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jeudi 16 avril 2020

(Mini)bus en couverture : invitation au voyage

challenge Tour du monde : DANEMARK
La mort roule en Audi
Le titre m'a induite en erreur, je pensais à un roman comme Etrange suicide dans une Fiat rouge à faible kilométrage...  Le style de Kristian Bang Foss est enlevé, mais son propos bien moins léger que celui de L. C. Tyler. L'humeur est plutôt bon enfant, mais peut parfois s'alourdir brusquement.
Asger fait une énorme erreur d'appréciation avec un client et du jour au lendemain, il se retrouve à la porte de l'agence de publicité où il exerçait comme créatif. Sa vie confortable de trentenaire branché bascule rapidement, d'autant qu'il est mis dehors après une chute de vélo qui coûte une incisive à la fille de sa compagne. A la rue, sans emploi, sans revenu, sans ambition, Asger squatte chez un ami qui finit par lui poser un ultimatum : il doit rapidement retrouver un travail, peu importe lequel !
Asger répond à une annonce pour assister une personne poly-handicapée. N'ayant connu que les beaux quartiers de Copenhague, il fait connaissance avec la banlieue sordide où vit Waldemar. De toute sa vie, ce dernier n'a vécu que d'assistance... A défaut d'empathie, Asger se prend à vouloir venir en aide à son compagnon d'infortune. Waldemar a un souhait : rencontrer un guérisseur dans le Sud marocain. Contre toute attente, il parvient à récolter des fonds qui lui permet d'acheter un minibus Volkswagen aménagé.
Chaque chapitre est l'occasion de narrer les aventures rocambolesques de l'improbable duo : depuis les démêlés avec les services sociaux danois, en passant par un séjour dans une communauté d'artistes, jusqu'au coup de folie d'Asger qui entraîne Waldemar toujours plus au Sud. Menaçante et irréelle, peut être fantasmée, une Audi noire les talonne.  

* * * * *
Into the wild  - Voyage au bout de la solitude
En avril 1992, le corps de Christopher McCandless avait été retrouvé dans un bus désaffecté, au coeur de l’Alaska. Son histoire et sa volonté d’isolement au plus près de la nature avaient été racontées dans l’ouvrage Into the wild qui avait inspiré le film éponyme. Sa soeur explique les raisons de son départ, notamment l’instabilité familiale et l’ombre d’un père destructeur et violent. Convaincue que seule la vérité permet de dépasser la douleur, elle a choisi de dévoiler ce qui a poussé son frère à se retirer du monde.
Carine McCandless, Into the wild, l'histoire de mon frère

Jon Krakauer est le journaliste rescapé de l'ascension mortelle de l'Everest par deux cordées décimées, pourtant menées par des alpinistes chevronnés.
Dans ce roman-documentaire, il relate les événements survenus entre la rupture de Christopher McCandless avec sa famille et la découverte de son cadavre sur la piste Stampede en Alaska, dans un ancien autobus immobilisé de la ligne 142 de Fairbanks. Il retrace le parcours de Chris qui vit sous divers pseudonymes, comme Alex Supertramp, travaille comme saisonnier ou partage le campement d'autres routards. Cherchant à mettre en avant ses motivations, à travers les rares écrits qu'il a laissé, l'auteur cite d'autres vagabonds solitaires célèbres, ayant choisi de vivre en marge de la société.
Il évoque également pendant plusieurs chapitres, sa propre aventure sur la calotte de glace de Stikine et son ascension risquée du Devils Thumb.
Enfin, il réhabilite la mémoire de Christopher que de nombreux détracteurs ont perçu comme un irresponsable téméraire et incompétent.
Lu le 16 juillet 2017

Extrait de Ktaadn de Henry David Thoreau, l'un des livres de chevet de McCandless
" Ici, nul jardin pour l'homme, mais le globe intact. Ni pelouse, ni pâture, ni prairie, ni bois, ni pré, ni terre labourée, ni friche, c'était la surface fraîche et naturelle de la planète terre, telle qu'elle fut faite pour l'éternité des temps afin d'être, croyons-nous, la demeure de l'homme. "  p.207

mardi 12 juin 2018

Message des hommes vrais au monde mutant

On les appelle le peuple sauvage. Lorsque Marlo Morgan, Américaine tranquille, rencontre cette tribu d'aborigènes australiens, elle ne sait pas que sa vie va être bouleversée. Dépouillée de ses vêtements, déconnectée de sa culture, la «mutante» est propulsée, pieds nus, dans le bush australien. Au contact de ses étranges compagnons, entre la peur et l'émerveillement, elle va apprendre à remplacer les médicaments par les plantes, les pièces de téléphone par la télépathie, le stress par la communion avec la nature et animaux. Recevoir les dons généreux du hasard, devenir réel, entendre les messages de la nature auxquels nous sommes devenus sourds : tel est l'enseignement de ce récit insolite qui nous ouvre les portes d'une sagesse vieille de cinquante mille ans. Écoutons battre, jaillies du désert, les pulsations d'une vie très ancienne : un monde de pureté nous est offert.
Reçu à l'occasion de l'escale australienne du swap Tour du monde, le récit à la première personne de Marlo Morgan est aussi émouvant que Le chant des pistes de Bruce Chatwin, bien que situé dans un registre littéraire totalement différent.
COUP DE COEUR
Parce que présenté comme le témoignage d'une expérience vécue, il a fait l'objet d'une très vive polémique lors de sa sortie, égale à son succès retentissant. Bien sûr, elle revisite le mythe du bon sauvage mais elle contribue par son récit à changer la vision du monde, de l'autre à travers l'exemplarité simple de ces "hommes vrais" proches de la nature, de leurs besoins, qui accueillent chaque jour avec reconnaissance et un émerveillement d'enfant. Elle nous les présente totalement à contrepied de la société occidentale (nous, les mutants) pour ce qui concerne la base de la pyramide de Maslow, mais au contraire infiniment riches des bienfaits appartenant aux étages les plus élevés.



Le Chant des Pistes (the Songlines, plus évocateur du " temps du rêve "). Bruce Chatwin est un écrivain-voyageur parti à la rencontre des aborigènes, de leur peinture et de leurs chants mythologiques scandés au rythme de la marche qui leur permettent de s'orienter dans le vaste continent australien. C'est un livre à la rencontre de plusieurs genres : un récit de voyage, une auto-fiction, une observation du réel, mêlé d'un essai sur le nomadisme, de la poésie. L'auteur nous entraîne dans son voyage physique et mental. ABANDON PROVISOIRE Pourtant, il est vraiment bien écrit, intéressant, mais ce n'était tout simplement pas le bon moment pour que la rencontre ait lieu. J'ai l'occasion de le reprendre en association avec la lecture de Message des hommes vrais au monde mutant - une initiation chez les aborigènes

samedi 27 février 2016

L'homme aux yeux à facettes

COUP DE COEUR
En choisissant ce roman à sa quatrième de couverture, ce qui m'arrive rarement, je pensais lire quelque fiction reposant sur le gigantesque vortex de déchets imputrescibles découvert dans le Pacifique à la fin des années 90. Le prétexte écologique est habilement sublimé pour amener à un questionnement global sur les plus infimes interactions entre les actions de l'homme, des autres êtres vivants et des éléments, aucun n'ayant une moindre importance : le battement d'aile du papillon... qui déclenche réellement typhons, tsunamis, pluies torrentielles.
J'ai appris énormément sur l'île de Taïwan, ses quatorze tribus originaires, ses mythologies, ses traditions, ses beautés. L'histoire de sa colonisation, d'abord japonaise, puis chinoise est légèrement abordée, mais les traits de la modernisation sont vigoureusement questionnés : architectures abâtardies et infrastructures irrespectueuses qui dénaturent les paysages.
L'histoire croisée d'Alice, professeur norvégienne établie à Taïwan et d'Atihei, jeune wayonésien originaire d'une société insulaire aborigène recèle une richesse narrative incroyable. Les personnages secondaires ne le sont guère, tant chacun apporte une touche personnelle indispensable. Anu, Dahu, Hafay, Sara, Boldt, Jakobsen
Le style de l'auteur est enchanteur, les temps du récit, réaliste ou fantastique, alternent sans heurts, le lecteur passe avec fluidité d'un narrateur à l'autre, ce qui multiplie les points de vue et fait avancer la réflexion. Le merveilleux est partout présent, que ce soit par les légendes, les croyances, mais aussi par la contemplation de la nature. Alice s'enfonce de plus en plus dans le mystère soulevé au début du roman ; l'explication finale, complètement rationnelle, est totalement inattendue. Du grand art ! Merci à ma médiathèque habituelle pour m'avoir fait croiser cet auteur, dont je veux lire le premier titre traduit.




mercredi 25 février 2015

L'homme qui vendait de la glace aux Eskimos

Le projet de Conor Woodman, un Irlandais qui n'a pas froid aux yeux, est triple
- boucler un tour du monde en cinq mois (avec un billet d'avion open international)
- générer des bénéfices de façon à quadrupler son capital initial (reliquat issu de la vente de son appartement londonien 25 000 € autres frais déduits)
- se confronter aux plus anciens marchés du monde et aux méthodes d'échange traditionnelles (du marchand de tapis berbère en Afrique du Nord, au commerce de chameaux en Afrique et de chevaux en Asie centrale, en passant par le négoce du café en Afrique, du thé en Asie, du bois exotique en Amérique du Sud et des produits plus récents comme importer du vin d'Afrique du Sud en Chine ou des planches de surf gonflables au Mexique)
Le résultat est un documentaire très vivant qui se lit comme un roman. Le propos est original, émaillé de comptes et de chiffres, objectif commercial oblige, (comptabilité et retour sur investissement tenus étape par étape) mais aussi d'anecdotes et d'analyses réflexives sur ses réussites, ses déconvenues et ses erreurs. J'ai aimé l'esprit d'entreprise, également le côté équitable des négociations car il propose de mettre en contact direct les producteurs et les revendeurs des produits qu'il a choisi de tester au cours de son périple. La confiance réciproque qui s'installe entre lui (pour la prise de risque et la mise de fond) et des inconnus qui acceptent souvent de négocier leurs produits à prix coûtant (partageant le risque dans le but de faire se faire connaître sur un nouveau marché) apparaît comme un ingrédient indispensable dans ses tractations, elle esquisse parfois les prémisses de très belles rencontres humaines, pourtant vouées à l'éphémère car Conor Woodman s'est fixé un timing assez serré.

mardi 20 janvier 2015

Du pays des amazones aux îles indigo

Un album de toute beauté mais un peu inclassable de François Place (il a été président de jury du festival Etonnants voyageurs) qui illustre un peu à la façon des enlumineurs. L'Atlas des géographes d'Orbae fait partie d'une trilogie, nous n'avons ici que les premières lettres de l'alphabet, mais suffisamment pour comprendre que ces cartographes d'Orbae sont vraiment des maîtres conteurs, des poètes, des enchanteurs. Les textes imaginaires sont mêlés de légendes, de merveilleux et de mythologie empruntés à tous les peuples, mais il est parfois possible d'y reconnaître la référence à une région, à des coutumes traditionnelles.




A Pays des Amazones (Asie centrale)
B Pays de Baïlabaïkal (Asie septentrionale)
C Golfe de Candaâ (Asie du Sud Est)
D Désert des tambours (Asie centrale)
E Montagne d'Esmeralda (Amérique du Sud)
F Pays des frissons (Arctique)
G Île des géants (Ecosse/Ile de Pâques)
H Pays des Houngalïls (Asie caucasienne)
 I Îles indigo (Asie méridionale)
Candaâ est le centre névralgique de ce monde de navigateurs et de marchands.

J'ai aimé la récolte des fleurs de l'herbe à nuage, de couleur changeante selon l'heure du jour et de la nuit (indigo) qui permet de tisser la toile à nuages, les coeurs de géants dont l'ambre pulse d'une myriade d'étincelles de vie, l'utilisation de la mue des serpents géants pour la fabrication des canoës par les pêcheurs Baïlabaiks, l'armée endormie du désert des tambours, mais aussi les rudes guerriers Houngalïls, les sages habitants du Pays des frissons qui hibernent dans un iceberg dérivant tandis que les baleines à bec rouge se gavent dans les verts pâturages sous-glaciaires ou les rusés sauvages de la montagne d'Esmeralda qui ont renvoyé l'envahisseur ibérique sur l'océan d'où il venait.

dimanche 2 novembre 2014

Kililana song

challenge tour du monde : KENYA

Pour poursuivre sur ma lancée, je vous présente le dyptique de Benjamin Flao, une histoire qui tisse étroitement la réalité, le mythe, le romanesque en un magnifique carnet de voyage ayant pour cadre un petit coin presque ignoré du Kenya.

Les destins croisés de Günter, marin hollandais et trafiquant occasionnel, de Naim, orphelin plus soucieux d'école buissonnière que d'étude du Coran, et d'Ali, vieillard solitaire dépositaire des secrets des ancêtres, forment cette aventure africaine dans l'archipel de Lamu : Kililana au large du Kenya.
Après le passage d’une grosse tempête, Hassan est une fois de plus, à la recherche de son turbulent petit frère. Naïm s'est embarqué avec Ali et les ossements du vénérable Liogo Fumo, le dernier héros de leur peuple, qui reposait sous l’arbre sacré et qu’il fallait impérativement mettre à l’abri des pelleteuses et autres engins de terrassement.
En effet, parvenus à leurs fins, les promoteurs blancs lancent la construction de leur complexe hôtelier de luxe, projet qui risque fort de passer au second plan maintenant que la reprise des chantiers pétroliers de l’Afrique de l’Est est rendue possible par l'indépendance du Sud-Soudan. Traversant l’Éthiopie, le pipe line doit aboutir sur les côtes kenyanes, en un immense port en construction lui aussi. Le temps de l’insouciance et de la nonchalance est fini pour Naïm et les habitants de Kililana emportés par un tourbillon qui les dépasse. Leur territoire convoité est devenu la proie des industriels, d’enjeux financiers et même d’Islamistes qui font fie de l’économie et du respect de la biodiversité locales.

Mais pour en parler mieux que moi, je vous livre des extraits d'avis de mes bédéphiles préférés (ils sont dans ma blogroll mais je vous remets les liens aussi) :

Jérôme : Une intrigue un brin décousue qui sert surtout de prétexte à la découverte d’une région naturelle n’étant pour l’instant par encore passée sous le rouleau compresseur de la modernité. L’histoire se déroule d’ailleurs à hauteur d’enfant, c’est ce qui fait tout son charme. L’autre point fort de l’album tient évidemment à la qualité du dessin. Un trait proche du crayonné, des décors somptueux et des couleurs chaudes. [...] Le talent de conteur de Benjamin Flao est impressionnant. Son canevas, tissé serré-serré, est d’une redoutable précision. Malgré la multiplicité des personnages, des lieux et des événements, on passe de l’un à l’autre avec une incontestable fluidité.

Mo : La présence de cet enfant comme acteur central permet à l’auteur de construire un scénario riche qui parle à la fois du passé, du présent et de l’avenir d’un pays écrasé par le poids d’un héritage colonial mais dont il tire des avantages financiers non négligeables [...] Servi par un graphisme de toute beauté, ce récit nous fait voyager au-delà de nos propres frontières. On navigue au milieu de magnifiques aquarelles. La présence de longs passages muets a une réelle incidence sur le rythme de lecture. Ainsi, on se surprend régulièrement à profiter des paysages qui s’étalent en pleine page, on prend le temps de dévisager un fou ou un vieil homme perdu dans ses pensées 

Oliv :  L'île de Lamu étant située dans la province côtière du Kenya, à 100 km au sud de la frontière somalienne. Une mission y est menée afin de parvenir à un développement durable et responsable de l'île et ainsi de préserver l'intégrité environnementale, sociale et culturelle de la communauté Lamu. L'équilibre est fragile tant les promoteurs sont nombreux et véreux... Naïm est sur un dhow avec le vieil Ali, ultime descendant des gardiens de l'arbre sacré. L'orage gronde, il va se transformer en tempête. Les dégâts sont importants sur l'île et les habitants sont inquiets. Une certaine tension règne sur terre comme en mer car les temps changent.

dimanche 19 octobre 2014

Le pays des marées

tour du monde : INDE

Ce n'est pas subitement mais subtilement que je me suis rendue compte que ce roman  d'Amitav Ghosh - que je n'aurais jamais lu s'il ne m'avait été donné par deux personnes différentes - était un COUP DE COEUR.
En effet, tous les critères étaient réunis pour que ce soit le cas, mais le lent déroulé de l'histoire m'a demandé un rythme encore plus lent de lecture et une phase de réflexion pour en apprécier toute la richesse : personnages fouillés et attachants, fil romanesque avec un triangle amoureux peu ordinaire, dépaysement garanti dans cette partie du Bengale (jungle et mangroves), intérêt à la fois historique sur le peuplement du pays des marées (ou archipel des Sandarbans) et scientifique avec l'étude des orcelles (ou dauphins de l'Irrawaddy) enfin style fluide et agréable. Seule critique, je trouve que le titre anglais rend mieux compte du roman A hungry tide !

Kanai est le neveu de Mishima et Nirmal, un couple urbain idéaliste qui s'est consacré au développement économique et social d'une petite communauté installée sur l'île de Lusibari. Il croise à la gare Piya une universitaire américaine d'origine indienne qui consacre sa vie à l'étude et à la sauvegarde d'une espèce rarissime de dauphins d'eau douce et l'invite sur un coup de tête à lui rendre visite chez sa tante.
Enfin, Fokir, un pêcheur de crabes illettré et analphabète mais qui possède une culture et une connaissance du fleuve et de ses méandres irremplaçable, croise par hasard la route de Piya et l'initie aux secrets du pays des marées.
Les personnages secondaires liés à Kanai et/ou à Fokir : Nirmal, Horen, Kusum, Moyna ne manquent pas d'apporter intérêt dans l'histoire et nuances sur la compréhension des évènements.


lundi 28 juillet 2014

Bleu univers

COUP DE COEUR
à tel point que je le mets dans ma liste des livres à emporter sur une île déserte car le roman de Tarek Issaoui est complet et a d'énormes qualités :  esthétique, scientifique, idéaliste, romanesque...

Un mathématicien associé à des physiciens a découvert par le calcul la forme de l'univers, précédant de plusieurs années le retour des données du satellite Planck. Il s'apprête à publier l'article conclusif  de ses recherches, qui intéressent beaucoup le groupe restreint des scientifiques de ce domaine, mais pourraient aussi avoir un impact sur l'imaginaire de la population. Au point de départ, il nous entraîne dans le monde des mathématiques et jusqu'aux confins de l'univers. En seconde partie, il invite de manière inattendue à une visite poétique, mystique, contemplative de Mauna Kea (un volcan sacré pour les natifs), dans l'archipel d'Hawaï. J'ai aimé de bout en bout cette ballade dans les nombres et les étoiles, entre science fiction et vulgarisation scientifique, une approche plus littéraire que celle d'Hubert Reeves, mais qui le rejoint sous l'aspect de l'art de communiquer sa passion.

Des images pour faire rêver (le texte qui suit est extrait de l'article d'Akram Belkaïd sur Agora Vox) :

« En fouillant dans les piles, mélangées, raconte ainsi le narrateur, je suis également tombé sur la Maison des Feuilles [l'oeuvre déjà culte de Mark Z. Danielewski] . Je me suis arrêté, étonné. Je l’avais oublié, et pourtant, ce livre a beaucoup compté pour moi. Il aborde des points clés. Dix ans durant, dans l’anonymat, Danielewski a travaillé sur cette description d’une maison isolée, dont les caves et les espaces morts se contorsionnent et se déplient à l’infini au
fur et à mesure que ses habitants les explorent. [...] J’ai réalisé en le lisant que la géométrie ne pouvait se concevoir indépendamment de l’écriture et du regard. » Et de citer dans la foulée le fameux paradoxe qui a longtemps intrigué l’humanité : « Si nos nuits ne sont pas blanches, si nous ne voyons pas les rayons lumineux de toutes les étoiles, c’est tout simplement parce qu’ils n’ont pas encore eu le temps de nous parvenir. » Ce paradoxe a été expliqué par Edgar Poe avec un demi-siècle d’avance sur les physiciens. « Pourquoi les poètes, les écrivains, les artistes prennent-ils de l’avance ? » s’interroge alors le narrateur. « Logiquement, parce que leurs armes sont plus adaptées. Les choses les mieux cachées ne sont pas accessibles au seul raisonnement. » Dans le même passage, le narrateur fait cet aveu : « la primauté de la poésie sur le formalisme mathématique en dit précisément long sur la nature de l’univers ».
Une autre personnalité est présente dans le roman. Il s’agit d’Alexandre Grothendieck, mathématicien de génie - il a obtenu la
médaille Fields en 1966 - qui, à la fin de sa carrière s'est retiré en ermite du côté des Pyrénées. Son œuvre, Récoltes et semailles, a elle aussi influencé le narrateur dans sa quête pour découvrir la forme de l’univers. « Dans le domaine des idées, affirme-t-il, on ose moins en groupe. Grothendieck,  toujours dans Récoltes et semailles, parlait de l’importance d’être seul pour celui qui cherche. Il l’a mis en pratique en vivant reclus. J’aurais également tendance à contredire Einstein, pour affirmer qu’il faut et qu’il faudra toujours des gardiens de phares.
[Einstein a prédit la fin des chercheurs isolés du fait de la complexité croissante de la science]. Bien sûr, il existe de moins en moins de phares, d’endroits physiques ou mentaux d’où l’on puisse se poster face à l’horizon infini. Le progrès implique que le regard bute vite sur un terrain connu ou construit . Et pourtant, que ce soit aujourd’hui ou même dans mille ans, les avancées majeures, les ruptures qualitatives ne viendront ni d’une foule ni d’un consensus, ni même d’un travail en réseau. »



50 billets, 50 états
Mauna Kea, HAWAI bis

mardi 22 juillet 2014

Un thé sur le divan bleu

Enigme des cinq continents : Afrique

Avant dernière étape de notre voyage (itinéraire au choix) proposé par Drussnaga, avec à la clef une énigme littéraire à résoudre, je vous présente une BD jeunesse dont j'ai collectionné les 12 tomes au fur et à mesure de leur parution chez Dupuis : Les aventures de Jimmy Tousseul. Rééditée chez Glénat, la collection s'est enrichie de 3 (actuellement) nouvelles aventures.
Jimmy rêve d'Afrique où ses parents ont disparu. Il entreprend le long voyage pour retrouver des traces de son père, mais c'est en fait à la découverte de lui même et des autres que nous convient les auteurs Daniel Desorgher et Stephen Desberg (tous les deux ont grandi en Afrique). Confronté aux rites et traditions de l'Afrique, mais aussi au monde des adultes, Jimmy fait son apprentissage de la vie.
On reconnaît bien la ligne éditoriale du Journal de Spirou.  C'est ado sans être infantile et les albums s'appuient sur des réalités socio-économiques qui posent véritablement procblème. Voir La corne de rhinocéros

Dans un autre registre, j'ai beaucoup apprécié le roman autobiographique de Natasha Illum Berg, inspiré par la mémoire de Tonio (le peintre Antonio Trzebinski) assassiné à quelques pas de sa case, au Kenya, un soir où il venait la retrouver.
Unique femme titulaire d'un permis de chasse au gros gibier sauvage, elle vit en Afrique depuis ses 18 ans et organise des safaris. Elle n'a pas froid aux yeux et elle est habituée à côtoyer le danger, en solitaire. Pourtant, le meurtre de son ami/amant/âme soeur laisse un grand vide qu'elle s'efforce de combler avec la poésie, alors que le droit au deuil lui est refusé par la bonne société de Nairobi.
Elle réussit une magnifique oeuvre, dont la tragique beauté m'a rappelé le film de Sydney Pollack à partir du roman de Karen Blixen Out of Africa (La ferme africaine) avec Merryl Streep et Robert Redford dans les rôles principaux : deux êtres exceptionnels, indépendants et forts, se rencontrent mais ne peuvent néanmoins sacrifier leur liberté à leur amour : chacun le comprend et vit dans et avec l'acceptation de cet état de fait ; seule la mort est inacceptable.

L'info en +
Avec Out of Africa, Sidney Pollack adapte La Ferme Africaine mais aussi les deux biographies The Life of a Storyteller de Judith Thurman et Silence Will Speak d'Errol Trzebinski (la mère du peintre), oscillant constamment entre la vision idéalisée et romanesque issue des écrits de Karen Blixen et un certain réalisme et vérité sur les évènements amenés par ses biographes.

vendredi 11 avril 2014

Soie

étape 1 du challenge des cinq continents (avec une énigme finale)
Les inscriptions sont closes, le défi est lancé, un billet par continent : Qui découvrira l'énigme en premier grâce aux indices récoltés chaque mois ? Je m'ajoute la contrainte supplémentaire de chercher des romans ou des récits basés sur le voyage.

Je poursuis le voyage vers la Chine avec deux albums autobiographiques de l'illustrateur québécois Guy Delisle : Shenzhen (2001) et Pyongyang (2003) où il raconte ses expériences dans des studios d'animation. J'ai lu récemment Chroniques birmanes (2007) qui relate un séjour d'une année à Rangoon avec son épouse, expatriée de Médecins Sans Frontières et leur fils nouveau-né.
Quatre ans plus tard paraît Chroniques de Jérusalem qui relate l'année 2008-2009 passée par la famille en Israël, et qui lui vaut le prix du meilleur album : Angoulême - Fauve d'or - 2012

Du meilleur au moins bon à mon avis :
A Pyongyang (Corée du Nord) où il passe deux mois comme superviseur dans un studio d'animation, Guy Delisle relit 1984 de George Orwell, ce qui lui permet de mettre en résonance ce qu'il constate de la vie des Nord-Coréens. Très critique et acerbe, l'album montre le confinement dans lequel sont maintenus les étrangers et l'impossibilité de toute confrontation réelle avec la population. Avec un humour grinçant, il rend compte du mélange de propagande et d'idolâtrie dont  la première dynastie communiste au monde fait l'objet : Kim-II-Sung et son digne héritier en dictature Kim-Jong-II ont une manière "incontestable" d'entretenir le culte de la personnalité et d'étouffer dans l'oeuf toute opposition. 

Shenzhen (Chine)

Myanmar 
J'en avais lu le plus grand bien tant dans le cadre du challenge PàL sèche que de celui Carnets de voyage. Est-ce pour cela qu'il s'est finalement révélé une déception ? Je m'attendais certainement à quelque chose de plus consistant et j'ai finalement trouvé le tout assez nombriliste et superficiel, avec des problématiques occidentales et une vie de père au foyer guère émaillée d'épisodes intéressants, sauf le séjour dans un établissement bouddhiste (oh zut, panne de clim' ou il n'y a plus de cornflakes au magasin du coin ou comment je pourrais bien me faire parrainer pour profiter de la piscine du club australien...)
Il y est assez peu question des conditions de vie de la population birmane, alors que c'est un privilège de pouvoir vivre plusieurs mois dans un pays tellement difficile à pénétrer ; d'un autre côté, si tout ce qui est écrit ou dessiné risque d'être retenu contre les protagonistes locaux, je peux comprendre. Il y a encore deux autres de ses précédents recueils au CDI, donc je vais pouvoir vérifier si les conditions de censure du pays ont influencé l'écriture du reportage. J'aurais aimé aussi plus de scènes aussi fouillées que les deux dessins de camions de pompiers japonais des années 40.
Lu le 11 février 2014

samedi 29 juin 2013

Papeete 1914 - t1 : Rouge Tahiti et t2 : Bleu horizon

 Diptyque de Didier Quella Guyot et Sébastien Morice

Un cafetier bougon, un curé fort en gueule, un marin devenu peintre par amour de Tahiti, un clerc de notaire trop curieux, une postière courageuse, plusieurs affaires de meurtres, à Paris celui de Rose Pelletan, la tenancière d'un bordel huppé et à Papeete, la fausse chute accidentelle de jolies vahinés un peu trop libres de leur corps, mais aussi des faits entrés dans l'Histoire : la Grande Guerre qui se profile jusqu'aux portes de la rade de Papeete,  le commandant de la Zélée qui organise la défense militaire de l'île, la collusion du gouverneur avec les intérêts allemands, l'héritière de Pomare V qui céda les îles polynésiennes à la France, dernière reine de Tahiti...

Premier Août 1914, Simon Combaud débarque à Tahiti pour élucider un crime perpétré à Paris quinze ans plus tôt... Quelque part dans les Balkans, le déclenchement de la première guerre mondiale est imminent. Mais l'Europe est loin et à Tahiti, si les rumeurs vont bon train, elles ne changent pas grand chose aux habitudes festives de la population. Indigènes et européens, Français et Allemands qui ne sont pas encore ennemis, se côtoient dans la petite communauté. Dans l'insouciance de ce climat paradisiaque, personne n'accorde beaucoup de crédit aux préparatifs militaires du commandant et surtout pas le gouverneur.

Sur fond de colonisation et de guerre, mêlant personnages de fiction et sujets réels, les auteurs réalisent, à partir d'un fait historique peu connu (le bombardement de Tahiti par deux croiseurs allemands venus de la Chine se ravitailler en charbon le " Scharnhorst " et le " Gneisenau ") relaté dans le détail par le petit-fils  de Jeanne la postière, un récit policier aussi intense que surprenant. Pour bien suivre, chaque journée est estampillé du cachet de la poste !

Mélange d'influence de Gauguin et de Toulouse Lautrec les magnifiques couleurs de Sébastien Morice, très vivement contrastées, invitent au voyage. Le souci n'est pas de montrer avec réalisme les cruautés de l'existence (comme cette admirable couverture où Mareta semble voler alors qu'elle est en train de s'écraser !) L''impact de cette guerre lointaine sur ces terres de douceur de vivre en est d'autant plus percutant.

Le mot de l'éditeur :
Sur fond de références culturelles (les écrivains Loti et Stevenson, les peintres Gauguin et Morillot), la magie de Tahiti 1914 est reconstituée dans ce grand récit d’aventure historique et policier.

 
Le militaire Maxime Destremeau, le gouverneur William Fawtier, le directeur de la Poste et photographe Henry Lemasson, le peintre Octave Morillot ont tous laissé leur empreinte à « Tahiti la délicieuse ». On les découvre dans les textes et photos d’époque qui ponctuent la fin de chaque album.

mercredi 13 mars 2013

Voyage aux îles de la Désolation

Les TAAF à l'horizon : évasion australe au programme du week end du dimanche 15 novembre 2009 avec la visite du Marion Dufresne. En escale au Port (La Réunion, Océan indien), le bateau des Terres australes et antarctiques françaises (TAAF) était largement ouvert au public pour la première fois : l'entrée valait bien trois heures de file d'attente sous un soleil zénithal. Le journal de bord de toutes les rotations est en ligne sur le site, accompagné de magnifiques photos pour accompagner le rêve.

Emmanuel Lepage a eu la chance de remplacer au pied levé un voyageur défaillant et d'accompagner son frère François, photogaphe, au cours d'une des rotations du pétrolier ravitailleur. Outre les équipes scientifiques et techniques, le bateau avait à son bord quelques passagers payants, des touristes assez peu ordinaires, une équipe média et plusieurs artistes missionnés par l'Institut Paul Emile Victor, responsable scientifique des TAAF, pour faire connaître les îles et leur travail. Après une navette vers Tromelin,, le Marion Dufresne est descendu vers ses destinations australes pour un voyage écourté en raison des conditions météorologiques défavorables du début du voyage.


Voyage aux îles de la Désolation est le carnet de voyage et l'album souvenir de cette traversée extraordinaire réservé à un petit nombre d'élus chaque année. Il contient à foison des croquis de la vie à bord pris sur le vif , des portraits de l'équipage criant de vérité, mais aussi des animaux arctiques, des aquarelles de paysages réalisées lors des escales et quelques doubles pages magnifiquement lyriques : celle de nuit où le bateau s'éloigne des lumières de Saint Denis par exemple alors qu'il est si malaisé de représenter le noir.
Feuilleter son carnet de voyage, c'est prendre la mer sans risque tant on s'y croirait. Pour moi c'est un peu réaliser une partie du rêve, faire partie du voyage dont j'ai maintes fois rêvé, sans le mal de mer auquel il avoue avoir été sujet.

















A ma première lecture, j'étais curieuse de son témoignage dans le cadre de la bibliographie que je rassemble sur les voyages en terre australe (cf. voir le libellé : voyages aux antipodes). J'y suis revenue pour le plaisir de son talent d'illustrateur qui me rappelle un peu le maître Pierre Joubert, incontournable quand on aime les marines, les grands voiliers et les scènes de mer.
En lecture commune avec Mo' et Val (qui l'a reçu dans le cadre du loto BD) qui ont diversement apprécié le voyage.

mardi 6 novembre 2012

Caboto

Destination : Argentine

Lorenzo Mattoti (dessinateur) et Jorge Zentner (scénariste  Angoulême - Fauve d'or -1997) s'emparent d'un aspect mystérieux de la vie de Caboto : la controverse et le mystère qui entourent dans les archives le voyage qu'il détourna des îles Moluques vers l'exploration du cours du Rio de la Plata jusqu'aux terres du " blanc " en quête du mythique Eldorado.
Entièrement réalisé aux crayons de couleurs (avec un côté futurisme russe), cet album tranche avec notre habitude du fini trop léché des planches colorisées ou retouchées à l'ordinateur. C'est un point d'originalité qui vient s'ajouter au scénario et fait que l'ensemble prend un aspect souvent étrange, parfois inquiétant.
Dans un autre style graphique, je le rapproche du dépaysement induit par Long John Silver, qui propose la même quête d'un trésor indigène défiant l'imagination.

dimanche 3 juin 2012

Minik

Scénario de Richard Marazano, dessins d'Hippolyte
collection Aire Libre

L'expédition Peary de 1898 n'a pas réussi à atteindre le pôle mais elle rapporte du Groënland une cargaison digne du plus grand intérêt pour le muséum d'histoire naturelle de New York : un groupuscule d'inuits qui doit permettre de susciter des financements pour une prochaine campagne arctique.
Les avis des observateurs divergent, mais la plupart ne les considèrent pas comme des êtres humains et à peine mieux que des spécimens animaliers précieux pour la recherche.
Sur la base de ce fait historique, les auteurs ont choisi de montrer le point de vue de Minik, un jeune garçon. Seul rescapé du petit groupe familial décimé par la grippe, il est recueilli par Wallace, l'intendant du museum doublé d'un brave homme.
L'épilogue, très dur, s'écarte du fait réel.

Cette histoire rappelle que l'existence de ces " zoos humains " et un comportement qui apparaît aujourd'hui comme humainement inconcevable était généralement admis.
La venue des peuples d'Afrique représente un épisode de l'histoire des " exhibitions de sauvages " qui se succèdent en Europe, à la fin du XIX ème siècle, pour le plaisir d'un public nombreux qui vient satisfaire sa curiosité au contact de peuples si étranges par leurs langues, par leurs modes de vie qui fascinent et effraient tout à la fois. Le Jardin d'acclimatation est aussi utilisé par les membres des sociétés savantes, en particulier la Société d'anthropologie, comme laboratoire d'observation des races humaines.
Entre 1877 et 1912, une trentaine d’« exhibitions ethnologiques », mêlant animaux sauvages et individus venus d'Afrique ou des îles, sont produites au Jardin d’acclimatation de Paris, puis dans des expositions coloniales, avec un constant succès. En 1892, celle d'Amérindiens de Guyane (Ka'lina) se termine par la mort sur place de plusieurs " indigènes ". 

Qui se souvient de Minik est un film documentaire de la réalisatrice Delphine Deloget, adapté de la vie de Mene (Minik) Wallace.
Sur les terres de son enfance, à Qaanaaq-Thulé (extrême nord du Groenland), Minik, arraché à son peuple à l’âge de six ans par l’illustre explorateur Robert Peary,  raconte son histoire... l'histoire d'un déracinement qui fait écho à la vie actuelle des Inuits polaires.
Une plaque dans le sol rappelle qu'il vécut à Pittsburgh, dans le nord des Etats-Unis.

Minik, l'Esquimau déraciné par HarperLa vérité sur Minik :
L'Esquimau déraciné par Kenn Harper
L'histoire de Minik est poignante. Au siècle dernier, notre monde, prétendument civilisé, révèle soudain "au nom de la science" son envers colonialiste, corrompu, destructeur. En 1897, le jeune Minik accompagne son père et quatre Esquimaux Polaires du Groenland, qui ont accepté l'invitation de l'illustre explorateur américain Peary, sur le point de conquérir le pôle Nord. Quatre des invités de l'Américain Museum of Natural History, de New York, vont bientôt mourir de tuberculose foudroyante et l'orphelin Minik, âgé de huit ans sera adopté par un administrateur du Muséum et élevé comme un petit Yankee. Son tuteur perdra son poste en raison de graves escroqueries, dans un contexte de malversations de grande ampleur. Abandonné, Minik va connaître, avec son unique protecteur déchu, une vie misérable. Son tuteur lui apprendra la vertu du ressentiment. C'est alors qu'il découvrira, dans une vitrine du Muséum, le squelette étiqueté de son père dont il croyait pourtant avoir assisté aux funérailles. Cette découverte brutale, révélatrice d'un odieux simulacre d'enterrement, au Muséum même, en cet établissement illustre, devant tous les scientifiques, bouleversera le jeune garçon. Sa haine pour l'"establishment" new-yorkais et surtout pour Peary, dont les titres de conquérant du Pôle font l'objet de vives polémiques, va s'amplifier et il n'hésitera pas à alerter la presse. Minik sera renvoyé au Groenland par Peary lui-même, très inquiet. Mais faute de connaître la langue des siens, il s'y sentira aussi étranger qu'en Amérique. A 28 ans, de retour aux Etats-Unis, dans une famille de braves bûcherons du New Hampshire, au sud du Québec, qui l'avaient pris en amitié, il mourra, solitaire, de la grippe espagnole.

lundi 16 janvier 2012

Bilan du challenge carnet de voyage

l'occasion d'un tour du monde en BD

Janvier 2011 : Tiphanya propose un challenge sur le thème des récits et carnets de voyage, en cinq catégories construites sur le même principe.
Il s'agit de lire au moins un livre sur le thème de la catégorie choisie + un  livre par continent = *6.
- Phileas Fogg : un récit sur un tour du monde + *6
- Indiana Jones : un récit de fiction + *6
- Corto Maltese : un récit de marin + *6
- Spirou et Fantasio : un récit écrit par un journaliste + *6
- Yoko Tsuno : un récit écrit par une femme +*6
Les plus courageux peuvent tenter de rejoindre "la ligue des voyageurs extraordinaires", c'est à dire de lire le livre correspondant à chaque catégorie + un récit par continent, soit un total de dix livres dans l'année.

Inscription le 16/01 : en scrutant ma PàL, j'envisage d'ores et déjà quelques pistes...
Europe : Une saison en Irlande ou l'attente de l'Ouest, Bernard Berrou
Afrique : Carnets d'Orient, Jacques Ferrandez (BD)
Asie : Un été en Sibérie, Myriam Kissel
Océanie : Voyages aux îles de la désolation, Emmanuel Lepage (BD)
Amérique : Au nom de père, Perrotin (BD)
Tour du monde : Voyage aux pays du coton, petit précis de mondialisation, Erik Orsenna
Auteur féminin : 13 petites enveloppes bleues, Maureen Johnson
Marin : L'Atlantique est mon désert, Jean François Deniau
Journaliste : Voyage d'un Européen à travers le XXe siècle
Fiction : Etonnants voyageurs, Saint Malo, collectif

Décembre 2011 : au bilan, beaucoup de découvertes et encore plus d'envies dans ma LàL, donc pour moi, assurément, le challenge ne s'arrêtera pas là !

Afrique : Carnets d'Orient, Jacques Ferrandez, LU février
bonus : Madagascar, carnet de voyage, Fabien Dubois, VU
Amérique : Au nom de père, Serge Perrotin, LU mars
Asie : India dreams, Maryse et Jean-François Charles LU avril
Océanie : Voyages aux îles de la désolation (Terres Australes et Antarctiques Françaises), Emmanuel Lepage, LU
Journaliste : Le photographe, LU
Florent Chavouet : Tokyo Sanpo (Japon)
Guy Delisle : Chroniques birmanes - Shenzhen (Chine) - Pyongyang (Corée du nord)
Tour du monde : Corto Maltese, Mémoires, LU novembre
Astérix, Jean Uderzo et René Goscinny
Europe : Les voyages d'Alix, Jacques Martin

Fiction : Balade, balade et Les voyages de Gulliver, Alain Kokor, LU

D'autres pistes :
Mandragore : Hellenik blues (Crète, Péloponnèse)
David B. : Journal d'Italie
Pierre Wazem : Presque Sarajevo
Roannie/Oko : L'instruse (Israël-Palestine)
Nicolas Wild : Kaboul disco (Afghanistan)
Renaud De Heyn : La Tentation (Pakistan)
Nicoby : Excursion coréenne
Gérald Gorridge : Les Fantômes de Hanoï (Vietnam)
Golo : Made in Taïwan
Simon Hureau : Palaces (Cambodge)

Yeong Oh : Le visiteur du Sud (Corée du Nord)
Baudoin : Araucaria (Chili)
Rabaté : Bienvenue à Jobourg (Afrique du sud)
Sacha Georg : Rubiah
Troub's : Penser parallèle (Madagascar, Australie)
Craig Thompson : Un américain en balade
Des auteurs à suivre :
Joe Sacco : Gorazde (Bosnie) - Palestine - The fixer (guide-interprète)

Christin/Cabanes : L'homme qui fait le tour du monde (économie internationale)

Je signale à toutes fins utiles un site qui recense toutes les littératures du voyage : http://www.crlv.org/swm/Page_presentation.php

mercredi 29 juin 2011

Madagascar, carnet de voyage

Plus encore que les baobabs géants ou les maki facétieux de la Grande ïle rouge, ce sont les habitants et les traditions malgaches, en particulier l'étonnante coutume du Famadihana, la cérémonie de retournement des morts, qui ont motivé le voyage et retenu l'attention de Bastien Dubois.


Au terme d'un séjour de 10 mois passés à sillonner les routes de l'île en 2007 et à recueillir sons et images d'ambiance, il transforme un abondant carnet de voyage en images animées.
Pour faire découvrir l'extraordinaire diversité de l'île, il n'hésite pas à mélanger les techniques avec beaucoup de liberté et de fluidité.
Abolissant les différences de genre, juxtaposant les formes de la littérature de voyage à celles du jeu video, il réussit un exercice de style original qui l’emporte sur une narration classique.
Les pages prennent vie, se mettent à sautiller au rythme de la bande son, à virevolter sur les routes de Tananarivo à Majunga, à la découverte d'un univers captivant.
Avec l'envie de partager l'atmosphère et le vécu du voyage, il donne à voir un documentaire pitttoresque, à la confection duquel les habitants rencontrés ont participé.
Passant de l'aquarelle à la broderie, du stop motion au caméra-mapping... il plonge le visiteur dans une réalité vibrante, mosaïque de paysages, de scènes de vie et d’anecdotes condensés en douze minutes hors du commun.


Son film d'animation a été sélectionné aux Oscars en février 2011. Mais comme aucun discours ne vaut la découverte en images, pour découvrir des extraits de ses travaux, rendez vous avec sa bande-annonce : Bastien Dubois.