vendredi 21 octobre 2016

Du bonheur d'être morphinomane

Merci à Livraddict et au partenaire Folio qui propose dans ce recueil la réédition de nouvelles de l'auteur de Seul dans Berlin regroupées par thématiques.
Extrait de l'éditeur :
Fallada nous offre une plongée passionnante dans son époque, qui tend un miroir singulier à la nôtre : c’est cet écho qui a guidé le choix de ces textes. Exercices d’écriture quotidiens, anecdotes ou tranches de vie au long cours, ces nouvelles sont très souvent autobiographiques. 

J'ai postulé à ce partenariat pour son titre, avec son côté transgressif, mais je ne connaissais pas Hans Fallada. Bien qu'il ait écrit dans la première moitié du XXème siècle, je trouve que son écriture et ses sujets résonnent de manière incroyablement contemporaine. Il me rappelle beaucoup Guy de Maupassant que j'apprécie beaucoup comme novelliste. Ils partagent cette même acuité du regard sur les " petites gens ", cette indulgence pour leur travers et une force narrative qui campe le caractère des protagonistes en quelques pages.

Les addictions
La nouvelle qui donne son titre au recueil, Rapport objectif sur le bonheur d'être morphinomane dans son entier, montre le quotidien d’un morphinomane, son bonheur quand il a assez de doses pour plonger à de nombreuses reprises dans la journée, sa quête sans vergogne ni amitié qui tienne quand il doit trouver de quoi calmer le manque : cette terrible description devrait retirer le goût à quiconque d'essayer ! Le sujet est grave mais le ton n'est jamais moralisateur. La nouvelle suivante est encore plus drôlement écrite : un alcoolique doublé d'un malchanceux cherche à se faire emprisonner pour arriver enfin à se désintoxiquer. Il a réussi à détourner une petite somme d'argent mais il a tout dépensé. Dégrisé, il se rend compte qu'il n'y a pas de retour possible pour lui... Las, les commissariats où il essaie de se constituer prisonnier ne veulent rien entendre à sa confession. La part autobiographique semble importante dans ces deux textes ou bien l'auteur possède un extrême talent pour se mettre dans la tête de ses personnages.

Les garnements
Les deux nouvelles de cette partie montrent l'ingratitude de jeunes gens, sans égards pour ce que leurs géniteurs peuvent faire (avoir fait) pour eux. La première est assez anecdotique, mais dans la suivante de nouveau, j'ai eu l'impression que l'auteur mettait beaucoup de ses errances dans le texte. Il donne l'impression d'avoir beaucoup traîné par les chemins mais de n'avoir gardé aucune aigreur des mauvaises passes qu'il a pu rencontrer.

A la campagne
La méthode de Herr Tiedemann pour guérir les chapardeurs aurait pu également figurer au chapitre précédent. Elle met en scène un mélange de roublardise paysanne et de crédulité qui donne une image assez arriérée, mais toutefois universelle de la " campagne ".
Les deux suivantes sont assez tristes car elles évoquent des couples malheureux dans la différence d'âge ou de condition d'origine. C'est un jeune homme poussé au mariage avec une femme qu'il n'aime pas parce que ses parents possèdent des terres, c'est une paysanne qui doit subir les tourments d'un époux excessivement jaloux. Ces chapitres en particulier m'ont fait penser à la manière de Maupassant pour évoquer le monde rural au travers de cas singuliers porteurs d'une vision de portée beaucoup plus générale.

Vie de couple
Cette partie regroupe trois textes autour de couples qui auraient tout pour être heureux sauf qu'ils détruisent leur chance de bonheur par mégarde, inattention à l'autre, avidité etc. Les nouvelles délivrent des leçons de vie à chaque page, qui font penser qu'on n'est pas comme ça... alors qu'il faudrait bien y réfléchir à deux fois tant la plume d'Hans Fallada est prompte à croquer les traits de caractère de ceux qui semblent constituer notre entourage, nos parents, nos voisins, alors pourquoi pareil miroir nous épargnerait-il  ?

Avec le petit homme
Je n'ai pas compris le titre de cette partie dont le point commun semble la guigne qui pèse sur chaque protagoniste au centre de l'histoire : mauvais choix, malchance répétitive, intime conviction qui finit par les persuader qu'ils sont et resteront quoiqu'ils tentent des " poissards " de première catégorie.

J'ai vraiment beaucoup aimé me plonger dans ces petites tranches de vie sans prétention, mais dont la vivacité constitue un des traits distinctifs. Je suis tentée de retrouver l'auteur dans son roman berlinois.

mercredi 19 octobre 2016

La Pregunta de sus ojos - Dans ses yeux

Buenos Aires, 1968 ; Liliana Emma Colotto, enceinte de quelques semaines, est sauvagement violée et étranglée dans son appartement peu après le départ de son mari. L'obligation de se rendre sur la scène de crime échoit à Benjamin Chaparro, jeune secrétaire administratif du Palais de justice.
L'affaire l'émeut particulièrement et il se lance à corps perdu dans ce dossier, retardant volontairement le moment de le classer sans suite. Peu à peu, cet homicide sordide devient son obsession : bouleversé par la souffrance du jeune époux de Liliana, il se jure que justice leur sera rendue.
Pourtant, dans l'Argentine des années de plomb, les aléas politiques vont directement influer sur son enquête. Pour venir à bout de ce qui devient le but de sa vie, Benjamin n'hésite pas à affronter les embûches : inimitiés politiques, trahisons et même l'exil. Trente ans plus tard, toujours aussi résolu, il décide de livrer le terrible récit de ce crime...
Travail de mémoire qui ambitionne de reconstruire avec fidélité l'enquête de Benjamin dans son évolution et dans tous ses détails, par une mise en abyme où le narrateur s'adresse constamment au lecteur qu'il interroge par exemple sur la meilleure manière de présenter l'histoire ou les personnages, le roman d'Eduardo Sacheri propose une construction et une démarche originales.
Dans ses yeux est une histoire d'amour doublée d'une réflexion sur la légitimité de la vengeance. J'ai beaucoup aimé et bien qu'ayant peur d'être déçue, je vais essayer de trouver son adaptation au cinéma.

samedi 15 octobre 2016

Destockage de PàL en duo // 2

Je poursuis l'aventure avec Amarüel, nous partons avec 60 points acquis au cours de la session précédente.
Sa présentation et ses choix
Thème 1 : La Nuit des Quintanelles de Pascale Perrier (France)
Thème 2 : Strate-à-Gemmes de Terry Pratchett
Mes choix :
Thème 1 : Cet été là de William Trevor qui se passe en Irlande
Thème 2 : Les hommes cruels ne courent pas les rues de Katherine Pancol

L'article du challenge  Destockage de PàL en duo
Les règles
► Chaque édition comportera 2 sessions de 2 mois, le challenge durera donc 4 mois
► Le challenge se joue en duo ! Chaque participant devra ensuite choisir dans sa propre PAL un livre qu’il devra lire et commenter (chronique ou avis sur le forum) dans le temps imparti selon des thèmes imposés :
      ♦ session 1 : 2 thèmes sont proposés, le participant pourra choisir soit l’un des 2, soit les 2. Pas de joker. Chaque thème rapporte un nombre de points déterminés. Attention, 2 thèmes, 2 livres !
      ♦ session 2 : pas de thème, le participant choisit dans sa propre PAL le livre de son choix
Les thèmes
► Session 1 : Juillet - Août 2016
Thème 1 - Un pays à l’honneur : l’action doit se dérouler dans un pays de la communauté européenne
Thème 2 - Choisir un livre avec titre original genre Le Cercle littéraire des amateurs d'épluchures de patates ou Étrange suicide dans une Fiat rouge à faible kilométrage
► Session 2 : Septembre - Octobre 2016
Choisissez dans votre PAL le livre de votre choix

Binôme Volsted Gridban au rapport

Seconde partie de session :
Par jeu, j'avais inscrit plusieurs fois le même titre de différents auteurs dans un questionnaire de swap et j'ai été exaucée : sans tarder je lis donc le deuxième de cet envoi
Cet été là de Véronique Olmi. Prix des maisons de la presse 2011
Trois couples se retrouvent sur la côte normande pour fêter le 14 juillet. Leurs habitudes sont solidement ancrées : les hôtes, Denis et Delphine, présentent toutes les apparences de la réussite sociale, Lola toujours accompagnée de son amant du moment illustre le refus de l'engagement durable, Marie et Nicolas, ami de longue date avec Denis, forment un couple uni en dépit des difficultés professionnelles.
Mais sous l’insouciance trompeuse des plaisirs d'été et des repas entre amis, la parenthèse fragile de cette belle harmonie est menacée : Dimitri un jeune inconnu qui tourne autour de l'adolescente de la maison et pourrait même cacher un but encore plus inavouable, incarne subitement tous les risques ...
Une bien belle lecture, faussement légère, qui amène sans en avoir l'air des réflexions sur les apparences, la réussite, le couple, l'amitié, etc

Thème 2 : un titre original
Cruelle déception avec ce roman de Katerine Pancol une auteure dont j'entendais tant de bien que ma PàL contient aussi Les yeux jaunes des crocodiles. Je n'ai pas été capable d'apprécier si le style pouvait me plaire ou non et j'espère donc me faire une meilleure opinion grâce à une seconde lecture.
En premier lieu je n'attendais pas un récit autobiographique mais une sorte de roman humoristique, léger, citadin et féminin. La narratrice revient sur un deuil inachevé suite à la mort (récente) de son père et dévoile un complexe d'Electra persistant qui l'entraîne dans la recherche de relations amoureuses sans cesse vouées à l'échec.
A la place du divertissement attendu, j'aurais pu trouvé matière à m'intéresser aux remarques de l'auteur sur la vie à New York qu'elle semble connaître comme le fond de sa poche. Hélas, j'ai trouvé ce roman larmoyant, assez répétitif, ennuyant, et même déprimant.
En conclusion, passée la première et agréable surprise de style, j'ai trouvé le roman bien moins original que le titre ne le laisse supposer.
J'ajoute pour enfoncer le clou que je déteste les couvertures de la réédition Points dans laquelle je l'ai lu : donc je préfère montrer celle ci-contre.
Lu le 9 août 2016 dans le cadre du challenge Destockage de PàL en duo : Amarüel et XL| Volsted Gridban, pour le thème 2 : Choisir un livre avec titre original

Thème 1 - Un pays européenn à l’honneur : IRLANDE
Florian Kilderry est le fils unique d'un couple d'artistes fusionnels. Lui même n'ayant jamais trouvé le don dans lequel exceller, il s'est contenté d'exister dans l'ombre de ces deux êtres solaires et fantasques. Dès lors que plus rien ne le rattache à la petite communauté de Rathmoye, il envisage la vente de la maison familiale et l'exil.
Dans les années 1950, il ne se passe pas grand chose aux confins de la ruralité irlandaise. Le décès d'une notable pourtant austère, la riche veuve Connulty, fait figure d'événement et le jeune homme venu par désoeuvrement prendre des photos à l'enterrement est l'objet de tous les questionnements.
Orpheline recueillie par des religieuses, Ellie a d'abord été placée auprès du fermier Dillahan pour le seconder dans les tâches de la basse cour et de la laiterie, avant qu'il ne lui propose de devenir sa seconde épouse par commodité plus que par amour. Dure à l'ouvrage et d'un heureux caractère, Ellie trouve son compte dans cette association sans risques jusqu'à sa rencontre fortuite avec Florian. D'abord, elle repousse son penchant mais ils se recroisent et ils finissent par se rencontrer en secret. Elle est un dérivatif, un intermède de quelques semaines cet été-là alors qu'il vide la maison de son contenu avant de la livrer à des acheteurs. .
Le roman présente une esquisse suggestive de la vie sans relief dans la campagne irlandaise au milieu du siècle dernier. Le portrait moral des personnages, peu nombreux, est tracé avec justesse : leurs actes les décrivent et modèlent l'image collective d'une société austère, laborieuse et sans joie dont toutes les Ellie sont des victimes. Le vieux Orpen Vren, dans son dérangement mental et la vieille demoiselle Connulty, aigrie par une vie d'assujettissement familial, sont les seuls clairvoyants de cette histoire. J'en ai apprécié néanmoins l'ambiance douce amère et j'ai caressé l'espoir d'une rédemption avant la fin qui paraissait pourtant inéluctable.

Lectures BD du mois

Une BD au rythme lent, qui ne se laisse pas anticiper, mais qu'il faut suivre page à page pour en apprécier la subtile leçon.
résumé éditeur :
Sur un récit intimiste et initiatique d'Antoine Bauza, Maël revient à la couleur directe et aux grands espaces. L'alliance des mots et des images pour une émotion unique. L'album bénéficie de la collaboration du maître calligraphe Peter Krieger.

Dans le Japon d'Edo, Môhitsu, calligraphe errant d'un village à l'autre, rencontre Atsuko, jeune fille espiègle chez qui il décèle un don pour la peinture. Il décide de l'emmener avec lui à Edo pour qu'elle y fasse son apprentissage.
Une BD étonnante, très inégale, mais qui se laisse lire, notamment pour le dépaysement.
La fin est bien meilleure que le début, il faut aller jusqu'au bout pour mériter sa conclusion.

Dans une petite île bretonne imaginaire, un jeune homme réformé reprend la charge de facteur. Il prend goût au métier qui le met au contact de femmes esseulées en mal de nouvelles mais aussi de leurs secrets contenus dans les missives qu'il pille sans vergogne. Si au début la maltraitance paternelle et les railleries ont pu faire paraître Maël comme une victime, bien vite, le personnage parfaitement amoral perd tout charisme pour ne rester, aux yeux du lecteur qu'un odieux petit maître chanteur affectif. La fin rétablit l'équilibre cruellement mis à mal. Une BD aux couleurs sublimes sur une histoire qui tient la route et ses promesses jusqu'au bout.

mardi 4 octobre 2016

Impertinentes

flag Tour du monde : INDONESIE

Nouvelles, version bilingue, traduites par Jacqueline Camus
Dans ce petit fascicule, la traductrice a choisi de donner un aperçu représentatif de l'auteur à travers des morceaux choisis de sa vaste production à différentes périodes d'écriture. De beaux textes qui répondent à un désir autant esthétique que didactique, auxquels s’ajoutent deux extraits autobiographiques. Par ordre chronologique :
Une rebelle, une fille maudite ! / Pendurhaka (1953, 17 ans)
Où poussent les nouilles? / Pabrik
Le temps d’un courrier. / Perjalanan
Ngadirah a décidé. / Ngadirah
Si la fin justifie les moyens. / Langit dan bumi sahabat kami
Adolescence. / Kuncup berseri
Mère Jum et le « vivre ensemble ». / Pirukunan (avril 2013, 77 ans)
Chaque personnage principal est une femme de caractère, dont la forte personnalité caractéristique se maifeste par une étonnante indépendance d'esprit, quelles que soient leur époque, âge ou situation.
 Pour s’opposer aux traditions ou lutter contre les injustices, certaines se rebellent, d’autres résistent à leur manière, par des chemins détournés, souvent par leur regard caustique ou insolent. Ces modestes Mère Courage rappellent les deux personnages de femmes que l’on trouve dans une des trop rares traductions de romans indonésiens publiés en France.
Selon les nouvelles, le lecteur se place du point de vue du narrateur ou du point de vue de la personnage principale, et cela lui permet de s’ancrer dans l’histoire. Quel que soit le sujet abordé (traditions, prostitution, polygamie, modernisation etc), la femme est toujours en position d’infériorité face à l’homme, qui jouit de tous les droits. C’est également la femme qui, au sein d’une famille, dans le rôle de la mère ou dans le rôle de l’enfant, ou au sein de la société, est exposée aux injustices de la vie, comme le devoir de se conformer aux coutumes familiales plutôt que de suivre une nouvelle voie vers l’épanouissement, le fait qu’aucun homme, même les membres de sa propre famille, ne souhaite respecter le désir maternel, ou encore le fait d’être réduite à un objet de collection et de satisfaction de l’homme. 
Au delà de la difficulté (voire l’impossibilité) de mêler tradition et modernité à la satisfaction générale, Nh Dini a toujours défendu la rébellion des femmes contre leur situation économique et sociale convenue et le carcan de la tradition familiale qui en fait des mineures à vie.
Lu le 4 octobre 2016

    Violon


    Dans ce roman, Garance la narratrice, revient sur son enfance, marquée par leurs séjours dans la Grande maison en bord de mer, à Roquefleur, en Normandie. Différents drames familiaux s'y sont déroulés, restant inexpliqués car elle était trop jeune pour en comprendre tous les tenants et aboutissants : par exemple ce " jour de la baleine " qui articule le roman.
    La jeune Garance est fâchée avec l'écriture mais pas avec les mots qu'elle collectionne à la manière de Balzac, ni avec les sons : elle a l'oreille absolue. Un jour, elle reçoit une illumination : elle qui a étudié le violon avec assiduité mais sans passion, veut passer de l'autre côté, fabriquer des instruments d'exception, être luthière. Les bois qui résonnent lui parlent et lui valent des rencontres intéressantes comme ce Japonais qui visualise chaque sonorité et invente des mots doubles pour les exprimer.
    Elle ne semble pas la plus bizarre de sa parenté : sa grand mère Zélie dont le mari n'est pas leur grand père mais un médecin allemand occupant la Grande maison et disparu avec la victoire des Alliés, son père suicidé un jour de l'An, sa mère Manou, à peine tolérée par sa belle mère et qui finit par déserter pour la Petite maison, sa soeur Adèle un peu absente à elle même depuis un évènement de son adolescence et Albert l'ami d'enfance qui a fait miraculeusement fortune avec une invention farfelue. Mais Garance reste bien la figure centrale et les personnages qui gravitent autour d'elle sont plus estompés.
    J'ai eu du mal de départager au début si la narratrice était un avatar de l'auteur, mais il s'agit bien d'une trame romanesque, au final assez complexe, autour d'un personnage principal riche de contradictions. Globalement j'ai donc apprécié le roman Violon d'Anna Moï même si certains procédés stylistiques m'ont agacée. En effet, l'auteur mêle au roman des éléments apparemment autobiographiques, comme sa dysorthographie, dont elle rend compte sporadiquement par une transcription phonétique et des insertions de dialogues en italique (je n'ai pas vu l'intérêt de marquer les choses avec insistance, le lecteur aurait compris).

    C'était le jour de la Baleine, et aussi le dernier jour de son enfance, mais cela, Adèle ne le savait pas encore.
    " Luthière et poète, rêveuse et fantaisiste, Garance part à la recherche des secrets de son enfance. Ils la ramènent  dans la maison familiale où elle passait les vacances... jusqu'au drame.
    Garance se souvient de ces étés. Sa complicité avec sa sœur Adèle, la lumière intense de ces journées entre prés et falaises, le joyeux capharnaüm familial. Sous-douée pour l'orthographe, Garance fait du langage l'instrument d'inventions verbales cocasses et irrésistibles. Mais elle a un don extraordinaire l'oreille absolue. Elle pratique le violon puis la lutherie... sans jamais cesser de s'amuser avec les sons, ceux d'un Japonais italophone, d'un Brésilien professeur de violon ou encore d'une Russo-polonaise amie d'Adèle. Par bribes et sauts de mémoire, Garance recompose les syllabes manquantes de son histoire familiale, et réalise ses rêves, " hermétiques à qui n'a pas fréquenté de sorciers, de crapauds, de vaches, de cochons fous, de chiens morts, de caches à trésors et à calamités, de sœur dévorée par les monstres".