Je l'ai échangé sans trop savoir s'il allait me plaire mais le pitch m'avait interpellée.
D'abord le format original et le grain de la couverture sont des choses qui font que l'objet m'a plu d'emblée. Avec des qualités éditoriales évidentes, soigneuses et exigeantes, l'ouvrage procure un plaisir des sens avant celui de la lecture. Bravo aux éditions de l'Arbre vengeur.
A première vue (c'est le cas de le dire) l'illustration est un peu obscure mais comme le fait justement remarquer
unPapillondanslaLune, à la fin du roman elle s'éclaire.
Lu le 20 novembre 2015

Plop !
C’est le bruit qu’il a fait en tombant dans la boue.
Plop. C’est le nom dont on l’affublera désormais au sein de la tribu.
Le Groupe qui l’accepte évolue dans un monde d’après : déchets, gravats, pluie incessante.
Cette fin du monde a pour décor des immondices, pour habitants des humains en fuite permanente et soumis à une loi du plus fort exténuante.
Mais Plop est différent, il va plus loin que les autres, il se hisse, sort du trou.
C’est son histoire, affolante et inquiétante, que Rafael Pinedo, météorite des Lettres argentines, nous conte dans ce roman cru et sauvage, picaresque et futuriste.
Mieux qu’une provocation, un livre impitoyable.
Plop...
Plop est né avec une chance de survie proche de zéro et pourtant il s'accroche à l'existence et sait profiter des moindres prises, à commencer par l'intérêt de la vieille Goro... Ensuite et très vite, il acquiert un tempérament que l'adversité renforce plutôt que de l'abattre. Dans un monde inhospitalier et amoral, où les faibles subissent les sévices, les diktats infamants et la perversité des plus forts, il parvient à se faire une place par ruse et par calcul.
La liberté individuelle n'existe plus, mais Plop parvient à conquérir les moyens d'asservir ses semblables. Le malaise vient de l'évolution du personnage, de son intelligence stratégique et de son individualisme, dominé par une vision utilitariste des autres. En dissimulant les découvertes que lui apportent ses entreprises ingénieuses, il se hisse au premier plan de sa tribu. C 'est un visionnaire extrêmement clairvoyant mais plus il s'élève, plus il devient l'homme à abattre.
Le roman commence par une note funèbre. Il semble que Plop soit au plus bas... dans la fosse et attende sa mort. Il a déçu, dérangé, bousculé les autres par ses prises de risques, son attitude qui tranche avec la résignation et la soumission, son opportunisme qui l'a coupé de ses seuls soutiens véritables, ses amis d'enfance.
Le monde sordide dans lequel il vient au monde est terriblement post-apocalyptique, mais ce fait reste sans explication. Le jour ressemble à une perpétuelle aube grise. Une pluie ininterrompue corrompt l'eau et la terre. Le monde est devenu une immense décharge à ciel ouvert, gangrenée par la corrosion et la moisissure. Le sol boueux est jonché de détritus parmi lesquels les tribus nomades s'efforcent de trouver subsistance, dans un exode sans fin.
Les plus chanceux sont sédentaires et pratiquent le troc, y compris et à commencer par l'échange d'êtres humains. Chacun a une valeur marchande, parfois inférieure à la nourriture qu'il consomme ou aux porcs qu'il peut engraisser.
Le récit est âpre, la langue crue, les idées dérangeantes, les images fortes. Rafael Pinedo livre une fable percutante, horriblement efficace et sans issue. L'individu est sacrifié à l'intérêt collectif sans état d'âme. Les descriptions sont parfois à vomir, d'une violence sans humanité. Les êtres glauques qui hantent ce monde barbare ont perdu le droit à ce terme. Mad Max ferait ici figure de gentil ! L'abjection est au rendez vous.
Je n'en ai peut être pas l'air, mais j'ai apprécié l'écriture de l'auteur et j'aimerais découvrir un autre de ses titres. Plop a reçu le Prix Casa America (2002)
défi SFFF
item 10 : destination :
ARGENTINE
item 14 : le climat déréglé est au coeur de cette dystopie
item 18 : cf item 10
item 20 : la société n'a presque plus rien d'humain