mercredi 30 octobre 2019

Le jeu du souterrain


Quatrième de couverture en attendant que je ne sois plus inspirée pour donner mon propre avis... Pour la dernière session de Lire sous la contrainte, heureusement que j'avais cette motivation supplémentaire car j'ai eu beaucoup de mal à finir ce roman de Françoise Mallet-Joris. Trouvé dans une boîte à livres, le hasard avait fait plutôt bien les choses car je voulais la lire dans le cadre du challenge belge. La rencontre n'a pas eu lieu, je devrai peut être tenter un autre titre choisi en connaissance de cause. Même la couverture n'est pas inspirante...
Dans un village du Contentin, un homme creuse un trou depuis des années, à la recherche d'un trésor. C'est un fait divers, une curiosité, une aventure, un exemple aussi. Ce " sujet " tout trouvé ranime soudain l'imagination de Robert, écrivain dispersé qui se laisse aller aux besognes quotidiennes, à la facilité de l'article de commande, du cachet, de l'émission, de tous les services à rendre qui finissent par ronger le temps d'un romancier, surtout quand il doute de lui. Entre sa femme Catherine et Reine, sa maîtresse, pour laquelle il écrit des chansons, Robert s'était bâti une petite vie tranquille, au jour le jour du hasard et de la démission heureuse. Et voici que la découverte fortuite de ce personnage inconnu vient bouleverser son existence. Pour écrire son nouveau roman, après un si long silence, il envoie paître les amis, les parasites, les employeurs. Il va même fuir sa famille, rompre avec sa maîtresse et tenter de se retrouver devant le papier nu, presque seul, soutenu par une vieille fille un peu folle qui s'est instituée sa " documentaliste " vigilante, caricature de muse. Délaissée, Catherine croit qu'elle n'aime plus son mari, et leurs intimes, sans se l'avouer, ne lui pardonnent pas de leur échapper, de n'être plus conforme à l'idée qu'ils se formaient de lui et de son échec. Mais peut-on ruser longtemps avec le destin et soi-même ? Qui sait s'il y a un trésor au fond du souterrain ? Qui sait si Robert pourra mener à bien le livre qui s'embourbe déjà, le jeu qui ne l'amuse plus ? L'existence, trop souvent, n'est qu'une " longue remise au lendemain des choses importantes ", et tout finit par rentrer dans l'ordre rassurant de la banalité. Catherine, infidèle par dépit, revient à son époux ; la famille se ressoude, le bonheur n'aime pas les situations exceptionnelles. Là-bas, au village, on comblera les galeries sans doute et Robert, s'il va jamais rendre visite à son modèle d'un moment, n'en fera plus que le but d'une promenade et le terme d'un rêve impossible. Sur ce thème d'une ingénieuse richesse - qui lui permet de nous confier, chemin faisant, ses idées sur la création, la littérature aujourd'hui, le métier d'écrivain, l'espoir, l'illusion, l'amour, les renoncements et les joies - Françoise Mallet-Joris a construit un roman à facettes, tout en nuances de tendresse et d'ironie. Les personnages foisonnent, pittoresques, attachants, pitoyables, les histoires se mêlent, les portraits se succèdent et, derrière l'écran d'un réalisme familier, sans cesse éclairé par l'humour et la satire, on devine l'ombre d'une sagesse, d'une réflexion, dont la gravité souriante n'étonnera pas les innombrables lecteurs de la Maison de papier.

1 commentaire:

Philippe D a dit…

Je connais à peine l'auteure et pas du tout le titre.
Merci pour ta participation à mon challenge. Vous n'êtes que deux à avoir participé cette fois !