Affichage des articles dont le libellé est chinoise. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est chinoise. Afficher tous les articles

mardi 28 février 2012

Cité de la Poussière rouge

Destination : Chine


Je poursuis mon voyage en Chine avec des nouvelles signées Qiu Xiaolong, que j'ai découvert par un de ses romans policiers mettant en scène pour la cinquième fois l'inspecteur Chen Cao : De soie et de sang.
L'auteur fait débuter en 1949 ce recueil de récits et d'anecdotes tirées du quotidien des habitants de la Poussière rouge, ce quartier de Shangai où l'auteur vit depuis 20 ans. Les petites histoires croisent la Grande, celle de Mao Zedong, de l'instauration de la République populaire de Chine, de la révolution culturelle, de la montée en puissance et des conflits sanglants entre Gardes rouges...
Chaque chapitre débute par ces mots :
Ceci est le dernier bulletin d'information de La poussière rouge pour l'année...
1984 : une années de grands succès et de grandes réalisations pour notre pays. Les instances du Parti ont mis l'accent sur deux tâches principales pour le pays dans la période nouvelle : la réforme de l'économie et l'ouverture au monde extérieur.
Une nouvelle année d'appauvrissement pour une partie des habitants du peu reluisant quartier de La poussière rouge, mais riches en évènements, voyons plutôt  :
Janvier, visite du Premier Ministre Zhao Ziyang aux Etats Unis
Avril, visite en Chine du Président des Etats Unis Ronald Reagan
Décembre, signature entre les Premiers Ministres Margaret Thatcher et Zhao Ziyang d'une déclaration commune sino-britannique sur le retour de Hon-Kong à la Chine en 1997, assortie de la promesse solennelle de Deng Xiaoping que le système économique resterait le même après le retour de Hong Kong à la souveraineté chinoise  : " Un pays, deux systèmes ".

Au fil des années et des chapitres, le bulletin d'informations retrace les avancées politiques du socialisme à la chinoise, qui trouvent un écho dans les causeries informelles qui ont lieu chaque soir sur le pas des portes, à quelques endroits stratégiques du quartier. Certaines histoires semblent achevées mais se répercutent quelques décennies plus tard. Elles montrent l'importante précarité des situations et traduisent surtout l'incertitude du lendemain parmi cette foule de petites gens, intellectuels bannis ou capitalistes "noirs" (honnis) qui s'ignoraient, soumis aux aléas des revirements politiques, aux espoirs et aux trahisons suscitées par la marche en avant forcée, à la surveillance grandissante et implacable des comités de quartier.
Je trouve dans la lecture d'auteurs chinois les signes d'une tradition littéraire forte qui me séduit en tant qu'écriture et qui m'apporte beaucoup en termes de connaissance d'un pays continent qui ne cesse de me fasciner.
Citation
Kang Gros-Sous : " A quoi bon discuter avec son père ? Autant discuter avec l'histoire. ça n'avance à rien de jeter un manuel d'histoire. " 
_
Qiu Xiaolong est un auteur chinois né à Shanghai en 1953. Son père, professeur, est victime des gardes rouges pendant la Révolution culturelle vers 1966. Il vit désormais aux États-Unis et enseigne à l'université de Saint-Louis.

Lectures à suivre dans ma Làl :
J'ai feuilleté le tome suivant de l'étrange enquête menée par l'inspecteur Minami dans Tokyo année zéro, de David Peace que m'avait fait découvrir El Jc, ainsi que les versions successives du fracassant Quand la Chine s'éveillera d'Alain Peyrefitte.
David Peace pratique un peu à la manière de ce roman de Qiu Xiaolong, avec des pages qui semblent raconter les événements à la façon impersonnelle d'un narrateur et des pages plus intimistes à la première personne (Minami)

vendredi 17 décembre 2010

Feuilles d'automne

Un proverbe chinois en forme d'épitaphe " Luo Ye Gui Gen " (les feuilles d'automne retournent à la terre) vient clore le récit autobiographique d'Adeline Yen Mah, écrit de manière très romancée. Son témoignage, sur fond de guerre sino-japonaise, de combat entre nationalistes et communistes et de révolution culturelle, est très enrichissant et éclaire le lecteur sur de nombreux aspects de la vie de la moyenne bourgeoisie durant ces périodes troublées de l'histoire chinoise.

Fuyant devant l'avancée des troupes japonaises, la famille Yen Mah s'établit dans les années 30 à Shanghai, qui est alors une cité coloniale prospère et cosmopolite, puis à Hong-Kong. Les aïeules d'Adeline, instruites et émancipées, sont des femmes hors du commun ; le grand-père, industrieux, puis le père, créatif et entreprenant, réussissent à faire fortune et à la maintenir en dépit d'un contexte économique et culturel inégalement favorable.
Dernière née d'une famille de quatre enfants, Adeline porte inconsciemment le lourd fardeau de la mort de sa mère peu après sa naissance. Elle ne sera jamais autorisée à la jeunesse insouciante de ses frères et soeur. Le remariage de son père avec la belle "Niang" (mère) d'origine eurasienne et de culture française aggrave la situation des enfants. Pour la petite Jun-Ling, bientôt rebaptisée Adeline, il signe le temps de son exil définitif au ban de la famille. Soutenue par son grand-père et sa tante paternelle, elle trouve néanmoins la force de caractère pour surmonter l'épreuve du rejet paternel et se réfugie dans les études et les livres. Mais elle ne réussit jamais, en dépit de ses efforts uniformes, à voir son amour filial et fraternel payé de retour. Le testament de sa belle-mère lui réserve une ultime déception.