jeudi 23 juin 2011

La porte bleue

David Le Roux, quarantenaire, est peintre et enseignant. D'abord fiancé à Nélia, qui a rompu en découvrant sa liaison avec Embeth, une belle métisse qui lui servait de modèle, il est marié à Lydia. Le couple mène une existence bien réglée où chacun suit ses propres occupations.
Il trouve souvent refuge dans un atelier d'artiste éloigné de son domicile et aspire à une vie différente. Grâce au succès de ses toiles, il désirerait peindre à temps complet. Il fait des cauchemars récurrents où il se retrouve séparé de sa famille, dont le véhicule s'éloigne sans qu'il puisse le rattraper.
Un soir, en poussant la porte bleue de son atelier, il trouve une jeune femme de couleur et deux charmants enfants métis, qui semblent vivre là : Sara, Emily et Tommie l'accueillent en père de famille. Infiniment perturbé, il cherche à rejoindre l'appartement où l'attend sa femme mais il se perd dans des ascenseurs qui ne desservent pas les bons étages.
De retour dans l'atelier, il découvre des pièces de vie qui n'existaient pas et un atelier de photographe qu'il devine être celui de Sara " Le Roux ". Sous son regard halluciné, les clichés paraissent changer de place. Lui seul semble s'inquiéter de l'anormalité de la situation.
Pris en porte-à-faux dans une situation kafkaïenne, ne sachant s’il frôle la folie ou s’il touche enfin à la vérité, David se résout à accepter l'inexplicable, l'impossible destin... cette nouvelle vie qui s'offre à lui. Mais que risque-t-il à repasser La porte bleue ?

André Brink propose dans ce récit court mais dense, une très belle histoire sur l'imaginaire, le récit troublant d'un voyage initiatique : un homme, oscillant entre rêve et cauchemars, terreur et fascination, explore sa vie rêvée, ses regrets, ses désirs secrets, ses tabous. Sous ses airs de récit fantastique, à la limite de l'absurde, La porte bleue joue avec l’identité et l’inconscient, mêlant subtilité et perspicacité.
Accueilli dans son atelier par une créature de rêve et deux enfants qui l'appellent papa, David se sent perdre la raison. Quand il cherche à rejoindre son ancienne vie, tous ses repères familiers semblent n'avoir jamais existé. La frontière entre réalité et rêve devient floue et poreuse. Le rythme rapide de l'écriture suit l'évolution des sentiments contradictoires qui s'emparent de lui. L’atmosphère oppressante de ce monde devenu soudainement illogique cohabite avec un aspect fascinant et excitant. Avant de s'en rendre compte, le lecteur s'est laissé prendre à son tour dans cette intrigue obsessionnelle.

Né en Afrique du Sud, André Brink est un représentant du roman afrikaans où il est connu pour ses prises de position contre la ségrégation systématique et la politique d'apartheid. Pour Une saison blanche, il reçoit le prix Médicis étranger en 1980. La porte bleue (2007), son avant dernier roman, est paru chez Actes Sud, ainsi que ses mémoires Mes bifurcations (2009).

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