme leur fille. Au bout de quelques mois, à l'annonce de la rentrée, alors qu'il faut bien faire retour à la maison, c'est un déchirement.
Il y a énormément de non-dits dans ce texte qui méritera une nouvelle lecture dans quelque temps. Je suis sûre d'être passée à côté de certaines choses. Très factuel, allusif et plein de pudeur, il évoque des sentiments qui se montrent mais ne se disent pas. La détresse de cette enfant qui a trouvé des parents adoptifs selon son coeur mais doit leur être arrachée et réciproquement est au coeur du roman.
Lu le 15 juillet 2013

dimanche 5 juin 2016

Chacun son époque : occupation et résistance

Pour ce mois du challenge Chacun son époque, je présente deux romans étrangers, dont l'un en cours de lecture et l'autre lu récemment. Le premier est une biographie romancée à partir de la vie d'un personnage réel ayant combattu sous l'occupation allemande, dans les territoires annexés de l'Est de la France. Le précédent est est une fiction dramatique à base historique, qui se situe en Autriche juste avant et au début de l'Anschluss.

Résumé éditeur :
Le terroriste noir est une fiction construite autour de la véritable histoire, aussi méconnue qu’extraordinaire, d’Addi Bâ, un jeune Guinéen né vers 1916, adopté en France à l’âge de 13 ans, et qui, devenu soldat pendant la Seconde Guerre, est affecté dans le 12e régiment des tirailleurs sénégalais.
Capturé après la bataille de la Meuse, Addi s’évade, erre dans les forêts, avant d’être recueilli par le maire du village de Romaincourt. Élégant et mystérieux, à la fois austère et charmeur, il y fera sensation, mais ce n’est qu’un début : en 1942, il entre en contact avec la Résistance et crée le premier maquis des Vosges. Les Allemands le surnomment « le terroriste noir ». Qui a trahi Addi Bâ ? Une de ses nombreuses amantes ? Un collabo professionnel ? Ou tout simplement la rivalité opposant les Tergoresse et les Rapenne, deux familles aux haines séculaires ?

Vrai faux tirailleur sénégalais, Addi Bâ, enfant peul originaire de Guinée française, a été adopté à 12 ans par une famille de Langeais. Engagé dans la bataille de la Meuse, il se retrouve après la défaite, à errer dans la forêt vosgienne, à demi mort de faim et de froid. Il est caché et protégé par des villageois dont le roman explore la gamme des réactions envers ce nègre, déserteur, évadé ou résistant, héros, selon les avis.
La narratrice n'est qu'une jeune fille à l'époque des faits. Elle raconte ses souvenirs vieux de 60 ans dans un français mâtiné de patois vosgien (je reconnais des expressions entendues dans l'enfance : la Mâmiche, la Pinéguette qui donne une impression d'authenticité au récit). Elle a côtoyé Addi Bâ lorsqu'il venait chez ses parents, écouter Radio-Londres, prendre ses repas et faire laver son linge. Ses sentiments envers le tirailleur sont ambigus, comme ceux d'autres femmes de son entourage : Yolande, Huguette, Germaine, autant de victimes de la séduction du jeune homme.
Différents aspects du monde rural sous l'occupation sont exploités à travers le roman, la survie et la défiance, les trahisons et délations, les combines et la vie qui continue...

L'auteur Tierno Monénembo s'est servi de sources authentiques pour construire les bases de cette biographie romancée, Aujourd'hui, la vraie vie d'Addi Bâ est assez bien documentée. Ce combattant de la France libre n’a reçu la médaille de la Résistance qu’en 2003, soit 60 ans après son exécution.

* * *
Le tabac Tresniek - Der Trafikant
Je  remercie Livraddict et les éditions Folio (n°6079-parution en février 2016) de m'avoir permis de découvrir ce roman de Robert Seethaler traduit de l'allemand (Autriche) par Élisabeth Landes. Je serais curieuse de connaître l'origine du titre original.

Vienne, été 1937
On pourrait dire que le jeune Franzl Huchel descend de sa montagne pour connaître la grande ville. Mais ce serait réducteur. Venu d'une région rurale et minière, Le Salzkammergut, Franz découvre à dix-sept ans, le commerce de détail du tabac sous la férule bienveillante d'Otto Tresniek, la douceur de vivre dans la capitale et les difficultés de l'amour, juste avant que l'Autriche ne bascule dans l'Anschluss.
Tresniek, une ancienne connaissance de sa mère, l'accueille comme un fils et l'élève comme un père : homme d'une grande érudition, il lui impose la lecture approfondie de la presse quotidienne et lui enseigne les subtilités de la fabrication et de la conservation des cigares. Rescapé des tranchées de la première guerre mondiale mais revenu unijambiste, il est pensionné d'Etat, ce qui lui a valu sa charge de buraliste.
A force d'insistance, Franz se lie également avec un client régulier de la boutique, le vieux docteur Sigmund Freud, à la veille de son exil forcé vers l'Angleterre et l'interroge inlassablement sur le sens à donner à son existence.

« Alors comment se fait-il que tout le monde tombe amoureux partout, à tout bout de champ?
– Jeune homme, dit Freud en marquant un temps d’arrêt, on n’a pas besoin de comprendre l’eau pour y plonger tête la première. »
Entouré de figures paternelles qui lui ont manqué - sa mère l'a élevé seule avec l'aide financière d'un notable qui l'entretenait - Franz fait l'apprentissage de la vie, de l'amour et de la mort. A la suite d'une rencontre de hasard au parc d'attractions le Prater, Franz est tombé amoureux d'une jeune effeuilleuse originaire de Bohême, Anezka, qui le séduit puis s'échappe, le rejoint puis le repousse. 
Il désespère de rien comprendre à l'amour. Mais il comprend de mieux en mieux les hommes et ce qui l'entoure ne lui échappe pas. Alors qu'au bureau de tabac, classes populaires et bourgeoisie juive cohabitaient sans problème, les lois raciales imposées par l'Allemagne commencent à clairsemer les rangs des acheteurs. Le boucher accuse le buraliste de servir les Juifs ; la vitrine est souillée une nuit, puis brisée. 
Ce roman retrace une période noire de la Vienne des années 30, pourtant le désespoir se masque derrière l'enracinement intellectuel dans les valeurs morales et l'extrême politesse bourgeoise tient lieu d'ultime rempart contre la grossièreté de l'âme.

C'est assurément un roman d'apprentissage qui m'a beaucoup fait penser au Candide de Voltaire. Franz est le jeune homme naïf amoureux de Cunégonde. A l'inverse, Anezka ne lui est pas inaccessible en raison de sa fortune, mais elle lui échappe néanmoins à cause de sa naissance qui la conduit à se vendre pour s'assurer une existence oisive et sans entrave. Pangloss serait le docteur Freud qui lui décrypte le monde et éveille son esprit à la philosophie (ici la psychanalyse). Il ne manque pas même l'épisode du tremblement de terre de Lisbonne incarné par le raz de marée nazi sur les provinces revendiquées par la Grande Allemagne. " Il faut cultiver son jardin " : dans un geste dont il ne maîtrise ni la portée pour les passants, ni l'acte de résistance qu'il va finir par incarner, Franz affiche le secret de ses rêves chaque matin sur la vitrine du bureau de tabac. 
J'avais suspendu ma lecture à une quinzaine de pages de la fin, sur une note qui me convenait bien... Franz est venu en secret accompagner le départ du vieux docteur : depuis le quai de la gare il regarde avec désespoir s'éloigner le wagon qui emporte son maître à penser. Le livre aurait pu rester longtemps dans ma mémoire, sur une version divergente de celle décidée par l'auteur ! Peut-être d'ailleurs ne m'en serais-je jamais aperçue sans ce partenariat qui m'a fait aller au bout des derniers feuillets.
Lu le 17 avril 2016

mardi 3 mai 2016

Chacun son époque : occupation et résistance

challenge Chacun son époque : témoignage, essai, autobiographique

L'écriture ou la vie
Déporté à Buchenwald, Jorge Semprun est libéré par les troupes de Patton, le 11 avril 1945. L'étudiant du lycée Henri lV, le lauréat du concours général de philosophie, le jeune poète qui connaît déjà tous les intellectuels parisiens découvre à Buchenwald ce qui n'est pas donné à ceux qui n'ont pas connu les camps : vivre sa mort. Un temps, il va croire qu'on peut exorciser la mort par l'écriture. Mais écrire renvoie à la mort.
Dans ce tourbillon de la mémoire, mille scènes, mille histoires rendent ce livre sur la mort extrêmement vivant. Semprun aurait pu se contenter d'écrire des souvenirs, ou un document. Mais il a composé une œuvre d'art, où l'on n'oublie jamais que Weimar, la petite ville de Goethe, n'est qu'à quelques pas de Buchenwald.

Sommaire :
1. le regard : le kaddish / la ligne blanche / le lieutenant Rosenfeld / la trompette de Louis Armstrong
2. le pouvoir d'écrire : le parapluie de Bakounine
3. le jour de la mort de Primo Levi : ô saisons, ô châteaux / retour à Weimar

tout ce que j'ai aimé dans ce texte :
l'écriture de Jorge Semprun, sensible et réflexive, non ostentatoire et pleine de richesse,
la qualité narrative, l'auteur s'adresse à de multiples reprises directement à son lecteur, il donne l'impression d'un aparté avec chacun de nous,
l'érudition et la culture qui jamais ne désarment, et l'impression qu'en plein coeur du camp, au delà de la survie physique, les prisonniers de droit commun continuent à défendre leurs convictions et à s'inspirer des poètes,
le témoignage, non sur ce qui fut, mais sur ce que furent les hommes, même si les passages dans le camp montrent l'horreur de leur condition, les meilleurs moments concernent la fraternité et la solidarité, depuis l'anonyme qui le sauva en notant stucateur ou lieu d'étudiant sur sa fiche d'enregistrement, à la façon dont les prisonniers parviennent à s'allier pour rester des hommes libres de penser
le travail de mémoire, sous une autre approche, il ne subsiste pas de haine dans ses propos mais une tentative de comprendre le Mal absolu, les anecdotes les plus terribles prennent vie par les mots mais leur pouvoir de nuisance a été absorbé par l'écriture
la force vive de cet homme qui parvient au creux de sa souffrance à analyser avec une sorte de détachement et à partager ses réflexions sur l'existence, l'écriture, l'engagement politique, etc
une très belle expérience de lecture comme j'en fais peu car je ne vais pas spontanément vers ce style d'ouvrages par peur de les trouver rébarbatifs, j'ai noté de me procurer un autre de ses titres.

mardi 29 mars 2016

Mr Vertigo

Enfant prodige par la force du dressage cruel imposé par Monsieur Yehudi, Walt connaît une heure de gloire aussi incandescente que brève.
"Tu ne vaux pas mieux qu'un animal. Si tu restes où tu es, tu seras mort avant la fin de l'hiver. Si tu viens avec moi, je t'apprendrai à voler." 
Repéré et recueilli à neuf ans auprès d'oncle et tante qui ne s'en soucient guère, Walt est formé durant trois dures années seulement éclairées par la présence bienveillante de Maman Sioux et d'Esope, un jeune noir, éduqué à devenir un savant et intégrer une des plus prestigieuses universités.
Puis vient le premier et exaltant résultat de milliers d'heures d'entraînement. Désormais sous les encouragements de son maître, Walt monte sur scène - ou plutôt "s'élève" sur scène à douze ans, pour un public de petites villes. Le succès grandit, la célébrité suit et leur tournée devient prestigieuse : l'étape ultime, la consécration, doit se produire à New York !
Pourtant, le phénomène incroyable que Walt parvient à maîtriser lui cause de terribles effets secondaires. L'explication est hélas sans appel. Son cas est doublement rarissime car l'approche de la puberté le frappe d'incapacité à exercer son " art ". Il préfère renoncer à l'opération, radicale mais incertaine, qui pourrait lui permettre de continuer et envisage une reconversion professionnelle.
Avec M. Yehudi, il prend donc la direction de l'Ouest avec le pécule amassé lors de leurs représentations, pour tenter une carrière à Hollywood... Mais l'oncle de Walt, envieux, mauvais comme une teigne et armé des pires intentions, se trouve sur leur route pour la seconde fois, fatale. Le destin de Walt bascule de nouveau... mais ce n'est pas la dernière fois d'une vie riche en rebondissements, de grandes fortunes en immenses désastres : il se refait, rechute, repart de zéro...

Bonus 50 états 50 billets car les deux personnages principaux ont traversé les Etats Unis de part en part à plusieurs reprises,
KANSAS, CALIFORNIE, ILLINOIS, NEW JERSEY
même s'ils ont fait halte dans des bases plus ou moins stables à Wichita et pour Walt à Chicago.

Je vous laisse découvrir ce magnifique roman sans en dévoiler toutes les péripéties. Je voulais lire la Trilogie new yorkaise de l'écrivain. J'ai opté pour ce roman inscrit au challenge Livraddict et je ne le regrette pas, car le titre seul ne m'aurait pas attirée. J'aime l'écriture enchantée de ce roman d'initiation et de désespérance. L'Amérique de Paul Auster est comparée à celle, violente et misérable, sauvage et naïve, de Mark Twain ou de Steinbeck : l'Amérique des années vingt et trente, du Ku Klux Klan et du jazz, des gangsters et du cinéma.

lundi 30 novembre 2015

Le facteur 119


118 facteurs pour une IA parfaite, telle est la formule du professeur Ellyard McComb, cybernéticien de génie. Lorsqu'il découvre que ses créations ont été détournées de leur but premier par Henri Havensborn, son patron sans scrupule, il doit lui aussi faire une entorse à son procédé. Il parvient à modifier, dans leur programmation, le facteur surnuméraire, pour sauver un peuple entier de l'extermination, prenant tous les risques jusqu’à mettre sa propre existence, ainsi que celle des Intelligences artificielles qu’il a créées, en péril.

 J'avais très envie de lire Le facteur 119 depuis sa sortie. Je remercie Livraddict et Voy'[el] pour ce partenariat qui m'en donne l'occasion. La lecture sur écran ne m'a pas du tout entravée tant j'avais hâte de connaître la suite et là les pages se tournaient comme des vraies !

L'environnement crée par Lydie Blaizot est un univers-monde : une confédération où coexistent plusieurs espèces, vivantes ou disparues, un complexe géopolitique gouverné par les ingérences et les intérêts divergents des uns et des autres.
Les Bellosiens, pacifistes en avance de plusieurs siècles trahis par une autre espèce, ne laissent qu'un navire stellaire géant, de la taille d'une ville et gouverné par une IA qui va tenter de comprendre le génocide de " son " peuple et imaginer une vengeance à la mesure de ses formidables pouvoirs technologiques.
Les Médroviens sont les méchants de l'histoire. Expansionnistes, ils projettent depuis longtemps de conquérir l'empire voisin des Loraniens. Ils possèdent de gros moyens d'action et sont prêts à toutes les traîtrises :  utilisation des querelles intestines de leurs victimes, détournement des IA commandées pour contrer leur menace, guerre bactériologique. Leur bras armé est le chef de la police secrète, Keyrl Hoden installé comme ambassadeur dans la confédération.
Ellyard McComb et son oncle Donovan, un trafiquant au grand coeur, vont s'opposer à leurs sombres desseins. Ils sont accompagnés par Karl, un majordome cyborg et de 4 IA de sa conception : Gabrielle (militaire) Tyler (informaticien)  Ethan (médecin) et William (comte et membre de la confédération). En dépit du caractère artificiel des personnages principaux, l'humain est au coeur des questionnements qui sous-tendent le roman, car chacun fait preuve de personnalité et de caractère.

Tirées des cuves de croissance de manière précipitée, jetées dans la bataille avant la fin de leur cycle d'apprentissage, les IA évoluent au fil de l'histoire. " Nées " adultes et surpuissantes, elles continuent à progresser dans leurs apprentissages et montrent leur capacité d'adaptation, notamment pour ne pas heurter les humains. Elles s'interrogent sur leur absence de besoins vitaux : sommeil, nourriture, etc, mais aussi sur les sentiments qu'elles ressentent envers leur créateur et les êtres qu'il leur a donné pour mission de protéger.
De même, les humains sont gagnés par la sympathie qu'ils éprouvent pour ces " créatures " : l'adolescent partagé entre admiration, amour et méfiance, l'homme bouleversé par une attirance contre nature, la femme entravée par ses sentiments envers la copie conforme mais subtilement différente de son mari, l'homme mûr qui n'accepte pas la réplique en plus parfaite de son neveu... tous les degrés d'acceptation sont représentés parmi ceux qui les côtoient : le rejet, le mépris, la crainte.

L'action est très présente au coeur du roman, les IA n'ont guère de répit dès leur venue au monde. Hyperadaptées, elles réagissent au quart de tour et semblent exemptes d'erreurs de jugement. Pourtant, dans les moments de répit, elles sont capables d'éprouver la beauté, l'attachement, la tristesse, la colère, la peur de la perte... ce qui les rend très humaines, fragiles en dépit de leur perfection physique évidente. Elles m'ont évoqué les androïdes en fuite de Blade Runner : même si elles ont trouvé une terre d'accueil provisoire sur Ridhmir, en vivant cachées parmi la population ignorante de leur existence. On peut supposer une suite moins favorable si elles devenaient trop nombreuses ou trop visibles.
Ce roman m'a beaucoup plu et j'espère retrouver Gabrielle et ses compagnons, mais aussi Gebth l'héritier de Ridhmir, pour voir comment ils vont vivre la suite des événements, l'apaisement des tensions entre les duchés, le maintien de la paix et la reconstruction de l'Empire.

lundi 2 novembre 2015

Le récif aux espadons

La prochaine contrainte du challenge de Phildes porte sur les animaux. Le titre du livre devra comporter le nom d'un animal. Fin du challenge le 6 décembre. Voilà l'occasion de terminer enfin mon billet sur Le lièvre de Vatanen et puis déjà quelques petites idées glanées sur mes étagères et dans ma LàL :
CHIEN - VACHE - CROCODILE - ESPADON
POISSON - HOMARD - ORNITHORYNQUE - DINOSAURE


Ma première (et finalement unique) lecture s'intitule Le récif aux espadons, une énigme policière passionnante sur fond de pêche au gros. Les rois des prédateurs océaniques, espadons, marlins, requins mako sont les personnages principaux de ce roman dont le héros est un personnage récurrent. Napoléon Bonaparte est un aborigène fier de son nom et de sa bi-appartenance culturelle. Enquêteur hors pair, il se distingue par un odorat exceptionnel et par sa capacité d'abstraction qui le placent dans la lignée de Sherlock Holmes et d'Hercule Poirot.
Arthur Upfield, écrivain anglais célèbre pour ses romans policiers qui explorent les paysages sauvages de l'intérieur australien, est considéré comme le pionnier du polar ethnologique. 
Pour les amoureux du grand large !

challenge des continents : Océanie

Dans le petit port de Bermagui, sur la côte sud-est australienne, deux femmes inquiètes attendent le retour du "Do-me". Bill Spinks, le frère jumeau de Marion est parti à la pêche au gros vers le récif des espadons avec son riche client, M. Ericson. Le bateau reste introuvable et les pires hypothèses se font jour. La découverte d'une bouteille Thermos confirme le naufrage et quelques semaines plus tard, un chalutier repêche la tête d'Ericson criblée de balles. Sous l'identité d'un éleveur du Nord, venu passer de longues vacances, l'inspecteur Napoléon Bonaparte débarque à Bermagui pour élucider ce meurtre et le mystère du bateau disparu. Le limier moitié aborigène, moitié anglais, d'Arthur Upfield est plus habitué à vagabonder dans le bush australien que sur la mer de Tasman. Pourtant, il s'y révèle aussi à l'aise pour pêcher les gros poissons, en particulier les criminels.

mercredi 25 février 2015

L'homme qui vendait de la glace aux Eskimos

Le projet de Conor Woodman, un Irlandais qui n'a pas froid aux yeux, est triple
- boucler un tour du monde en cinq mois (avec un billet d'avion open international)
- générer des bénéfices de façon à quadrupler son capital initial (reliquat issu de la vente de son appartement londonien 25 000 € autres frais déduits)
- se confronter aux plus anciens marchés du monde et aux méthodes d'échange traditionnelles (du marchand de tapis berbère en Afrique du Nord, au commerce de chameaux en Afrique et de chevaux en Asie centrale, en passant par le négoce du café en Afrique, du thé en Asie, du bois exotique en Amérique du Sud et des produits plus récents comme importer du vin d'Afrique du Sud en Chine ou des planches de surf gonflables au Mexique)
Le résultat est un documentaire très vivant qui se lit comme un roman. Le propos est original, émaillé de comptes et de chiffres, objectif commercial oblige, (comptabilité et retour sur investissement tenus étape par étape) mais aussi d'anecdotes et d'analyses réflexives sur ses réussites, ses déconvenues et ses erreurs. J'ai aimé l'esprit d'entreprise, également le côté équitable des négociations car il propose de mettre en contact direct les producteurs et les revendeurs des produits qu'il a choisi de tester au cours de son périple. La confiance réciproque qui s'installe entre lui (pour la prise de risque et la mise de fond) et des inconnus qui acceptent souvent de négocier leurs produits à prix coûtant (partageant le risque dans le but de faire se faire connaître sur un nouveau marché) apparaît comme un ingrédient indispensable dans ses tractations, elle esquisse parfois les prémisses de très belles rencontres humaines, pourtant vouées à l'éphémère car Conor Woodman s'est fixé un timing assez serré.

jeudi 19 février 2015

La femme au portrait

Résumé éditeur
Pénétrant par hasard dans un musée de Hong Kong, Jordan Glass, reporter photographe de talent, a la stupeur d'y découvrir un tableau représentant Jane, sa sœur jumelle, mystérieusement disparue à La Nouvelle-Orléans un an auparavant... Sous le choc, la jeune femme entreprend de mener son enquête et découvre que le tableau fait partie d'une série intitulée " Femmes endormies ". Toutes signées du même artiste inconnu, les oeuvres hyperréalistes représentent de jeunes personnes allongées, nues, qui semblent assoupies... ou pire, mortes. Une chose est sûre : toutes ces femmes ont un jour disparu sans laisser de trace. Alerté, le FBI s'en mêle et réquisitionne les toiles. Commence alors une dangereuse traque, à la poursuite d'un peintre aussi mystérieux que talentueux...
Greg Iles signe une intrigue est déroutante et très originale : des femmes disparues qui réapparaissent dans une galerie de tableaux, il y a déjà de quoi surprendre, mais en plus, le meurtrier est inattendu, insoupçonnable (en tout cas j'ai été bien surprise !) brillant et pas franchement antipathique. Le côté psychologique des personnages est bien fouillé et une bonne part de l'intérêt du roman repose sur cet aspect, car les relations entre victimes et bourreaux, suspects et enquêteurs sont rendues dans toute leur complexité.
C'est un gros roman (600 pages), j'en lis rarement de tels mais pas un instant l'ennui ne m'a prise. Comme la narratrice, mon intérêt constamment tenu en haleine, j'avais envie de savoir, hâte d'avancer dans l'enquête. Le récit à la première personne se justifie pleinement pour mettre le lecteur dans la peau de cette jeune femme, de lui faire ressentir, après le choc de retrouver sa jumelle sous les traits d'un modèle nu, l'espoir qu'elle soit encore vivante et sa prise de risques inconsidérée pour la retrouver à tout prix.

ABC polar 2014 : I

50 états, 50 billets
Nouvelle Orléans LOUISIANE (ter)

samedi 14 février 2015

spécial St Valentin

Outside Valentine raconte la cavale de deux jeunes assassins, Charlie Starkweather et sa petite amie Caril Ann Fugate. A travers ce roman qui m'a rappelé l'admirable De sang froid de Truman Capote, Liza Ward tente d'exorciser le meurtre de ses grands parents en 1957. Elle montre le point de vue de la jeune fille, qui a toujours nié avoir pris une part active dans le déferlement de violence qui a marqué leur route sanglante de Lincoln à Valentine, avant d'être rattrapés par la police et condamnés, à la chaise électrique pour lui et à perpétuité pour elle. En 1976, elle est de nouveau libre, sous conditionnelle. En 1962, Susan dont la mère vient de quitter le domicile conjugal pour ne plus jamais donner signe de vie, s'intéresse de près au jeune homme qui a perdu ses parents à quelques pâtés de maison de chez elle. En 1991, Lowell dont les enfants Hank et Mary ont grandi et sont sur le point de s'émanciper, s'interroge sur son couple : il doit affronter son passé - sous la forme d'une boîte à chaussures oubliée dans le coffre d'une banque, pour faire face à son avenir. L'auteur réussit brillamment à croiser la trame de ces trois histoires et à les faire converger en laissant filtrer peu à peu les indices permettant de deviner les liens qui unissent les différents protagonistes.

Comme tous les romans qui se situent dans cet état, Outside Valentine met en avant l'extrême rigueur du climat :  faute d'avoir pu rentrer se mettre à l'abri, le chat de Cora, l'amie de Susan, est mort congelé en grattant désespérément à la porte de la maison. Il est conservé dans une sorte d'igloo au fond du jardin durant tout l'hiver car la terre ne permet pas de lui creuser un trou.





50 états, 50 billets
Lincoln, NEBRASKA

dimanche 14 décembre 2014

Nummer

de Frédéric Staniland
Merci à Livraddict et Scrinéo Jeunesse, grâce auxquels j'ai découvert une vrai bon roman actuel destiné à cette classe d'âge

Tout d'abord, avant même la curiosité due au synopsis, j'ai aimé la couverture qui m'a rappelé les illustrations de Pierre Joubert et correspond bien à l'esprit du livre : jeunesse engagée, active. J'ai ressenti à la lecture que l'auteur, malgré une certaine licence littéraire, s'était extrêmement bien documenté, comme il s'en explique en appendice, sur la période et la région d'Alsace où se déroule en grande partie son action. Mais à aucun moment l'intérêt romanesque ne passe au second plan dans la construction de l'intrique et j'ai trouvé appréciable, pour une collection jeunesse, de mêler connaissances, réflexion et plaisir de lecture.

Gérard Haas est mort en confiant à ses petites filles le soin de retrouver Séraphin pour qu'il finisse d'organiser le tri de son dépôt de collectionneur 20 000 m² bourrés d'objets hétéroclites relatifs à la Seconde guerre mondiale. L'octogénaire s'installe dans la maison et ne tarde pas à faire connaissance des deux petits voisins Pauline et Gabriel, qui l'informent de la présence d'un " trésor caché ". Est ce à lui que doivent le mener les emballages de sucre contenant de curieux messages, comme si Gérard avait voulu se prémunir d'oublier certains faits ou gestes : Nummer (nombre) 136 traître (en allemand) et lumière. Séraphin cherche conjointement à percer l'énigme d'un vieux manuscrit calligraphié en allemand gothique, tandis qu'un curieux autrichien, connaissant l'existence du livre, veut récupérer, dans le fouillis laissé par Gérard, des affaires ayant appartenu à sa mère.
Je ne veux pas en dire plus de l'histoire, qui évoque également un groupe d'adolescents mêlés à l'Histoire, durant l'évacuation des populations établies le long de la ligne Maginot, en prévision d'une guerre de tranchées contre l'Allemagne. Si le mystère des liens, assez ténus, entre Gérard et Séraphin est levé d'emblée, le rapport entre les deux fils de l'histoire devient de plus en plus énigmatique au fur et à mesure des chapitres où alternent les deux périodes. La fin est assez magistralement amenée et tous les ressorts de l'intrigue finissent élucidés, en dépit d'un passage moins convaincant dans le déroulement des évènements de l'époque actuelle.

mercredi 26 novembre 2014

Rien de rien

Masse Critique Jeunesse vous donne rendez-vous chez Babelio le 16 octobre à partir de 7h pour tenter de remporter le livre jeunesse de votre choix en échange d'une critique. L’opération est ouverte à tous les membres ayant déjà rédigé des chroniques sur le site.
Edit du 20 octobre 2014
J"ai participé et j'ai remporté un très joli album signé Yaël Frankel.
L'illustratrice vit à Buenos Aires, en Argentine. Son univers est peuplé de personnages drôles et attachants qu’elle fait évoluer également sur des petits objets de la vie quotidienne. 
L'histoire : un caillou et un petit garçon auxquels il n'arrive rien, jamais rien, RIEN DE RIEN. Deux êtres qui font partie tout les deux, d'une vie à laquelle ils ne participent pas.... jusqu' au moment de LA RENCONTRE
Le site de l'éditeur Passepartout et sur Babelio.com   Rien de rien  Yael Frankel  Rien de rien 
 
Les trois quarts de l'album démontrent la justesse du titre à travers les situations observées par ce caillou, gris et insignifiant, environné de la richesse des péripéties de la vie qu'il voudrait partager.  Le petit garçon arrive sur la fin, son cheminement est autocentré, lent, pensif. Puis survient l'inattendu, l'élément déclencheur, le non évènement, banal en soi, mais porteur de l'espoir probable d'une rencontre qui changera les choses pour les deux protagonistes. La dernière page lie l'histoire de cette pierre et de cet enfant, vers quelque chose d'extérieur au récit...  
Des demi teintes utilisées en transparence, égayées de rares touches colorées dans les détails, comme les éclats des petits bonheurs quotidiens, donnent le ton de cette histoire de repli, intimiste. Poétique et sensible, le récit rencontre la douceur des illustrations. Les couleurs dominantes expriment  la monotonie, l'ennui, la solitude, la mélancolie. Une belle rencontre comme celle du caillou et du petit garçon.

Lecture partagée avec un groupe d'élèves de primaire, leurs réactions 
J'ai prêté ce bel album cartonné au graphisme actuel pour une séance de Lire et faire lire auprès de jeunes/petits lecteurs. Il a beaucoup plu à son public et l'histoire a permis l'ouverture d'un débat  sur ce qui allait se passer après  la rencontre, différent selon l'âge des participants : les petits se laissent guider mais l'abstraction les tient éloignés des suites possibles au récit, les plus grands y trouvent matière à faire travailler leur esprit et leur imagination.

mardi 28 octobre 2014

un challenge à son terme

Je me suis inscrite chez Chinouk, les passions, au niveau 1 (Mercure) de son challenge Amélie Nothomb. Les plus intégristes ont décidé de relire et commenter la totalité de son oeuvre, soient à ce jour 23 romans qui sortent avec la régularité d'une horloge à chaque rentrée littéraire d'automne.
J'ai choisi de commencer par les premières publications que je n'avais pas lues Hygiène de l'assassin, Le sabotage amoureux, etc. J'ai également pu rattraper mon retard des dernières années avec Tuer le père, Barbe bleue et La nostalgie heureuse. Il me manquera si je ne trouve à l'emprunter Pétronille l'ultime sortie.
Je suis maintenant passée à l'objectif immédiatement supérieur (Catilinaires). Je pense clore ma participation après ces 10 lectures car j'ai déjà lu et commenté pour certains, tous les romans de la période 2000-2010.
  1. Hygiène de l'assassin   (9 février 2014)
  2. Le sabotage amoureux  (8 mars 2014)
  3. Tuer le père   (9 avril 2014)
  4. Barbe bleue  (15 juin 2014)
  5. Ni d'Eve, ni d'Adam (11 juillet 2014)
  6. La nostalgie heureuse (19 juillet 2014)
  7. Les catilinaires (25 juillet 2014)
  8. Les combustibles (3 août 2014)
  9. Cosmétique de l'ennemi  (4 octobre 2014)
  10. Mercure (27 octobre 2014)

jeudi 4 septembre 2014

Légendes d'automne

L'homme qui abandonna son nom, en trio avec Une vengeance et Légendes d'automne de Jim Harrison

L'introduction de Serge Lentz (le traducteur) présente Cochran, Nordstrom et Tristan comme des héros : je ne crois pas qu'ils soient vraiment héroïques, sauf à l'entendre marqués par une destinée. Ce sont à tout le moins trois hommes qui sortent de l'ordinaire, anticonformistes, inattendus, dont l'histoire, servie par une écriture limpide nous prend dans ses filets et ne nous lâche plus. Chacun va au bout de son histoire, si ce n'est au bout de sa vengeance et j'ai trouvé que moralement ces courts romans étaient assez exemplaires. Par ailleurs, ces hommes rudes sont à l'image de la région qui les a vus naître. En définitive, il s'agit d'histoires d'amour impérissables comme on n'en voit que dans les films ou la littérature. Une bien belle découverte pour  le challenge 50 états, 50 billets





MONTANA, WISCONSIN

dimanche 5 janvier 2014

Marionnettes humaines

Un challenge annulé m'avait donné envie de lire Robert Heinlein que je ne connaissais pas. Un billet du challenge 50 états, 50 billets a fait le reste. Je ne suis pas mécontente de ma découverte, en dépit de la frayeur, c'est une lecture divertissante. 
Thriller de science-fiction haletant, souvent comparé à L'invasion des profanateurs de Jack Finney, ce désormais classique du genre est paru en 1951 sous le nom original de Puppet Masters. Le récit raconté à la première personne, narre l'arrivée d'une espèce extraterrestre dans le futur, en 2007.  Il a été adapté au cinéma en 1995 sous le titre Les Maîtres du monde.
Brrrr ces créatures me donnent froid dans le dos (c'est le cas de le dire) ou me font hérisser les cheveux sur la nuque. Un seul esprit, collectif, les anime et elles disent agir sous le prétexte d'apporter paix et fraternité entre les Hommes. Cela vous rappelle sûrement un autre (excellent) roman récent... 
Comme dans Âmes vagabondes de Stephenie Meyer, il s'agit d'entités parasites, qui s'installent discrètement sur leur porteur et prennent possession de leur esprit pour les faire agir. Elles les laissent continuer à vaquer à leurs tâches professionnelles ou sociales, pour favoriser leur propagation, mais négligent les besoins sanitaires de leur hôte.
Voilà les images (sans doute tirées inconsciemment de la filmographie SF) que j'ai en tête en imaginant ces affreuses bestioles .
Les services secrets, l'armée et la recherche préparent la contrattaque mais l'ennemi envahissant est discret : difficile de mesurer l'étendue de l'infestation et fusionnel : impossible de cacher aux autres ce que l'un d'entre eux apprend.
Sam/Elisée Nivens appartient à l'élite d'une agence gouvernementale officieuse dirigée par le Patron. Il est un des rares à avoir été possédé par un maître Titan puis repris sans en mourir. Il fait équipe avec Mary dont il apprend sur le tard qu'elle aussi a eu affaire à eux dans son enfance et leur a survécu. A eux deux, ils pourraient être la clef de la délivrance, mais le Patron doit convaincre le président des Etats-Unis d'agir sans tarder.






50 états, 50 billets 30/50
Des Moines, IOWA

mercredi 29 mai 2013

Le petit désordre de la mer

Je m'efface devant le commentaire de L'encreuse qui m'a donné envie de lire ce roman, plein de douceur et de douleur, de questions qui tuent et d'images qui marquent comme cette écharpe rouge qui revient telle un fil rouge justement. Une belle plume réunionnaise qui s'adresse aussi souvent aux enfants qu'aux adultes, porteuse d'une merveilleuse poésie. Des mots qui permettent de passer du concret à l'imaginaire, de franchir la frontière intangible, des mots qui jonglent et jouent avec les limites. Une réflexion sur là où gisent nos rêves, un retour aux sources (inépuisables ?) de la création.
Tout est réussi, à commencer par la couverture qui donne à voir comme en un hublot ou le bout d'une longue vue, un morceau de côte en approche depuis la mer. En créole, le titre signifie Le petit bruit de la mer et m'évoque aussi bien la rumeur infatigable des flots que le silence de la mer intérieure de l'héroïne.

L'encreuse :

Barbara Zara est en train de disparaître, de déserter sa vie, de s’enfuir de la vie. Auteure reconnue de livres pour enfants, Barbara n’a plus qu’une histoire à raconter, celle belle et triste de La Fille de l’Air. Ses enfants la rattachent encore à la terre alors qu’elle voudrait parfois s’envoler, ne plus sentir le poids des choses. Le poids d’une mère qui l’a abandonnée sans un mot à six ans, celui d’un amour qui l’a délaissée, celui du silence d’un père qui ne savait pas trouver les mots pour combler sa douleur. Alors que sa meilleure amie, Andreea, court à l’autre bout du monde exposer ses toiles qui déchirent Barbara, la jeune femme se rend presque chaque jour dans la maison d’Andreea pour nourrir le chat et arroser les plantes, pour que la vie continue malgré l’absence de la maîtresse de maison. Dans ce refuge improvisé, face aux humeurs changeantes de la mer, Barbara déroule le fil de sa vie, de ses joies, de ses manques, de ses blessures. Elle interroge la petite fille brisée qui, à cause du manque de mère, ne s’est jamais construite tout à fait, sinon en se racontant des histoires.

Bien que Le petit désordre de la mer soit le troisième roman de Joëlle Ecormier, je connais d’elle surtout ses écrits pour la jeunesse, que j’apprécie beaucoup. Le petit désordre de la mer est sans aucun doute l’écrit le plus personnel de cette auteure par ce qu’il évoque de l’écriture, de l’île, du rapport à la mer et à la nature. Mais il y a aussi bien plus que cela dans ce roman à la poésie enveloppante. Barbara est en quête, celle de l’apaisement ; elle cherche des réponses à ses questions de petite fille qui n’ont jamais cessé de la hanter. Elle cherche une raison à continuer de vivre dans un monde où elle s’est construite sur la douleur et le manque. Sa vie à elle, ce sont les mots, ils la maintiennent en équilibre. Et lorsqu’ils se dérobent, que reste-t-il ? Une famille que l’on a construite mais qui s’est disloquée, une amitié dans laquelle on s’est réfugié mais qui n’empêche pas les peurs et les doutes, le bruit des gens autour qui ne comble pas la solitude ? Il arrive un moment où se raconter des histoires ne suffit plus… c’est la sienne qu’il faut prendre en main. Baignant entre mélancolie et vraie lumière, Le petit désordre de la mer s’est révélé une jolie parenthèse enchantée où j’ai aimé plonger, portée par la langue faite de douceur et de poésie de Joëlle Ecormier.

L'auteur :

« Pourquoi ne me sauves-tu pas cette fois ? Ce n'est pas possible de te dire ce qui arrive. C'est toi la devineresse, toi qui fais semblant de lire ma vie dans les arabesques de mon marc de café. Et moi qui fais semblant de croire. Peut-être sais-tu que tu ne verrais rien ce coup-ci, peut-être que tous les dessins seraient effacés, que ma tasse resterait blanche. Est-ce que cela te ferait peur ce silence plus grand que les autres ? Sais-tu d’avance que de tout cet abîme il n’y aurait rien à dire, rien à faire, que nous avons usé tous les subterfuges. Suis-je arrivée au bout de ta main charitable, Andreea ? Tu m'as toujours épargné le versant nord, le plus difficile. Et là tu me le laisses.
Andreea, je crois que je suis en train de m'effacer du monde. »

d'autres choses à lire sur son site

Le petit désordre de la mer de Joëlle Ecormier. Editions Océan (2009) - Prix de La Réunion des Livres 2009, catégorie Roman - Prix du livre insulaire 2010 du salon international d'Ouessant, catégorie Fiction.
Lu le 3 avril 2012

lundi 16 janvier 2012

Bilan du challenge carnet de voyage

l'occasion d'un tour du monde en BD

Janvier 2011 : Tiphanya propose un challenge sur le thème des récits et carnets de voyage, en cinq catégories construites sur le même principe.
Il s'agit de lire au moins un livre sur le thème de la catégorie choisie + un  livre par continent = *6.
- Phileas Fogg : un récit sur un tour du monde + *6
- Indiana Jones : un récit de fiction + *6
- Corto Maltese : un récit de marin + *6
- Spirou et Fantasio : un récit écrit par un journaliste + *6
- Yoko Tsuno : un récit écrit par une femme +*6
Les plus courageux peuvent tenter de rejoindre "la ligue des voyageurs extraordinaires", c'est à dire de lire le livre correspondant à chaque catégorie + un récit par continent, soit un total de dix livres dans l'année.

Inscription le 16/01 : en scrutant ma PàL, j'envisage d'ores et déjà quelques pistes...
Europe : Une saison en Irlande ou l'attente de l'Ouest, Bernard Berrou
Afrique : Carnets d'Orient, Jacques Ferrandez (BD)
Asie : Un été en Sibérie, Myriam Kissel
Océanie : Voyages aux îles de la désolation, Emmanuel Lepage (BD)
Amérique : Au nom de père, Perrotin (BD)
Tour du monde : Voyage aux pays du coton, petit précis de mondialisation, Erik Orsenna
Auteur féminin : 13 petites enveloppes bleues, Maureen Johnson
Marin : L'Atlantique est mon désert, Jean François Deniau
Journaliste : Voyage d'un Européen à travers le XXe siècle
Fiction : Etonnants voyageurs, Saint Malo, collectif

Décembre 2011 : au bilan, beaucoup de découvertes et encore plus d'envies dans ma LàL, donc pour moi, assurément, le challenge ne s'arrêtera pas là !

Afrique : Carnets d'Orient, Jacques Ferrandez, LU février
bonus : Madagascar, carnet de voyage, Fabien Dubois, VU
Amérique : Au nom de père, Serge Perrotin, LU mars
Asie : India dreams, Maryse et Jean-François Charles LU avril
Océanie : Voyages aux îles de la désolation (Terres Australes et Antarctiques Françaises), Emmanuel Lepage, LU
Journaliste : Le photographe, LU
Florent Chavouet : Tokyo Sanpo (Japon)
Guy Delisle : Chroniques birmanes - Shenzhen (Chine) - Pyongyang (Corée du nord)
Tour du monde : Corto Maltese, Mémoires, LU novembre
Astérix, Jean Uderzo et René Goscinny
Europe : Les voyages d'Alix, Jacques Martin

Fiction : Balade, balade et Les voyages de Gulliver, Alain Kokor, LU

D'autres pistes :
Mandragore : Hellenik blues (Crète, Péloponnèse)
David B. : Journal d'Italie
Pierre Wazem : Presque Sarajevo
Roannie/Oko : L'instruse (Israël-Palestine)
Nicolas Wild : Kaboul disco (Afghanistan)
Renaud De Heyn : La Tentation (Pakistan)
Nicoby : Excursion coréenne
Gérald Gorridge : Les Fantômes de Hanoï (Vietnam)
Golo : Made in Taïwan
Simon Hureau : Palaces (Cambodge)

Yeong Oh : Le visiteur du Sud (Corée du Nord)
Baudoin : Araucaria (Chili)
Rabaté : Bienvenue à Jobourg (Afrique du sud)
Sacha Georg : Rubiah
Troub's : Penser parallèle (Madagascar, Australie)
Craig Thompson : Un américain en balade
Des auteurs à suivre :
Joe Sacco : Gorazde (Bosnie) - Palestine - The fixer (guide-interprète)

Christin/Cabanes : L'homme qui fait le tour du monde (économie internationale)

Je signale à toutes fins utiles un site qui recense toutes les littératures du voyage : http://www.crlv.org/swm/Page_presentation.php