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dimanche 18 octobre 2020

10 Histoires de chiens

 

Défi Cortex : 13ème participation et JOKER
Autour d'une saison G1-3 : initiale C 
Demain les chiens (City - 1952) 

Le recueil a été immédiatement traduit en français par Jean Rosenthal pour le Club français du livre. Une nouvelle traduction française par Pierre-Paul Durastanti est parue en 2013 aux éditions J'ai lu. LIRE

Les huit nouvelles décousues qui composent le recueil de Clifford D. Simak racontent plusieurs épopées, non seulement celle des Hommes, mais aussi celles de certains de leurs contemporains. Les chiens, les mutants, les robots, les fourmis, en parallèle et avec un état de conscience qui est propre à chaque entité, expérimentent  une société basée sur le psychisme, la technologie, etc. C'est de la même veine que Pierre Boulle mais en plus complexe que La planète des singes. Mis bout à bout, les huit contes et légendes forment un ensemble chronologique que les chiots écoutent à la veillée et que les commentaires des exégètes interrogent encore, malgré plusieurs milliers d'années d'évolution et de controverse, de Tige qui est pour des fondements véridiques à l'origine des récits à son détracteur principal, partisan de la fable mythologique sans aucune véracité historique. 

Les derniers hommes ont quitté la Terre pour Jupiter où ils vivent sous une forme extrahumaine, les ultimes survivants ont régressé tandis que leurs ancêtres dorment dans une cité blockhaus à Genève. Les seuls à les avoir côtoyés et à se souvenir parfaitement d'eux sont Jenkins, le robot Webster multimillénaire, qui continue à veiller sur le développement de la civilisation canine et Andrews, un robot contremaître. En guise de dernier recours toutefois, la Terre ayant abdiqué la violence et l'intolérance sous l'influence des chiens, est sauvée des Horlas par la nature foncière de l'homme.

Les chiens de Détroit
Jérôme Loubry signe ce premier roman sélectionné pour le prix du Goéland masqué, mais il possède déjà toutes les qualités maîtrisées d'un grand polar, mélange de bon style, scénario complexe, personnages fouillés, ambiance stressante. Dans une construction à rebours qui ne spoile pourtant rien du dénouement final, l'auteur montre qu'on peut paraître dévoiler la solution dès les premières pages et balader son lecteur pendant les deux cents suivantes ! La récidive d'un serial killer à une quinzaine d'années d'intervalle après qu'il a échappé une première fois à une arrestation musclée met la police et les édiles de la ville sur les dents. Le commissaire Craig réunit en binôme sa meilleure inspectrice Sarah Berkhamp et Stan Mitchell l'inspecteur précédemment chargé de l'affaire pour qu'ils résolvent vite et bien ces meurtres d'enfants de nouveau attribués au " Géant de brume ". L'ambiance dégradée de la ville - Motown pour Motor Town à cause des usines qui ont fait sa fortune - qui sombre désormais dans la faillite, le chômage, la misère et la décrépitude après un passé orgueilleusement florissant, est à l'unisson de l'humeur des deux inspecteurs, qui conservent beaucoup de fantômes dans leurs placards, dont fait partie le fameux croquemitaine local.
Lu le 17 novembre 2018

Peggy Sue et les fantômes : le jour du chien bleu 
Décidément, la lecture de Serge Brussolo n'est pas pour moi. J'ai beaucoup de mal avec ses livres, quels que soient les genres abordés, qui sont pourtant nombreux. Je viens d'essayer un roman jeunesse et je n'ai pas plus accroché qu'avec ses nouvelles. Peggy Sue, l'infortunée, en proie aux farces malveillantes des Invisibles qu'elle est seule à déranger car elle les voit, ne m'a pas apitoyée, ni convaincue. Les autres personnages sont inconsistants. Quant à l'histoire, entre Ghost Buster sans l'humour et La ferme des animaux sans la réflexion, je ne m'y suis pas intéressée. Il y a une suite, multiple, mais je ferai sans.
Lu le 15 septembre 2017

Des yeux de chien bleu
Tour du monde : ARGENTINE
J'ai voulu tester ma capacité à apprécier l'écriture de Gabriel Garcia Marquèz dans un genre qui me convient particulièrement, avant de m'atteler à son oeuvre majeure L'amour au temps du choléra ou Cent ans de solitude... et je n'ai pas accroché à l'imaginaire de l'auteur en dépit de son style. J'ai retiré de la lecture de ce recueil de onze nouvelles, les premières écrites par le prix Nobel colombien et restées inédites en France jusqu'en 1991, une impression répétitive et le moral en berne. Fantastiques morbides, elles abordent le domaine du rêve - éveillé ou non.

La description de l'éditeur sera sans doute plus convaincante que la mienne : Dans ces onze nouvelles écrites en 1947 et 1955, la maîtrise du jeune Garcia Marquez est déjà frappante : riche en images mais sans jamais tomber dans le piège du « réalisme magique » alors si à la mode en Amérique du Sud, il fait sans cesse passer le lecteur de l' « autre côté », celui de la mort : mais sans tristesse, sans dépit. Dans le combat des personnages où mort et vie sont les deux faces de la marche à travers le temps, ce qui triomphe, c'est toujours, souverain, le style de Gabriel Garcia Marquez. Ample, généreux, onirique. Son esprit créateur nous porte littéralement aux « rivages prodigues des songes » et ces nouvelles aux portes du fantastique.

traduction libre : personne ne mérite tes larmes
et qui les mériterait ne te fera jamais pleurer.
Dans l'ordre :
La troisième résignation histoire déprimante (c'est déjà dans le titre) d'un mort qui continue à grandir jusqu'à l'âge adulte et à vivre mais sans respirer me rappelle fort La jeune fille suppliciée sur une étagère mais j'ai préféré l'écriture du maître japonais.
La mort jumelle (thème du jumeau et de la séparation)
Eve à l'intérieur de son chat (métempsychose et vaine beauté)
La douleur de trois somnambules (décrépitude et effacement au monde)
Dialogue dans le miroir (le double de nouveau)
Des yeux de chien bleu (vis, rêve, oublie)
La femme qui venait à six heures (alibi)
Nabo, le noir qui a fait attendre les anges (la mort est longue à venir)
L'inconnu qui déplaçait les roses (ma préférée, attente post mortem)
La nuit des butors (aveuglés, impression proche de bardo or not bardo)
Monologue d'Isabel regardant tomber la pluie sur Macondo (déluge)
Lu le 10 mars 2016
Sans parler du chien   Coup de coeur
Cette LC (merci à Flo) venait à point nommé pour m'aider à poursuivre la lecture du roman de Connie Willis, amorcée au cours du RàT de mai 2012 et restée en plan à la moitié (288/574 pages). J'étais d'autant plus motivée que le livre m'a été offert lors d'un swap (challenge PàL de swaps) et qu'il entre dans le cadre des voyages temporels pour le challenge WTT3 du RSFBlog que je tiens à honorer d'au moins une lecture.
Cependant, après cette interruption, j'ai dû m'y reprendre presque au début pour comprendre l'intrigue qui est vraiment complexe avec tous ces retours dans le passé, destinés à défaire et refaire ce qui n'aurait jamais dû se produire. Par ailleurs, il fait partie des livres compliqués pour lesquels j'ai du mal à exprimer mon impression.
Le point de départ est un tout petit fait divers qui donne lieu à une très très longue histoire aux méandres très très sinueux, comme ceux de la Tamise sur et dans laquelle le héros passe plus de temps qu'à son tour.
Ned Henry est envoyé rectifier le paradoxe temporel provoqué par l'intervention intempestive de sa collègue Verity Kindle pour sauver une chatte de la noyade en 1888 (il faut dire à sa décharge qu'en 2057, les chats ont disparu et qu'ils constituent donc une singulière curiosité). Son geste a déclenché des réactions en chaîne qui pourraient faire que la jeune propriétaire d'Asjumand (la chatte) ne rencontre pas son futur mari, le mystérieux C, dont la mention figure dans le journal intime qui est parvenu à l'une de ses descendantes, la fameuse Lady Schrapnell, qui finance par ailleurs leurs expéditions dans le but de reconstruire à l'identique la cathédrale de Coventry : et la boucle est bouclée, il y manque juste le chien, Cyril, mais c'est une autre histoire !
Il faut comprendre que les voyages dans le temps sont monnaie courante en 2057, où un corps d'historiens est spécialement formé à cette discipline, mais ils rencontrent deux écueils : ils sont très coûteux et soumis à l'humeur des mécènes qui peuvent les financer et ils ne sont pas sans conséquences sur l'organisme et la santé, à tel point que des mesures de suspension sont prévues pour les voyageurs surmenés par trop de sauts successifs et perturbés par les déphasages entre les coordonnées spatio-temporelles prévues et effectives.
Le but poursuivi ne m'est pas apparu d'une évidente clarté : ils doivent à tout prix vérifier la présence d'une antique potiche dans une cathédrale anglaise au moment d'un raid de l'aviation nazie en 1940. En revanche, je trouve la chute extrêmement drôle et l'auteur a bien du talent pour tenir le lecteur en haleine à de si nombreuses reprises. Le ressort comique, bien qu'éprouvé, fonctionne à merveille : Ned et Verity, les deux héros passent leurs aventures à des courses poursuites temporelles où ils n'arrêtent pas de se manquer. 
J'ai de beaucoup préféré ce roman à ma découverte de l'an dernier, pour le même challenge, Les voies d'Anubis qui passe pourtant pour un des meilleurs du genre.
D'autres lectures uchroniques dans le cadre du Winter Time Travel
Le récit est manifestement très bien documenté et j'ai pris un réel plaisir à découvrir les nombreuses scènes descriptives sur l'époque victorienne, les villas en bord de Tamise et l'essor du canotage. Bien sûr ses très nombreuses allusions au roman de Jerome K. Jerome, Trois hommes dans un bateau (sans parler du chien), publié en 1889 alors que l'histoire se situe en 1888 et que les héros ont donc pu croiser (inspirer ?) l'auteur, m'ont donné envie de le lire (NB : il est dans ma PàL actuelle et je mets Black out où on retrouve  apparemment la même équipe en 1940 dans ma LàL).
Lu le 17 février 2016

Prenez soin du chien
La trame du premier roman de J.M. Erre est celle d'un policier classique, avec soupçons, espionnage, dénonciations, paranoïa, meurtres, mais pour le style, extravagant et volontiers parodique, les effets reposent déjà sur les scènes d'humour burlesque particulier à l'auteur.
Un mystérieux propriétaire possède deux immeubles de rapport qui se font face au 5 et 6 de la rue de la Doulce Belette. Tout oppose les deux concierges, Mme Polenta, une pimpante trentenaire sexy et une quinquagénaire revêche, mais fleur bleu, Yoyo (Yolande) Ladoux. Les moindres faits et gestes de la maisonnée sont narrés par le menu dans une lettre hebdomadaire qu'elle écrit à sa mère décédée en maison de retraite depuis plus d'un an. Le lecteur prend ainsi connaissance de la vie des habitants à travers l'opinion peu amène de la commère.
Les autres informations viennent principalement des journaux intimes tenus par deux vis-à-bis, rivaux en voyeurisme : Max Corneloup, auteur de navets radiophoniques ayant pour sujet les aventures d'un comédien de troisième zone et Eugène Fluche peintre sur coquilles d'oeuf possesseur d'une collection de ses oeuvres arrêtée au chiffre définitif de 999. Les autres personnages, choisis par un curieux agent immobilier pour leur potentiel "créatif" sont à l'avenant et forment une belle galerie de dingues tous plus loufoques et dérangés les uns que les autres.
Même si je me suis rapidement attendue à la fin (grâce aux commentaires en aparté) sans en imaginer le mobile et la personne visée, j'ai passé un très bon moment à suivre le fil de l'intrigue, noué en un imbroglio inextricable, autour de l'antagonisme forcené des deux voisins et de l'enquête tenace menée par Mme Brichon, la locataire qui a perdu son compagnon à quatre pattes, un affreux bâtard nommé Hector.
du même auteur : Made in China  

LC fortuite en avril 2015 avec Stellade et La chèvre grise : leurs avis enthousiastes


Anthologie de la peur,  Entre chien et loup

soit à l'heure sombre où la réalité bascule dans la nuit
Sous une couverture de Dali, les textes préfacés et rassemblés par Eric Jourdan ont un dénominateur commun : la peur incontrôlable née d'une imagination fantasque, quand l'esprit navigue aux franges du surnaturel, la sensation réelle ou supposée d'événements inaccessibles à la raison donc effrayants.
La plupart des textes relèvent d'une technique où la forme du récit est ancrée dans la réalité jusqu'à un point où le narrateur introduit le très léger décalage dont provient son caractère fantastique. Tous ne font pas peur mais l'ensemble met mal à l'aise.
Dans cette anthologie, point de découverte, mais des textes d'auteurs connus, proposés à deux exceptions près dans une première ou nouvelle traduction. Je note l'absence de Maupassant, pourtant un maître ès angoisse littéraire...
Lu le 15 mai 2015
Sommaire :
Stendhal / San Francesco a Ripa
Lev Tolstoï / Ce qu'il faut de terre à l'homme
Rudyard Kipling / Dans l'orgueil de sa jeunesse

Entre chiens et loups de Malorie Blackman, tome 1 : L'amour
Imaginez La couleur des sentiments mais en couleurs inversées.
La comparaison s'arrête là. Le roman est désespérément plat, cousu de fil blanc, improbable. En plus, le résumé enlève tout suspense éventuel :
Imaginez un monde. Un monde où tout est noir ou blanc. Où ce qui est noir est riche, puissant et dominant. Où ce qui est blanc est pauvre, opprimé et méprisé. Un monde où les communautés s'affrontent à coups de lois racistes et de bombes. C'est un monde où Callum et Sephy n'ont pas le droit de s'aimer. Car elle est noire et fille de ministre. Et lui blanc et fils d'un rebelle clandestin.
Les efforts désespérés de Callum et Sephy (un Nihil/un Néant, comprendre un blanc, le fils de la gouvernante et Perséphone, une Prima, noire, la fille de la maîtresse) pour échapper à l'arbitraire de cette situation manichéenne ne sont guère convaincants. Quand l'un avance, l'autre recule et le lecteur est obligé de suivre tous ces atermoiements, distingués en petits paragraphes intitulés Callum ou Sephy comme pour bien s'assurer qu'il ne perde pas le fil : c'est pourtant simple il suffit d'inverser les préjugés raciaux... Pour finir dans la bonne mesure, les gentils (oppresseurs) sont victimes d'attentats terroristes menés par les méchants (opprimés), dans lesquels sont impliquées les deux familles : le père et le frère de Callum appartiennent à la Milice de libération alors que le père de Sephy est ministre de l'intérieur. Contraint par la pression internationale d'appliquer des lois plus libertaires à l'égard des Nihil, alors qu'il oeuvre en sous-main à la faillite de leur mise en oeuvre, son personnage est plus ambigu que les autres et il n'est pas certain qu'il soit totalement ce qu'il semble être. Mais les trois femmes, la mère et les deux filles, Minerva et Perséphone, chacune dans son genre, n'éveillent aucune sympathie.
La suite des événements demandera plusieurs tomes...
Lu le 27 septembre 2013

Le chien qui miaulait
Philippe Ebly dont les romans ont émerveillé mon adolescence ne semble plus distribué par les éditeurs. J'apprends hélas qu'il est décédé en mars 2014, ses héros sont définitivement orphelins.
Toujours avide de l'évasion qu'il propose, je me suis procuré les 20 et 21ème aventures des Conquérants de l'impossible directement sur Internet. J'en suis très contente et je retrouve avec plaisir Serge, Thibaut et Xolotl qui n'ont pas ajouté une ride à leurs 16-17 ans.
Contactés par un ami du professeur Auvernaux pour venir en aide à un garçon de leur âge, tétraplégique à la suite d'un accident de moto, ils se retrouvent une fois encore à gérer une situation hors de toute normalité, flirtant cette fois avec les limites de la métempsychose.  
Lu le 12 octobre 2014

commentaires à venir :
La femme sur la plage avec un chien
nouvelles de Boyd
Lu le 26 novembre 2012

Le bizarre incident du chien pendant la nuit
Bien que souffrant de troubles comportementaux nécessitant une scolarité adaptée, Christopher est brillant dans les matières scientifiques et obtient, à quinze ans, le A Level (équivalent du bac) en mathématiques avec mention très bien. Il a un projet de vie et sait qu’il va réussir car - je cite les dernières lignes du roman - « je suis allé tout seul à Londres, que j’ai résolu le mystère de Qui a tué Wellington ? (le caniche de la voisine), que j’ai retrouvé ma mère, que j’ai été drôlement courageux et que j’ai écrit un livre (qui relate le bizarre incident du chien pendant la nuit). Et ça, ça veut dire que je peux tout faire. »
Le roman de Mark Haddon n’est pas sans me rappeler le témoignage de Daniel Tammet, dans Je suis né un jour bleu, sur les étonnantes facultés intellectuelles que développent certains autistes ou Le septième jour, film réalisé avec un acteur trisomique dans son propre rôle.
Lu le 23 décembre 2009, ♥♥♥♥ depuis je l'ai prêté ou conseillé à beaucoup de monde
 

jeudi 19 décembre 2019

Patrick Modiano [2]

Du plus loin de l'oubli
Ce roman est le récit dépouillé d'une rencontre entre Jacqueline et le narrateur, qui s'est produite, trente ans plus tôt, dans les années 1960. Vient tout d'abord l'épisode parisien où il croise le couple alors qu'il vient de quitter le domicile parental, se fait passer pour majeur et étudiant, habite à l'hôtel de Lima et vit d'expédients notamment la revente d'ouvrages d'art. Suit l'épisode de Londres où il fuit avec Jacqueline et une valise dérobée qu'ils pensent pleine d'argent, laissant derrière son ex-compagnon et ses rêves de vivre à Majorque. Un jour, il l'attend en vain jusqu'à l'aube, elle lui a faussé compagnie.
Quinze ans plus tard à Paris, il aperçoit une femme qui ressemble à Jacqueline, mais le sordide a fait place aux beaux quartiers. Il est devenu écrivain, elle s'appelle Thérèse épouse Caisley (vérifier il me semble que Caisley apparaît aussi Dans le café de la jeunesse perdue) et passe une partie de l'année à Majorque. De cette relation en filigrane qui n'a duré que quelques mois, se résume à quelques noms et quelques lieux, l'auteur puise une matière suffisante pour tracer la persistance d'une relation amoureuse éthérée (d'ailleurs...) sur laquelle il jette un regard pudique. Autrement dit, une histoire belle dans toute sa simplicité.

Souvenirs dormants
Une évocation du destin de six femmes rencontrées puis perdues de vue par le narrateur dans les années 1960. Roman d'apprentissage et précis sur le souvenir, ce texte offre une méditation sur la répétition dans la vie et dans l'écriture.
Le style est manifeste et indubitable : sans couverture, ni page de garde, il resterait identifiable.  Sont-ce pour autant des souvenirs vécus, dont les traces ont été notées dans des petits carnets dès l'adolescence ? Un doute raisonnable persiste, mais il est certain que Jean D le narrateur est l'avatar de Patrick Modiano, qui reprend, poursuit, creuse et approfondit une quête identitaire sans fin. 
On dirait presque de l'écriture automatique tant l'auteur parvient à nous faire suivre le fil ténu des souvenirs dont les bribes remontent à la mémoire, à travers ces six portraits fuyant de femmes qu'il a croisées entre 15 et 22 ans, perdues de vue ou recroisées quelques années, voire plusieurs décennies plus tard. 
L'histoire commence par une rencontre avortée avant même d'exister avec Mlle Stioppa, la fille d'un russe en affaire avec le père du narrateur. Ensuite, les femmes qui croisent son errance et qu'il appelle ses fugues dessinent une géographie parisienne précise : Mireille Ourousov, qui occupe l'appartement de la mère de Jean, comédienne, quai de Conti, puis Geneviève Dalame, secrétaire chez Polydor et qui occupe au mois une chambre d'hôtel de la rue d'Armaillé, ensuite, Madeleine Péraud, 9 rue du Val-de-Grâce ou Martine Hayward, 2 avenue Rodin et Madame Hubersen dont le narrateur connaît l'adresse sans qu'elle soit mentionnée, enfin la meurtrière anonyme de Saint Maur qu'il évoquait déjà il y a vingt ans et dont il tait toujours le nom pour la protéger.
Lu le 29 août 2018

De son style, je pourrais dire que je suis tombée dedans toute jeune pour n'en jamais ressortir. Le coup de foudre a eu lieu avec ce qui devait n'être qu'une lecture de vacances. Les boulevards de ceinture, bientôt suivis de Ronde de nuit et de Place de l'étoile, n'ont été que le prélude à de longues années de confiance absolue. Je n'ai pas tout lu mais presque. J'achète maintenant aveuglément, à la parution, les ouvrages sous leur couverture crème filigrannée de rouge parce qu'ils sont plus beaux qu'en poche et que je sais que je vais les aimer et les garder. Connaissant mon goût et croyant me faire plaisir, il arrive qu'un de mes proches m'offre - déjà trop tard - le dernier roman en date.
Ce que certains reprochent à l'auteur, raconter encore et toujours la même histoire, fait mon bonheur. Je commence un roman avec l'impression de rentrer dans des chaussons, une sorte de rituel bien rôdé, je sais que je vais retrouver le même univers, à travers le prisme d'une nouvelle lecture. A l'absolue précision des adresses et des rues qui souvent décrivent un Paris bien réel s'oppose l'onirisme d'une ville qui échappe sans cesse, comme les errances du petit matin dans la nuit qui va finir. Patrick Modiano admet ses obsessions littéraires et son attirance pour " les disparitions et les absences " :
Il y a toujours quelqu'un qui cherche quelqu'un d'autre. Cela se passe de façon inconsciente.
Bibliographie en commentaire
Le 14 mai 2011

et pour illustrer le challenge des 4 AS : DEFI 1 à 6 PT
CLIC CLAC KODAK ! Partager une photo de votre livre préféré mis en situation de fêtes de Noël ! montage ou vrai photo, au choix et deux, trois mots sur ce livre
voilà quelques uns de mes derniers achats, en sapin au pied du bonhomme de neige
Le 16 février 2017






 

samedi 8 septembre 2018

Trilogie de l'été

Michel BUSSI
Il s'agit d'une tricherie car j'ai commencé par Un avion sans elle l'an dernier et cet été, après avoir établi une liste chronologique de ses parutions, j'ai découvert le stupéfiant Nymphéas noirs. Ne lâche pas ma main qui m'intriguait beaucoup puisqu'il a pour cadre l'île de La Réunion m'a finalement moins convaincue, je ne pense pas ajouter un troisième titre avant l'échéance de ce challenge !

Mourir sur Seine (2008)


Le jour paraît sur Giverny. Du haut de son moulin, une vieille dame veille, surveille. Le quotidien du village, les cars de touristes… Des silhouettes et des vies. Deux femmes, en particulier, se détachent : l’une, les yeux couleur nymphéas, rêve d’amour et d’évasion ; l’autre, onze ans, ne vit déjà que pour la peinture. Deux femmes qui vont se trouver au coeur d’un tourbillon orageux. Car dans le village de Monet, ou chacun est une énigme, ou chaque âme a son secret, des drames vont venir diluer les illusions et raviver les blessures du passé…

Comme Phildes c'est sans conteste mon préféré par sa construction hallucinante et toutes les allusions à la vie de Claude Monet, à l'évolution de sa peinture et au tissage particulièrement crédible entre la fiction réaliste et la vérité historique.

Un peu déçue par ce roman, sans doute parce que mon esprit critique s'est exercé et que je n'ai pas été convaincu par certains aspects de la cavale improbable de Martial ; en revanche les décors et ambiances de La Réunion sont parfaitement restitués : je me suis vue en terrasse à Boucan Cannot...

Un couple amoureux dans les eaux turquoise de l’île de La Réunion. Farniente,palmiers, soleil. Un cocktail parfait. Pourtant le rêve tourne au cauchemar. Quand Liane disparaît de l’hôtel, son mari, Martial Bellion, devient le suspect n°1. D’autant qu’il prend la fuite avec leur fille de six ans. Barrages, hélicoptères… la course-poursuite est lancée au coeur de la population la plus métissée de la planète.
Lu le 20 août 2018

Un avion sans elle
Ni témoin, ni survivant, après le crash de l'avion de la ligne Istanbul-Paris sur le mont Terrible dans le Jura, sauf un nourrisson, une petite fille miraculeusement rescapée que deux familles de disparus se disputent. Lyse-Rose ou Emilie ? J'ai tout de suite pensé qu'avec un test ADN la solution ne se ferait pas attendre, mais apparemment ce n'était pas d'actualité dans les années 80, au moment du drame.
Aujourd'hui, la petite surnommée "Libellule" par la presse est presque majeure : Lili est en plein dilemme pour décider de sa vie, avec ou sans Marc Vitral, son frère ?  Malvina Carville était trop jeune pour pouvoir identifier sa soeur de manière formelle et le doute de sa naissance n'a jamais été entièrement levé. Pourtant le détective privé Crédule Grand Duc n'a pas ménagé sa peine ni l'argent des Carville depuis 18 ans pour tenter de faire la lumière sur cette affaire. Il a suivi toutes les pistes, interrogé toutes les personnes possibles et imaginables autour du lieu du drame. Toutes ces années, il a tenu à jour un carnet d'enquête, avec toutes ses hypothèses, sans aucun résultat. Il est au bord du suicide, en proie à l'échec le plus cuisant de sa carrière, lorsque survient l'inconcevable : en posant une ultime fois les yeux sur l'article de l'Est républicain, l'édition locale, il comprend tout. Il devait révéler la vérité...
Quand toutes les solutions raisonnables ont été écartées, alors la solution, même inconcevable, qui demeure est la bonne. Cela se vérifie dans chaque roman faussement insoluble, je m'attendais donc à un rebondissement de ce genre, mais je dois reconnaître que Michel Bussi m'a bien promenée. J'ai pris plaisir à suivre les indices disséminés au fil des pages, dans le journal de Grand-Duc, mais aussi dans les recherches menées par Marc. J'ai beaucoup aimé le personnage et les réparties de Nicole Vitral, la grand-mère, marchande ambulante mais toujours droite dans ses bottes face à la famille Carville et j'ai eu de la pitié pour les enfants, les victimes collatérales de l'accident, le gentil Marc et même la détestable Malvina.
Lu le 6 juillet 2014
  challenge A tout prix : Maisons de la presse (des) - Roman - 2012

lundi 19 février 2018

Rubrique : ABANDON

Pour le N, Talyate n'a fait aucune proposition et je lirai donc le Goncourt général 2009 qui est arrivé dans ma PàL par prêt : Marie N'DIAYE, Trois femmes puissantes
Je n'ai lu que la première des trois histoires dans le cadre du Circle ABC 2010

Je dois rendre le livre depuis longtemps emprunté et toujours pas restitué ! Je reprends donc depuis le début dans le cadre du Challenge des nombres. Cette fois je fais un peu mieux et j'arrive jusqu'à la troisième histoire, mais je ne réussis encore pas à finir le livre... Ce Goncourt n'est définitivement pas pour moi
Le 8 avril 2012

Les Goncourt précédents : Syngué Sabor et Alabama Song m'ont beaucoup plu. 

lundi 26 septembre 2016

Chacun son époque : Occupation et résistance

Catégorie : nouvelles 
  • Le collaborateur et autres nouvelles d'Aragon (Folio 2 €)
Pas terminé à temps pour figurer au bilan du challenge Chacun son époque, ce recueil de Louis Aragon a pourtant répondu à mes attentes : les nouvelles se passent pendant la seconde guerre mondiale et traitent du sujet de l'occupation de divers points de vue, des collaborateurs aux résistants. L'écriture est contemporaine des faits et vaut témoignage. Très belle plume que je découvrais
Écrites pendant la guerre et publiées clandestinement dans le recueil Servitude et grandeur des Français, ces trois nouvelles donnent la parole à « l'adversaire », qu'il soit un journaliste hostile à la Résistance et aux communistes, réparateur de radios et collaborateur, ou une jeune Allemande qui a suivi les soldats à Paris.
Mais les situations changent, les idées évoluent et peu à peu les adversaires basculent dans le camp des alliés...
Mêlant rage et allégresse, gravité et anecdotes légères, Aragon riposte à l'Occupation et participe au combat avec sa plume. Trahison et courage, deux thèmes toujours d'actualité... 
  • Parlez moi d'Anne Frank (Israël)
Pas terminé à temps pour figurer au bilan du challenge Chacun son époque, ces histoires juives d'un genre particulier sont à lire avec un état d'esprit adapté car elles peuvent rapidement entraîner un certain malaise. Ecrites par un auteur américain, elles montrent des colons des territoires occupés ou des juifs de la diaspora, dans des scènes qui se révèlent, de toute manière, perturbantes.
 
"Parlez-moi d'Anne Frank" : deux couples se retrouvent pour un dîner, les femmes, de vieilles amies d'enfance, ont pris des chemins très différents.
Dans "Les collines soeurs" : deux femmes se retrouvent seules pendant la guerre du Sinaï.
Comment nous avons vengé les Blum
Peep show
Tout ce que je sais de ma famille maternelle (articles)
Le coup du crépuscule
Le lecteur
Fruits gratuits pour les jeunes veuves

Salué par une critique unanime et l'ensemble des écrivains américains de sa génération, ce recueil de nouvelles charrie autant de pépites d'émotion, d'humour, de tragédies et de poésie que le précédent, la maturité en plus. Nathan Englander n'est plus un jeune écrivain, il est devenu l'un des grands noms de sa génération.

Lues le 26 septembre 2016

Catégorie : Jeunesse et espionnage
  • Henderson's boys tome 4 : opération U-boot
Printemps 1941. Assaillie par l'armée nazie, la Grande-Bretagne ne peut compter que sur ses alliés américains pour obtenir armes et vivres. Mais les cargos sont des proies faciles pour les sous-marins allemands, les terribles U-boots. Charles Henderson et ses jeunes recrues partent à Lorient avec l'objectif de détruire la principale base de sous-marins allemands.
Rosie, Marc, Paul, PT et Joel reviennent pour une nouvelle mission sur le sol français. Je ne connaissais pas les aventures de ces gamins enrôlés dans la résistance par Charles Henderson. J'ai passé un très bon moment de divertissement grâce au challenge et j'ai repéré les premiers volumes, à l'occasion.  
Lu le 30 août 2016

Catégorie : essai historique ou premier roman ou prix littéraire

A Prague, en 1942, deux hommes doivent en tuer un troisième. C’est l’opération "Anthropoïde": deux parachutistes tchécoslovaques envoyés par Londres sont chargés d’assassiner Reinhard Heydrich, chef de la Gestapo, chef des services secrets nazis, planificateur de la solution finale, "le bourreau", "la bête blonde", "l’homme le plus dangereux du IIIe Reich". Heydrich était le chef d’Eichmann et le bras droit d’Himmler, mais chez les SS, on disait "HHhH" : Himmlers Hirn heiβt Heydrich (le cerveau d’Himmler s’appelle Heydrich).
Tous les personnages de ce livre ont existé ou existent encore. Tous les faits relatés ont été vérifiés. Mais derrière les préparatifs de l’attentat, une autre guerre se fait jour, celle que livre la fiction romanesque à la vérité historique. L’auteur, emporté par son sujet, doit résister à la tentation de romancer. Il faut bien, pourtant, mener l’histoire à son terme.

Le fond du roman m'a appris énormément de choses et notamment rappelé l'existence oubliée de cet attentat qui débarrassa Prague d'un de ses plus malfaisant citoyen. Les colossales recherches menées par Laurent Binet autour de ce sujet qu'il porte en lui depuis l'adolescence et une discussion plutôt anodine avec son père, sont impressionnantes. La lecture de la montée de l'antisémitisme nazi vers la mise en oeuvre de la solution finale, à travers la vie de cet homme ambitieux, offre une perspective qui allie compréhension croisée des desseins individuels et des destinées historiques. De ce point de vue, l'ouvrage est une réussite.

D'un autre côté, les commentaires personnels de l'auteur m'ont paru très souvent manquer de propos, mal venus, superflus. Je n'ai pas bien saisi non plus l'intérêt pour le lecteur de certaines remarques de construction, de repérage, de choix narratif qui alourdissent la trame du roman sans lui apporter un éclairage autre que chronologique : je pense qu'utiles à la maturation de l'oeuvre, elles auraient dû disparaître de la version finale, pour faire le bonheur des analystes ultérieurs de ses brouillons. Mais cela n'engage que moi ; pour d'autres, comprendre par le menu les questions que l'auteur se pose tout au long de la rédaction fait peut être justement partie de l'intérêt porté à son premier roman : pour moi, ça le fait justement sortir de la catégorie pour aller plutôt vers l'essai.
Lu le 11 août 2016

HHhH de Laurent Binet a remporté le prix Goncourt - Premier Roman - 2010

 

 

samedi 19 mars 2016

La vérité sur l'affaire Harry Quebert

Goncourt Lycéens 2012
Grand prix du roman de l'Académie française 2012

Je suis en train d'écouter le roman de Joël Dicker, La vérité sur l'affaire Harry Quebert et j'aime vraiment beaucoup l'histoire et la lecture de Thibault de Montalembert.
Affaire à suivre donc !
À New York, au printemps 2008, lorsque l'Amérique bruisse des prémices de l'élection présidentielle, Marcus Goldman, jeune écrivain à succès, est dans la tourmente: il est incapable d'écrire le nouveau roman qu'il doit remettre à son éditeur d'ici quelques mois.
Le délai est près d'expirer quand soudain tout bascule pour lui : son ami et ancien professeur d'université, Harry Quebert, l'un des écrivains les plus respectés du pays, est rattrapé par son passé et se retrouve accusé d avoir assassiné, en 1975, Nola Kellergan, une jeune fille de 15 ans, avec qui il aurait eu une liaison.

Convaincu de l'innocence de Harry, Marcus abandonne tout pour se rendre dans le New Hampshire et mener son enquête. Il est rapidement dépassé par les événements : l'enquête s'enfonce et il fait l'objet de menaces. Pour innocenter Harry et sauver sa carrière d écrivain, il doit absolument répondre à trois questions :
Qui a tué Nola Kellergan ?
Que s'est-il passé dans le New Hampshire à l'été 1975 ?
Et comment écrit-on un roman à succès ?
Sous ses airs de thriller à l'américaine, La Vérité sur l'Affaire Harry Quebert est une réflexion sur l'Amérique, sur les travers de la société moderne, sur la littérature, sur la justice et sur les médias.


Je pense avoir entrevu la " vérité " très rapidement mais ce que j'apprécie énormément dans l'histoire c'est la manière dont l'auteur nous embarque dans sa narration. Parce que Marcus ne croit pas un instant son ami coupable, le lecteur n'y adhère pas non plus, bien qu'avec plus de doutes devant les indices contraires évidents. Incontestablement, l'auteur est un redoutable manipulateur.
Le roman est émaillé de références aux événements de politique intérieure des Etats Unis et paradoxalement, cela ne fait pas daté mais contribue à contextualiser le roman.

= SPOILER PARTIEL =

La fin est finalement surprenante et inattendue. La petite Nola Kellergan, après être passée pour une manipulatrice et une dévergondée, n'est en définitive qu'une victime collatérale de la bêtise des hommes et du pouvoir des petits chefs.

samedi 24 mai 2014

De l'intérêt d'écouter des livres audio


L'étranger
Heureuse redécouverte du titre de Camus dont j'avais gardé un très bon sentiment global mais très peu de souvenirs de détail, comme je m'en suis rendu compte en écoutant cet enregistrement audio. Je trouve que c'est une bonne façon de se repasser un classique que de le découvrir sous un autre angle, de se laisser porter par une double voix de la narration et du lecteur intermédiaire.
Mes souvenirs de L'étranger, lu au lycée, tiennent en peu de mots : je me rappelais d'un nom Meursault, d'une forme de sourde violence et d'une impression d'étrangeté - aux hommes, dans la ville, dans sa propre vie - mais pas de toutes les étapes de ses déboires, ni de sa condamnation ; le reste, je l'ai entendu comme une presque nouveauté, portée la voix de Michael Lonsdale (j'ai lu par ailleurs qu'il existe une version enregistrée par Albert Camus lui même). J'ai aimé de nouveau, notamment la question de liberté de choix, le sentiment de non maîtrise des évènements majeurs de l'existence, d'abandon à la fatalité ou de résignation du héros.

Le roman se divise en trois : le crime, le procès, la prison.
Depuis l'enterrement de Maman jusqu'au meurtre sur la plage, la première partie suit une lente progression, un inéluctable crescendo qui prépare la scène capitale. La description par le menu des faits et gestes de Meursault le montre comme quelqu'un d'insensible, sentimentalement et émotionnellement. Peu capable d'empathie, le personnage se situe à la limite de la sociopathie.
Son incapacité à extérioriser va bien entendu le desservir lors du procès pour meurtre. Meursault ne cherche pas à expliquer, ni à excuser son geste, ni à feindre un sentiment de culpabilité. Face à l'indifférence de son client pour sa défense, l'avocat commis d'office doit consentir à baisser les bras devant le réquisitoire à charge. 
En prison, Meursault reçoit une seule fois la visite de Marie, une ancienne collègue retrouvée au lendemain de l'enterrement, devenue sa petite amie et qui lui avait soustrait une promesse de mariage. Il ne semble pas en souffrir ; seule la liberté lui manque un certain temps, puis il s'habitue. Son univers mental est assez riche en dépit des apparences.
Seulement, il refuse le secours de la religion et désespère le prêtre. Comme étranger à lui même et à son environnement, Meursault ne voit aucun intérêt au prolongement de sa vie terrestre, mais il ne se projette pas non plus dans un au-delà après la mort.
Le roman d'Albert Camus, récompensé du Prix Nobel de littérature en 1957, illustre la théorie de l'absurdité de l'existence, entre fatalité et résignation. L'irréparable aurait pu être évité, le scénario aurait pu bifurquer à tout instant, mais chaque choix fortuit de Meursault, d'où l'impression de décision délibérée reste pourtant absente, le rapproche de la chute.

lundi 5 mai 2014

Histoires de Grande guerre

COUP DE COEUR
Le pire comme le meilleur se côtoient dans les listes Bibliomania : Au revoir là-haut,  d'ailleurs honoré du Goncourt de la rentrée littéraire 2013, appartient sans conteste à la seconde catégorie. Animé d'un grand souffle épique, le roman de Pierre Lemaître emprunte aux combines et aux compromissions de l'après Grande guerre pour tracer d'une écriture poignante et talentueuse, une fresque cruelle et désenchantée, subversive et amorale, misérable et réaliste.

Au revoir là-haut
Edouard/Eugène, rescapé des tranchées mais atteint par un éclat d'obus la veille de l'armistice, est une " gueule cassée ".  Il ne sera jamais plus ce jeune homme rieur, cet étudiant des Beaux-Arts rebelle... d'ailleurs, il ne veut pas retourner dans sa famille, où l'attendent une soeur aimante, Madeleine et un père despotique, Marcel Péricourt, qui ne l'a jamais compris. Albert Maillard, qui lui doit la vie, le prend en charge, lui fournissant gîte, couvert, amitié et morphine dont il est devenu dépendant durant sa convalescence. Mais le retour à la vie civile est difficile pour les soldats démobilisés : morts, ils sont des héros, vivants, ils encombrent.
A l'instigation d'Edouard, qui a repris les crayons, ils montent une escroquerie à grande échelle, pour gagner de l'argent à la faveur du devoir de mémoire envers les morts sur les champs de bataille, que chaque municipalité veut honorer à l'exemple de l'Etat à travers un monument commémoratif exaltant les valeurs patriotiques. Ils ne sont pas les seuls à saisir cet effet d'aubaine et à surfer sur les ruines du carnage. Aulnay-Pradelle, leur lieutenant lors de la prise fatale de la cote 113, est revenu du front décoré et l'ambition toujours chevillée au corps. Après une cour rapide, il a réussi à épouser Madeleine et s'est lancé dans les affaires, trafiquant sur les appels d'offre du gouvernement pour le transfert des dépouilles de soldats vers les cimetières militaires.

Vu le film adapté du roman - avec une appréhension injustifiée car il est excellent - en décembre 2017

Le sang des Valentine
 Val' une des organisatrices du Loto BD pour la catégorie Fictions réalistes a sélectionné pour moi Le sang des Valentines par Catel et De Metter chez Casterman. Une BD sur le thème de la première guerre mondiale, que j'ai hâte de découvrir car je n'ai aucune connaissance de BD sur cette période... J'ai bien tenté d'y remédier par le concours de Jérôme pour gagner Vies tranchées mais sans succès !
Première guerre mondiale, France. Geneviève, citadine de bonne famille, belle, sensible et cultivée, a épousé Augustin Dortet. Le couple vit retiré dans les Pyrénées. Une existence de recluse à la campagne et la mort de leur enfant ont déjà plongé Geneviève dans une profonde dépression quand Augustin doit rejoindre le front. Durant le conflit, il entretient une longue correspondance avec son épouse.
Une histoire de quiproquos et d'incompréhension.
Visionnaire, le trait de De Metter devance même parfois le scénario.

Amère patrie
Le tome 1 de cette BD de "Lax" Christian Lacroix met en scène deux enfants qui ne savent pas encore qu'ils vont participer à la "grande guerre" : l'un originaire du Sénégal et l'autre d'un village rural français.
Lu le 11 juillet 2012

 
Paroles de poilus
Un mélange efficace de textes tirés de sources documentaires réelles et d'images fictionnelles pour plonger au coeur du quotidien des tranchées permet de donner une vision intimiste de cette génération sacrifiée
Lu le 14 mai 2011

samedi 29 mars 2014

La commedia des ratés

Grand Prix de la Littérature Policière 1992 - Français
Trophée 813 du meilleur roman
Prix Mystère de la critique

J'ai commencé grâce à Sylire avec Enregistrements pirates de Philippe Delerm par lui-même dans la collection Lire dans le noir et j'ai bien apprécié les textes et la lecture de l'auteur. Pour cette deuxième expérience, je suis revenue à La commedia des ratés de Tonino Benacquista qui me tente depuis longtemps dans les rayons de la bibliothèque dans les deux versions, papier (une compilation de quatre polars) et audio.
Dès la première demi-heure de ce deuxième essai, je suis convaincue : j'aime qu'on lise pour moi alors que je ne peux vraiment pas le faire moi même : quand je conduis. J'avais peur de faire preuve d'inattention dans un sens ou dans l'autre : ne pas suivre le fil de l'histoire ou être distraite au volant, rien de tout cela. Je passe plusieurs heures dans la voiture chaque jour, dont une bonne partie de bouchons, et je sens déjà que ça ne sera plus du temps perdu...
Pour revenir au choix des voix, j'ai été un peu agacée dans le premier chapitre par de faux accents italiens pour évoquer les parents du héros, qui ne correspondent pas à la région dont ils sont originaires, la banlieue romaine. Heureusement, l'acteur principal qui interprète Antonio Polsinelli ne surjoue pas et quand Dario son interlocuteur, parle un mélange de dialecte franco-italien qui n'appartient qu'à lui, cela sonne juste.
Le narrateur a fui pour le centre ville son enfance parmi les autres fils d'immigrés et cette banlieue rouge aux portes de Paris. Il n'y revient que sous la contrainte pour le repas dominical en famille. C'est à l'issue d'une de ces réunions de famille que l'attend Dario, un camarade de classe perdu de vue depuis longtemps. Il a un service à lui demander... Très peu après Dario est assassiné et la police identifie Antonio comme un de ses proches.
Un roman mené tambour battant, à grand coup de règlements de compte, mais qui évoque aussi subtilement les difficultés de la seconde génération, de l'exil et/ou de l'intégration : Antonio est l'étranger à Paris mais aussi à Sora d'où sont venus ses parents juste avant sa naissance. Il finit se réconcilier avec ses origines et avec son père.

Extrait de l'épilogue : Car tout était déjà en moi, enfoui. Quelque chose entre la tragédie grecque et la comédie à l'italienne. Une farce bouffonne au goût amer, un drame dont on se retient de rire. Ni une complainte, ni une leçon, ni une morale. Juste une ode à la déroute, un poème chantant la toute-puissance de l'absurdité face au bon sens...

lundi 17 mars 2014

challenge à tous prix


En repérage : comme La Belette, je ne cours pas après les prix, mais j'en ai néanmoins quelques uns en ligne de mire et je cherchais une rubrique de ce genre, donc le challenge A tout prix chez Asphodèle pourrait me circonvenir (de maintenant au 17 septembre 2014)
Lien très utile

à mi-parcours : j'en ai lu quelques-uns finalement, pas forcément ceux qui étaient prévus, il faut juste que je récapitule...
Goncourt - Général - 1975 : La vie devant soi d'Emile Ajar/Romain Garry

déjà lu mais pas commenté  :
Femina - 1967 : Elise ou la vraie vie de Claire Etcherelli
Goncourt - Lycéens - 2010 : Parle-leur de batailles, de rois et d'éléphants de Mathias Enard
Prix Clé de Verre du roman noir scandinave : La cité des jarres  d'Arnaldur Indridason
La carte et le territoire de Michel Houellebecq
Alabama Song par Gilles Leroy

dans ma PàL :
La Princesse des glaces par Läckberg La vie est brève et le désir sans fin par Lapeyre HHhH par Laurent Binet

à lire :
La Cloche d'Islande demeure l'œuvre maîtresse de Laxness, prix Nobel de littérature en 1955.

Contours du jour qui vient par Léonora Miano Les fables de sang par Arnaud Delalande Un aller simple par Didier Van Cauwelaert Ce que le Jour doit à la Nuit par Yasmina Khadra Les voleurs de beauté par Pascal Bruckner



Grand Prix de l'imaginaire - Roman Francophone - 1999 : Les futurs mystères de Paris (en références à Eugène Sue, Léo Malet et Frédéric Dard)
tome 1 La balle du néant



mercredi 11 décembre 2013

La vie devant soi

Première LC pour le challenge des lacunes (publication des billets le 30 octobre 2013), La vie devant soi d'Emile Ajar me permet également d'honorer le challenge à tout prix : Goncourt - Général - 1975
prochaine lecture avec Boris Vian, J'irai cracher sur vos tombes (également publié sous pseudonyme)

J'ai peiné sur ma lecture et mon commentaire est donc difficile à écrire car j'ai pas encore déterminé si j'ai aimé moyennement ou pas du tout.

Un jeune garçon arabe, fils de prostituée, a été recueilli par une ancienne prostituée juive, parmi d'autres enfants dans son cas. Des liens d'amour indéfectibles se sont tissés entre la mère adoptive et le gamin au seuil de l'adolescence, qui vont pousser Momo à renier son père le jour tant attendu où il se présentera à la porte. Dernier soutien de la femme vieillissante, il va accompagner sa lente dégradation physique et psychologique en veillant sur elle et en cherchant par tous les moyens à lui épargner désagréments et désarroi.
L'écriture de ce roman est présentée comme révolutionnaire : Momo parle un langage qui lui est propre, fait d'expressions imagées parfois mal comprises, de vérités universelles issues de ses conversations avec un homme "sage" de son quartier et de conclusions personnelles tirées de son expérience. Au début, il est présenté comme ayant environ 11 ans, mais rapidement ses réflexions le font paraître plus âgé ou précoce ; en fait, il a 14 ans, ce qui ne minimise en rien l'intérêt de ses propos et la profondeur de la philosophie de la vie que l'auteur fait passer à travers son personnage.

C'est plutôt la forme du roman qui m'a gênée, ce style prétendûment adolescent et les fautes de langue d'un gamin pour lequel l'apprentissage ne s'est pas fait à l'école mais en côtoyant toutes sortes de misères humaines. Heureusement, j'ai lu une version commentée pour les scolaires et les clefs pour comprendre le roman, sa portée, son côté novateur et déroutant étaient intéressantes. Le langage de Momo qui a appris à parler de la bouche d’adultes qui sont des étrangers immigrés est une déformation du français qui contient des mots mal entendus, des contresens, des ellipses, des clichés, des néologismes…
Pourtant je n'ai pas vraiment réussi à pénétrer dans l'univers d'Emile Ajar, mieux je me suis ennuyée aux deux tiers du livre et j'ai eu des difficultés à reprendre le roman, quand bien même je tenais absolument à le finir en raison de la LC. Le coup de coeur de Fersenette et l'avis de Des jours et des livres
Dans le même esprit d'ouverture et de tolérance, j'ai préféré Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran d'Eric Emmanuel Schmitt, qui inverse les deux rôles, puisque le Momo de son histoire est un jeune garçon juif recueilli par un épicier arabe.

jeudi 30 mai 2013

Un roman français

Prix Renaudot 2009
Je me suis associée au rendez vous mensuel de la PàL de June car j'avais en attente un roman de Frédéric Beigbeder. Sans cette occasion, j'hésiterais encore à l'en sortir, à la fois agacée et ennuyée par les aventures d'Octave et Oscar dans ma décevante dernière lecture Au secours, pardon ! Merci donc à June pour cette heureuse redécouverte de l'auteur.

A travers tous ses romans, qu'il les présente comme des ouvrages de fiction ou des épisodes autobiographiques, l'auteur se raconte. La quarantaine bien atteinte, père de famille d'une fillette et pourtant deux fois divorcé, Frédéric Beigbeder est pris lors d'un flag devant une célèbre boîte de nuit parisienne pour avoir sniffé en pleine rue, sur le capot d'une voiture. Avec son ami et complice le Poète, il finit la nuit en garde à vue au poste du VIII ème arrondissement.
Souffrant de claustrophobie autant que des conditions calamiteuses de la détention provisoire, il se réfugie dans la remémoration et la construction d'un roman par la pensée, pour échapper à la geôle malsaine. Des réminiscences s'il en avait, il aimerait en traquer la fugacité, mais il s'aperçoit que les souvenirs d'enfance lui font défaut. En même temps que le zèle d'un procureur rallonge la durée de son emprisonnement, il déroule peu à peu le fil d'une enfance reconstituée par bribes, en interrogeant le témoignage de sa parentèle et l'histoire de ses ancêtres, la branche maternelle, noble mais désargentée et la paternelle, plus prometteuse. Il se décrit sans complaisance, se dévoile en contrepoint des personnages marquants de sa famille, un aïeul admiré, des parents qu'il présente dans la jeunesse de leur amour alors qu'ils sont depuis longtemps séparés, un frère aîné supérieur en tout dont on ne sait s'il est l'idole haïe ou adorée, une petite fille dont il partage la garde et pour laquelle ce livre semble écrit. Peu à peu, cet exercice de remémoration porte ses fruits et des bulles du passé viennent éclore à la surface de sa pensée, construisant un parcours d'émotions à l'issue duquel le noceur détestable parvient à gagner la sympathie du lecteur/des forces de l'ordre.

samedi 17 mars 2012

Naissance d'un pont

Depuis la sortie du roman de Maylis de Kerangal, j'avais envie de le lire.
Naissance d'un pont faisait partie, au même rang que La possibilité d'une île de Michel Houellebecq, de ces titres " déclencheurs ", qui m'interpellent et font fonctionner mon imagination.
Grâce à un partenariat  Livraddict et Folio que je remercie, j'ai eu la possibilité de concrétiser cette intention et de me plonger dans la description d'un de ces chantiers d'envergure, ultimes projets pharaoniques des temps modernes.
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Naissance d'un pont est d'abord l'histoire d'une gigantesque épopée, une vague ouvrière venue de tous les coins du monde pour travailler sur le chantier.
Plus encore qu'à l'aspect technologique, pourtant abordé de manière très détaillée dans le roman, l'auteur s'est intéressée à l'aventure humaine que représente la cohabitation d'autant de corps de métiers et de tout autant de personnalités dans un espace relativement exigu et dans des conditions de stress extrême.
Le temps est compté, les opérations doivent s'enchaîner sans faille, mais en dépit de toutes les précautions, les impondérables surgissent, mettant à rude épreuve les nerfs des hommes. Dans cet univers macho, Summer Diamantis, une jeune femme ingénieur spécialisée dans le béton, semblerait ne pas avoir sa place. Pourtant, comme tous ceux qui se retrouvent à un poste de responsabilité, elle a été choisie parce qu'elle est une des meilleures dans sa partie.
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La construction d'ouvrages d'art requiert en quantité, des capitaux, de la main d'oeuvre et de l'ingéniosité, du coeur et des tripes. Le style rend compte de cet état d'urgence, extérieur mais également personnel, dans lequel se trouvent tous les protagonistes. L'écriture est ample, puissante, édificatrice. Les phrases, longues, chargées de mots et de sens, syncopées, suivent les méandres de la pensée, qui bute, s'étire et repart.
De manière assez cartésienne, j'ai longtemps cherché des repères auxquels me raccrocher pour localiser précisément la ville, j'ai cru reconnaître le Golden Gate dans le rouge choisi pour une partie du pont... Puis j'ai accepté de me laisser mener par la narration. Un chapitre décrit les ambitions du maire de Coca, en démiurge inspiré qui veut faire entrer sa ville de plein pied dans le troisième millénaire : cela me suffit comme enracinement dans le réel. Le reste est prétexte, excellent, à traiter d'humanité.
Prix Médicis 2010

Pour répondre à Jeneen : je croyais que c'était plus évident... oui j'ai aimé car je me suis intéressée autant aux aspects techniques du chantier qu'aux caractères et que le style sert bien les idées mises en avant.
J'ai lu ailleurs qu'elle conçoit ses romans comme des métaphores de son travail d'écrivain et c'est tout à fait l'impression que j'ai ressentie.
J'hésitais à lire la Corniche Kennedy, mais je le note pour plus tard ou bien son dernier.

50 états, 50 billets
KENTUCKY (Aproposdelivres m'a enlevé un doute)

dimanche 7 août 2011

La route

coup double : coup de poing et gros coup de coeur
La lecture de ce roman culte de Cormac McCarthy que j'avais repéré il y a longtemps dans le cadre du défi Crazy SF est de celles qui ne peuvent laisser indifférents. J'ai aimé l'écriture à égalité avec La horde du contrevent d'Alain Damasio, que je classe pourtant comme mon roman SF préféré de l'année. L'auteur privilégie une construction sans aucun chapitre mais une succession de courts paragraphes où alternent les parties narratives et des sortes de dialogues entre les protagonistes, à peine des échanges de mots, plutôt des flux croisés de pensées et d'informations vitales.
J'ai été prise par le style, en dépit de l'histoire qui décrit un monde post-apocalyptique où le soleil ne réussit plus à percer, dont le sol et l'air sont saturés de cendres, que toute vie animale a déserté : un roman plus déprimant ça ne doit pas exister, du concentré de sanglot, contenu au fil des pages, de la noirceur à l'état brut, sans espoir, ni rédemption, seule cette étrange lueur qui irradie de l'enfant parfois. Les personnages sont à peine humanisés " l'homme " et " le petit ", un étrange couple père-fils qui chemine depuis des semaines, des années peut-être : le temps n'est plus qu'une notion abstraite, derrière un caddie bourré d'objets divers, sur une route de tous les dangers. Balayés par un vent glacial, criblés de pluie, transis de froid, affamés et fiévreux, ils marchent avec obstination en direction du Sud, tout en se défiant de toutes les rencontres car les quelques dizaines de survivants sont devenus des loups pour l'homme.






50 états, 50 billets 6/50
Providence, RHODES ISLAND