challenge belge 4 et 5/12
Ah ! Frappe-toi le coeur, c'est là qu'est le génie
C'est là qu'est la pitié, la souffrance et l'amour
C'est là qu'est le rocher du désert de la vie,
D'où les flots d'harmonie,
Quand Moïse viendra, jailliront quelque jour.
A mon ami Edouard Boucher (peintre), Premières poésies d'Alfred de Musset
Marie, déjà enceinte, épouse à 19 ans le meilleur parti de sa ville. Pourtant, à la naissance de Diane, insatisfaite de sa condition, elle ne ressent aucun instinct maternel. Célia, la cadette, est l'objet d'un amour fusionnel. L'une et l'autre vont faire le choix de quitter le foyer familial. Brillante interne en chirurgie cardiaque, Diane reconnaît en Mariel, la fille de son professeur, mentor et amie, son enfance gâchée par la jalousie maternelle.
Amélie Nothomb évoque avec le ton juste la toxicité de relations mère-fille qui ne dépareraient pas le tableau fait par Claire Castillon dans Insecte.
Lu le 1er juillet 2018
- Riquet à la houppe (2016)
- Le crime du comte Neville (2015)

Je renoue avec le plaisir des meilleurs romans d'Amélie Nothomb et
pour une fois, l'auteur donne à Pétronille une vraie fin, inopinée et
pourtant amenée avec une telle logique.
Le thème du double inversé est de nouveau traité, dans cette histoire ambigue d'amitié dangereuse et de domination.
Quelques
séquences sont mémorables et/ou déconcertantes, comme l'interview
londonienne (je laisse ceux qui vont lire la découvrir), le séjour au
désert ou la station de sports d'hiver. Encore mieux que dans Le fait du
prince, l'éloge des grands champagnes sert de fil rouge à ce roman.
Barbe bleue
Saturnine,en remplacement à l'école du Louvre, est à la recherche
d'un meublé, alors qu'elle trouve l'annonce d'un vieil aristocrate
espagnol qui propose une chambre tout confort dans son luxueux hôtel
parisien du VIIème arrondissement. Les huit co-locatrices qui l'ont précédée portaient chacune un prénom en -i.n.e. auquel il a associé un vêtement de la couleur qu'il leur a dédiée. Toutes ont disparu dans d'étranges circonstances après avoir
enfreint l'interdiction expresse d'entrer dans le petit laboratoire du maître de
céans. Le jaune manque et Saturnine partage avec son hôte le goût pour l'or millésimé des plus grands champagnes.
Amélie Nothomb revisite la légende de Barbe Bleue dans un duel
à fleuret moucheté mais néanmoins mortel entre deux intelligences exacerbées, deux sensibilités éprises
d'absolu.
Dans le genre couverture discutable, je trouve que nous sommes servis. D'habitude, je préfère les grands formats pour les auteurs que j'apprécie, mais là, le choix pour les formats poche est généralement plus heureux. Pourquoi toujours mettre une photo de l'auteur avec ses couvre-chefs surréalistes que seules les Anglaises osent surpasser en originalité douteuse ou alors ça lui est imposé contractuellement ? J'ai lu qu'elle pouvait désormais choisir ses couvertures en poche. En tout cas, je trouve cette couverture particulièrement mal construite, illisible, hideuse
Lu le 15 juin 2014
Tuer le père
Il n'y a pas que les plus jeunes pour apprécier le plaisir de la lecture
passive ! C'est clair désormais, je suis totalement conquise,
absolument convaincue par le principe des livres audio, une expérience à
rapprocher des propos de Daniel Pennac, "Comme un
roman", dans lequel il explique qu'il a transformé une classe
d'adolescents non lecteurs en dévoreurs de romans, simplement en leur
lisant des passages à voix haute.
Joe, 15 ans, est mis dehors par sa mère Cassandra qui le sacrifie à l'homme qu'elle veut retenir. Prodigieusement doué aux cartes, il vit des tours qu'il exécute dans les bars, jusqu'à la rencontre qui va décider de son avenir et de ses 5 prochaines années. Il se lie avec Norman Terence le plus grand magicien de Reno, qui l'accueille chez lui avec sa compagne Christina, lui enseigne sa pratique et le traite comme un fils. Mais les enfants
adoptifs sont parfois ingrats...
Le titre, transparent par exception, est trompeur et connaissant la complexité de l'auteur, j'aurais dû me méfier, mais je suis tombée dans le piège des apparences et de l'interprétation facile. Amélie Nothomb construit une trame machiavélique au service d'une histoire sans morale autour de la filiation, du sentiment de paternité, du choix aussi.
Un moment fort du roman se déroule à
Black Rock, dans le désert où depuis 20 ans, durant la dernière semaine
d'août, lors du Burning man, une gigantesque scène musicale dont les
vedettes sont les jongleurs de feu, une foule énorme vient à pied, se
rassemble, construit une ville, fait la fête, puis démonte la ville,
ramasse tout et se disperse jusqu'à l'été suivant.
Lu le 9 avril 2014

50 billets, 50 états
Reno, NEVADA
Une forme de vie
" Ce matin-là, je reçus une lettre d'une genre nouveau. "
Intriguée par la courte missive de Melvin Mapple, un soldat américain envoyé sur le front irakien et parce qu'elle répond toujours à son courrier quand il est respectueux, Amélie Nothomb s'engage dans une sorte de correspondance de guerre sans trop percevoir où cela la mènera. Habituée à recevoir des dizaines de courriers de sollicitation similaires et tentée de ne pas répondre, elle finit par échanger quelques lettres. Melvin se dit persuadé qu'elle est en mesure de le comprendre et lui révèle bientôt qu'il souffre d'un mal étrange. Avec quelques condisciples, il est atteint d'une véritable addiction à la nourriture, une boulimie éhontée rapportée du champ de bataille. Soldat par nécessité mais sans conviction, il vit son obésité comme le signe visible et dérangeant de sa révolte contre l'injustice de la guerre à laquelle il participe. Son corps boursoufflé et disgracieux est le stigmate de son déni de participation aux destructions et aux massacres perpétrés au cours de ses missions.
Le prétexte sert de point d'entrée à une réflexion sur les dérèglements alimentaires, ici le surpoids, porté à un degré paroxysmique, ses causes et surtout ses conséquences sociales : son coût, son vécu et sa perception par les autres, les excuses et les supercheries que chacun s'invente pour supporter un retour d'image peu flatteur. Melvin transcende son surplus adipeux en une sorte de double féminin intégré à sa chair auquel il donne le doux nom de Shéhérazade
Même s'il s'ouvre, comme souvent, par une entrée en matière originale,
ce roman décrit aussi et surtout le goût de l'auteur pour les relations
épistolaires. Elle aborde tour à tour et pour faire bref, le statut
littéraire et le processus créatif à travers son expérience d'écrivain
et le courrier comme forme d'écriture essentielle à ses yeux. Toutefois,
l'aventure romanesque qui a servi de support à sa réflexion finit sur
un court-circuit déroutant et l'épilogue apparaît alors comme une ultime
pirouette un peu facile, ce que ses détracteurs dénoncent mais que les
amateurs lui pardonnent généralement.
Info en + (
article)
La psychanalyse à la lumière d’Amélie Nothomb
Par un mécanisme de dévoilement et de construction fictionnelle, Amélie Nothomb nous permet d’approcher des zones de l’inconscient réel, appréhendées par Lacan dans des concepts pointus. C’est une autre voie qui s’offre à nous pour aborder la psychanalyse par la littérature, par là où Lacan indique que l’artiste précède le psychanalyste. Une voie moins ardue que l’aridité conceptuelle lacanienne.
Pour démarrer nos trois journées de découvertes psychanalytico-littéraires, Maïté Masquelier commencera par « Tuer le père ». Quoi de mieux pour démonter le père oedipien freudien avec les vues pragmatiques de Jacques Lacan : « le père, il vaut mieux s’en passer à condition de s’en servir ». Amélie Nothomb a perçu l’inanité du bon père version classique alors que celui qui structure le désir du sujet est caché ailleurs. Il est grand temps de tuer le père pour en apercevoir l’autre face.
Le même jour, nous enchaînerons avec la version « nothombienne » du ravage maternel dans « Le Robert des noms propres » que Marie-Jeanne Brichard articulera avec l’anorexie qu’Amélie Nothomb décrit au travers de tous ces livres avec tant de finesse et d’acuité.
Lors des deux journées de formation suivantes, Katty Langelez étudiera la Clinique de l’amour au travers de plusieurs romans, Pascale Simonet relèvera ce qui touche à « la lettre, l’écriture et le corps » et enfin Monique Vlassembrouck reprendra la clinique du déclenchement psychotique et du passage à l’acte à partir de « Cosmétique de l’ennemi »