Un jour pourtant, il découvre l'informatique et se met à rédiger de courtes chroniques sur un blogue dont le nom est un programme en soi : http://www.antiaction.com/. A contrecourant des modes, il raconte son bonheur sincère dans l'accomplissement ou la contemplation des gestes simples, la répétition de rituels anodins. Les lecteurs, lectrices surtout, sont au rendez vous et s'enthousiasment pour cette préférence affichée du " ne pas faire ", au profit du regard intimiste porté sur les choses, avec calme et volupté.
Devenu un phénomène dont parlent les media, son blogue attire l'attention sur lui, à sa surprise déconcertée, puis son contentement légèrement désapprobateur, son dépit enfin.
Je voulais lire depuis longtemps La première gorgée de bière et autres plaisirs minuscules. Je découvre finalement Quelque chose en lui de Bartleby dont le style m'enchante. Je crois que l'un ou l'autre se valent pour faire connaissance avec la plume de l'auteur, son art de mettre en lumière des détails insignifiants. Poète du quotidien, il semble se glisser dans le cours du temps sans chercher à en entraver la course, cueillant au passage des instants de bonheur légers, si fugaces qu'ils passeraient presque inaperçus. Arnold Spitzweg, dans sa façon de poser le regard, vraiment, est un peu l'incarnation de l'auteur lui-même.« Qu’entendez vous par là ? Etes-vous dans la lune ? Je veux que vous m’aidiez à collationner ces feuilles, tenez. » Et je les lui tendis.« Je préférerais ne pas » dit-il.Je le regardai fixement. Son visage était émacié ; dans son oeil gris régnait une vague placidité. Aucune ombre d’agitation n’en troublait la surface. Y’aurait-il eu dans ses manières la moindre trace de malaise, de colère, d’impatience ou d’impertinence, en d’autres termes, y’aurait-il eu quoi que ce soit d’ordinairement humain, je l’aurais, sans doute aucun, chassé avec violence de mes bureaux. Mais, en l’occurrence, c’est plutôt le pâle buste de Cicéron en plâtre de Paris que j’aurais songé à jeter par la porte.
Un livre agréable, rapidement lu, dont je ne garderai pas forcément la trace dans ma bibliothèque, mais qui me donne envie, à la suite de cette première incursion dans l'univers de Philippe Delerm, de revenir le lire un de ces jours

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