lundi 30 mars 2015

La lune seule le sait 1/3

La Trilogie de la lune de Johan Héliot, tome 1

Printemps 1889. Un vaisseau hybride de chair et de métal fait irruption dans le ciel de Paris, stupéfiant la foule venue célébrer la clôture de l'Exposition universelle. L'humanité entre en contact avec les extraterrestres Ishkiss et découvre une technologie qui surpasse ses rêves les plus fous.
Dix ans plus tard, l'Europe s'est transformée mais la science fabuleuse, alliant la vie et le métal, est devenue un instrument d'oppression entre les mains de l'Empereur français. Les droits des peuples sont bafoués et les opposants déportés grâce à la nef ishkiss vers le nouveau bagne que Louis Napoléon vient d'inaugurer dans les entrailles de la Lune. Pourtant, la révolte gronde, menée par les artistes et les écrivains exilés en Amérique.
Le déroulement du premier tome de la trilogie se passe au cours d'une visite de personnalités sur la Lune, au moment choisi pour une mutinerie d'envergure. Parmi les membres de la délégation terrienne figure un des précurseurs et prolifique auteur de SF français, dont les rêves ont fasciné et inspiré des milliers de lecteurs. Il est peut être le seul sur Terre susceptible de comprendre les véritables enjeux d'une situation de crise conçue et préparée de longue date.

Ce titre vient compléter ma participation au challenge de Magicienne d'Oz avec un dernier genre : SF, uchronie. Il me permet également de renouer avec le challenge Steampunk de Lord Orkan von Deck qui présente l'avantage d'être illimité dans le temps et autorise donc à découvrir des oeuvres pour se faire plaisir, sans courir après le billet.
J'ai survolé la fin de ce tome et je ne crois même pas que je tenterai la suite. Dommage car j'avais bien envie qu'il me plaise... En effet l'idée de jouer avec la personnalité de Jules Verne est intéressante mais le niveau me semble inadéquat, avec trop de références pour un public jeune, mais pas assez de consistance pour un lectorat adulte et la démarche, l'intrigue sont floues, empesées.  15/4/-3

dimanche 29 mars 2015

Oscar Wilde et le jeu de la mort

Oscar Wilde est le fondateur et président du club Socrate dont la règle serait presque de ne pas en avoir. Au cours d'une soirée, le maître de cérémonie lance l'idée d'un jeu morbide : chacun doit inscrire anonymement le nom de la personne qu'il souhaite le plus voir morte. Dès le lendemain matin, les deux premiers noms sont les victimes d'une mort accidentelle... Quand le Captain Flint, un perroquet figurant en troisième place est retrouvé vidé de son sang, le doute s'installe parmi les convives du banquet. Oscar Wilde, qui ferme la liste avec son épouse, est pris de remords et cherche à dénouer l'énigme avant que l'assassin ne frappe à nouveau. Mais le quatrième, pris de panique, disparaît sans explication après un ultime appel à l'aide.
Dans ce roman, Oscar Wilde est montré au faîte de sa gloire et de sa fortune. La pièce qu'il  fait jouer au théâtre Saint James est un immense succès. Il est marié avec Constance depuis huit ans et père de deux garçons Cyril et Vyvyan.
Le narrateur Robert Sherard est un peu le docteur Watson d'Oscar Wilde dans cette fiction de Gyles Brandreth construite à la façon d'un Scherlock Holmes. D'ailleurs l'entourage proche du célèbre dandy se compose d'Arthur Conan Doyle, de Bram Stoker (créateur de Dracula), de Wat Sickert (peintre), de Charles Brookfield (acteur et auteur concurrent de Wilde).
Le roman construit selon une bonne intrigue, bien huilée, offre des émotions intenses, un suspense entretenu jusqu'au dénouement où le maître, ayant rassemblé tous les rescapés, lève le voile sur les résultats de son enquête et livre le coupable à la police (cela ne vous rappelle pas un certain Hercule Poirot ?) Il existe deux autres aventures que je lirai prochainement avec plaisir, mais pas de suite car j'ai peur qu'elles soient un peu répétitives.
ABC polar : B

samedi 28 mars 2015

Dewey

Coup de coeur
L'amour est au coeur de la biographie romancée de Vichi Myron : le chat - de son nom complet  Dewey Readmore Books - adopté par le personnel de la bibliothèque, avant de souder autour de lui l'ensemble de la communauté de la petite ville, sa famille très unie autour du couple de ses parents, sans oublier sa fille Jodi qu'elle a élevée presque seule tout en reprenant des études pour devenir bibliothécaire.
A travers l'histoire de Dewey, ou plutôt la leçon tirée de ce qu'un minuscule chat presque mort a apporté dans leurs vies à tous, l'auteur retrace la sienne enrichie d'une description chaleureuse de l'Iowa rude terre de fermiers cultivateurs de maïs à perte de vue.


50 états, 50 billets
IOWA

vendredi 27 mars 2015

Le scorpion album des 10 ans / 11 tomes

Le scorpion tome 11 La neuvième famille
Dans ce tome, les personnages secondaires sont en retrait par rapport au Scorpion qui vient enfin de découvrir le secret de sa conception pour perdre tour à tour son oncle et son père. Armando est contraint de faire alliance avec Nélio Trebaldi son jeune frère car un tueur implacable est en train de décimer tous les descendants de la neuvième famille. Il est confronté lui aussi à la paternité car il apprend qu'un fils est né de sa brève escapade avec Marie Ange de Sarlat. De son côté, Mejai l'ancienne ennemie qui a fini par tomber dans ses bras, se sent délaissée et décide de rentrer en Egypte pour donner naissance au fruit de leurs amours.

Le thème de la bohémienne vu par Marini et Desberg :
Brune piquante, belle et fière, elle ne se laisse pas facilement approcher. Elle est fatale car elle connaît le secret des poisons. Elle est montrée accompagnée d'un félin noir comme les sorcières. Le rouge est sa couleur.
Mélange d'altérité, d'errance et de féminité, la bohémienne renvoie à plusieurs mythes dont celui d'Isis. Elle représente la fascination et la séduction de l'étranger. Symbole de dissidence, elle jouit d'une grande liberté, voyage constamment et ne se fixe jamais. Elle cherche sur les routes son identité. Elle s'adonne à la magie et à la chiromancie. Elle est souvent accusée de sorcellerie et de commerce avec le diable. Image de la femme fatale, (Carmen, Esmeralda), elle perd les hommes qui tente de la capturer. L'image de la bohémienne est aussi liée à l'Espagne. Elle devient alors gitane.


























Mayam : une série complète signée Stephen Desberg
1/ L'ambassade terrienne
2/ Les larmes d'Eïam (du désert)
3/ Les ruines de Dieu
4/ June infiniment bon
une histoire un peu confuse, des dessins un peu brouillons, mais de réels centres d'intérêt, voilà le souvenir que m'a laissé cette série BD
Lue le 4 octobre 2011

jeudi 26 mars 2015

Elle voit des rhino partout [6]

Rendez-vous le mercredi 25 mars à partir de 7h pour une opération Masse Critique dédiée à la littérature jeunesse de 0 à 15 ans et recevez un livre jeunesse en échange d'une critique.

Devinez quoi ? je sais déjà pour quel livre je vais jouer :
Pas si facile d'avoir un animal de compagnie. Quand la maman de Rita refuse de lui acheter un animal de compagnie, elle se rend au zoo et revient avec. un rhinocéros ! Mais avoir un rhinocéros dans un appartement est bien plus compliqué qu'elle ne l'avait imaginé ! Une hilarante et loufoque histoire de Tony Ross sur les joies et les inconvénients d'avoir un animal domestique !

ça me rappelle un peu la nouvelle de Beagle... Lu le 19 septembre 2013
challenge Totem chez Liligalipette (lui donner la liste de mes billets " elle voit des rhinos partout ")

Le rhinocéros qui citait Nietzsche
Grand Prix de l'Imaginaire, nouvelle étrangère, 2004
D'habitude je traque les rhinocéros qui se cachent dans le texte, mais là - oh bonheur - il trône dans le titre, sur la couverture et fait même l'objet d'une nouvelle à part entièrement. Joie de courte durée car d'emblée, l'auteur m'assène un choc imprévu :
Il ressemble à un rhinocéros, marche comme un rhinocéros, et - grands dieux ! - empeste le rhinocéros. Mais il affirme être une licorne. Difficile, même pour un professeur de philosophie, de lui faire entendre raison... La discussion s'emballe entre le vieux célibataire un peu bougon et l'étrange animal croisé au cours d'une visite au zoo où il a mené sa nièce. D'abord incrédule (comme le lecteur) lorsque le narrateur entend le rhinocéros l'interpeler, il revient seul, pour une seconde confrontation et cette fois, le rhinocéros le précède à son domicile. Mais si l'encombrant compagnon adore se servir de la salle de bain, il se fait tout petit et discret quand le professeur reçoit des visites. Bientôt, il préfère se confiner dans l'appartement et tenir des discussions à n'en plus finir, où l'érudition le dispute aux positions arrêtées de l'un ou de l'autre.

J'ai beaucoup aimé les Contes et légendes, d'abord des régions de France, puis du monde entier. Je retrouve ce plaisir intact à la lecture des nouvelles inédites de Peter Soyer Beagle, l'auteur de La dernière licorne et du Magicien de Karakosk, réunies dans ce recueil :
1. le professeur Gottesman et le rhinocéros indien
2. Entrez Lady Death (Une vieille lady richissime invite la mort au dernier grand bal qu'elle donne)
3. Lila le loup garou (La petite amie du narrateur se révèle être une louve-garou)
4. La licorne de Julie (La petite-fille d'une sorcière délivre une licorne prisonnière d'une tapisserie)
5. Le naga (Un texte de Pline l'ancien raconte la vie d'un roi indien, époux secret d'une hydre devenant femme chaque nuit)
6. Une danse pour Emilia (L'esprit d'un vieil homme décédé occupe et anime le corps d'un félin domestique)

Chacune des nouvelles de ce recueil recomposé par Folio est un petit bijou fantastique à la limite de la réalité tangible. Un petit élément fait basculer les protagonistes dans un monde irréel : le rhinocéros qui s'enfuit du zoo, la licorne qui tombe de la tapisserie où elle est retenue depuis des siècles, l'ami disparu qui s'incarne dans la chatte de la maison pour abriter le dernier rêve d'un homme, la compagne un peu fantasque qui fait place à une louve certains soirs particuliers... Ensuite, la magie opère avec une tendresse voilée de tristesse, un souci d'autrui, un sorte de charme commun à tous les textes. Les animaux merveilleux ou mythiques choisissent soigneusement auprès de qui ils vont révéler leur nature, le reste du monde est tenu à l'écart. Le réalisme n'est jamais perdu de vue, mais l'absurdité tient au décalage de la situation de départ  « Lila Braun vivait avec Farrell depuis trois semaines quand ce dernier découvrit qu’elle était un loup-garou ».

mercredi 25 mars 2015

La triste fin du petit enfant huître et autres histoires

Sans Ailanna que je remercie d'avoir glissé une contrainte lire en anglais dans le bingo littéraire, je n'aurais pas découvert cette édition bilingue de la collection 10/18 domaine étranger, à la superbe reliure toilée.
Le recueil de textes poétiques, magiques et mystérieux, est illustré par l'auteur en personne : Tim Burton exprime d'un trait grêle les affres de ces êtres malingres, mal aimés, étranges, inachevés qu'il imagine, des enfants monstrueux impossibles à assumer par leurs parents. Il décrit en quelques vers l'amour et le désespoir, puisant son inspiration au vieux fonds traditionnel des contes et du désir d'enfant.
Jamais je n'aurais osé imaginer tant elle est raide La triste fin du petit enfant huître... ni celle de dizaines d'autres personnages aussi peu adaptés à la vie humaine : l'enfant toxique qui meurt d'un bol d'air frais, l'enfant momie qui finit en piñata lors d'un anniversaire mexicain, la fille-lit qui devient un tendre couchage couette incluse, le bébé ancre qui finit par entraîner sa mère au fond, mais aussi Brindille, triste Pierrot amoureux d'une Allumette et les autres : l'enfant robot, l'enfant tache, la fille vaudou, l'enfant brie, la reine pelote-à-épingles, l'enfant tête de melon, le gamin pingouin.
La traduction de René Belletto que je soupçonne de se laisser parfois emporter par le sens, ne me semble pas toujours strictement littérale, mais restitue l'imaginaire poétique de l'auteur. A sa décharge, le français ne sera jamais d'une aussi grande concision conceptuelle que l'anglais. 

mardi 24 mars 2015

Futurs sans escale

La collection présentée par Isaac Asimov rassemble dans ce volume un choix des meilleurs textes d'Azimov Magazine.
++ La Dame au dragon d'Anne Mac Auley m'a donné envie de lire Le cycle de Pern mieux que les commentaires les plus élogieux apportés sur la plus célèbre auteure de SF américaine.
En attendant les Olympiens (viendront viendront pas) raconte l'enfer de la page blanche pour un écrivain de sci-rom descendant de Jules César.
+ Mes nuits chez Harry, à Sutton en Virginie occidentale sont mouvementées : un banal fast food en pleine nature se révèle le lieu de rendez vous de tous les voyageurs temporels des réalités alternatives.
Plus près de toi mon Dieu raconte la destinée de Steven, seigneur tunicier. Dédaignant le fleuve Zaïre, au Congo, contrairement à ses amis Walter Wendy et Jane, il n'a pas l'âme d'un explorateur et préfère les recherches au fond de son cabinet.
Insignifiance évoque le sursaut d'orgueil de quelques hommes. Relégués face aux IA et aux nanotechnologies, plus fiables, ils rêvent de reprendre le pouvoir ou simplement leur destinée en main.
Au revoir Cynthia est un drame. Dame de la lune, Janet ne s'est pas remise de la disparition de sa jumelle un soir de leurs 9 ans où leurs parents s'étaient disputés particulièrement fort
++ La lune et Michel Ange se déroule sur une planète étrange peuplée de paisibles lémuriens. Une expédition tente de percer le mystère de leurs villes sculptées de figures grotesques ou effrayantes. Parmi eux, Peter Catlow, tailleur de pierre de son état, rêve de s'intégrer à l'oeuvre.
++ Dans Le lupanar ambulant de Ginny Hanches de Velours, l'auteur décrit un monde à la Mad Max, violent et furieux, où le pétrole est rare et les arnaques nombreuses. La patronne, entourée d'un droïde et d'un opossum tireur d'élite, est menacée par le guet-apens du gang des assureurs qui veulent la détrousser. C'est compter sans la protection de Moro Gain, un as de l'électronique qui s'est mis en tête de l'inviter à dîner...

mardi 17 mars 2015

Un mot, des genres

Un challenge proposé par Magicienned'Oz : il s'agit entre mai et septembre de lire 5 livres contentant le même mot - pour moi FILLE - dans des genres différents

mardi 10 mars 2015

La brigade de l'Oeil

Rush Island une île asiatique coupée du monde. L'Impératrice Harmony a décrété les images hors-la-loi et tous ceux dont le métier s'y rapportait ont été exterminés. Le commissaire Falk de La brigade de l'Oeil est un des plus ardents acteurs de la répression et les contrevenants en possession ou faisant le trafic d'images sont condamnés à avoir les yeux " pyroculisés " sur le champ. Les gardiens de la Brigade ont un aspect effrayant avec leurs " galiscopes ", un appareillage oculaire portatif qui empêche de ciller, améliore la vision et la focalise sur les détails d'un périmètre bien délimité. Ils m'ont fait pensé à ceux de Méto pour la bestialité et l'intransigeance.
Kao, un lycéen de 15 ans, prend des risques sans trop de calcul mais sa rencontre avec Emma va le faire basculer dans un engagement plus radical. Avec quelques résistants de la première heure, Holden, Fuji, il essaie de sauvé un vaste dépôt de films, un lieu non avéré mais espéré qui survivait dans les mémoires sous le nom mythique de Diaphragme.L’histoire se termine sur un incendie qui fait des centaines de victimes anonymes, simples spectateurs venus assister à la projection clandestine des Temps modernes de Chaplin. Certaines scènes pourraient choquer les âmes sensibles. Guillaume Guéraud signe une dystopie effrayante à plus d'un titre mais insuffisamment aboutie : le contexte d'un monde où toutes représentations y compris les dessins sont bannies, mais aussi l'histoire qui ne laisse aucun espoir ni échappatoire et finit mal pour l'ensemble des protagonistes des deux camps. Un match nul qui ne fait que des perdants et laisse le lecteur sonné et amer.
une critique au lance flammes de Forator
liens vers Sans la télé et Je mourrai pas gibier par Alfred Ka

mercredi 4 mars 2015

2065 La ville engloutie 3/3

Ce roman jeunesse constitue le premier tome d'une trilogie de Jean Michel Payet dans laquelle j'ai plongé à la suite du jeune héros. 
Emile Kolaux partage avec de nombreux adolescents la particularité de ne pas trop étudier en classe, mais plus encore, il partage une grande connivence avec un grand père original auquel il rend visite régulièrement dans son petit village. Un jour, il réussit à lui extirper son secret et apprend que Vladimir possède dans sa cave le moyen de retrouver chaque année, le jour de ses 20 ans, Marthe, sa tendre épouse trop tôt disparue. Traumatisé parce qu'une camarade de classe l'a traité de gros naze et de futur raté, Emile décide de tenter le voyage pour vérifier de ses yeux ce que l'avenir lui réserve. Il débarque par erreur dans un futur beaucoup plus tardif que prévu et fait le constat des nombreux désagréments survenus à sa commune et à sa famille, dont la disparition de sa soeur jumelle Clémence. Dès lors, il n'a qu'une idée, revenir dans son époque et agir pour prévenir les funestes évènements. La suite appartient aux tomes 2 et 3
Lu le 26 mars 2013


L'avis d'ImagIn qui me l'a troqué et que je remercie. Comme moi, elle a été sensible au message écologique destiné au jeune lectorat et curieuse de connaître les autres épisodes, elle poursuit la lecture de la série.

A presque deux ans d'intervalle, je découvre la suite de La ville engloutie. Emile est revenu dans son présent en 2010 mais tout va plutôt mal pour sa famille. Les quotas de pêche empoisonnent la vie de son père et l'argent manque catastrophiquement à la maison. Pour mettre un peu de beurre dans les épinards, Emile imagine un procédé qui n'est pas très glorieux, retourner en 2065 chercher les résultats des jeux de hasard pour forcer la fortune. Il a également un alibi plus personnel auquel sera sensible son sentimental grand père pour le laisser de nouveau emprunter le passage temporel de sa cave à Dréanzé : Emile compte revoir dans le futur la belle Alaska dont il s'est épris. Hélas, comme dans le premier tome, les choses ne tournent pas comme prévu. Dréanzé est déserté car l'eau est devenue tellement rare et chère que seuls les villages alimentés par une source ont pu subsister. Sur la côte, Saint Port où vivait sa famille est aux mains du maître de la seule source encore potable depuis que l'usine a pollué durablement tout le site. Emile est aussitôt recherché par la milice municipale car il est le parfait sosie d'Esteban, un jeune rebelle qui s'oppose au maire et dénonce ses agissements comme avoir fait disparaître des témoins gênants. Emile retrouve Alaska qui s'appelle Caroline dans cet univers et ne le reconnaît pas : au début, elle peine à le croire mais elle va de nouveau finir par lui venir en aide.
La série s'adresse à un jeune public dans le but de l'informer et de le sensibiliser sur les conséquences à moyen terme de la consommation insouciante des ressources naturelles. Emile prend de plus en plus conscience des risques écologiques. Il est revenu de sa première expédition persuadé que chaque geste anti-gaspi importe. Mais il se rend compte que son attitude impacte le futur et il craint de ne pas retrouver Alaska. La magie opère moins dans ce tome, sans l'attrait de la nouveauté ou que l'action musclée prend le pas sur la romance qui est moins présente. Le sujet est toujours en rapport à l'eau une ressource aussi précieuse que coûteuse qui cette fois est devenue l'enjeu d'une manipulation malhonnête de la part de Rodolphe Boulanger, un camarade de classe qui s'est approprié l'ensemble de la ressource et pratique un tarif monopolistique. Son personnage cynique et sans scrupules, il se pose en bienfaiteur qui a construit hôpital et donné ses infrastructures à la ville, montre la cupidité et l'absence de conscience morale des affairistes.

lundi 2 mars 2015

La pluie avant qu'elle tombe

Je l'ai lu au tout début ou même avant l'existence de ce blogue et j'en garde le souvenir d'un livre empreint de sérénité, d'un récit à pas feutrés,où les tumultes de la vie - bien qu'ils existent - sont laissés à l'arrière plan... mais je précise que j'ai décroché avant la fin et donc avant le drame qui s'annonce tout au long du roman. La couverture, ce masque de femme qu'on enlève, m'a interpelée car elle m'a rappelé une ancienne publicité pour un anti-migraineux.
A l'approche de sa mort, Rosamond confie au magnétophone ses souvenirs accompagnés d'une sélection de vingt clichés pris entre 1940 et 2000. Son témoignage et ses regrets s'adressent à une jeune femme aveugle, Imogen, qu'elle n'a pas revue depuis une rupture qui remonte à longues années. Mais c'est Gill, sa petite-nièce, venue rangée ses affaires, qui trouve les cassettes audio et qui, faute de savoir qu'en faire, écoute les six heures d'enregistrement. A la suite de l'auditrice, le lecteur pénètre les secrets de famille révélés par Rosamond, avec le sentiment tenace de commettre une indiscrétion. Dans la maison désertée, la voix fait lentement resurgir les fantômes du passé qui l'ont hantée et, cherchant à comprendre, tente de faire la part du hasard et de la fatalité. Un peu comme dans Le goût des pépins de pommes, le destin de trois générations de femmes s'enchevêtre dans le récit, sur lequel plane l'imminence d'une tragédie.

dimanche 1 mars 2015

La couleur pourpre - La couleur des sentiments


COUP DE COEUR
La couleur pourpre -  Pulitzer - Fiction - 1983
Trente années d'éloignement et de difficultés n'ont pas réussi à minorer l'amour fraternel et la tendresse que se portent les deux soeurs héroïnes de ce roman, Celie et Nettie. La séparation douloureuse survient quand Celie est mariée contre son gré par son beau-père à Mr. un veuf père d'une famille nombreuse. Puis Nettie, dans sa fugue, se réfugie chez eux, mais bientôt Mr. la somme de quitter les lieux. Nettie doit partir vers la ville et Celie l'oriente vers la femme du pasteur : elle a l'impression que le couple a adopté la petite fille qui lui a été arrachée dès sa naissance. Mais les missionnaires qui l'ont accueillie pour s'occuper de leurs deux enfants, décident de partir en Afrique et la distance qui sépare les deux soeurs devient immense. Après un énorme périple, via Londres pour soulever des fonds, puis le voyage de Southampton jusqu'au Liberia, pour s'établir auprès de la tribu des Olinkas, qui les voient arriver avec un mélange de fatalisme et d'indifférence.

Le peuple fictif imaginé par Alice Walker lui donne l'occasion de décrire le retour de Samuel, Corinne et Nettie à leurs racines ancestrales, mais aussi le fossé culturel qui sépare les Afro-américains des natifs africains : Nous sommes un peu comme des mouches sur la peau d'un éléphant, ainsi que les exactions commises par les planteurs, dont l'action est parfaitement résumée par la vieille missionnaire blanche qui rentre en Angleterre Comment voit on qu'une guerre se prépare ?
Les enfants Olivia et Adam, mais aussi Tashi leur amie olinka, à cheval entre les deux cultures. Elles décryptent leur passé et lèvent les voiles d'ombre et de mensonge entretenus par Alphonso (le beau père) puis Albert (Mr. le mari). La condition des femmes, noires de surcroît, dans les états sudistes au milieu du siècle dernier, n'est pas enviable, même pour celles qui semblent n'en faire qu'à leur tête : Shug le prototype urbain et Sophia son alter ego rural. Alice Walker est née en Georgie.

Les partis pris par l'auteur, de l'angle fictionnel et de la forme narrative, se rejoignent pour aboutir à une excellente combinaison de la réflexion et du divertissement. Dans le genre épistolaire, les premières lettres de Celie sont écrites à Dieu, avant que la transformation due à la rencontre avec Shug Avery, une reine du blues qui est l'amour de jeunesse et la maîtresse de Mr. ne la fasse changer de destinataire pour adresser directement le récit de sa vie et de ses sentiments à sa soeur cadette. Nettie quant à elle a persisté à écrire à sa soeur en dépit de la distance et de l'absence de réponse, année après année pour Noël et Pâques. Chacune ignore le sort de l'autre et ni même si elle est encore en vie, mais elles ont une conviction si forte de se retrouver que le lecteur se joint à Celie pour refuser l'idée du naufrage du bateau de retour de Nettie et de ses neveux. C'est un peu En famille d'Hector Malot cette histoire.
Maintenant j'ai hâte de voir le film qu'en a tiré Steven Spielberg que je cite : il y a des années que je n'avais pas lu un livre qui suscite en moi une pareille émotion.
Lu le 25 janvier 2015


La couleur des sentiments
Voilà enfin un film qui me donne envie de lire le roman dont il est issu. Il est long (2h30) mais je n'ai pas vu le temps passer. The help (Les bonnes) raconte la vie d'une petite ville du Mississipi à travers le regard des domestiques noires qui servent dans les riches familles sudistes :
" Petite fille, saviez vous que vous seriez domestique ? oui, je le savais, ma mère était domestique et avant elle, ma grand-mère était esclave. "
Après 4 années d'études universitaires, miss Skeeter revient à Jacksonville, bien décidée à devenir journaliste et/ou écrivain. Elle a d'ailleurs postulé auprès d'un journal new yorkais, mais si la réponse de la rédactrice en chef est encourageante, il lui faut faire ses preuves. Elle tient un sujet, si elle réussit à faire témoigner les principales intéressées : donner un contrepoint au roman de Margaret Mitchell, Autant en emporte le vent, en révélant la réalité vécue de ces femmes qui élèvent les enfants des Blanches, les aiment, puis se voient reniées ou reléguées quand à leur tour " les bébés ont des bébés " !
Bien qu'elle appartienne à la bonne société et soit conviée à toutes les réunions de la Ligue des femmes, Skeeter se trouve un peu en décalage par rapport à ses anciennes amies, maintenant mariées et mères de famille, bien établies dans leurs prérogatives de classe et de couleur.
Dans le contexte des revendications pour les droits civiques des minorités et des prises de parole de Martin Luther King, mais aussi de la montée de la violence et des représailles menées par le Ku Klux Klan, le film est très révélateur des risques, très inégaux selon qu'on est noir ou blanc, pris par ceux qui agissent pour que la société change et s'engagent pour qu'elle devienne un peu plus juste.
Il montre l'emprise des préjugés et la permanence de toutes les formes d'intolérance face aux tentatives d'émancipation : au désespoir de sa mère, Skeeter n'est pas mariée car elle n'est pas jugée jolie selon les canons de beauté ; en dépit d'un riche mariage, Célia Foote n'est pas acceptée car elle n'est pas bien née et vient de la campagne ; les enfants noirs étudient et vont à l'université mais les cursus sont complétement séparés : ils ne peuvent pas se mélanger, ni même échanger des manuels avec les enfants blancs.
Vu le 20 janvier 2012





50 états, 50 billets 
Jacksonville, MISSISSIPPI (bis)