Les alliances de cristal
J'ai reçu en cadeau un exemplaire dédicacé par l'auteur.
Comme mon premier roman d'Elise Fischer (ci-dessous) plusieurs générations, des Vosges à la capitale de la Lorraine, dessinent le l'histoire d'une famille et traversent deux guerres et les séquelles d'une première défaite devant l'Allemagne. J'ai choisi ce titre car j'aime particulièrement l'Art nouveau et le travail du cristal et ce roman montre bien la passion ayant habité les artistes/artisans qui ont pleinement déployé leur savoir faire aux moments des grandes expositions universelles.
Matthieu Thuillier est l'enfant d'un homme qui n'a pas su choisir entre
deux femmes, les a rendues également
insatisfaites et malheureuses, les a conduites à la folie pour l'une et à
la mort pour toutes les deux. Il ne reprendra pas l'entreprise paternelle car sa vocation l'attire vers le travail de la pâte de verre, mais il suivra l'exemple des amours contrariées. Du début du siècle à son épilogue en 1969, le roman permet de parcourir le processus d'innovation aux côtés d'Emile Gallé et ses contemporains, la montée en puissance de la concurrence, avec les ateliers Daum et Lalique, puis la crise de l'Art nouveau, art bourgeois et la révolution esthétique de l'art moderne...

Extrait : Dans le four rougeoyant, le mélange de sable et de chaux entre en fusion.
Par quel miracle, au bout de la canne du souffleur, le verre fondu
devient-il un vase, une coupe, un objet d'art ? Tous les jours, après
l'école, Matthieu Thuillier s'émerveille de ce spectacle magique. Il
sait déjà que sa vocation, son métier, sa passion sont là, dans la
pénombre de l'atelier de verrerie. [...]
Grâce à son goût inné et à son ingéniosité, Matthieu va devenir un
maître, l'égal des meilleurs créateurs de l'école de l'Art nouveau. Mais
il y a la guerre qui menace et, plus encore, la révolution esthétique
des modernes qui s'annonce...
Le talent de Mathieu me semble fortement inspiré par les recherches d'Emile Gallé dont l'illustration de couverture des éditions Pocket est le portrait par Victor Prouvé (vers 1892-1893) exposé au Musée de l'Ecole de Nancy ; ci-contre, un autre portrait par Louis Hestaux.
* * *
Trois reines pour une couronne

En Lorraine, le destin de trois
femmes de caractère : Adèle, sa fille Charlotte, et Louise, sa
petite-fille. Au-delà des liens du sang qui les unissent, elles
partagent la même passion pour la fabrication de la bière, cette boisson
couleur de l'or. Filles ou petites-filles de brasseurs tonneliers,
elles travaillent dans l'ombre des hommes et contribuent à l'essor de la
célèbre brasserie de Champigneulles, près de Nancy.
Elise Fischer retrace un siècle de l'histoire relative à cette
toute petite partie de la vallée de la Meurthe située à 4 km de Nancy en
direction de Metz fondée sur l'essor de la brasserie.
Lu le 15 octobre 2013

En une superbe fresque historique et trois générations
de femmes, élues tout à tour miss Reine des bières : Adèle la sage, Charlotte la rebelle et Louise
l'affranchie, l'auteur parcourt le destin troublé mais fertile de cette
partie de la
France à travers celui de deux familles aussi étroitement liées
qu'impossibles à rapprocher, les Thouvenelle, famille de brasseurs et
les d'Auzécourt, des notables nancéiens.
Le portrait de ces femmes courageuses, qui
n'ont pas réellement connu la "Belle époque" contrairement à ce que
laisserait entendre la couverture, est fort et émouvant, comme la vie
pour laquelle elles se sont battues. Paradoxalement, ce roman montre une forme d'émancipation féminine, en
parallèle à l'asservissement de l'humain à l'industrie puis au capital.

1798-1997, c'est aussi la célébration du centenaire d'une bière portée par la vision d'un homme, le père de la Reine des bières, le concepteur des futures Grandes
brasseries de Champigneulles, qui sut profiter de l'annexion de l'Alsace pour se développer et racheter toutes les petites brasseries
de l'Est et du Nord de la France avant de se heurter à la zone d'influence de l'autre
géante d'Alsace, remise de l'occupation et de l'interdiction d'exporter, la Hatt (Kronenbourg) avant que les deux ne tombent dans l'escarcelle de BSN (Gervais Danone).
Chose plutôt rare, j'ai apprécié ce roman historique, sans doute parce que je connais bien la région, mais aussi parce que les éléments du réel s'insèrent sans lourdeur dans la trame romanesque. On vit l'évolution de la vie dans une campagne en cours d'industrialisation au rythme de trois générations, avec les progrès et les espoirs, mais aussi les difficultés. Comment imaginer aujourd'hui la peur et le désastre suggéré par la venue imminente d'un orage, cela m'a rappelé un passage des souvenirs de Laura Ingalls Wilder, l'auteur de la petite maison dans la prairie, quand les intempéries ruinent les attentes des familles de colons.