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dimanche 15 novembre 2015

L'Ophélia - histoire d'un naufrage

Tromelin
Juan de Nova
Dans la moiteur de la nuit tropicale, le commandant de l'Ophélia, ivre mort et vivant nu depuis qu'il a passé l'équateur, dirige son navire à vapeur flambant neuf sur les récifs d'un l'îlot corallien. Sauvé par le capitaine Danel, exploitant de la concession de guano pour le compte de l'Etat français, l'équipage attend la venue d'un ravitailleur allemand pour rejoindre un port de la ligne Tuléar-Beira.
L'île José d'Arena, miraculeusement préservée du genre humain, à l'exception de la maisonnée du couple Danel qui adore les goélettes venues s'y reproduire pour centaines de milliers, est une fiction inspirée des îles éparses, terres australes françaises en partie situées dans le canal du Mozambique.

Qui sont les auteurs Marius et Ary Leblond ?
Dans le style classique, ce roman écrit à quatre mains, appartient à la grande famille des drames romantiques. La place omniprésente de la nature, le paradis originel menacé, l'amour absolu entre les deux amants, la tragédie pressentie dès les premières pages, une langue choisie et poétique, contribuent à me faire classer ce très court texte dans mes favoris.

mercredi 26 août 2015

Fouad Laroui [4]

Les dents du topographe
A travers les souvenirs d'un jeune homme célibataire, écartelé entre son héritage culturel et familial et les enseignements reçus au lycée français de Casablanca, Fouad Laroui signe son premier roman et livre une chronique, sans concession mais pleine d'humour, de la difficulté de vivre pour une partie de la jeunesse marocaine.
Prix Découverte Albert-Camus 1997
Lu le 1er février 2010 dans le cadre du challenge ABC

Une année chez les Français
Monsieur Bernard, l'instituteur de Béni-Mellal, ayant remarqué chez Medhi des capacités scolaires peu communes, lui obtient une bourse exceptionnelle du gouvernement français afin qu'il étudie au lycée Lyautey de Casablanca.
Mehdi Khatib, à peine sorti de son petit village du "pays de la faim", se retrouve du jour au lendemain dans la capitale, en internat. Désorienté, il doit tout apprendre des codes en usage dans l'illustre lycée français. Bien que tout lui soit source de dépaysement, il finit par s'adapter au collège et à la vie scolaire, et développe rapidement un goût prononcé pour les mathématiques, l'histoire et la géographie (il sera ingénieur par la suite, voir son premier roman ci-dessus), ainsi qu'une véritable fascination pour le français : les vocables inconnus qu'il savoure à la manière des bouquets de mots de Balzac* envahissent son imaginaire. Au délicat exercice de la rédaction "banale" sur les dernières vacances, il répond par un savant tissu de clichés littéraires empruntés à des lectures évocatrices, sans aucune consistance réelle pour lui (chapitre 13), mais qui lui vaut un 17/20 satisfait de la part de l'enseignant.
Au-delà des aventures du petit Nicolas marocain que certains y ont vu, Une année chez les Français raconte les difficiles aspirations d'un petit garçon à une certaine normalité : modèle culturel français, modèle familial... Il se sent souvent un intrus, un imposteur (les termes reviennent à de multiples reprises), piégé entre les deux communautés : ni français de souche, comme son camarade de classe Denis Berger et si peu marocain dont il ne parle pas et comprend à peine le dialecte. Le signe manifeste de son échec d'intégration chez les Français réside dans cette main paternelle qu'il espère lorsqu'il passe les week ends chez les Berger, mais qui ne se tend pas.
Par ailleurs, il vit une année décisive qui l'éloigne à jamais de sa parentèle et de la communauté villageoise : lorsqu'enfin il est reçu dans sa proche famille à Casablanca, qui s'est si peu souciée de lui au point de le laisser passer week ends et vacances seul à l'internat, il est heureux de cette appartenance chaleureuse à un foyer retrouvé, mais les livres lui ont ouvert les portes d'un monde bien plus vaste qui l'appelle désormais.

* in Gaston Bachelard, Poétique de la rêverie, chap.1 : " Balzac, en ces pages où le roman s'arrête tandis que s'assemblent les bouquets, est un rêveur de mots. Les bouquets de fleurs sont des bouquets de noms de fleurs."
Lu le 4 janvier 2011

La femme la plus riche du Yorkshire
Le hasard conduit Adam Serghini, jeune professeur d'économétrie, à l'université d'York en Grande-Bretagne. Déconcertés par les autochtones, il décide de leur appliquer les règles utilisées par les ethnologues occidentaux dans l'étude des peuples primitifs. Il identifie le pub anglais à un substitut de l'arbre à palabres et prend ses quartiers au Blue Bell, fréquenté par ce qu'il va considérer comme son échantillon de population. En la personne de l'excentrique Cordelia " Cruella ", il ne tarde pas à faire la connaissance de (comprendre : se faire interpeler et accaparer par) un spécimen exceptionnel pour son étude de cas. Arrogante et excentrique, fortune faite sur le dos de deux maris, elle se présente à lui comme la femme la plus riche du Yokshire.
Fouad Laroui peine à comprendre les Anglais qui le lui rendent bien. Ce livre, résultat plus humoristique que scientifique de son séjour en terre d'Albion, est la synthèse de son observation des rites et moeurs indigènes qui l'étonnent ou lui donnent matière à réflexions, consignées au jour le jour dans son petit calepin imperméabilisé.
Lu le 12 juillet 2011

L'étrange affaire du pantalon de Dassoukine
Mandaté à Bruxelles pour acheter au meilleur prix du blé européen dont son pays a grand besoin, le susnommé se retrouve fort démuni quand des malhonnêtes volent dans sa chambre d'hôtel son unique pantalon. Mais ce jeune fonctionnaire marocain sur les épaules duquel reposent tous les espoirs d'un gouvernement n'est pas sans ressource...
La première nouvelle qui ouvre ce recueil lui prête son titre. C'est d'ailleurs également la meilleure. Deux ou trois autres sont juste plaisantes. Une ressemble à un exercice de style à la Raymond Queneau. J'ai été globalement déçue après un parcours sans faute à travers les précédents romans de Fouad Laroui. Ce titre m'a été offert dans le cadre du dernier mini-swap et je l'avais inscrit dans ma liste en toute confiance envers l'auteur, renforcée par la reconnaissance du prix Goncourt - Nouvelle - 2013.
Je vais lire néanmoins le dernier paru qui est disponible à la bibliothèque.

samedi 7 juin 2014

Quartiers de Pamplemousses

challenge Tour du monde : Ile Maurice
 
A la façon d'un Marcel Pagnol mauricien, l'auteur raconte de petites scènes de vie rattachées à une enfance heureuse et insouciante, entre quatre frères, des oncles et tantes originaux, le couple uni de ses parents, avant que ne vienne la prise de conscience de la fragilité de son monde, dans le havre familial de Mon repos, blotti au milieu d'un champ de cannes à sucre en lisière du village de Pamplemousses.
Dans une famille riche en inventeurs et concepteurs originaux, les projets novateurs ne manquent pas (éoliennes, gramophone Vs sono, levure secrète...), qu'ils soient promis à un bel avenir, à un cuisant échec ou à un abandon spectaculaire.
Le père de l'auteur, en fervent défenseur de la couronne britannique se porte candidat aux élections, milite contre l'indépendance face à l'empire et ne se laisse pas abattre par la déveine qui entrave la mise en "musique" (en référence à une des anecdotes savoureuses de ce roman) de ses bonnes intentions. L'axe de cette chronique est constitué de la lutte pour l'indépendance des Mauriciens, hindous, musulmans, créoles et chinois, à travers le prisme d'un gamin qui en est le témoin ingénu. Cette situation politique instable cristallise des tensions latentes entre les différentes communautés. Tour à tour, sous domination française, puis britannique, Maurice connaîtra pourtant une décolonisation pacifique.

mercredi 29 mai 2013

Le petit désordre de la mer

Je m'efface devant le commentaire de L'encreuse qui m'a donné envie de lire ce roman, plein de douceur et de douleur, de questions qui tuent et d'images qui marquent comme cette écharpe rouge qui revient telle un fil rouge justement. Une belle plume réunionnaise qui s'adresse aussi souvent aux enfants qu'aux adultes, porteuse d'une merveilleuse poésie. Des mots qui permettent de passer du concret à l'imaginaire, de franchir la frontière intangible, des mots qui jonglent et jouent avec les limites. Une réflexion sur là où gisent nos rêves, un retour aux sources (inépuisables ?) de la création.
Tout est réussi, à commencer par la couverture qui donne à voir comme en un hublot ou le bout d'une longue vue, un morceau de côte en approche depuis la mer. En créole, le titre signifie Le petit bruit de la mer et m'évoque aussi bien la rumeur infatigable des flots que le silence de la mer intérieure de l'héroïne.

L'encreuse :

Barbara Zara est en train de disparaître, de déserter sa vie, de s’enfuir de la vie. Auteure reconnue de livres pour enfants, Barbara n’a plus qu’une histoire à raconter, celle belle et triste de La Fille de l’Air. Ses enfants la rattachent encore à la terre alors qu’elle voudrait parfois s’envoler, ne plus sentir le poids des choses. Le poids d’une mère qui l’a abandonnée sans un mot à six ans, celui d’un amour qui l’a délaissée, celui du silence d’un père qui ne savait pas trouver les mots pour combler sa douleur. Alors que sa meilleure amie, Andreea, court à l’autre bout du monde exposer ses toiles qui déchirent Barbara, la jeune femme se rend presque chaque jour dans la maison d’Andreea pour nourrir le chat et arroser les plantes, pour que la vie continue malgré l’absence de la maîtresse de maison. Dans ce refuge improvisé, face aux humeurs changeantes de la mer, Barbara déroule le fil de sa vie, de ses joies, de ses manques, de ses blessures. Elle interroge la petite fille brisée qui, à cause du manque de mère, ne s’est jamais construite tout à fait, sinon en se racontant des histoires.

Bien que Le petit désordre de la mer soit le troisième roman de Joëlle Ecormier, je connais d’elle surtout ses écrits pour la jeunesse, que j’apprécie beaucoup. Le petit désordre de la mer est sans aucun doute l’écrit le plus personnel de cette auteure par ce qu’il évoque de l’écriture, de l’île, du rapport à la mer et à la nature. Mais il y a aussi bien plus que cela dans ce roman à la poésie enveloppante. Barbara est en quête, celle de l’apaisement ; elle cherche des réponses à ses questions de petite fille qui n’ont jamais cessé de la hanter. Elle cherche une raison à continuer de vivre dans un monde où elle s’est construite sur la douleur et le manque. Sa vie à elle, ce sont les mots, ils la maintiennent en équilibre. Et lorsqu’ils se dérobent, que reste-t-il ? Une famille que l’on a construite mais qui s’est disloquée, une amitié dans laquelle on s’est réfugié mais qui n’empêche pas les peurs et les doutes, le bruit des gens autour qui ne comble pas la solitude ? Il arrive un moment où se raconter des histoires ne suffit plus… c’est la sienne qu’il faut prendre en main. Baignant entre mélancolie et vraie lumière, Le petit désordre de la mer s’est révélé une jolie parenthèse enchantée où j’ai aimé plonger, portée par la langue faite de douceur et de poésie de Joëlle Ecormier.

L'auteur :

« Pourquoi ne me sauves-tu pas cette fois ? Ce n'est pas possible de te dire ce qui arrive. C'est toi la devineresse, toi qui fais semblant de lire ma vie dans les arabesques de mon marc de café. Et moi qui fais semblant de croire. Peut-être sais-tu que tu ne verrais rien ce coup-ci, peut-être que tous les dessins seraient effacés, que ma tasse resterait blanche. Est-ce que cela te ferait peur ce silence plus grand que les autres ? Sais-tu d’avance que de tout cet abîme il n’y aurait rien à dire, rien à faire, que nous avons usé tous les subterfuges. Suis-je arrivée au bout de ta main charitable, Andreea ? Tu m'as toujours épargné le versant nord, le plus difficile. Et là tu me le laisses.
Andreea, je crois que je suis en train de m'effacer du monde. »

d'autres choses à lire sur son site

Le petit désordre de la mer de Joëlle Ecormier. Editions Océan (2009) - Prix de La Réunion des Livres 2009, catégorie Roman - Prix du livre insulaire 2010 du salon international d'Ouessant, catégorie Fiction.
Lu le 3 avril 2012

jeudi 23 juin 2011

La porte bleue

David Le Roux, quarantenaire, est peintre et enseignant. D'abord fiancé à Nélia, qui a rompu en découvrant sa liaison avec Embeth, une belle métisse qui lui servait de modèle, il est marié à Lydia. Le couple mène une existence bien réglée où chacun suit ses propres occupations.
Il trouve souvent refuge dans un atelier d'artiste éloigné de son domicile et aspire à une vie différente. Grâce au succès de ses toiles, il désirerait peindre à temps complet. Il fait des cauchemars récurrents où il se retrouve séparé de sa famille, dont le véhicule s'éloigne sans qu'il puisse le rattraper.
Un soir, en poussant la porte bleue de son atelier, il trouve une jeune femme de couleur et deux charmants enfants métis, qui semblent vivre là : Sara, Emily et Tommie l'accueillent en père de famille. Infiniment perturbé, il cherche à rejoindre l'appartement où l'attend sa femme mais il se perd dans des ascenseurs qui ne desservent pas les bons étages.
De retour dans l'atelier, il découvre des pièces de vie qui n'existaient pas et un atelier de photographe qu'il devine être celui de Sara " Le Roux ". Sous son regard halluciné, les clichés paraissent changer de place. Lui seul semble s'inquiéter de l'anormalité de la situation.
Pris en porte-à-faux dans une situation kafkaïenne, ne sachant s’il frôle la folie ou s’il touche enfin à la vérité, David se résout à accepter l'inexplicable, l'impossible destin... cette nouvelle vie qui s'offre à lui. Mais que risque-t-il à repasser La porte bleue ?

André Brink propose dans ce récit court mais dense, une très belle histoire sur l'imaginaire, le récit troublant d'un voyage initiatique : un homme, oscillant entre rêve et cauchemars, terreur et fascination, explore sa vie rêvée, ses regrets, ses désirs secrets, ses tabous. Sous ses airs de récit fantastique, à la limite de l'absurde, La porte bleue joue avec l’identité et l’inconscient, mêlant subtilité et perspicacité.
Accueilli dans son atelier par une créature de rêve et deux enfants qui l'appellent papa, David se sent perdre la raison. Quand il cherche à rejoindre son ancienne vie, tous ses repères familiers semblent n'avoir jamais existé. La frontière entre réalité et rêve devient floue et poreuse. Le rythme rapide de l'écriture suit l'évolution des sentiments contradictoires qui s'emparent de lui. L’atmosphère oppressante de ce monde devenu soudainement illogique cohabite avec un aspect fascinant et excitant. Avant de s'en rendre compte, le lecteur s'est laissé prendre à son tour dans cette intrigue obsessionnelle.

Né en Afrique du Sud, André Brink est un représentant du roman afrikaans où il est connu pour ses prises de position contre la ségrégation systématique et la politique d'apartheid. Pour Une saison blanche, il reçoit le prix Médicis étranger en 1980. La porte bleue (2007), son avant dernier roman, est paru chez Actes Sud, ainsi que ses mémoires Mes bifurcations (2009).

samedi 26 février 2011

Comment faire l'amour avec un nègre sans se fatiguer

 challenge Tour du monde : Haïti

Comment faire l'amour avec un nègre sans se fatiguer est le titre provocateur du premier roman de l'écrivain haïtien et nouvel académicien Dany Laferrière. Satire féroce des stéréotypes et clichés racistes, le roman publié en 1985 au Canada se présente comme la joyeuse description d'une vie de bohème, version black, où l'auteur jongle avec la multitude des fantasmes en noir et blanc. Il décrit une Amérique à deux vitesses, un monde de castes où dominants et dominés s'emboitent comme des poupées russes. Seul le désir, irrépressible et libérateur, peut briser l'ordre des choses. Le sexe apparaît comme la seule terre promise, terrain d'entente où jeunes noirs pauvres et riches jeunes filles blanches peuvent d'emblée se répondre.

Vieux et Bouba, deux jeunes noirs oisifs partagent discussions philosophiques et appartement minable dans un quartier paumé du Carré Saint Louis, Montréal, Québec. Leur deux-pièces voit défiler une quantité de "Miz", des jeunes filles de Westmount qui étudient à l'Université McGill. Bouba, le philosophe sur le divan, préfère dormir, lire, citer Freud, son livre de chevet, ou les sourates du Coran, tout en écoutant les grands noms du jazz. Son truc à lui, c'est de conseiller les filles-à-problèmes, intellectuelles ou suicidaires.
Le narrateur, originaire de Côte d'Ivoire, projette d'écrire un roman sur une vieille Remington achetée dans une brocante : il s'intéresse aux rapports hommes/femmes dans un contexte de différence raciale et sociale. Surtout il apprécie la drague, prétexte à de nombreuses aventures féminines. Mais au delà d'une sorte de jubilation à séduire toutes ces belles demoiselles, innocentes ou curieuses, se dessine une véritable interrogation au goût doux amer sur la trilogie Blanc-Blanche-Nègre. Ce que Vieux cherche dans le sexe, c'est l'absolu. Il a besoin d'être pris et aimé entièrement, pour ce qu'il est, au-dessus des notions d'oppression raciale et sexuelle.

samedi 19 février 2011

Marmites créoles

C'était aujourd'hui l'inauguration officielle du nouvel espace investi par Anne et Troll des Recréateurs dans un des bâtiments de l'ancienne gare routière : au rendez-vous comme toujours, des idées, de l'inspiration et des animations à foison, la part belle aux créateurs de tous poils et " plumes "
puisqu'aujourd'hui, en préambule de la soirée concert, il y avait dédicace pour l'album de BD Marmites créoles avec quatre des dessinateurs (Le cri du margouillat) de ce collectif en noir et blanc, illustré de recettes créoles : de savoureux caris en rougails épicés, sans oublier les boissons pour tous les goûts, avec un sympathique bonus en fin d'ouvrage : des étiquettes autocollantes pour décorer vos bouteilles de rhum arrangé fait maison.

jeudi 20 janvier 2011

Le bleu des vitraux

Le roman se déroule à La Réunion au milieu du siècle dernier, mais l'histoire se colore d'un indéfinissable charme intemporel. D'une plume exquise, dans une langue expressive et poétique, Jean Lods fait revivre le petit monde créole des colonies, la bonne société française de l'océan indien. Chaque page mériterait de s'arrêter sur la beauté d'une citation : l'évocation d'un paysage de l'île, l'équilibre d'un ineffable instant magique, la fugacité d'une sensation proche du bonheur.

Yann est venu avec Muriel assister aux funérailles de sa mère, qu'il n'a pas revue depuis un trentaine d'années, l'occasion pour lui de revenir sur la généalogie familiale. René Toulec, héritier d'une grande famille foncière, a fait des études d'agronomie. Sa mère, la veuve noire, veille encore jalousement sur le domaine de Bois-Rouge qui produit la canne à sucre destiné à l'exportation vers la métropole. René aurait dû épouser Armande de Vilenne, de bonne famillle quoique ruinée, s'il n'avait croisé la route d'Anne-Sylvie Imbert. Arrivée à La Réunion sur le Porthos pour enseigner les lettres classiques au lycée de Saint Denis, son histoire est celle d'une sorte de Mme Bovary des tropiques. Ni le mariage avec René, ni la maternité ne la rendent heureuse. Languissante, inattentive à son mari et à l'éducation de son fils, elle se désintéresse de sa maison et du domaine et abandonne toute vélléité face à l'autoritarisme de sa redoutable belle-mère.
L'enfance de Yann vit douloureusement l'absence de père et de mère, chacun occupé à ses affaires et à sa vie intérieure.
Comme le bleu des vitraux du Moyen-Age dont le secret de fabrication s'est perdu, les souvenirs d'enfance sont enfouis dans les méandres de la mémoire. Malhabile à les restituer avec exactitude, l'auteur tente une traque chronologique systématique de ses sentiments face aux évènements du passé, même s'il sait la démarche vouée à l'échec car à l'instant même d'en prendre conscience " nous ne serons plus jamais ce que nous sommes."

mercredi 15 décembre 2010

Grand prix international du roman métis de la ville de Saint-Denis

Le premier grand prix international du roman métis de la ville de Saint-Denis a été décerné mardi 14 décembre 2010.
Destiné à récompenser un roman adulte de langue française qui met en lumière les valeurs de diversité, d’échanges et d’humanisme, symboles de l’île de La Réunion, il s'adresse à tous les romanciers francophones. Voir le dossier de presse.
Parmi les nombreux participants, six romans "des ouvrages qui représentent la diversité culturelle francophone, les auteurs étant réunionnais, malgache, mauricien, guadeloupéen, congolais et marocain" ont été sélectionnés pour cette première édition :
  • Joëlle Ecormier : "Le petit désordre de la mer"
  • Alain Gordon-Gentil : "Devina"
  • Johary Ravaloson : "Géotropiques"
  • Maryse Condé : "En attendant la montée des eaux"
  • Wilfried N'Sondé : "Le silence des esprits"
  • Fouad Laroui : "Une année chez les Français"

Le jury, composé de six journalistes ou professionnels du livre et de la lecture de La Réunion et de six écrivains francophones : Mohammed Aissaoui, Nathacha Appanah, Isabelle Hoarau, Tahar Ben Jelloun, Amin Maalouf et Patrick Poivre d’Arvor, a désigné la lauréate : Maryse Condé. Fouad Laroui, qui avait ma préférence, a obtenu la mention spéciale du jury. Un programme de résidence d’écriture pendant l’année 2011 sera proposé aux deux lauréats.

mardi 26 octobre 2010

Bleu nuit ou les sept vies du moine

Institutrice, Florence Leblanc est également pigiste dans un journal de l'île de La Réunion. Globalement contestataire, elle est plutôt contre les idées reçues et l'ordre établi, mais elle ne pourrait certifier que son action est à la mesure de son engagement moral.
Sujette à un accès de déprime un soir de réveillon, elle s'amuse à taquiner les esprits à l'aide d'une planchette de oui-ja. A sa grande surprise, elle obtient une réponse qui la dérange, mais va bientôt l'entraîner dans une aventure spirituelle hors du commun.
D'abord sceptique puis séduite, elle devient la confidente d'un ancien moine napolitain, défroqué et quelque peu pirate, fondateur d'une république utopiste, libertaire et égalitaire. A travers une série d'entretiens "téléphoniques", Angelo lui fait partager ses doutes, tout en lui racontant sa vie et celle de plusieurs personnages ayant en commun l'océan indien... et une dague mauresque ancienne et délicatement ouvragée.
Communication avec l'au-delà ou allégorie de l'éveil de sa conscience, Florence subit peu à peu l'influence du moine qui semble poursuivre à son égard un dessein connu de lui seul et parvient tour à tour à l'émouvoir, la questionner, la pousser à agir.
Daniel Vaxelaire signe un roman subtilement construit où il pose de façon multiple la question de l'identité et de la construction de soi.

jeudi 8 avril 2010

Verre Cassé

Seconde tentative après les déroutantes Mémoires de porc-épic, j'ai voulu prendre part à cette lecture commune de Verre cassé proposée par Bladelor, mais j'ai renoncé avant la fin.

« Le crédit a voyagé » est un nom bien pompeux pour l'obscur bar congolais un peu crasseux, dont le narrateur entreprend d'écrire l’histoire « très honorifique » pour le compte du propriétaire des lieux. Sans concession au mensonge, il y décrit l'origine de l'établissement et les déboires du tenancier, décidé coûte que coûte à rester ouvert 365 jours par an. Il raconte les jours et les heures passés au coin d'une table avec pour compagnons, les êtres que le hasard et l'infortune ont échoué là pour lui conter leurs aventures misérables ou édifiantes.
Sans conviction.

dimanche 18 octobre 2009

Mémoires de porc épic

CONGO
Un porc épic ayant atteint l'âge vénérable de 42 ans trouve refuge au pied d'un baobab auquel il conte ses mémoires.
Certains êtres humains sont assortis d'un "double nuisible". Un porc épic se retrouve ainsi associé au jeune Kibandi, initié par son sorcier de père à l'âge de dix ans. Devenu adulte et assuré de son invulnérabilité, Kibandi multiplie les maléfices. Exécuteur des basses oeuvres de son maître, le porc épic répugne de plus en plus aux missions qui lui sont assignées. La mort d'un bébé innocent va entraîner la chute du jeteur de sort. Libéré du joug de son maître, le porc épic apprend alors la liberté.

Déroutée par l'absence de majuscule et de ponctuation, tentative qui si elle crée un style, rend le cours du livre très difficile à suivre et découd le propos, j'ai eu beaucoup de peine pour venir à bout de ce roman qui valut à Alain Mabanckou le prix Renaudot 2006.