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mardi 27 septembre 2022

13 à table ! 2016

++ Françoise BOURDIN, Cent balles : deux frères, un neveu et un énorme malentendu

++ Michel BUSSI, La seconde morte : une homonymie exploitée avec un opportunisme cynique

- Maxime CHATTAM, Ceci est mon corps, ceci est mon péché : la revanche d'un enfant illégitime

-- Stéphane DE GROODT, Frères Coen : assemblage de titres de films peu convaincant

-- François d'EPENOUX, La main sur le coeur : réunion de famille et complicité d'enfance perdue

+ Karine GIEBEL, Aleyna : tragédie d'un mariage forcé+

+ Douglas KENNEDY, Tu peux tout me dire : de l'importance de bien choisir sa confidente

- Alexandra LAPIERRE, Fils unique : des demis frère et soeur finalement !

+ Agnès LEDIG, Karen et moi : une amitié née pour une tranche de bacon

-- Nadine MONFILS, La robe bleue : d'après un fait divers

- Romain PUERTOLAS, Le premier Rom sur la lune : ivresse de l'espace

++ Bernard WERBER, Jumeaux, trop jumeaux : une paire de monozygotes parfaite 


mercredi 25 novembre 2020

Le Monde - Les petits polars SNCF 2012 - 2013

Les indiens de Marcus Malte (2012) Lila est le cerveau d'un braquage soi disant facile. José et Damien, ses complices délinquants, sont prêts à tout, même la suivre chez les Indiens d'Amazonie pour sauver la forêt... Lu le 8 Décembre 2019

Roman de gare de Pierre Pelot (2012) me laisse un (dé)goût d'inachevé et pourtant, la nouvelle est mon genre préféré. Le style est une effroyable logorrhée. Quant au sens du texte, je penche par bienveillance pour du second degré... Lu le 25 Février 2020

Plein le dos de Jean-Bernard Pouy et Florence Cestac (2013) Accablé par un lumbago tenace, un journaliste a tout essayé, sauf l'imposition des mains... Quand la conviction naïve fait des miracles, les escrocs devraient s'en méfier. Lu le 16 Octobre 2020

++ Ava et Marilyn de Alexandra Schwartzbrod et Miles Hyman (2013) est ma préférée pour l'instant. Deux soeurs ombre et lumière. Axelle, reporter-photographe désoeuvrée, se morfond sans sa dose d'adrénaline...  qu'à cela ne tienne, les dangers se précipitent soudain sous ses pas. Lu le 16 Octobre 2020

La cavale de Lina de Marc Villard et Chauzy (2013) Contre l'avis de sa hiérarchie, un journaliste s'intéresse de prêt au meurtre de Lina, égorgée dans un théâtre pendant le festival d'Avignon. Le fait divers de trop dans une carrière à rebours... Lu le 15 Octobre 2020

Chérie noire de Caryl Férey et Charles Berbérian (2013) Avec ses lunettes noires, son rouge à lèvres cerise et son fourreau noir très près du corps, Miléna fait forte impression. Tous les auteurs de polar invités pour un week-end de signatures engageraient bien la conversation avec cette romancière prometteuse. Ils devraient se méfier. Car la jeune Roumaine au passé sulfureux a d’autres projets, et ces écrivains n’en font pas partie. Lu le 22 Octobre 2020

Hostiles de Franck Thilliez et Dominique Corbasson (2013) Quand Léa tourne la tête vers le conducteur de la voiture, sa ceinture de sécurité semble incrustée dans sa chair. Tous les deux sont coincés dans l'habitacle, au fond d'un ravin, depuis ce mystérieux accident qui leur a fait dévaler la pente. sans téléphone, sans personne pour les entendre appeler à l'aide. Ils ne savent pas qu'ils sont là pour longtemps. Très longtemps... Lu le 24 Octobre 2020

Le machiniste de Anne Secret et Jean Philippe Peyraud (2013) Juin 1982. Une nuit, avec des amis, Victor dépose une bombe devant un magasin du Forum des Halles. En s'enfuyant, le jeune homme bouscule un vigile dont la tête heurte violemment un poteau. Le voilà obligé de se cacher, tandis que Léa le cherche dans la ville. Leur histoire commençait à peine, et soudain, ils ont si peu de temps... Lu le 30 octobre 2020

Dernier été de Patrick Pécherot et Joe Pinelli (2013) Entrez dans le tableau, voyez les personnages : le père, la mère et la femme assise au premier plan. Tous regardent quelqu'un en dehors de la toile. Le drame s'est joué là, autour de cette "Réunion de famille", le tableau de Frédéric Bazille (1841-1870). Quel rôle y joue la bague retrouvée par un étrange visiteur ? Qui est son énigmatique interlocuteur ? Un témoin peut renouer les fils de cette curieuse histoire, et Patrick Pécherot a retrouvé sa trace...

Voiles de mort de Didier Daeninckx et Loustal (2013) Bungalow les pieds dans l'eau, bouteille de kava, thon mi-cuit... La vie pourrait ressembler au paradis, dans ce comptoir d'Océanie où Michel a trouvé refuge après quelques soucis du côté de Paris. mais, pour les beaux yeux de Louise et son corps de rêve, le voilà prêt à larguer les amarres. Une fois de trop.  

Monsieur Meurtre de Jean Vautrin et Baru (2013)  « Le procureur, les flics, les médecins ont assez dit que j'ai tué ma mère. Dans un accès de folie furieuse. A moins que ce soit de sang- froid... » Fou, assassin menteur ou schizophrène, le doute persiste ? Après dix-huit ans de bonne conduite, la porte de la centrale s'ouvre pour la libération du prisonnier.

Hématomes de Romain Slocombe et Jean Claude Denis (20013) En Lorraine, Anne Chamberland, jeune sculptrice venue présenter une œuvre éphémère en résidence artistique, se pétrifie lorsqu’elle reconnaît, derrière les kilos accumulés, le visage de l’aubergiste qui la sert à table. 

mardi 25 août 2020

Dimension latino

L'anthologie de SF latino-américaine présentée par Sylvie Miller aux éditions Rivière blanche fait suite à Dimension Espagne qui dresse un panorama de la SF ibérique contemporaine. L'auteur a reçu le Prix européen 2003 du Grand Prix de l'Imaginaire pour l'ensemble de son travail en faveur de la SF espagnole en France.
L'illustration est de Gevidal (Guillermo Vidal).
Introduction de Sylvie Miller : la SF hispanique du Nouveau Monde (en 5 pays, considérant le Brésil comme un cas à part entière). Elle regroupe sous sa traduction quatorze nouvelles, dont des inédites, d'Amérique du Sud et Cuba.

ARGENTINE
+Timbouctou * de Carlos Gardini : Sam est asservi par La dame noire, une drogue communautariste surpuissante et par Oslanski, un flic polonais qui, pour une dose, en fait son exécuteur d'un jour.

++Gu ta gurrarak (Nous et les nôtres) de Magdalena Mouján Otaño : le mythe fixe pour point origine de l'hérédité basque un légendaire couple fondateur Aitar- Amagoya et leurs sept enfants... un paradoxe temporel à la façon de Poul Anderson en donne l'explication non rationnelle mais logique

Défi Cortex

Terre à Terre : Amérique latine

CHILI
Les deux nouvelles cyberpunk de Pablo Castro Hermosillia montrent un monde où les êtres virtuels ont autant sinon plus d'importance que leurs modèles ; dans Reflets : acculé par la misère, le narrateur hésite néanmoins à laisser effacer les reflets numérisés des défunts de sa famille, un reste de moralité, sinon d'affection le retient ; dans Exerion le narrateur s'aperçoit à l'ultime moment qu'il n'a déjà plus qu'une existence virtuelle qu'un simple nano-effaceur peut annihiler.

++Comme des poissons dans la nasse de Rodrigo Jurri (inédit) propose une vision inversée de l'histoire universelle des migrants économiques : après une apocalypse nucléaire et l'anéantissement croisé des pays de l'hémisphère Nord, les survivants cherchent un refuge qui se refuse dans le cône Sud (Argentine, Chili, Uruguay et Paraguay).

Le Clown de porcelaine de Luis Saavedra (inédit) : un journaliste cherchant le scoop de sa carrière fait la rencontre de sa vie ; à la limite entre fantastique ou psychisme dérangé, cette nouvelle, touchante sans doute, m'a laissée sur le côté !

COLOMBIE
Exercices filmiques d'Antonio Mora Velez (inédit) : deux scénaristes font assaut d'arguments critiques sur leur production partagée ; au-delà de la forme, je n'ai pas vraiment saisi le fond...

MEXIQUE
+Le Secret de Roberto Lopez Moreno : les passages trop complexes sur le calendrier maya m'ont larguée, mais le sens de la nouvelle m'a intéressée ; parce qu'il concilie érudition et passion, un spécialiste allemand des civilisations précolombiennes est sélectionné pour une révélation maya d'importance.

+++Les deux nouvelles de Gabriel Trujillo Muñoz sélectionnées pour cette anthologie sont mes préférées ; comme il est un auteur prolixe, je vais pouvoir approfondir mon impression. Dans la nostalgie tendue d'espoir de Décombres, la ville de Mexico est détruite en surface par un séisme et les habitants vivent sous terre, mais un homme ne peut se résoudre à cet état de fait ! Avec le très surprenant Notre Jerry Garcia, l'expression " ils sont parmi nous " est on ne peut plus vraie...

CUBA
++L'Impératrice de Vladimir Hermandez : Je te tiens/tu me tiens par la barbichette où l'héroïne fait l'expérience de sa confrontation désavantageuse avec l'intelligence collective d'une race extraterrestre

+Les Interférences de Yoss : déjà lue dans le recueil éponyme, elle reste toujours savoureuse par le regard d'humour désabusé sur les rapports de force entre "grand" et "petit" pays

+Apolvénusia ™ de Yoss (inédit) : elle se démarque par sa forme très originale plutôt que par le fond

Kaishaku de Yoss : le code de l'honneur japonais à l'épreuve de la bêtise humaine face à une culture extraterrestre très avancée

+ La SF latino : Similarités et contrastes de Sylvie MILLER, un riche panorama historique et géographique
A propos de l'illustrateur :

* Rien à voir avec le film Timbuktu, aussi appelé Le Chagrin des oiseaux, un drame franco-mauritanien réalisé par Abderrahmane Sissako (2014) ; à travers les déboires d'un pauvre éleveur se joue le heurt, dans un village malien, entre un Islam radical importé par des envahisseurs et la résistance pacifique des habitants autour de leur imam.
** Ni avec le rendez vous manqué de Matthieu Chédid avec Tombouctou


dimanche 26 avril 2020

Histoires paradoxales

Ce n'est pas mon recueil préféré de la Grande anthologie de la science-fiction " Histoires de... " mais j'apprécie toujours les courtes notices biographiques en fin de volume, je trouve les résumés en exergue moins bienvenus, mais je ne les lis simplement pas
Préface de Demètre IOAKIMIDIS : les différentes voies explorées par les écrivains de paradoxes temporels

* J'ai remarqué particulièrement cinq auteurs, dont le premier que je connais déjà
+ Roger ZELAZNY, Le Cercueil de glace : de la cryogénisation, une novella aux accents poétiques, autour d'un triangle amoureux
+ Le Choix de Waylan HILTON-YOUNG (seule nouvelle connue sous ce nom) : mémoire vierge de tout souvenir
+ L'Homme qui rentrait à pied de James Jr. TIPTREE (la seule auteure) : une course temporelle dont on ignore la cause première de catastrophes en cascade, chute, riposte nucléaire, anéantissement du laboratoire, piège expérimental, retour...

++ David I. MASSON, Terrain perdu : dans un monde où les annonces météo ont la forme de billets d'humeur, des zones d'anomalie temporelle anarchiques et envahissantes séparent Miriel de son mari ;
Le Répit du guerrier : H est démobilisé, il s'installe au Sud, prospère, fonde une famille et rêve d'établir ses enfants, mais son remplaçant sur le front est mort et l'armée le réintègre...
Les variations du temps sont le sujet de ces deux nouvelles ; selon les poches spatio-temporelles où se trouvent les sujets, leur perception peut varier de quelques minutes à quelques années, interdisant tout nouveau RDV dans l'espace d'une vie humaine
++ R. A. LAFFERTY, Tous les morceaux de la rive du fleuve : le fleuve primordial ou l'oeuvre du grand peintre sur la rive du Mississippi, je suppose que le texte a pu être inspiré par la piste Natchez reliant les rivières Cumberland et Tennessee au fleuve
Et lire la chair entre les lignes : un débarras au-dessus d'une ancienne étable est le lieu de toutes les accumulations, plusieurs vies possibles pour chacun des protagonistes, jusqu'à l'implosion généralisée qui annihile les siècles surnuméraires et concentre plusieurs versions d'une vie en une seule
Les deux nouvelles sont complexes à suivre mais passionnantes, l'auteur est remarqué pour l'extrême originalité de son imaginaire

* Les autres m'ont moins enthousiasmée que ce soit par le style ou l'inspiration :
La Forêt de Zil de Kris Ottman NEVILLE : une colonisation tuée dans l'oeuf
Errance au bord de l'oubli d'Edward MACKIN,  : de l'euthanasie
L'Étrange visiteur de Max DANCEY et G. Gordon DEWEY : visites à rebours pour gagner une guerre future
Idylle dans un relais temporel du XIème siècle de Robert F. YOUNG: la Belle au bois dormant revisitée
Un homme dans son temps de Brian ALDISS : de retour d'une mission sur Mars et un décalage temporel irréductible avec la Terre
L'Impasse de Charles Louis FONTENAY : un rapt raté, une rançon obtenue, deux morts absurdes
Pitié pour les tempnautes ! de Philip K. DICK : la première tentative de voyage dans le temps se solde par une implosion, cause ou conséquence d'une boucle temporelle lors de la rentrée des voyageurs. Comme à son habitude (Le maître du Haut château) Philip K. Dick me laisse loin derrière !
Une vie toute tracée de Henry SLESAR : Un assistant réalisateur perd son avenir pour avoir frappé une fois de trop à la porte des Productions Destinée

lundi 20 avril 2020

Théâtres de cendres

Opération Bol d'air : offert par ActuSF, ce recueil de cinq nouvelles de Karim Berrouka donne une idée précise de l'écriture (je n'ai parfois pas adhéré à certains passages) mais aussi de l'imaginaire de l'auteur (là j'ai vraiment beaucoup aimé trois des textes) et je ne sais pas encore par quel roman, mais je vais poursuivre c'est sûr ! J'hésite entre le dernier et un autre commenté par My que j'avais repéré... Il plane sur ses textes une indicible beauté, poignante comme le regret d'un souvenir irrémédiablement perdu
Charbon : guerre, anéantissement, âmes perdues
+ Naufrage : envoûtement, Kilam successeur de Mme Patterson
++ Les Sombres : confrontation, défaite du petit peuple
++ D’or et de diamant : tentation, une île au trésor, Sir Dwight
Théâtre d’ombres :envoûtement sur fonds de marionnettes balinaises
Lues le 18 avril 2020
Bookineurs en couleurs : JAUNE

Pourquoi dans les grands bois, aimé-je à m'égarer : l'affrontement séculaire de Lancelot et Gauvain trouve son accomplissement en une parodie de roman policier aux accents de vieux françois. L'imagination est toujours au rendez-vous, mais j'ai trouvé difficile à lire le style de cette nouvelle de Karim Berrouka, située dans l'univers de Fées, weed et guillotines, Prix Elbakin 2014 du meilleur roman de fantasy français.

samedi 29 décembre 2018

Les repoussoirs / Belle époque

Les repoussoirs
A défaut de trouver sur place le roman Belle époque inspiré par une nouvelle d'Emile Zola tombée dans le domaine public, j'ai téléchargé le texte de celle-ci. Tout est dit en quelques pages, dans le style fleuri mais incisif de l'auteur. A la lecture de ce synopsis, j'ai encore plus la tentation de lire le roman d'Elisabeth Ross, au risque d'être déçue.

Dans la veine de ses romans d'argent, Zola explore l'âpreté des années 1900, qui n'ont rien à envier à notre époque. Son idée originale consiste à exploiter la laideur et la misère de jeunes filles pour vendre leur compagnie, comme faire-valoir, à des héritières.

Eric prête sa voix à un enregistrement audio.


Voilà j'ai enfin lu Belle époque dans le cadre du challenge Bookineurs en couleurs saison 4
- BLEU - et je ne suis pas déçue car la plume est fluide, même si l'histoire a finalement aussi peu de profondeur que je m'y attendais. Extraordinaire Zola dont la nouvelle figure en appendice au roman et qui laisse tout entrevoir et comprendre en quelques pages !
J'ai pourtant aimé le développement de la vie de Maude, Marie-Josée, Cécile, Emilie face aux affreux M. Durandeau et Mmes Leroux et Girard... L'introduction de la photographie naissante et du pouvoir de la presse écrite sont tout à fait bienvenus et contribuent à ancrer l'histoire dans la réalité, tout comme la construction de la Tour Eiffel ou le combat d'Isabelle Dubern pour le droit aux études.

mercredi 1 novembre 2017

Laver les ombres


Au départ, un roman qui arrive dans ma PàL de manière impromptue, trouvé dans une boîte à livres, une collection qui me déçoit rarement, une couverture très sombre, une silhouette sur fonds bleu qui m'évoque le style d'un vase grec antique à peinture rouge, mais ne m'apprend rien sur le contenu auquel je peux m'attendre, un nom connu pourtant : Jeanne Benabeur et l'envie de me lancer à la découverte de cet auteur
Très vite, la surprise des mots, du traitement et du thème, une femme montrée luttant au corps à corps, contre l'air, la pesanteur, mais aussi de façon plus souterraine, contre un passé, des non-dits de l'enfance, une peur sourde qui transpire de l'évocation de ses relations avec sa mère
Au final un enthousiasme certain pour ce court texte, exigeant, âpre, qui se mérite pour révéler ses beautés intérieures.
Il est parti vers Unchocolatdansmonroman qui souhaitait le lire.


samedi 12 août 2017

Tonino BENACQUISTA [5]

Serait-il possible que je l'aie délaissé tout ce temps... alors que deux de ses titres dorment dans ma PàL ? Homo erectus acheté dès sa sortie dans la collection Gallimard (lecture à venir) et Nos gloires secrètes.
De mon point de vue, devenu sévère pour cet auteur que je trouve excellent, ce n'est pas son meilleur recueil de nouvelles. Je me suis déjà délectée davantage à le lire.
Néanmoins, pour le challenge des 4 AS, je dois lister cinq mots qui caractérisent ma lecture :
volte-face, subterfuge, apparences trompeuses, manipulation.
Cet exercice a du bon, car en si peu de mots, je résume parfaitement le thème des six nouvelles de ce recueil dont les personnages centraux ont un point commun : leur vie intérieure est bien plus exaltante que leur vie quotidienne et leur part lumineuse n'est rien en comparaison de la part d'ombre qui fait leur fierté cachée.

1/ un homme craint toute sa vie d'être découvert pour un homicide involontaire, une pochade d'ivrognes, puis n'en pouvait plus d'attendre, il se dénonce
2/ un poète vengeur
3/ un ancien " nez " (parfumeur) toujours amoureux des femmes passe un étrange marché avec sa jeune voisine
4/ un couple en train de chiner chez un antiquaire élabore tout un tas d'hypothèses invraisemblables sur un tableau exposé avec ostentation, sans jamais soupçonner la réalité - MA PREFEREE
5/ l'enfant d'un couple qui s'éloigne, un silence déconcertant, l'auteur tire d'une situation banale une histoire extraordinaire et subtilement drôle, une private joke pour spectateur unique

6/ un ancien souffre-douleur devenu milliardaire rend la monnaie de sa pièce à son tortionnaire (métaphore filée car le personnage en question est devenu banquier)
Lu le 29 mai 2017

Peu d'auteurs m'ont autant séduite depuis longtemps. Je croyais Tonino Benacquista italien, donc traduit, il écrit directement en français et d'une façon qui me plaît, à part les jeux de mots [douteux] de certains titres. Comme les précédentes, la lecture de Trois carrés rouges sur fond noir m'a enthousiasmée. _

La boîte noire est un recueil de nouvelles. Dans la première, qui donne son titre à l'ensemble, un homme dans le coma révèle pendant son sommeil la totalité des souvenirs enfouis dans son inconscient. A la fin de son hospitalisation, l'infirmière qui l'a veillé lui remet un manuscrit où elle a retranscrit toutes ses confidences involontaires.

Tout à l'ego est un recueil de nouvelles sur le thème de la mémoire déjà abordé dans La boîte noire.

Qui n'a rêvé d'être Quelqu'un d'autre ? Deux inconnus disputent un match de tennis amateur avec la rage de vaincre. En dehors du cours, ils prolongent leur rencontre fortuite en buvant un verre. Leur discussion à bâtons rompus débouche sur le plus étrange des défis, devenir celui qu'ils ont toujours voulu être. Ils se donnent trois ans avant de se retrouver au même endroit : la surprise finale est de taille. C'est à cent coudées au-dessus de la pâle usurpation d'identité imaginée par Amélie Nothomb dans Le fait du prince.


Billet récapitulatif initialement publié le 23 novembre 2009.

mardi 28 mars 2017

Contes d'amour de folie et de mort

challenge des nationalités : URUGUAY
Horacio Quiroga - Éditions Métailié /Unesco.

Grâce à la WL de Mypianocanta, je viens de découvrir un nouvel auteur pour l'Amérique du Sud, qui plus est dans le domaine d'écriture que je préfère : les nouvelles d'inspiration fantastique dont Maupassant a été pour moi le premier représentant, inégalé pendant de longues années (depuis je me suis diversifiée...).
Horacio Quiroga fait se côtoyer réalité et terreur avec une maîtrise fascinante et il n'est pas rare que le texte débute sous toutes les apparences du simple témoignage - par ailleurs très intéressant dans un contexte étranger et exotique totalement dépaysant - puis échappe à toute solution rationnelle, soit qu'il s'agisse des mystères de l'esprit, soit que les événements inexplicables aboutissent à l'inconnu le plus effrayant. Comme chez Poe, ils portent le nom de Contes et mêlent fortement des composants extrêmes comme l'amour, la folie et la mort. Sur les quinze nouvelles du recueil (choisies par l'auteur) onze se terminent par une mort.

Intéressante préface où le traducteur s'explique sur ses partis pris destinés à ne pas trahir les intentions de l'auteur.
La poule égorgée : une fratrie d'attardés mentaux et une petite soeur choyée par un couple désuni
Les bateaux suicides : une explication presque rationnelle pour les vaisseaux fantômes
Le solitaire : un bijoutier mal marié et l'envie de son épouse pour les joyaux qu'il réalise
L'oreiller de plumes (horrible) : l'agonie d'une jeune mariée 
La mort d'Isolde (schéma d'écriture perturbant) : la vie en raccourci de la passion à la désillusion pour un amour perdu de vue
A la dérive (sens propre et figuré) : une morsure de serpent venimeux
L'insolation (narrateur un jeune chiot) : allégorie de la mort
Les barbelés (narrateur un cheval, personnages des vaches et un taureau) : le bonheur est dans le pré voisin
Les tâcherons : les ouvriers forestiers et les grands exploitants, un drame social qui m'a fait penser aux orpailleurs  
Yaguaï (narrateur un fox terrier) : terrible attachement d'un chien à son maître
Les pêcheurs de grumes (ma préférée) : équitable ? un vieux gramophone contre des meubles en bois de rose
Le miel sylvestre (horrible 2) : les dangers cachés de la nature sauvage, mais comme A la dérive, la mort est montrée comme un douce délivrance plutôt qu'un combat 
Une saison d'amour (drame en quatre actes) : amour juvénile et retrouvailles à l'âge adulte
La méningite et son ombre : fièvre délirante ou aveu subtil
Lecture solitaire : épilogue et éclairage sur l'auteur par Victor Fuenmayor


mardi 10 mai 2016

Les 20 ans de Bifrost

Pour ses 20 ans, Bifrost offre une rétrospective de ses publications année par année. Mon objectif est de lire une nouvelle par jour...

1996/ Jean-Jacques Nguyen – La Limite de Chandrasekhar (7)
Justine est aspirante sur le Lehman (clin d'oeil à l'auteur de la nouvelle suivant) : elle est envoyée comme chef de mission sur Madina, la planète aux fleurs (carnivores et hallucinogènes) mais il s'agit d'un guet-apens organisé par l'oligarchie qui gouverne la planète afin de monnayer les otages contre une réduction de peine pour avoir enfreint plusieurs lois de l'empire : anti-esclavagiste, anti-colonialiste, etc

1997/ Serge Lehman - L’Inversion de Polyphème (60)
Mick, Paul, Francis et Hugo dits la bande des Engoulevents, sont férus de SF, au point de voler les titres de la série Anticipation qu'ils ne peuvent s'acheter au libraire du coin. Blessé d'u coup de couteau, Paul porte un oeil de verre qui lui permet de voir une quatrième dimension, "repliée" dans la nôtre. Cela lui permet d'assister avec ses amis, au crash d'un curieux garçon monté sur un dinosaure. Mais les hommes en noir lancés à leurs trousses les menacent de représailles...
Cette nouvelle est truffée de références aux classiques de la SF et témoigne de la vocation d'écrivain installée dès l'adolescence de l'auteur.

1998/ Greg Egan – Vif Argent (112)
Un virus très actif conduit à la mort en quelques jours par desquamation massive. Les rares victimes secourues à temps, sont conservées dans un gel anesthésiant. La narratrice, chercheur en biologie, suit une piste sanglante pour trouver un porteur sain présumé qui se déplacerait d'est en ouest. Elle croise une curieuse communauté totalement interconnectée qui vit dans de minuscules villages de quelques centaines d'âmes. Ses membres pratiquent la quête du Sentier du bonheur par référence au Sentier de larmes des indiens cherokee déportés au siècle précédent.
Un point commun avec la nouvelle qui précède : la capacité à regarder au-delà des apparences et un questionnement du monde " réel ".

1999/ Michael Swanwick – La Vie des morts (150)
Je me suis un peu trompée mais à peine sur le sort que Courtney, redoutable chasseuse de tête, réservait à Donald dans ce monde où les zombies font une excellente main d'oeuvre, infatigable et docile.
La nouvelle est plutôt courte, comme de coutume chez cet auteur, mais elle est néanmoins ma préférée incontestable pour le moment, tant pour le style concis, essentiel que pour l'inspiration
challenge SFFF valide l'item 20 : société posthumaine

2000/ Thomas Day – Dirty Boulevard (165)
Un texte qui exploite l'exploration des bas-fonds : vices humains et monde underground habitué des catacombes confondus, à travers l'histoire d'un urgentiste attiré par une jeune femme gothique en mal d'expériences extrêmes. Un nouveau rendez vous manqué avec l'auteur, comme à mon habitude, je n'ai pas aimé, c'est pourtant bien écrit, plein de références, mais trop tordu. J'ai pensé à Poppy White.

2001/ Bruce Holland Rogers – L’Autre Bord (209)
Conserver l'esprit humain dans une enveloppe artificielle est le sujet de nombreuses nouvelles. Maas et Richardson ont créé ensemble une fascinante machine " LAB " capable de traiter des données à l'égal d'un esprit humain. A la mort de leur sponsor, ils décident de reconstituer sa personnalité à partir des souvenirs de dizaines de personnes qui l'ont connu, puis ils se servent de la reconstruction pour continuer à communiquer sur le projet. Mais si Maas veut accéder à l'immortalité, Richardson se pose des questions sur le passage, la mort.

2002/ Karl Schroeder – Le Dragon de Pripiat (239)
Le nom me rappelait un souvenir, mais je ne m'attendais vraiment pas à ce sujet de nouvelle... puis le souvenir s'est précisé avec la description des abords, de la route, de la forêt... plus avant dans ma lecture, plus aucun doute, c'est de la même veine que Printemps à Tchernobyl d'Emmanuel Lepage.
J'ai beaucoup aimé ce texte, Gennary chasseur de primes des temps modernes et Lisaveat qui m'a fait penser à une autre hackeuse prénommée Lisbeth.

2003/ Philippe Caza – Les pierres vivent lentement  (285)
J'aime ce que le monsieur dessine, mais il écrit un peu de la même façon, avec une matière très visuelle, poétique ; la nouvelle m'a évoqué une sorte de mythe de Pygmalion inversé ou Une Vénus d'Ille moins inquiétante, plus subtile mais néanmoins effrayante par son caractère inéluctable.
Au rang 3 actuel de mes préférences,

2004/ Xavier Mauméjean – La Faim du monde (298)
Une autre sorte d'artiste - un cuisinier universel qui pour le compte des Nations Unies règle les différends entre les peuples - mais une cérémonie qui ressemble au happening de Yoss dans une des nouvelles qui composent Planète à louer. Ici ce sont des extraterrestres blasés de nouveautés qui assistent au spectacle de la mise à mort théâtralisée de l'artiste, là ce sont des diplomates de toutes les nations qui goûtent aux mets confectionnés dans les traditions culinaires du monde entier qui communie à la paix par le repas sacrificiel d'un homme, figure christique volontaire.
Le texte oscille à la frontière de l'horreur et de l'esthétique absolues.

2005/ Jacques Barbéri – L’Âme des sondeurs (319)
Kougar et Isadora sont des sondeurs qui découvrent en Kaliandra le Paradis recherché par leur vaisseau pour le compte du Nouveau Rédempteur. Mais la planète est occupée par des humanoïdes télépathes, accueillants et heureux. L'installation de la cathédrale est sur le point de transformer leur monde en enfer. Les âmes recueillies par les Kaliandrais, associées à Kougar et Isadora, sur un scénario imaginé par Donatello vont parvenir à éliminer le danger. Ode à la liberté

2006/ Catherine Dufour – La liste des souffrances autorisées (344)
autre texte de l'auteur  « Je ne suis pas une légende », in Bifrost 30
La nouvelle décrit une société future où le marketing à outrance est sans limite, comme dans Soda et Cie de Max Barry, mais où le simulacre édoniste est maintenu grâce à de la nouvelle cuisine aussi virtuelle qu'improbable servie dans des cadres paradisiaques pour noctambules blasés
au rang de mes préférées à classer au final

2007/ Alastair Reynolds– Un espion sur Europe (365)
La colonisation des océans et des planètes lointaines se rejoint dans cette nouvelle cruelle, une très belle première partie, lénifiante, enthousiasmante quand le héros découvre les réussites de la Démarchie, puis une seconde partie qui bascule dans ce que le titre annonce, une affaire d'espionnage où tous les coups sont permis.
valide l'item transhumaniste

2008/ Stéphane Beauverger– Origam-X (390)
Basée sur une relation SM futuriste, cette nouvelle pour adultes où tout est suggéré, mais rien n'est dit, est (presque) à mettre entre toutes les mains, le malaise n'en est que plus insidieux. Ce n'est pas la première de ce recueil qui questionne de façon extrême le processus artistique en le reliant aux effets de la drogue et/ou de l'accoutumance, de l'art total, etc

2009/ Lucas Moreno– Demain les eidolies (408)
Desmond Torrent est le père de la maïeutique de surface ou l'art de faire émerger aux yeux du profane les eidolies qui peuplent toute surface plane. Le professeur Shaninsky a commencé une thèse sur l'artiste avant qu'il ne disparaisse... pour le convoquer étrangement une dizaine d'années plus tard. Mais l'étudiant n'est-il que le fruit de l'imagination du savant ou le savant lui-même la création d'un artiste supérieur ? La créature pensante née d'une créature se pensant pensante... comme des gigognes emboîtées qui vont bien plus loin que le titre déjà le laissait imaginer.

2010/ Laurent Genefort– Rempart (429)
déjà téléchargé sur Bifrost et lu la suite Points chauds

2011/ Jérôme Noirez– Faire des algues (452)
La Lisière est un monde en équilibre sur la réalité du nôtre par un point tangent. Pourtant un salon des écrivains y a lieu, avec ses artifices et ses figurants : organisatrice, invités, public... Sous la loupe de l'auteur, les petits travers des uns et des autres apparaissent à peine grossis un peu décalés mais bizarrement proches, comme dans une homothétie.

2012/ Christian Léourier– La Source (472)
Un peuple migrateur, vivant de frugalité confronté à une entité extraterrestre très avancée qui teste sur eux les conséquences d'offrandes de nourriture, de technologie... Un vieux Sachant qui attend le retour de sa fille malgré l'hiver. Une nouvelle ouverte qui questionne sans tenter de réponse

2013/ Thierry Di Rollo– Le Choix du quêteur (492)
Blom est un quêteur, un enquêteur qui cherche à faire la part des responsabilités dans des accidents spatiaux à partir de la reconstitution des scènes ultimes grâce aux prélèvements d'holums (hologrammes des intervenants) sur les lieux. Il s'attache à certains d'entre eux et ne parvient pas à les laisser disparaître totalement. Martha Brodie est la plus déconcertante de tous les holums qu'il a détournés du néant.

2014/ Léo Henry– Le Major dans la perpendiculaire (513)
Une nouvelle autour de l'univers de Boris Vian, avec plein d'auteurs dedans et une histoire d'uchronie loufdingue, mais tout finit bien d'aplomb comme dans les récits linéaires que Gustave le robot apprécie de lire

2015/ Mélanie Fazi– La Clé de Manderley (535)
En allusion très transparente à l'univers de Daphné du Maurier (Rebecca et Maxime de Winter dont j'ai adoré la lecture au lycée) cette nouvelle fantastique gravite autour du patrimoine cinématographique, du travail de mémoire et d'oubli, mais aussi des façons de passer "derrière le miroir" à la manière de Lewis Carol.

bilan SFFF :
deux auteures
un seul auteur métissé
des auteurs traduits
du planet et même du space op
du fantastique et des mondes parallèles
des IA et des humains augmentés
etc
valide l'item 19 : recueil de nouvelles

vendredi 11 mars 2016

18 très courtes nouvelles anglaises et américaines

Couverture 18 très courtes nouvelles anglaises et américainesEn édition bilingue, textes présentés, traduits et annotés par Henri Yvinec
La mare dans le désert (la fable du héron revisitée)
Le gentleman venu d'ailleurs (point de vue)
L'homme et son ami (on n'est jamais trahi que par ses proches)
La jeune fille à la rose rouge (mauvaise intuition)
Choix de couleurs (dénuement n'est pas pauvreté)
La femme ou le tigre ? (une fin ouverte, affaire de confiance)
Arrestation (fuite impossible)
La grande salle du comte (frayeur mortelle)
Distraction chez les musiciens d'une paroisse (réchauffement fatal)
L'avocat et le fantôme (négociation)
Avec mon affection et mon estime (brassées de fleurs coupées)
Les cinq aubaines de la vie (mauvais choix)
Le chagrin d'une mère (détresse)
Agnès Surriage (reconnaissance tardive)
La réserve de lady Anne (querelle)
Tard dans la soirée (vieille fille)
L'idylle de l'oncle Abraham (banshee)
Pains de sorcières (pleine de bonnes intentions)




mercredi 9 mars 2016

Dix ans sous la bleue

Je me sens déçue par la lecture de ce recueil de textes en hommage à la bleue de Stock à l'occasion de l'anniversaire de la collection, qui s'apparente à une litanie d'auteurs (peu) inspirés par leur première fois ou comment ils ont eu l'occasion de pénétrer, le coeur battant d'espoir ou au contraire presque par inadvertance, le cercle étroit des écrivains publiés par la prestigieuse maison.

dimanche 3 janvier 2016

Petits crimes japonais


Kyōtarō Nishimura a écrit ce recueil à la fin des années 1970. Le titre et le contenu ne sont pas sans me rappeler les Petits crimes conjugaux d'Eric Emmanuel Schmitt. L'auteur présente huit nouvelles déconcertantes, insolites et cruelles dont les deux premières vérifient le principe selon lequel les principaux suspects de meurtre sont les conjoints. Mais ici, les mobiles ne sont pas seulement sordides, ils sont parfois totalement inattendus : exemple, un policier commet des délits pour envoyer les "coupables" en prison et les soustraire ainsi aux rigueurs de l'hiver.
Les personnages de cette galerie de portraits sont plutôt ordinaires, peu ambitieux, usés par une existence morne et sans envergure, si ce n'est qu'à un moment de leur vie, la découverte d'une passion dévorante les transforme radicalement :
- pour les pickpockets du métro tokyoïte (une chute subtile)
- pour le vol par procuration (un retournement de situation pitoyable pour le policier humaniste)
- pour la prodigalité (Le jeu de la charité, un conte dans l'esprit de La peau de chagrin et autres tentations-pièges)
- pour le meurtre de sang froid (un serial killer peu ordinaire)
- pour le chantage (un maître chanteur sympathique)
- pour les héritages (une voisine froidement manipulatrice)
sans oublier la jeune fille qui risque le double homicide involontaire pour le banal vol d'une poêlée de fèves et l'étrange affaire d'un extraterrestre qui devient le complice de 96 000 criminels !

vendredi 31 juillet 2015

Planète à louer

Destination : Cuba

L'univers de Yoss m'a emportée, émue, séduite, questionnée, intriguée... en passe d'égalité avec Laurent Genéfort ce qui n'est pas peu dire (dommage que son oeuvre soit plus réduite). Je ne regrette pas de l'avoir versé un jour dans ma WL et je remercie grandement Asmn qui l'a distingué parmi tous mes souhaits et me l'a offert.
Des cinq longues nouvelles accompagnées de cinq courts de contextualisation il n'y a rien à retrancher, sinon ajouter que j'aurais aimé que l'immersion dure un peu plus longtemps. L'auteur prévient que le rapprochement avec Cuba des années 90's est voulu. Sans avertissement l'évidence est la plus sensible avec le texte Tunnel de fuite et m'a rappelé un film (dont j'ai oublié le titre mais je vais le rechercher) montrant la volonté de quitter la terre natale et les tentatives de fuite sur des chambres à air.
Les personnages sont forts et marquants, même ToiGrandeBrute, le Colossien méprisé par les siens car de trop petite taille. D'un texte à l'autre, les épisodes se répondent, montrant des points de vue différents qui construisent peu à peu une histoire globale, et dessinent une image de désolation tous azimuts. Après le Contact avec les espèces extraterrestres, les xénoïdes, et leur Ultimatum, la Terre est devenue une destination vouée au tourisme sexuel où la majorité de la population asservie essaie juste de survivre. Planète à louer est à la fois un texte engagé à très forte résonnance et une oeuvre de SF complète, magistrale, envoûtante comme le spectacle ultime de Moy.
Pour conclure, une couverture parfaitement adéquate, qui me rappelle je suis une légende... le dernier homme

dimanche 5 avril 2015

Les perles du temps

Les perles du temps de Gérard Klein regroupent des oeuvres de jeunesse (21 ans) rééditées par le Bélial sous le titre Mémoire vive, mémoire morte.  Les nouvelles montrent déjà le foisonnement des univers explorés, les préoccupations, questionnements et orientations futurs de l'auteur.  Je n'ai pas du tout accroché à certains textes, plutôt des prémices un peu lourdes ou des réflexions organisées qu'une réelle exploitation littéraire de l'idée de départ.  Pour d'autres, j'ai été conquise par le monde proposé, dans le format adéquat de la nouvelle, voire parfois j'aurais aimé m'y attarder à la faveur d'un développement plus long.
- Tels des miroirs gelés (horreur/manipulation/mort)
- Le monstre (absorption/fusion/solitude extraterrestre)
- Une place au balcon (nucléaire/Lune/contraction spatio-temporelle)
- La vieille maison (architecture/urbanisme/libre arbitre)
- En vacances (double et parallèle)
- Les abandonnés (mondes parallèles)
- La fête (feu d'artifice/entité volatile)
- Les hôtes (urbanisme/anthropologie/art vivant)
- Le grand concert
- L'écume du soleil
- Trois versions d'un événement (culpabilité/barrières mentales/folie)
- Les voix de l'espace (voyage insterstellaire/vie extraterrestre/temps relatif)
- Impression de voyage
- Les évadés
- Bruit et silence (télépathie/isolement/mutant)
- Civilisation 2190
- Les prisonniers
- Point final (écriture/invention/créatures/existence)

mercredi 25 mars 2015

La triste fin du petit enfant huître et autres histoires

Sans Ailanna que je remercie d'avoir glissé une contrainte lire en anglais dans le bingo littéraire, je n'aurais pas découvert cette édition bilingue de la collection 10/18 domaine étranger, à la superbe reliure toilée.
Le recueil de textes poétiques, magiques et mystérieux, est illustré par l'auteur en personne : Tim Burton exprime d'un trait grêle les affres de ces êtres malingres, mal aimés, étranges, inachevés qu'il imagine, des enfants monstrueux impossibles à assumer par leurs parents. Il décrit en quelques vers l'amour et le désespoir, puisant son inspiration au vieux fonds traditionnel des contes et du désir d'enfant.
Jamais je n'aurais osé imaginer tant elle est raide La triste fin du petit enfant huître... ni celle de dizaines d'autres personnages aussi peu adaptés à la vie humaine : l'enfant toxique qui meurt d'un bol d'air frais, l'enfant momie qui finit en piñata lors d'un anniversaire mexicain, la fille-lit qui devient un tendre couchage couette incluse, le bébé ancre qui finit par entraîner sa mère au fond, mais aussi Brindille, triste Pierrot amoureux d'une Allumette et les autres : l'enfant robot, l'enfant tache, la fille vaudou, l'enfant brie, la reine pelote-à-épingles, l'enfant tête de melon, le gamin pingouin.
La traduction de René Belletto que je soupçonne de se laisser parfois emporter par le sens, ne me semble pas toujours strictement littérale, mais restitue l'imaginaire poétique de l'auteur. A sa décharge, le français ne sera jamais d'une aussi grande concision conceptuelle que l'anglais. 

vendredi 19 décembre 2014

Le roi d'Afghanistan ne nous a pas mariés

Premier roman - Français - 2007
Ingrid Thobois a vécu 18 mois en Afghanistan comme professeur de français. Son premier roman dessine à son avantage un pays qui ne brille pas par sa réputation aux yeux du grand public. Elle construit par petits chapitres un livre rare, qui suit une narration un peu décousue mais romantique, basé sur la découverte empathique d'un pays et l'amour impossible pour Nathan, son recruteur, une quinquagénaire déjà mari et père. Le roi d'Afghanistan ne nous a pas mariés me fait penser, dans son propre style, à Un thé sur le divan bleu où Natasha Ilum Berg signe un hymne à l'amour qui confond la passion d'un homme et d'un pays, l'Afrique du Sud.

mercredi 5 novembre 2014

Chasseurs de chimères

L'âge d'or de la SF française, textes réunis par Serge Lehman
Prix spécial Bob Morane 2007

extrait du résumé :
Démontrant une modernité insoupçonnée, les romans et nouvelles qui composent ce recueil abordent - et parfois inventent - la plupart des thèmes classiques du genre :  le space-opera (La Roue fulgurante), la lutte contre des envahisseurs invisibles (Le Péril bleu), la survie d'hommes préhistoriques à notre époque (Les Dieux rouges), la conscience artificielle (Après la grande migration), l'immortalité de l'esprit (Le Peseur d'âmes), la menace de l'extermination (Les Signaux du soleil) ou la domination d'une espèce (L'Apparition des surhommes)

" Cette vérité qui, jusque là, nous était demeurée invisible, l'anthologiste nous met le nez dessus : il a existé une authentique science-fiction de langue française entre Jules Verne et René Barjavel. " (Ugo Bellagamba)

" Nous sommes entrés, confiants, dans la chronomachine mais qui donc est aux commandes ? [On] se retourne, horreur, c'est Vaugelas " Daniel Drode pour caractériser la dichotomie entre le fond : l'imaginaire lié au merveilleux scientifique et la forme dépassée du roman bourgeois, dont la chute deviendra irréversible au moment de la deuxième guerre mondiale.

Les textes compilés et réunis par Serge Lehman battent en brèche la conviction souvent répandue que l'invention du genre est le fait des anglo-américains. Alors que l'Europe exsangue est occupée à se reconstruire, perdure depuis le XIXème siècle une authentique veine francophone de la science fiction, une école alors dénommée merveilleux-scientifique, constitutive d'un patrimoine littéraire original.

- J.-H. Rosny-Aîné, Les Xipéhuz (invasion sur Terre d'une espèce non anthropomorphe)
- Jean de La Hire, La Roue fulgurante (voyage interplanétaire de cinq personnes enlevées dans les airs)
- Octave Béliard, La Découverte de Paris (exploration polaire sur le site de l'ex-capitale française)
- Maurice Renard, Le Péril bleu (menace céleste d'êtres invisibles)
- Michel Epuy , Anthéa (apparition éphémère d'un nouveau satellite terrestre)  ♥♥♥ 
- Jean d'Esme, Les Dieux rouges (sorcellerie et survivance d'hommes préhistoriques en Cochinchine)
- Claude David, Après la grande migration  (transplantation cérébrale)
- Raoul Brémond, Par-delà l'univers  (voyage dans la 4ème dimension)
- André Maurois, Le Peseur d'âmes  (métempsychose assistée )
- Jacques Spitz, Les Signaux du soleil  (partage convenu du manteau gazeux de la Terre)
- B.R. Bruss, L'Apparition des surhommes  (peut on parler d'une exvasion comme antonyme d'une invasion ?)



Source : Noosfere 
1 - Serge LEHMAN, Hypermondes perdus, pages I à XXVI, Préface
2 - Joseph-Henri ROSNY AÎNÉ, Les Xipéhuz, pages 7 à 35
3 - Jean de LA HIRE, La Roue fulgurante, pages 37 à 244, Roman
4 - Octave BÉLIARD, La Découverte de Paris, pages 245 à 263
5 - Maurice RENARD, Le Péril bleu, pages 265 à 543, Roman
6 - Michel EPUY, Anthéa, pages 545 à 565
7 - Jean d' ESME, Les Dieux rouges, pages 577 à 781, Roman
8 - Claude DAVID, Après la grande migration, pages 783 à 808
9 - Raoul BRÉMOND, Par-delà l'univers, pages 809 à 874, Roman
10 - André MAUROIS, Le Peseur d'âmes, pages 875 à 934
11 - Jacques SPITZ, Les Signaux du soleil, pages 935 à 1056, Roman
12 - B.R. BRUSS, L'Apparition des surhommes, pages 1057 à 1222, Roman
13 - Serge LEHMAN, Les Auteurs, pages 1223 à 1240, Dictionnaire d'auteurs

dimanche 26 octobre 2014

Zombies contre licornes

Holly Black, amoureuse des licornes et Justine Larbalestier, fan de zombies, se sont lancé dans un formidable défi : convaincre le plus de lecteurs possible de rejoindre leur camp ! Deux équipes de six auteurs célèbres, essentiellement féminins, ont choisi leur créature préférée…
Le débat n'est pas nettement tranché, car dans leur genre toutes les nouvelles qui suivent sont de qualité mais je dois avouer que sans le challenge bingo auquel je participe, jamais je ne serais allée vers ce livre n'étant fan ni des unes ni des autres.

Le camp des licornes met en scène l'animal magique dans des configurations qui échappent partiellement aux représentations usuelles :
- justicière, manichéenne, altière  La plus haute justice  de Garth Nix
- menteuse, roublarde, imprévisible  Test de pureté  de Naomi Novik
- pathétique, émouvante, secrète  Un millier de fleurs  de Margo Lanagan
- sauvage, agressive et féroce  Prendre soin de son bébé licorne (tueuse)  par Diana Peterfreund
- manipulatrice, torturée et perverse  La troisième vierge  par Kathleen Duey


Mes préférées sont celles où les licornes sont à contre-emploi ou font le plus mauvaise figure. Sans doute la raison pour laquelle l'histoire qui m'a le moins plu, même si les clichés sont volontairement outrés pour mieux en tirer parti, est celle de Meg Cabot.
Le point de départ est la fête d'anniversaire surprise d'une jeune fille trop grande pour croire aux contes de fée. Sa tante richissime lui envoie en cadeau un animal familier incongru, une licorne génétiquement reconstituée. L'auteur doit avoir l'intention de clouer le bec à son héroine qui se plaint de vivre dans l'Indiana où rien n'arrive jamais ! Le moindre défaut du bel animal est son nom  Princesse Petite-Culotte : sublimement belle, loyale et dévouée, sa respiration est de fleurs et ses pets d'arc-en-ciel (je comprends mieux maintenant les figurines pailletées, mauves, roses et bleues, avec lesquelles jouent les petites filles). Au début, l'héroine n'en veut pas, déçue de ne pas avoir reçu une voiture ou le dernier téléphone. Mais elle voit bientôt le parti qu'elle peut en tirer (après avoir envisagé de la vendre sur ebay) pour se faire mieux respecter.

 


50 billets, 50 états
Venice, INDIANA





Camp des zombies
Alaya Down Johnson Love will tear us apart
Carrie Ryan Bougainvillées
Maureen Johnson Les enfants de la révolution
ce texte me donne une meilleure opinion de l'auteur de 13 petites enveloppes
Scott Westerfeld Inoculata
uni à la ville avec Justine Larbalestier, il ne peut qu'appartenir au clan des zomies
d'ailleurs, il faudrait bien que je finisse mon billet sur ses deux romans A-Apocalypse et V-Virus
Cassandra Clare Les mains froides
un couple mixte mort/vivante où l'amour triomphe
Libba Bray Dernier bal
le cannibalisme des parents envers les enfants, un thème éternel

jeudi 4 septembre 2014

Légendes d'automne

L'homme qui abandonna son nom, en trio avec Une vengeance et Légendes d'automne de Jim Harrison

L'introduction de Serge Lentz (le traducteur) présente Cochran, Nordstrom et Tristan comme des héros : je ne crois pas qu'ils soient vraiment héroïques, sauf à l'entendre marqués par une destinée. Ce sont à tout le moins trois hommes qui sortent de l'ordinaire, anticonformistes, inattendus, dont l'histoire, servie par une écriture limpide nous prend dans ses filets et ne nous lâche plus. Chacun va au bout de son histoire, si ce n'est au bout de sa vengeance et j'ai trouvé que moralement ces courts romans étaient assez exemplaires. Par ailleurs, ces hommes rudes sont à l'image de la région qui les a vus naître. En définitive, il s'agit d'histoires d'amour impérissables comme on n'en voit que dans les films ou la littérature. Une bien belle découverte pour  le challenge 50 états, 50 billets





MONTANA, WISCONSIN