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dimanche 5 janvier 2020

Profession profileuse - Sur la piste des criminels sexuels


Thérapeute et diplômée en criminologie, Carine Hutsebaut exerce à son métier peu ordinaire à Bruxelles. Elle raconte son parcours de spécialisation, pour une formation qui n'est encore qu'embryonnaire au moment où elle commence à s'intéresser au profil psychologique de certains criminels en série : tueurs, violeurs, pédophiles. Elle travaille à la demande : de la justice, de la police ou du FBI, mais aussi pour venir en aide aux victimes et/ou à leurs familles.
La femme qui s'adresse au lecteur est une passionnée de l'âme humaine. Son credo est de comprendre les rituels et les profils de victimes, pour aider à élucider les affaires. Van Geloven, l'assassin qui poussa le président du tribunal à ordonner le huis-clos, par égard pour la sensibilité de l'assistance, est son premier sujet d'études. Mais elle dénonce aussi les pesanteurs du système, ses mécanismes rigides qui freinent les enquêtes, la formation inappropriée, trop classique de la police. Le profil précis du coupable qu'elle établit dans l'affaire Dutroux reste ignoré alors qu'il aurait sans doute permis de secourir ses dernières victimes.

lundi 23 décembre 2019

Mort d'un parfait bilingue


Beaucoup des titres volontiers obscurs de Thomas Gunzig m'interpellent par leur absurdité contenue ou leur désarroi désenchanté. Le contraste entre mort et bilinguisme parfait n'a pas échappé à la règle et c'est par ce roman que j'ai donc choisi de découvrir l'auteur dans le cadre du challenge belge. En outre, je trouve l'esthétique de la couverture très attractive, sans éclairer sur le contenu. Je n'en dirais pas autant de l'édition de poche qui me met mal à l'aise et s'ajoute au décousu des propos, lesquels suffisent amplement à générer puis entretenir le doute du lecteur sur l'objet littéraire non identifié qu'il tient entre les mains...
Quatrième de couverture :
Maintenant on se demandait vraiment quel effet ça pouvait bien faire une balle dans le ventre ou un éclat d'obus dans la figure, on se demandait comment c'était une vie sans jambes ou sans bras, une vie à plus rien y voir et on se demandait enfin à quoi ça pouvait servir qu'on se les gèle, qu'on nous réveille à des heures impossibles, que les camions de transport militaire soient aussi pourris, si ça aidait à gagner la guerre ou si c'était juste à l'image de l'univers : nul du centre à la périphérie.

mercredi 30 octobre 2019

Le jeu du souterrain


Quatrième de couverture en attendant que je ne sois plus inspirée pour donner mon propre avis... Pour la dernière session de Lire sous la contrainte, heureusement que j'avais cette motivation supplémentaire car j'ai eu beaucoup de mal à finir ce roman de Françoise Mallet-Joris. Trouvé dans une boîte à livres, le hasard avait fait plutôt bien les choses car je voulais la lire dans le cadre du challenge belge. La rencontre n'a pas eu lieu, je devrai peut être tenter un autre titre choisi en connaissance de cause. Même la couverture n'est pas inspirante...
Dans un village du Contentin, un homme creuse un trou depuis des années, à la recherche d'un trésor. C'est un fait divers, une curiosité, une aventure, un exemple aussi. Ce " sujet " tout trouvé ranime soudain l'imagination de Robert, écrivain dispersé qui se laisse aller aux besognes quotidiennes, à la facilité de l'article de commande, du cachet, de l'émission, de tous les services à rendre qui finissent par ronger le temps d'un romancier, surtout quand il doute de lui. Entre sa femme Catherine et Reine, sa maîtresse, pour laquelle il écrit des chansons, Robert s'était bâti une petite vie tranquille, au jour le jour du hasard et de la démission heureuse. Et voici que la découverte fortuite de ce personnage inconnu vient bouleverser son existence. Pour écrire son nouveau roman, après un si long silence, il envoie paître les amis, les parasites, les employeurs. Il va même fuir sa famille, rompre avec sa maîtresse et tenter de se retrouver devant le papier nu, presque seul, soutenu par une vieille fille un peu folle qui s'est instituée sa " documentaliste " vigilante, caricature de muse. Délaissée, Catherine croit qu'elle n'aime plus son mari, et leurs intimes, sans se l'avouer, ne lui pardonnent pas de leur échapper, de n'être plus conforme à l'idée qu'ils se formaient de lui et de son échec. Mais peut-on ruser longtemps avec le destin et soi-même ? Qui sait s'il y a un trésor au fond du souterrain ? Qui sait si Robert pourra mener à bien le livre qui s'embourbe déjà, le jeu qui ne l'amuse plus ? L'existence, trop souvent, n'est qu'une " longue remise au lendemain des choses importantes ", et tout finit par rentrer dans l'ordre rassurant de la banalité. Catherine, infidèle par dépit, revient à son époux ; la famille se ressoude, le bonheur n'aime pas les situations exceptionnelles. Là-bas, au village, on comblera les galeries sans doute et Robert, s'il va jamais rendre visite à son modèle d'un moment, n'en fera plus que le but d'une promenade et le terme d'un rêve impossible. Sur ce thème d'une ingénieuse richesse - qui lui permet de nous confier, chemin faisant, ses idées sur la création, la littérature aujourd'hui, le métier d'écrivain, l'espoir, l'illusion, l'amour, les renoncements et les joies - Françoise Mallet-Joris a construit un roman à facettes, tout en nuances de tendresse et d'ironie. Les personnages foisonnent, pittoresques, attachants, pitoyables, les histoires se mêlent, les portraits se succèdent et, derrière l'écran d'un réalisme familier, sans cesse éclairé par l'humour et la satire, on devine l'ombre d'une sagesse, d'une réflexion, dont la gravité souriante n'étonnera pas les innombrables lecteurs de la Maison de papier.

vendredi 12 juin 2009

Patriot Act

Programme « Masse critique » : l'adhésion à Babelio me vaut de recevoir un roman à lire et à commenter dans le mois. Les éditions First Thriller m'envoient Patriot Act : première enquête de l'inspecteur Elvis Casanova par Kenan Gorgun. Le roman est maintenant présent dans les rayons des libraires et pour faire bonne mesure, je l'offrirai à la bibliothèque afin que d'autres lecteurs en profitent. clin d'oeil : page 321 du roman, il est question de « masse critique ».

Résumé : Le professeur John Victor Saturne, spécialiste de la mémoire, meurt dans un étrange assassinat qu'il a pris soin de mettre en scène. Bien que ne le connaissant pas, le brillant inspecteur Elvis Casanova de la police criminelle de Baltimore hérite de sa maison et de tout son contenu : il y voit un message délivré par le mort et une énigme à résoudre. Cela irrite beaucoup son collègue le lieutenant Anthony Clark chargé de l’enquête.Vingt ans auparavant, les travaux du professeur furent encensés par la profession et la critique scientifique, avant que tous ne se détournent de lui. Le Pentagone l'avait alors contacté pour qu'il poursuive secrètement ses recherches. Seth et Richard, ses deux principaux ex-assistants, sont chargés de reconstituer une équipe pour étudier les documents laissés derrière lui, qui se révèlent parsemés d'erreurs. Victime d'un attentat qui le laisse pour mort, l’inspecteur en profite pour mener son enquête en toute liberté. Depuis l’accident et son séjour chez un ermite qui l'a recueilli, il a des visions qui le lancent sur une piste. Il découvre alors que les indices le mènent à une réserve indienne où l'attend Juan Rento Tchivo, l'assistant préféré de Saturne, disparu de la circulation et recherché avec force moyens par les fédéraux.

Eléments de cadrage : « Unir et renforcer l’Amérique en fournissant les outils nécessaires à l’interception et à l’obstruction du terrorisme » : le 25 octobre 2001, le Congrès et le Sénat américains approuvent à une écrasante majorité un corpus de lois connues sous l’acronyme USA PATRIOT Act. Adopté sous le coup de l’émotion au lendemain des attentats terroristes du 11 septembre, il donne aux agences fédérales des pouvoirs extraordinaires pour perquisitionner des propriétés privées, saisir des documents confidentiels et mettre sous écoute des lignes téléphoniques.
L'auteur prétend dénoncer l'absence de scrupules de l'appareil d'état américain quand il s'agit de sécurité nationale et surtout de suprématie mondiale.
Pire que Big Brother de George Orwell, « l'Anneau de Saturne » ainsi nommé par son inventeur, porte sur l'association -à l'échelle de l'humanité- de mini capteurs ou smartdust (poussière intelligente) insérés sous la peau et capables de transmettre par ondes électromagnétiques toute pensée humaine à un centre de traitement et de restitution de l'information sous forme d’hologramme planétaire.
Quand il est informé de l'usage que le Pentagone, qui mène des recherches parallèles pour se prémunir de l'effet des capteurs, entend faire de ses résultats, le professeur préfère saboter son projet et organiser sa disparition. En léguant ses biens à l'inspecteur, il lui transmet la charge de déjouer les mauvaises intentions qui entourent désormais le projet.

Les personnages :
Qui est le véritable héros de ce roman : le professeur Saturne ou l'inspecteur Casanova ? Mort dès les premières pages, le professeur reste présent en filigranes et manipule tout son monde avec brio. Pourtant, la vie de recherches à laquelle il a consacré temps et énergie est un fiasco et, comme par une ironie du sort qui s'acharne contre lui, l'auteur le fait souffrir d'un Altzheimer, maladie dégénérative du cerveau qui s'attaque en priorité au siège de la mémoire. Toutefois, la pitié ressentie pour lui s'amenuise quand l’auteur livre la clef du terrible secret qui a fondé ses recherches et dont il a dissimulé la preuve dans la toile Eyes Heat de Pollock.
Le personnage de l'inspecteur Casanova, présenté comme un beau gosse rebelle et flambeur, un peu superficiel, se révèle d'une plus grande profondeur au fil des pages. Il faut bien cela si l'auteur prétend donner une suite à cette première enquête. Il est pourtant entouré de beaucoup trop d’histoires concomitantes, qui fourniraient un bon sujet à un autre roman mais n'apportent rien à celui-ci et le rendent touffu : Archangela Rodriguez, la castriste infiltrée, Marcus Saint-Georges, le gentil flic sorti de Black Point, Calimerito, le monumental doux dingue patron de la lutte contre les narcotrafiquants… pour ne citer qu'eux. La structure du récit s'en trouve hachée par trop de points de vue différents.

En bref : 200 pages pour installer l'intrigue avant que le roman ne trouve son rythme, 200 de plus avant qu'il ne devienne réellement intéressant dans le livre trois : c'est long. Par ailleurs, le style, avec ses effets intempestifs, trop sporadiques pour créer un genre ou ses jeux de mots stériles, qui tels des private jokes tombent à plat ou comme un cheveu dans la soupe, ne m'a pas convaincue.

jeudi 12 mars 2009

L'enfant bleu

Le titre initial du roman d'Henry Bauchau était Le Peuple du désastre, expression qui désigne dans le texte les gens « pas normaux », les « presque finis ». Partant de son expérience d'analyste, l'auteur place au centre du récit la cure d'un adolescent psychotique. Bien plus que le récit d’une maladie, c’est aussi un chemin vers la création, une réflexion sur l’art et l’écriture.
Orion rencontre dans un hôpital de jour celle qui sera pendant de nombreuses années sa « psycho-prof-un-peu-docteur ». Le lecteur accompagne le jeune homme dans son expérience artistique. Orion est si touchant dans sa manière d'exprimer son angoisse, dans la richesse de son imaginaire, dans la force dévastatrice de ses délires qu'il est difficile de ne pas se laisser atteindre.
Le transfert s'effectue ; les personnages sont palpables, c'est une histoire prenante qui laisse nostalgique mais pas déprimé, une très belle écriture : j'ai dégusté le livre en plusieurs jours pour faire durer le plaisir. Il y a une échappée, pas vraiment une fin.