mardi 10 mai 2016

Les 20 ans de Bifrost

Pour ses 20 ans, Bifrost offre une rétrospective de ses publications année par année. Mon objectif est de lire une nouvelle par jour...

1996/ Jean-Jacques Nguyen – La Limite de Chandrasekhar (7)
Justine est aspirante sur le Lehman (clin d'oeil à l'auteur de la nouvelle suivant) : elle est envoyée comme chef de mission sur Madina, la planète aux fleurs (carnivores et hallucinogènes) mais il s'agit d'un guet-apens organisé par l'oligarchie qui gouverne la planète afin de monnayer les otages contre une réduction de peine pour avoir enfreint plusieurs lois de l'empire : anti-esclavagiste, anti-colonialiste, etc

1997/ Serge Lehman - L’Inversion de Polyphème (60)
Mick, Paul, Francis et Hugo dits la bande des Engoulevents, sont férus de SF, au point de voler les titres de la série Anticipation qu'ils ne peuvent s'acheter au libraire du coin. Blessé d'u coup de couteau, Paul porte un oeil de verre qui lui permet de voir une quatrième dimension, "repliée" dans la nôtre. Cela lui permet d'assister avec ses amis, au crash d'un curieux garçon monté sur un dinosaure. Mais les hommes en noir lancés à leurs trousses les menacent de représailles...
Cette nouvelle est truffée de références aux classiques de la SF et témoigne de la vocation d'écrivain installée dès l'adolescence de l'auteur.

1998/ Greg Egan – Vif Argent (112)
Un virus très actif conduit à la mort en quelques jours par desquamation massive. Les rares victimes secourues à temps, sont conservées dans un gel anesthésiant. La narratrice, chercheur en biologie, suit une piste sanglante pour trouver un porteur sain présumé qui se déplacerait d'est en ouest. Elle croise une curieuse communauté totalement interconnectée qui vit dans de minuscules villages de quelques centaines d'âmes. Ses membres pratiquent la quête du Sentier du bonheur par référence au Sentier de larmes des indiens cherokee déportés au siècle précédent.
Un point commun avec la nouvelle qui précède : la capacité à regarder au-delà des apparences et un questionnement du monde " réel ".

1999/ Michael Swanwick – La Vie des morts (150)
Je me suis un peu trompée mais à peine sur le sort que Courtney, redoutable chasseuse de tête, réservait à Donald dans ce monde où les zombies font une excellente main d'oeuvre, infatigable et docile.
La nouvelle est plutôt courte, comme de coutume chez cet auteur, mais elle est néanmoins ma préférée incontestable pour le moment, tant pour le style concis, essentiel que pour l'inspiration
challenge SFFF valide l'item 20 : société posthumaine

2000/ Thomas Day – Dirty Boulevard (165)
Un texte qui exploite l'exploration des bas-fonds : vices humains et monde underground habitué des catacombes confondus, à travers l'histoire d'un urgentiste attiré par une jeune femme gothique en mal d'expériences extrêmes. Un nouveau rendez vous manqué avec l'auteur, comme à mon habitude, je n'ai pas aimé, c'est pourtant bien écrit, plein de références, mais trop tordu. J'ai pensé à Poppy White.

2001/ Bruce Holland Rogers – L’Autre Bord (209)
Conserver l'esprit humain dans une enveloppe artificielle est le sujet de nombreuses nouvelles. Maas et Richardson ont créé ensemble une fascinante machine " LAB " capable de traiter des données à l'égal d'un esprit humain. A la mort de leur sponsor, ils décident de reconstituer sa personnalité à partir des souvenirs de dizaines de personnes qui l'ont connu, puis ils se servent de la reconstruction pour continuer à communiquer sur le projet. Mais si Maas veut accéder à l'immortalité, Richardson se pose des questions sur le passage, la mort.

2002/ Karl Schroeder – Le Dragon de Pripiat (239)
Le nom me rappelait un souvenir, mais je ne m'attendais vraiment pas à ce sujet de nouvelle... puis le souvenir s'est précisé avec la description des abords, de la route, de la forêt... plus avant dans ma lecture, plus aucun doute, c'est de la même veine que Printemps à Tchernobyl d'Emmanuel Lepage.
J'ai beaucoup aimé ce texte, Gennary chasseur de primes des temps modernes et Lisaveat qui m'a fait penser à une autre hackeuse prénommée Lisbeth.

2003/ Philippe Caza – Les pierres vivent lentement  (285)
J'aime ce que le monsieur dessine, mais il écrit un peu de la même façon, avec une matière très visuelle, poétique ; la nouvelle m'a évoqué une sorte de mythe de Pygmalion inversé ou Une Vénus d'Ille moins inquiétante, plus subtile mais néanmoins effrayante par son caractère inéluctable.
Au rang 3 actuel de mes préférences,

2004/ Xavier Mauméjean – La Faim du monde (298)
Une autre sorte d'artiste - un cuisinier universel qui pour le compte des Nations Unies règle les différends entre les peuples - mais une cérémonie qui ressemble au happening de Yoss dans une des nouvelles qui composent Planète à louer. Ici ce sont des extraterrestres blasés de nouveautés qui assistent au spectacle de la mise à mort théâtralisée de l'artiste, là ce sont des diplomates de toutes les nations qui goûtent aux mets confectionnés dans les traditions culinaires du monde entier qui communie à la paix par le repas sacrificiel d'un homme, figure christique volontaire.
Le texte oscille à la frontière de l'horreur et de l'esthétique absolues.

2005/ Jacques Barbéri – L’Âme des sondeurs (319)
Kougar et Isadora sont des sondeurs qui découvrent en Kaliandra le Paradis recherché par leur vaisseau pour le compte du Nouveau Rédempteur. Mais la planète est occupée par des humanoïdes télépathes, accueillants et heureux. L'installation de la cathédrale est sur le point de transformer leur monde en enfer. Les âmes recueillies par les Kaliandrais, associées à Kougar et Isadora, sur un scénario imaginé par Donatello vont parvenir à éliminer le danger. Ode à la liberté

2006/ Catherine Dufour – La liste des souffrances autorisées (344)
autre texte de l'auteur  « Je ne suis pas une légende », in Bifrost 30
La nouvelle décrit une société future où le marketing à outrance est sans limite, comme dans Soda et Cie de Max Barry, mais où le simulacre édoniste est maintenu grâce à de la nouvelle cuisine aussi virtuelle qu'improbable servie dans des cadres paradisiaques pour noctambules blasés
au rang de mes préférées à classer au final

2007/ Alastair Reynolds– Un espion sur Europe (365)
La colonisation des océans et des planètes lointaines se rejoint dans cette nouvelle cruelle, une très belle première partie, lénifiante, enthousiasmante quand le héros découvre les réussites de la Démarchie, puis une seconde partie qui bascule dans ce que le titre annonce, une affaire d'espionnage où tous les coups sont permis.
valide l'item transhumaniste

2008/ Stéphane Beauverger– Origam-X (390)
Basée sur une relation SM futuriste, cette nouvelle pour adultes où tout est suggéré, mais rien n'est dit, est (presque) à mettre entre toutes les mains, le malaise n'en est que plus insidieux. Ce n'est pas la première de ce recueil qui questionne de façon extrême le processus artistique en le reliant aux effets de la drogue et/ou de l'accoutumance, de l'art total, etc

2009/ Lucas Moreno– Demain les eidolies (408)
Desmond Torrent est le père de la maïeutique de surface ou l'art de faire émerger aux yeux du profane les eidolies qui peuplent toute surface plane. Le professeur Shaninsky a commencé une thèse sur l'artiste avant qu'il ne disparaisse... pour le convoquer étrangement une dizaine d'années plus tard. Mais l'étudiant n'est-il que le fruit de l'imagination du savant ou le savant lui-même la création d'un artiste supérieur ? La créature pensante née d'une créature se pensant pensante... comme des gigognes emboîtées qui vont bien plus loin que le titre déjà le laissait imaginer.

2010/ Laurent Genefort– Rempart (429)
déjà téléchargé sur Bifrost et lu la suite Points chauds

2011/ Jérôme Noirez– Faire des algues (452)
La Lisière est un monde en équilibre sur la réalité du nôtre par un point tangent. Pourtant un salon des écrivains y a lieu, avec ses artifices et ses figurants : organisatrice, invités, public... Sous la loupe de l'auteur, les petits travers des uns et des autres apparaissent à peine grossis un peu décalés mais bizarrement proches, comme dans une homothétie.

2012/ Christian Léourier– La Source (472)
Un peuple migrateur, vivant de frugalité confronté à une entité extraterrestre très avancée qui teste sur eux les conséquences d'offrandes de nourriture, de technologie... Un vieux Sachant qui attend le retour de sa fille malgré l'hiver. Une nouvelle ouverte qui questionne sans tenter de réponse

2013/ Thierry Di Rollo– Le Choix du quêteur (492)
Blom est un quêteur, un enquêteur qui cherche à faire la part des responsabilités dans des accidents spatiaux à partir de la reconstitution des scènes ultimes grâce aux prélèvements d'holums (hologrammes des intervenants) sur les lieux. Il s'attache à certains d'entre eux et ne parvient pas à les laisser disparaître totalement. Martha Brodie est la plus déconcertante de tous les holums qu'il a détournés du néant.

2014/ Léo Henry– Le Major dans la perpendiculaire (513)
Une nouvelle autour de l'univers de Boris Vian, avec plein d'auteurs dedans et une histoire d'uchronie loufdingue, mais tout finit bien d'aplomb comme dans les récits linéaires que Gustave le robot apprécie de lire

2015/ Mélanie Fazi– La Clé de Manderley (535)
En allusion très transparente à l'univers de Daphné du Maurier (Rebecca et Maxime de Winter dont j'ai adoré la lecture au lycée) cette nouvelle fantastique gravite autour du patrimoine cinématographique, du travail de mémoire et d'oubli, mais aussi des façons de passer "derrière le miroir" à la manière de Lewis Carol.

bilan SFFF :
deux auteures
un seul auteur métissé
des auteurs traduits
du planet et même du space op
du fantastique et des mondes parallèles
des IA et des humains augmentés
etc
valide l'item 19 : recueil de nouvelles

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