Premier tome d'un dyptique de space opera signé Scott Westerfeld. J'aime moins que Uglies ou Midnighters et plus que V-Virus, mais surtout j'ai eu du mal à entrer dans l'histoire pendant un bon tiers du roman. Ensuite, j'ai fini par m'intéresser de plus en plus aux deux couples de protagonistes, au point de lâcher difficilement mon livre. Par ailleurs, l'auteur a su me séduire par son imaginaire, tant dans la description des techniques de combat à des dimensions microscopiques et à des vitesses relativistes inimaginables que dans l'élaboration des conceptions artistiques les plus merveilleuses.
Nara Oxham, sénateur élu représentante du parti séculariste qui refuse l'élévation (comprendre l'immortalité) a rencontré Laurent Zaï, le héros-martyr de la guerre de Dhantu, au cours de la cérémonie donnée en son honneur au palais impérial. Ils se sont plu et elle l'a invité dans sa retraite arctique sur Foyer, dans une maison intelligente où la domotique est poussée à l'extrême.
Mais bientôt, il est promu commandant et doit porter Le lynx, sa nouvelle frégate de combat suréquipée, aux confins de l'apex, à dix années lumière de temps subjectif, pour le compte de l'empereur. La confédération des Quatre-vingt mondes ne connaît qu'une seule véritable force d'opposition extérieure, une sorte de secte dont les combattantes sont dévouées corps et âme à la propagation de l'intelligence artificielle dans l'univers.
D'ailleurs une nouvelle menace des Rix, ces commandos cyborgs, mi-femme mi-machine, s'est matérialisée sur Legis XV. Après s'être emparées de l'impératrice-enfant, soeur de l'empereur, elles ont réussi à implanter les germes d'une conscience composite qui s'est répandue dans l'infosphère de la planète, asservissant toutes les technologies à son contrôle. Alors que l'otage, sur le point d'être évacuée, a été tuée pendant la contre-attaque, dans des circonstances sujettes à caution, l'IA, s'identifiant comme Alexandre, est parvenue à percer le secret de l'immortalité de l'empereur ressuscité.
La mission de Zaï, dont la tradition aurait voulu qu'il prenne le poignard de sacrifice pour laver ce crime de sang survenu par sa faute, devient d'empêcher au péril de sa vie et de celles de tout son équipage, l'IA de communiquer avec le vaisseau de communications rix en approche. Il ignore tout de l'entreprise d'Alexandre qui guide le seul commando rescapé, Herd, vers le centre de commandement de
Legis XV, sous les traits d'une technicienne spécialisée en
micro-astronomie, Rana Harter.
L'univers est un peu confus à mettre en place, d'où une lourdeur qui m'a pesé et ennuyée au début, mais psychologiquement, les personnages sont intéressants. Laurent Zaï représente la branche légaliste de l'empire : par tradition, les "gris" sont fidèlement dévoués à l'empereur et au respect des traditions. Il s'est offert comme otage en échange de l'exfiltration d'un homme de troupe blessé. Toutefois, torturé moralement et physiquement au delà de l'imaginable, il en garde des séquelles psychologiques irréversibles qui ont introduit le doute en lui.
Nara Oxham appartient au parti "rose" qui critique la place des morts, élevés/ressuscités. Choisis parmi les citoyens les plus riches et les plus puissants, mais conservateurs, ils figent la société dont l'évolution stagne alors que l'idéal rix pousse leurs ennemies à progresser constamment. Rejetée par sa famille et surnommée le sénateur fou en raison d'une
empathie pathologique confinant à la folie, elle mène une belle carrière
politique, avec l'aide éclairée d'un
conseiller tout dévoué, Niles. Sa "tare", canalisée grâce à des drogues, lui permet de ressentir au tréfonds d'elle-même les aspirations de la communauté qu'elle sert et représente.
Le rapport entre Rana Harter, femme-enfant fragile et la dangereuse Rix qui l'a enlevée sur ordre d'Alexandre pour usurper son identité et prendre sa place dans la base la mieux gardée de la planète est complexe. Il tient un peu du syndrôme de Stockholm et Rana Harter prend rapidement le parti de sa ravisseuse. Mais par ailleurs, l'obligation réciproque, pour Mara d'enseigner sa langue et sa culture et pour Herd de l'apprendre, leur permettent de se connaître mieux et bientôt de s'apprécier, au point que des liens très forts se créent entre les deux femmes. Cela me fait un peu penser à la cohabitation entre l'entité extraterrestre et le corps qui l'accueille dans Âmes vagabondes.
Comme Nara Oxham, Rana Harter est une femme atteinte d'un handicap psychologique très invalidant qu'elle a réussi à maîtriser pour le transformer en atout professionnel. Elle possède la compétence inégalée, même par les ordinateurs les plus performants, de déceler la cohérence de systèmes dynamiques anarchiques. Sa façon d'utiliser ses capacités synesthésiques la rend proche de l'autisme savant de type Asperger. Mais elle souffre constamment de dépression chronique et vit dans un sentiment d'infériorité permanent, dont les médecins ne veulent pas la soigner par peur de perdre ses précieux talents.
Inutile de préciser que j'attends de me procurer la suite avec impatience !