Coup de coeur 2013
Ce livre, proposé parmi une sélection de romans de littérature générale, fait partie de ceux qui ont été retenus dans le cadre du Challenge Coup de coeur 2013 organisé par PetiteBelge et rejointe cette année par Yukarie.
" J'vis toujours des soirées parisiennes,
Et j'voudrais vivre des soirées belles à Sienne "
chante Louise attaque de son timbre inimitable.
Charline Quarré, que son premier roman racontant les affres d'une
adolescente, a fait connaître, se penche également sur la question à travers le personnage d'Eugénie. Pas ce soir décrit une soirée parisienne, par les yeux de quelqu'un qui n'est pas dupe de la comédie mondaine et qui se joue des mensonges et manipulations. Dans un style que je rapproche de Lolita Pill et qui correspond au projet du roman, l'auteur livre une étude lucide, d'aucuns
diront une critique acide, d'une certaine jeunesse dorée, gavée d'insouciance et
désabusée avant d'avoir vécu.
Eugénie est une jeune femme privilégiée mais plutôt tourmentée que sa mère, absente pour
la soirée, pousse à sortir pour se changer les idées. Mais depuis que les hommes qui comptent pour elle s'en sont allés... des soirées " sans " il y en a beaucoup pour Eugénie, convaincue qu'aimer c'est souffrir.
L'histoire - qui comme un huis clos, respecte la règle des trois unités
de temps, de lieu et d'action - permet en une soirée d'appréhender toute
la vie d'Eugénie qui se révèle par bribes. Elle se montre de prime abord sous un très mauvais jour, arrogante et menteuse, voire mythomane, misanthrope, caustique et revêche. Au fil du
roman, le lecteur découvre un peu plus ce personnage à contrepied, mal dans sa peau et meurtri.
" Fille à papa " pour les apparences, elle ne réussit
pourtant pas à communiquer avec ses proches et pâtit de ne rencontrer
aucune
écoute de la part de son père, dirigeant de l'entreprise où elle occupe
une sorte d'emploi fictif. Du côté maternel, on sent une mère aimante
mais
désemparée et dépourvue face à sa fille avec laquelle elle ne sait pas
comment s'y prendre sans l'agacer. Enfin,
Eugénie peut compter sur l'amitié (l'amour sans retour) de Charles, l'organisateur de la
soirée à laquelle, elle n'a
Pas envie d'aller
ce soir.
La soirée réveille ses démons assoupis et nous apprend qu'elle vit encore le traumatisme de la mort de son demi-frère, qu'elle relie au deuil (réel ou fictif) de sa relation avec Julien, un artiste brillant, entouré d'amis et de jolies femmes alors qu'elle est plutôt effacée et rébarbative. Avec le récit de ce qu'elle a vécu, les souffrances, les soins médicaux inadaptés, Eugénie gagne une part de notre compassion. Elle troque une apparente férocité qu'on ne lui pardonne pas, contre une empathie progressive née de ses faiblesses, de sa fragilité d'écorchée.
J'aime rester dans le doute que l'auteur a merveilleusement manipulé mon opinion pour finir par me faire apprécier une jeune femme odieuse qui trompe son monde, à commencer par le lecteur. La psychologie du personnage, extrêmement
poussée, est un des atouts de ce roman. Seule la fin, avec l'arrivée du
bon samaritain, est un peu moins convaincante.
Je trouve beaucoup de talent à ce roman. Il m'en reste encore beaucoup à découvrir car ma BàL ne désemplit pas ces jours-ci, mais j'ai eu un gros coup de coeur pour ce titre qui figurera probablement parmi mon trio de finalistes.