On suit la vie de deux personnages sans trop comprendre dans quoi ils sont embarqués : tous les deux ont la particularité d'être soumis à des aléas qui les dépassent. Will Parke est amnésique, il ne se souvient absolument pas d'avoir vécu en Australie, mais son cerveau présente une singularité qui intéresse des ravisseurs : alors qu'il vient d'être pris en otage à l'aéroport, sa femme tente également de le tuer (le début rappelle Total recall pour ceux qui l'ont vu). Tom l'aide à s'échapper et ils partent en cavale.
Emily Ruff quant à elle, est une petite arnaqueuse qui survit au jour le jour dans les rues de San Francisco grâce à des tours de cartes truqués. Repérée par Eliot convaincu de son potentiel, elle réussit les tests d'entrée et intègre une école aux méthodes un peu spéciale qui recrute des gamins naturellement doués pour la persuasion. Elle se montre rapidement une élève particulièrement perspicace et autonome dans ses apprentissages et découvre autant qu'elle apprend les éléments d'une théorie comportementaliste extrêmement efficace. Leur fondateur a établi que chaque individu appartient à un groupe (ou segment) psychologique auquel une clef mentale identique permet d'imposer sa volonté. Dans la pratique, cela agit comme de l'hypnose mais en beaucoup plus fort puisque l'énumération de la suite de syllabes choisies annihile toutes ses barrières mentales et le transforme en exécutant obéissant aux commandes, y compris contre son gré. Les plus brillants étudiants acquièrent le statut de poète, celui qui sait se servir des mots.
Broken Hill, une ville minière d'Australie, est devenue une ville fantôme. Les habitants s'y sont entretués jusqu'au dernier. Un mot unique : le lexème universel, en serait la cause. Son périmètre, encore supposé dangereux, est interdit d'accès.
En parallèle, T. S. Eliot est sur la piste de Virginia Woolf. Leurs capacités en font deux des membres les plus puissants de l'organisation à laquelle ils appartiennent. Mais elle est une dissidente qui représente désormais un immense danger et qu'il doit éliminer. On comprend que les fils du récit vont se rejoindre dans le temps et l'espace mais un suspense savamment mené fait le sel de l'histoire.
J'ai autant aimé les trois personnages Will, Emily et Eliot et je ne me suis ennuyée à aucun des passages abordant le point de vue de l'un ou l'autre.
Je crois qu'avec un peu de recul, j'aurais pu comprendre les astuces de la construction de l'intrigue, mais la dynamique a été la plus forte, qui fait tourner les pages pour connaître la suite. La manipulation par le langage placée au coeur du scénario, une réflexion sur le mythe de Babel et ce qui suscita le courroux de Dieu m'ont bien intéressée et je me suis laissée entraîner dans cette course poursuite sans répit qui est en même temps une course contre la montre menée tambour battant.