vendredi 31 décembre 2010

jeudi 30 décembre 2010

Une année sous le signe de la BD

Depuis trop longtemps, je n'ai plus pris vraiment le temps de lire/feuilleter des bandes dessinées, pour le plaisir de la découverte. Bien sûr je continue à suivre l'actualité des sorties et en particulier mes séries fétiches (j'attends la suite de Moréa avec impatience), mais depuis que je me suis éloignée de mes fournisseurs attitrés, il est vrai que j'ai réduit mes achats et par conséquent mes lectures. Absurdement je dois l'avouer car je suis environnée de bibliothèques fort bien pourvues !!

Cela va changer et je place résolument cette année sous le signe de la BD, en grande partie grâce au challenge de Mo' la Fée du Bar à BD, qui m'a fait revenir sur la scène du crime... Le challenge a débuté en septembre et se poursuivra sur une année complète. Il y a plusieurs catégories d'inscription, selon l'ampleur de son ambition ! Pour ma part, je démarre à petite vitesse : 12 BD dans l’année en tant que promeneur du dimanche : 4 BD d’origines géographiques différentes.

Edit du 1er février 2011 :
Suite à un rythme de croisière soutenu au mois de janvier et à un rappel à l'ordre de la contrôleuse des consommations, je passe aux vitesses maximales autorisées : les cheveux dans le vent : plus de 36 BD dans l'année et grand aventurier : 10 BD d'origines géographiques différentes ! Par ailleurs, grâce au Loto BD, +7  fictions réalistes sont venues enrichir ma PàL.

Bilan de clôture du circle challenge 2010

Le circle challenge ABC finit en beauté, avec une belle répartition de "l'effort" tout au long de l'année 2010 !
Grâce à Talyate, qui a compris combien j'aime les voyages littéraires, j'ai pu partir à la découverte d'auteurs souvent féminins et de pays, dont je ne cite que les principaux, dans un tour du monde qui a cheminé à travers l'Europe, l'Afrique, l'Asie et les Amériques :

  • ANTILLES : Marie-Reine de JAHAM (janvier) => L’or des îles
  • BRESIL (Amazonie) : Eva IBBOTSON (novembre) => Reine du fleuve 
  • CANADA : Jane URQUHART (décembre) => La foudre et le sable
  • CHINE (et Hong-Kong) : Adeline YEN MAH (décembre) => Feuilles d'automne et J. M. ERRE => Made in China 
  • EGYPTE : Christian JACQ (mars) => Le pharaon noir, Violaine VANOYEKE (novembre) => Le trésor de la reine-cobra
  • ETATS-UNIS : Stephen KING (janvier) => Shining, Marc LEVY (octobre) => Sept jours pour une éternité
  • FRANCE : Danielle STEEL (février) => JoyauxJuliette BENZONI (mars) => Les dames du Méditerranée-Express, tomes 1 et 2/3, Emile ZOLA (avril) => Thérèse Raquin, René GOSCINNY et Jean Jacques SEMPE  (août) => Les aventures du petit NicolasCharmaine CRAIG (novembre) => L'hérétique
  • IRLANDE : Ray BRADBURY (septembre) => La baleine de Dublin et les océans du monde : Herman MELVILLE => Moby Dick
  • ITALIE : Elisabeth ADLER (juillet) => Voyage à Capri
  • MAROC : Fouad LAROUI (janvier) => Les dents du topographe, Malika OUFKIR (août)=> L'étrangère
  • ROYAUME-UNI : Mary HIGGINS CLARK (janvier) => Dans la rue où vit celle que j’aime, Barbara TAYLOR BRADFORD (mai) => L'espace d'une vie, Ruth RENDEL (août) => En toute honnêteté et Rosamund PILCHER => Retour au pays, Amanda QUICK (septembre) => Le chant de la sirène
  • RUSSIE : Barbara TAYLOR BRADFORD (mai) => L'espace d'une vie
  • SENEGAL : Marie N'Daye (décembre) => Trois femmes puissantes
  • enfin un merveilleux Voyage à travers les continents et les siècles grâce à : Nathalie WOOD (mai) => La pierre sacrée

mercredi 29 décembre 2010

La foudre et le sable

Depuis qu'elle a recueilli le dernier souffle d'un marin naufragé sur la côte de Rathlin, son île irlandaise natale, la belle Mary aux yeux verts et aux cheveux roux ne se fait plus appeler par son nom de baptême mais par celui que lui a inspiré le noyé : Moïra. Les villageois la disent possédée par un esprit des eaux. Pourtant, Brian l'instituteur lui demande de l'épouser et plus tard, la naissance de leur fils Liam semble l'apaiser.
Mais avec la maladie des pommes de terre, la misère s'installe et ajoute à la douleur de l'occupation anglaise. De nombreuses familles émigrent au Canada où des concessions sont distribuées aux infortunés colons.
Brian s'enfonce avec sa famille dans la forêt à défricher, loin de la mer ; il s'acharne à cultiver un sol revêche, mais reste obstinément attaché à l'Irlande, à son histoire et au gaélique. A la naissance d'Eileen, Mary s'enfuit sans retour et abandonne du jour au lendemain, mari, enfants, maison, pour finir ses jours en ermite au bord du lac Moïra. Brian rêve toujours d'enseigner, mais c'est un homme brisé à plus d'un titre auquel les habitants de Madoc confient la classe du village.
Alors que Liam a les pieds ancrés dans la terre et aspire à la prospérité, Eileen semble avoir hérité des qualités ambigues de sa mère. Esther, sa petite fille, est maintenant une vieille femme et elle se souvient...

La foudre et le sable est une des dernières lectures du circle challenge ABC de l'année 2010 : elle fait partie de la sélection "historique" de Talyate, entre fiction romanesque et saga familiale basée sur des faits avérés.
Jane Urquhart puise au coeur de l'âme irlandaise pour tracer une grande fresque humaine, où se mêlent rudesse de l'existence, fierté des racines et magie des croyances ancestrales. A travers plusieurs générations de femmes, elle décrit la vie de ces courageux paysans irlandais, transplantés hors de leur sol, poussés par la misère et la famine. Mais elle montre aussi les freins à la construction d'un véritable nouveau monde, la persistance des communautarismes et la transposition parfois absurde, outre-atlantique, des vieilles querelles venues d'Europe, la poursuite du combat des "fenians" (nationalistes) contre le joug anglais ou des oppositions entre papistes (catholiques) et orangistes (protestants).

samedi 25 décembre 2010

Bilan et poursuite du défi " Crazy SF 2010 "

Comme beaucoup avant moi, j'avais dit stop aux challenges de lecture pour cette année... mais les sirènes enchanteresses de la science fiction restent les plus fortes et puis, je n'ai jamais su résister à un défi de ouf : c'est donc dans l'option maxi " Crazy SF " (3 livres à lire dans l'année) que je me suis inscrite le 29 janvier 2010 !
Si la liste nécessita un petit effort de classification : merci GeishaNellie, elle ne fut pas difficile à établir car déjà deux titres m'attendaient dans ma PAL (suite au swap Explorateurs du temps de Lhisbei) et en compilant mes LAL, je m'aperçus que j'avais beaucoup de titres SF derrière les fagots, sans oublier non plus mes BD SF préférées... Même s'il reste encore et toujours Stefan Wul, Nôo (catégorie space opera) dans ma PàL, j'ai réussi à lire en 2010 :
  • Uchronie : Christophe Lambert, La brèche - Robert Silverberg, Le nez de Cléopâtre
  • Dystopie : Suzanne Collins, The hunger games 1/3
  • Cyberpunk : Lolita Pille, Crépuscule ville
  • Steampunk : Tim Powers, Les voies d'Anubis
  • Recueil de nouvelles : Joëlle Wintrebert, La Créode et autres récits futurs - Poul Anderson, Le chant du barde
Comme j'ai gardé plein de titres que j'ai envie de lire en réserve, je poursuis tranquillement en 2011 :
  • Hard SF : Daniel Keyes, Des fleurs pour Algernon
  • Dystopie : Suzanne Collins, The hunger games 2/3 L'embrasement (reste le 3/3)
  • Uchronie (bis) : Phillip Dick, Le maître du Haut Château
  • Alain Damasio, La horde du contrevent
  • Post-apocalyptique : La route, Cormac McCarthy

    et si je les trouve, afin d'aborder tous les thèmes répertoriés par GeishaNellie :
  • Post-apocalyptique : Le mange-monde, Serge Brussolo - La route, Cormac McCarthy
  • Space Opera : Nôo, Stefan Wul (PàL) - Pontesprit, Joe Haldeman - Le guide du voyageur galactique H2G2 (intégrale), Douglas Adams
  • Hard SF : Les fontaines du paradis, Arthur C. Clarke
  • Steampunk : Les conjurés de Florence, Paul McAuley
  • Voyage temporel : Sans parler du chien, Connie Willis
  • Uchronie, Les portes du monde, Robert Silverberg
  • Un monde d'azur et Monstres sur orbite, Jack Vance

lundi 20 décembre 2010

J'aurais préféré vivre

Jérémy se suicide par amour et désespoir le jour de ses 20 ans, le 8 mai 2001 : Victoria, qu'il croit aimer à la folie, l'a rejeté après qu'il lui a fait une déclaration passionnée. Il sort du coma le 8 mai 2002. S'il constate avec bonheur que Victoria est à ses côtés, follement amoureuse, il n'a gardé aucun souvenir de l'année écoulée. Lorsqu'il ouvre les yeux de nouveau, le 8 mai 2004, il est père et étonné par un bébé qui lui est parfaitement inconnu...
D'année en année, Jérémy sent ainsi sa vie et sa raison lui échapper ; entre deux sommeils, il semble être un autre, qui a renoncé à ses rêves et prend plaisir à détruire l'amour et l'amitié autour de lui. Au cours de ses brefs réveils, Jérémy tente de percer le mystère de son amnésie et de tendre des pièges à l'autre, pour l'empêcher de nuire à sa famille.
J'ai choisi ce titre bonus dans Ma liste de Sandrine pour le circle challenge ABC 2010. Thierry Cohen y raconte une histoire d'amour étrange et belle, impossible à lâcher du début à la fin. C'est un livre construit sur un suspense totalement incroyable et cela fonctionne pourtant merveilleusement bien : contre toute logique, on attend du dénouement qu'il soit aussi ingénieux que le récit et qu'il donne satisfaction au lecteur en relevant le héros de la malédiction initiale qui l'anéantit peu à peu.
Mais dans les livres, comme dans la vie, on n'a pas toujours ce qu'on souhaite et tous les titres ne sont pas trompeurs, il faut parfois les croire !
J'aurais préféré vivre a valu à son auteur le grand prix Jean d'Ormesson pour sa capacité à défendre la langue française.

Le nez de Cléopâtre

Quelle meilleure illustration de l'uchronie que d'appliquer au monde la célèbre 162ème pensée de Blaise Pascal « Le nez de Cléopâtre s'il eût été plus court, toute la face de la terre aurait changé ». Robert Silverberg s'est essayé avec talent aux curieux effets distants nés du battement d'ailes d'un papillon et d'imaginer, dans les six nouvelles de ce recueil intitulé Le nez de Cléopâtre, ce qui serait advenu si...
  • l'empire romain eût perduré jusqu'au troisième millénaire, avant de céder la place à une République (Légendes de la forêt de Veniane)
  • Gengis Khan, contemporain des croisades, eût été élevé à Constantinople dans la foi chrétienne (Le sommeil et l'oubli)
  • Le traité de Düsseldorf eût mis fin à la première guerre mondiale en 1916 (le traitement de cette nouvelle est particulièrement intéressant, à cause d'une double uchronie concurrente qui se déroule en parallèle)
  • la terrible peste noire de 1348 eût donné l'avantage à l'empire turc en Europe (Tombouctou à l'heure du lion, un court roman que l'auteur situe dans le même univers que La porte des mondes)
  • une application informatique eût permis à Socrate d'échanger des vues avec Pizarro (Entre un soldat, puis un autre)
  • en pleine guerre froide, un programmeur eût acquis le pouvoir de simuler une attaque nucléaire (Basileus).

vendredi 17 décembre 2010

Feuilles d'automne

Un proverbe chinois en forme d'épitaphe " Luo Ye Gui Gen " (les feuilles d'automne retournent à la terre) vient clore le récit autobiographique d'Adeline Yen Mah, écrit de manière très romancée. Son témoignage, sur fond de guerre sino-japonaise, de combat entre nationalistes et communistes et de révolution culturelle, est très enrichissant et éclaire le lecteur sur de nombreux aspects de la vie de la moyenne bourgeoisie durant ces périodes troublées de l'histoire chinoise.

Fuyant devant l'avancée des troupes japonaises, la famille Yen Mah s'établit dans les années 30 à Shanghai, qui est alors une cité coloniale prospère et cosmopolite, puis à Hong-Kong. Les aïeules d'Adeline, instruites et émancipées, sont des femmes hors du commun ; le grand-père, industrieux, puis le père, créatif et entreprenant, réussissent à faire fortune et à la maintenir en dépit d'un contexte économique et culturel inégalement favorable.
Dernière née d'une famille de quatre enfants, Adeline porte inconsciemment le lourd fardeau de la mort de sa mère peu après sa naissance. Elle ne sera jamais autorisée à la jeunesse insouciante de ses frères et soeur. Le remariage de son père avec la belle "Niang" (mère) d'origine eurasienne et de culture française aggrave la situation des enfants. Pour la petite Jun-Ling, bientôt rebaptisée Adeline, il signe le temps de son exil définitif au ban de la famille. Soutenue par son grand-père et sa tante paternelle, elle trouve néanmoins la force de caractère pour surmonter l'épreuve du rejet paternel et se réfugie dans les études et les livres. Mais elle ne réussit jamais, en dépit de ses efforts uniformes, à voir son amour filial et fraternel payé de retour. Le testament de sa belle-mère lui réserve une ultime déception.

mercredi 15 décembre 2010

Grand prix international du roman métis de la ville de Saint-Denis

Le premier grand prix international du roman métis de la ville de Saint-Denis a été décerné mardi 14 décembre 2010.
Destiné à récompenser un roman adulte de langue française qui met en lumière les valeurs de diversité, d’échanges et d’humanisme, symboles de l’île de La Réunion, il s'adresse à tous les romanciers francophones. Voir le dossier de presse.
Parmi les nombreux participants, six romans "des ouvrages qui représentent la diversité culturelle francophone, les auteurs étant réunionnais, malgache, mauricien, guadeloupéen, congolais et marocain" ont été sélectionnés pour cette première édition :
  • Joëlle Ecormier : "Le petit désordre de la mer"
  • Alain Gordon-Gentil : "Devina"
  • Johary Ravaloson : "Géotropiques"
  • Maryse Condé : "En attendant la montée des eaux"
  • Wilfried N'Sondé : "Le silence des esprits"
  • Fouad Laroui : "Une année chez les Français"

Le jury, composé de six journalistes ou professionnels du livre et de la lecture de La Réunion et de six écrivains francophones : Mohammed Aissaoui, Nathacha Appanah, Isabelle Hoarau, Tahar Ben Jelloun, Amin Maalouf et Patrick Poivre d’Arvor, a désigné la lauréate : Maryse Condé. Fouad Laroui, qui avait ma préférence, a obtenu la mention spéciale du jury. Un programme de résidence d’écriture pendant l’année 2011 sera proposé aux deux lauréats.

lundi 13 décembre 2010

Brune, blonde ou rousse

Toutes les rousses ne sont pas des sorcières
Valérie Bonnier suggère que les rousses rêvent "sexe, mode et célébrité". Clarisse est dotée d'une chevelure flamboyante ; jeune et belle, sensuelle, sexy et passionnée, la jeune femme possède en outre un humour ravageur et d'un aplomb apparent à toute épreuve. Faisant preuve d'un goût immodéré pour la mode, elle se met en tête de devenir la styliste de ses rêves et montre alors une ambition capable de forcer le destin et de vaincre tous les obstacles. Edouard, le séduisant patron sexagénaire d'un petite entreprise de confection textile dont elle va bouleverser la vie et les méthodes de travail, s'en aperçoit pour son plus grand (malheur) bonheur. La réussite et la liberté sont au bout de l'aventure.

Rousse, blonde, brune, pas si sages… après Clarisse, Valérie Bonnier se propose de poursuivre son étude avec Sidonie et Graziella, des jeunes femmes au caractère bien déterminé qui se découvrent, s'admirent et s'entraident. Trois histoires modernes, drôles et émouvantes qui forment un triptyque.
Lu le 19 mai 2010

Toutes les brunes ne sont pas des tigresses
Graziella, une belle brune aux yeux verts d'origine brésilienne, féline et sensuelle, danse sur les places de Montmartre pour gagner sa vie : elle compense son absence de technique académique par un sens du rythme à fleur de peau. Repérée par un chorégraphe célèbre qui lui propose d'intégrer son école de danse, en vue d'auditionner pour le prochain ballet qu'il est en train de monter, elle doit choisir entre abdiquer une part de sa liberté ou accepter la discipline de fer que requiert une carrière de danseuse. Entre l'insoumission viscérale de la belle tigresse et la volonté de dompteur de Dimitri, le combat dépasse bientôt les aspects strictement professionnels pour s'engager sur le terrain des émotions.
On retrouve le personnage de Clarisse dont j'ai préféré l'histoire et de Sidonie qu'il me reste à découvrir.

dimanche 12 décembre 2010

Trois affaires criminelles résolues par le juge Ti - Dee Gong An

Aussi fameux que Maigret ou Hercule Poirot, le perspicace juge Ti, ressuscité en 1948 par Robert H. Van Gulik, est bien connu des amateurs d'énigmes policières.
Personnage littéraire inspiré de Di Renjie, le juge Ti est une figure historique qui vécut en Chine sous la dynastie des T'ang au VIIème siècle, eut une influence importante en tant qu'homme d'État, fut ministre de l'impératrice Wu en fin de carrière et marqua par son intelligence et son courage cette période de l'histoire chinoise. L'extraordinaire capacité du juge Ti à débrouiller des affaires criminelles complexes le rendit célèbre de son vivant, si bien qu'il entra dans les annales judiciaires chinoises. Le personnage servit d'original au héros d'un roman policier chinois dans un récit anonyme du XVIIIème siècle. Le Dee Goong An raconte trois affaires criminelles résolues grâce aux investignations du magistrat à la coiffe noire, insigne de sa charge et de son intégrité.
Dans le roman policier chinois traditionnel, l'aspect psychologique, la description des différents protagonistes, l'imbrication de plusieurs affaires donnent un ton particulier au récit. Désireux d'en faire connaître le genre, Robert H. Van Gulik,  diplomate hollandais, érudit et polyglotte, écrivit une suite aux aventures du juge Ti Jen-tsie en 17 volumes. Ses romans, à la "mode" chinoise,  récits fictifs inspirés de textes anciens, alliant rigueur historique et qualité littéraire, font découvrir au lecteur occidental maints aspects de la vie sociale et du système judiciaire en Chine ancienne.

samedi 11 décembre 2010

Le chant du barde : les meilleurs récits de Poul Anderson

J'ai eu la chance de recevoir Le chant du barde : les meilleurs récits de Poul Anderson, dans le cadre de la spéciale "littératures de l'imaginaire" organisée par Babelio / Masse critique. Poul Anderson (1926-2001) a reçu 6 fois le prestigieux prix Hugo (H) et 3 Nebula (N). Considéré outre-Atlantique comme un maître incontestable, il est l'un des grands auteurs classiques de l'âge d'or américain le plus couronné de son vivant. Publiée aux éditions du Bélial, cette fresque hautement représentative du talent de l'auteur, regroupe par ordre chronologique neuf nouvelles d'anthologie parues entre 1953 et 1981, dans des traductions révisées et commentées par J.D Brèque.
Explorateurs, guerriers mais aussi poètes, détectives et joueurs, les héros de Poul Anderson redécouvrent les mythes fondateurs de l'humanité à mesure qu'ils peuplent le cosmos de leurs enfants et de leurs rêves :
  • A l'origine, Sam Hall est le personnage d'une chanson qui appartient au folklore, auquel un fonctionnaire de la sécurité donne peu à peu consistance en rentrant des données fictives dans l'ordinateur central qui contrôle toutes les activités humaines : son initiative, d'abord irréfléchie, bouscule involontairement les fondements du régime totalitaire en place.
  • Jupiter et les centaures n'est pas sans rappeler le scénario du film Avatar qu'il précède de plusieurs décennies. Un paralytique partage le corps d'une créature hybride, synthétisée en laboratoire pour supporter les conditions climatiques extrêmes de Jupiter, afin de coloniser la planète hostile. (Dans sa version personnelle d'Avatar, Poul Anderson imagine la vie d'un extraterrestre ayant investi le corps d'un humain.)
  • Long cours (prix H), où un vaisseau céleste échoué sur une planète de l'empire redevenue primitive fait l'objet de bien des convoitises, avant d'être finalement détruit pour permettre à l'évolution de suivre son cours naturel.
  • Pas de trève avec les rois ! rappelle la guerre civile entre nordistes et sudistes, conjuguée à l'intervention d'une troisième force, la communauté des Espers détentrice d'une technologie "psy" d'origine extraterrestre capable de bousculer l'équilibre historique des forces en présence.
  • Le partage de la chair (H), dont le scénario repose sur une énigme ethnologico-scientifique, délivre une leçon de tolérance et de dépassement des préjugés : alors que son mari Donli est victime d'un acte de cannibalisme sur une planète que son équipe scientifique est en train d'étudier, la responsable de la sécurité de l'expédition freine sa réaction primale de vengeance, pour chercher à en comprendre les raisons et en les expliquant, réussir à pardonner.
  • Le principe de Destins en chaîne, parue sous le titre Five Fates, est une nouvelle en forme de cadavre exquis à la construction subtile. Co-écrits par cinq auteurs dans le cadre d'un défi lancé par Poul Anderson sur une idée originale de son invention, les cinq fragments de l'histoire, qui ont tous en commun le même début et une fin identique, donnent ainsi l'impression de se mordre la queue et rebondissent en une cascade perpétuelle. Ma préférée
  • La reine de l'Air et des Ténèbres (H et N) pourtant considérée comme son chef d'oeuvre n'est pas ma préférée. Un enfant de trop a été enlevé sur la planète ; sa mère, loin de s'avouer vaincue par les embûches et le manque de coopération des autorités, fait appel à un archétype de Sherlock Holmes, lequel, grâce à ses petites cellules grises, réussit finalement à contrecarrer les plans insidieux des Audelants, la peuplade aborigène locale, qui mène une lutte masquée contre l'invasion coloniale.
  • Le chant du barde, qui donne son nom au volume (H et N), est librement inspiré du mythe d'Orphée, transposé dans un univers extra-terrestre dominé par une machine programmée pour réguler la population de la planète. Le barde réussit à convaincre la Mort de le laisser l'accompagner dans l'antre de la machine, en vue d'y négocier la résurrection de sa compagne. La suite relève du mythe... qui avait aussi su inspirer Jean Cocteau.
  • Le jeu de Saturne (H et N) est une mise en garde contre l'attrait facile des paradis artificiels. Ici, les candidats à l'évasion sont les participants d'une expédition à hauts risques sur une des lunes de Saturne. A force de vivre trop à fond le jeu de rôles virtuel qui leur permet d'affronter la monotonie des traversées galactiques, ils deviennent inconscients des dangers réels qui les guettent, au point d'y perdre la vie.
En dépit de la très grande diversité d'inspiration des neuf nouvelles, des thématiques récurrentes traversent les récits, comme la défense de la liberté et de l'autodétermination des peuples, le droit d'accès à la technologie et à la maîtrise de leur évolution collective ou la dénonciation des totalitarismes.
Je retiens comme emblématique de la profusion littéraire et de l'imagination débordante de Poul Anderson, le bel exemple de Jupiter et les centaures : à l'instar de chacun des récits du recueil, la nouvelle gardait en gestation la richesse d'un univers complet qui ne demandait qu'à être développé.
Lu le 14 novembre 2010

Repères :
à lire également un de ses romans World without Stars et de Philip K. Dick Waterspider.

vendredi 10 décembre 2010

Made in China

Made in China, par référence aux gadgets fabriqués en série, est le deuxième roman de J.M. Erre. Il y traite du mystère des origines et de la question que tout enfant adopté finit immanquablement par se poser sur sa famille biologique. La gravité du sujet aurait pu peser sur le lecteur sans l'humour bon enfant - parfois un peu too much - et les apartés de l'auteur au lecteur destinés à créer une connivence.
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Toussaint Legoupil est le fils unique de Mado et Léon Legoupil, respectivement première dame et premier magistrat de Croquefigues-en-Provence, modeste village que rien ne prédestine à la renommée. Mais le maire est inventif pour faire fructifier les intérêts de la commune et ceux de quelques particuliers bien choisis. Il découvre un associé de choix en la personne de Jean-Marius Djemba, qui maîtrise l'art d'attirer les naïfs pour ensuite les convaincre de se délester de leur argent : le mentor hippie est le fondateur de la secte du MINOU, des adorateurs de Claude François ; les impécunieux sont impitoyablement refoulés du village.
Toussaint présente un particularité surprenante pour un chinois : il possède des caractères physiques indéniablement africains. Faisant une crise d'identité tardive, il se rend à Chengdu en Chine à la recherche de l'orphelinat où les époux Legoupil sont venus l'adopter.

jeudi 9 décembre 2010

Pied de mouche

D'après la définition de Wikipédia, le pied-de-mouche est un symbole typographique ancien qui avait pour fonction de signaler le début d'un chapitre ou d'un paragraphe, un point particulier, ou bien, dans un dictionnaire, de séparer les différentes acceptions d'une même entrée. Aujourd'hui c'est aussi un caractère non imprimable symbolisé par ¶ qui matérialise la fin d'un paragraphe.

John est un petit garçon comme les autres jusqu'à ce que des examens médicaux concluent à une terrible maladie dégénérative mal connue. La principale conséquence de ce diagnostic est non négociable : John est désormais contraint au lit et à une immobilité quasi totale à longueur de journée. Ancienne infirmière, sa mère va s'ingénier à lui inventer des activités sans risque, lui permettant d'économiser au maximum ses mouvements. Quant à John, il contourne les interdits de sa vie quotidienne en développant un appétit incroyable pour les mots et en s'inventant un royaume de liberté, dans l'espace infini de son imagination.

quatrième de couverture
Je ne suis pas certain de pouvoir prétendre avoir pris place dans l'alphabet humain, même en tant que vingt-septième lettre honoraire. Je suis plutôt comme un signe de ponctuation particulier, une cédille, un umlaut ou un pied-de-mouche, difficile à dénicher sur le clavier d'un ordinateur ou d'une machine à écrire.
Pied-de-mouche est le nom de plume de John Cromer. Cloué au lit à l'âge de trois ans à cause de la rare maladie des os de verre, ce petit garçon excentrique est un individu à part, à peine présent dans les interstices de la vie des autres. Passionné par les possibilités du langage et de l'imagination, il développe une intense réflexion ;  curieux de tout, il n'est jamais à court d'idées farfelues pour sortir de son carcan de reclus et se faire une place dans le monde. Pied-de-mouche est l'exploration d'une vie marginale, solitaire mais riche, une histoire passionnante, pleine d'humour, d'aventuriers et de personnages hauts en couleur.

à consulter :
http://scriptural.over-blog.com/article-adam-mars-jones-pied-de-mouche-58167637.html

lundi 6 décembre 2010

Daniel Tammet [2]

Je suis né un jour bleu
Le témoignage apporté par Daniel Tammet, autiste savant aux qualités synesthétiques exceptionnelles, est trop dense pour se résumer : " en écrivant ce qui a été mon expérience de l'autisme, j'espère aider d'autres jeunes gens, comme mon frère Steven, à vivre leur autisme de haut niveau, à se sentir moins isolés et à avoir confiance, en sachant qu'il est possible d'avoir finalement une vie riche et heureuse. J'en suis la preuve vivante. "
Il réussit le paradoxe de livrer une autobiographie pleine d'émotions, qui se lit comme un roman. Sous-titré " à l'intérieur du cerveau extraordinaire d'un savant autiste ", un livre à découvrir absolument pour la beauté féérique des mondes numériques qu'il décrit avec enthousiasme.
Lu le 25 février 2009
 
Embrasser le ciel immense
Sous-titré Le cerveau des génies, ce livre fait suite à Je suis né un jour bleu, dans lequel Daniel Tammet entraîne le lecteur à la découverte d'un monde où les nombres se distinguent par leur forme et leur couleur. Atteint du syndrôme d'Asperger, le jeune " autiste savant " est pourvu de capacités hors du commun : génie des langues et des nombres, il est capable d'apprendre l'islandais en une semaine ou de mémoriser, puis de réciter d'affilée les 22 514 premières décimales du nombre π.
Mais il peut également décrire ses processus de pensée et souhaite utiliser sa célébrité pour faire évoluer la perception de sa différence. Il entend démontrer que ses semblables - qui ne sont pas totalement coupés du monde et peuvent nouer des relations - ont un rôle important à jouer dans la société. Dans cet ouvrage, il revient sur les expériences auxquelles il se prête, avec les plus éminents neuroscientifiques qui s'intéressent à son cas, pour faire progresser la connaissance des mécanismes d'apprentissage du cerveau.
Moins fort que le précédent, ce second livre reste néanmoins un témoignage bouleversant sur la conquête de l'indépendance.
Lu le 6 décembre 2010

vendredi 26 novembre 2010

Reine du fleuve

Talyate avait inscrit Eva Ibbotson dans ce challenge pour Les matins d'émeraude que j'ai attendu au prêt depuis au moins 6 mois sans qu'il soit réapparu. Je reviendrai pourtant dès que possible sur cette lecture qui m'intéresse, notamment à titre de comparaison avec Sur la tête de la chèvre (Hongrie), car elle traite des souvenirs de jeunesse de l'auteur, de la vie à Vienne au moment des lois de Nuremberg, ainsi que de la situation des autrichiens contraints à l'exil par les persécutions antisémites.

Je me suis finalement rabattue sur Reine du fleuve, qui m'a entraînée dans une nouvelle région du monde, la grandiose Amazonie. Maia est une jeune orpheline anglaise fortunée, que des parents lointains, pourtant peu portés à la philantropie, acceptent d'accueillir à leur domicile : les Carter et leurs filles Gwendolyne et Béatrice ont dû fuir Londres à la suite de malversations ; ils se sont établis près de Manaus sur une plantation de caoutchouc, mais leur comportement méprisant à l'égard des indiens qui travaillent pour eux les conduit à la faillite. Leurs affaires marchent mal et ils sont aux abois.
L'attitude de Maia est à l'opposé de celle des jumelles et de leur mère : prête à aimer son pays d'adoption, elle désire découvrir la jungle luxuriante et lier connaissance avec ses habitants. Sa rencontre fortuite avec Finn Taverner, également orphelin d'un lord anglais ayant fui sa famille pour s'installer comme botaniste au Brésil et d'une indienne Xanti, décide de son avenir : elle veut naviguer sur le fleuve, remonter l'Amazone, explorer la jungle et découvrir de nouveaux remèdes en sa compagnie.

La romancière vient de disparaître. Son oeuvre appartient depuis longtemps aux classiques de la littérature jeunesse dans les pays anglo-saxons. Reine du fleuve a reçu en 2001 le Prix Smarties délivré par plus de mille écoles anglaises.

dimanche 21 novembre 2010

L'hérétique

J'ai eu beaucoup de difficultés à me procurer ce titre et je suis contente de ne pas être passée à côté de cette lecture suggérée par Talyate, qui s'est révélée une des plus satisfaisantes depuis le début de ce challenge.
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En 1320, une jeune Languedocienne originaire d'un petit village occitan est jugée par un tribunal de l’Inquisition pour hérésie et inceste. Les minutes de son procès – popularisé par Emmanuel Le Roy-Ladurie – sont à l'origine de l'intérêt de Craig Charmaine pour le sujet. Son roman, qui résulte de recherches historiques poussées, retrace la progression de l'hérésie dans le Languedoc au XIVème siècle en parallèle à celle des pratiques inquisitoriales mises en oeuvre pour en expurger les croyances propagées par les "bons hommes". Alliant une solide formation d'historienne à une réelle aisance d'écrivain, l'auteur atteint un bel équilibre entre utilisation de la ressource documentaire et fiction romanesque.
L'histoire de cette lignée de femmes ayant vécu à Montaillou et de leurs relations troubles avec le prêtre du village, Pierre Clergue, débute avec Marquise, aimée de Pierre, mais séduite puis abandonnée par Guillaume, son frère aîné. Fabrisse, la petite fille née de ces amours clandestines et baptisée en secret par Pierre, est amoureuse du prêtre mais ignore leur lien de parenté. Son mariage d'amour avec Pons, célébré en dehors de l'Eglise, devient une union malheureuse avec l'adhésion de son mari aux préceptes de la vraie foi, qui le pousse à l'abstinence absolue puis au suicide. Elle, qui a souffert de sa naissance adultérine, met au monde une fillette illégitime, née posthume. Grazida devenue adolescente est séduite par Pierre qui l'ayant mise enceinte, lui fait épouser Arnaud Lizier.
Son témoignage a inspiré le roman, dont les personnages déchirés, tourmentés par leur quête de pureté spirituelle et confrontés à la force de leurs désirs charnels, sont des figures historiques ayant réellement existé : Grazida Lizier, mais aussi Pierre Clergue, le recteur déviant de Montaillou et Bernard, l'implacable moine dominicain créateur de l'Inquisition.

mercredi 10 novembre 2010

Le jeudi c'est citation

Tout dessin ou peinture est l'équivalent
passionné d'une sensation reçue.
Paul Gauguin
Réflexions
L'artiste ? Serait-ce celui qui fait voir ce qui n'a jamais été vu (senti/entendu) ?
Comment se comporte la couleur là où finit la toile ?

samedi 6 novembre 2010

L'Egyptien Alexandros - Violaine Vanoyeke

N'ayant pas trouvé le titre inscrit par Talyate dans la liste du challenge ABC, j'ai remplacé Une mystérieuse égyptienne par Le trésor de la reine-cobra. Violaine Vanoyeke a écrit de nombreux romans historiques ayant pour cadre l'Egypte ancienne dont elle est une spécialiste (linguiste, historienne) reconnue.

L'intrigue policière lui sert de prétexte pour décrire les coutumes des Thébains sous le règne des Ptolémées et faire part des dernières découvertes archéologiques concernant la femme-pharaon Hatchepsout, la reine-cobra, qui a su profiter de la minorité de son neveu Thoutmosis III pour exercer le pouvoir. Tandis qu'Alexandrie, où vit Pharaon et sa cour, et la Basse-Egypte voient s'installer de nombreux Grecs qui apportent leurs dieux et leur mode de vie, autour et en amont de Thèbes, l'ancienne capitale, les Egyptiens restent plus attacher à leurs traditions et rejettent les pratiques helléniques.
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Le prince Alexandros, fils bâtard de Ptolémée, et sa compagne Helena sont venus à Thèbes pour assister aux fêtes données en l'honneur des dieux guérisseurs. Ils se retrouvent mêlés à une étrange disparition sur fond de crime organisé : Melissa connaît la Vallée des Rois et ses innombrables nécropoles comme sa poche. Elle s'est accoquinée avec une bande de pilleurs de tombes qui font main basse sur le mobilier funéraire et les bijoux des riches sépultures, en dépit de l'interdit puni de mort du pharaon. Ayant tenté de s'approprier indûment une plus grosse part du butin, elle doit s'enfuir et disparaît dans le fleuve. Nertari, mariée au riche Rhodopis, ignore presque tout des moyens d'existence de sa soeur jumelle ; elle accourt néanmoins de Chypre pour tenter de confondre les meurtriers, au péril de sa vie.
 
Repères :
Il y a trois autres enquêtes où apparaît l'égyptien Alexandros, venu de Macédoine, dont la lecture me tente si elle concilie avec le même bonheur les qualités romanesques et une réelle érudition sur l'Antiquité méditerranéenne.

jeudi 4 novembre 2010

La folle journée du professeur Kant

Les petits Platons se sont lancés le défi audacieux de faire apprécier les courants philosophiques majeurs et leurs principaux penseurs aux plus (et moins) jeunes ! La tentative est vouée au succès, à n'en pas douter, tant la collection invite à la découverte, à travers de petits bouquins colorés et drôles, où les grands hommes sont présentés dans leur vie de tous les jours : cela donne par exemple une vision plutôt farfelue de l'austère Monsieur Kant, qui devrait ainsi plaire à un large public.
Un plus appréciable : Jean Paul Mongin a eu la généreuse idée de dédicacer l'exemplaire qui m'a été envoyé dans le cadre du programme Masse critique de Babelio.

mardi 2 novembre 2010

Luna Papa

Dans un pays imaginaire qui s'inspire de plusieurs pays d'Asie centrale, un village côtier abrite une curieuse famille avec de drôles d'habitudes. Le père, Safar, veuf inconsolable et alcooliqu, élève seul ses deux enfants majeurs et des lapins : Nasreddin, le fils aîné devenu autiste des suites post-traumatiques de la guerre d'Afghanistan et Mamlakat, 17 ans, magnifique et évaporée, ne rêvant que théâtre et conservatoire. Après une aventure furtive au clair de lune - voix charmeuse et sans visage, la scène de séduction hésite entre rêve et réalité - Mamlakat s'aperçoit qu'elle est enceinte. Passée la première réaction de colère, le futur grand-père décide de retrouver le géniteur - un acteur - et de le contraindre à assumer ses obligations, même s'il lui faut écumer tous les théâtres tadjiks.

Le spectateur est entraîné dans un joyeux road movie à travers un Tadjikistan mythique et onirique où les tribulations de ces personnages loufouques et hauts en couleurs (le foetus prend la parole pour commenter certaines situations en voix off) alternent avec des scènes plus réalistes. Malgré la trame dramatique (les filles-mères sont très mal vues) le réalisateur tourne une comédie : ce film anti-morosité apporte une bouffée de poésie qui s'appuie sur de très belles images naturelles mais en couleurs irréelles et changeantes. Chaque plan est une oeuvre de bizzarerie digne d'un tableau de Dali ou échappé d'un Kusturica éthylique et les acteurs portent toutes les gammes d'expression sur leur visage un peu à la manière de Buster Keaton.

Selon son réalisateur Bakhtiar Khudojnazarov, Luna Papa (1999) doit être vu comme une sorte de conte mythologique contemporain et s'inscrit dans la veine du réalisme fantastique initié par Edgar Poe. Il n'empêche qu'il met aussi en avant le désespoir et la hardiesse du peuple tadjik, car ce film est aussi une métaphore sur les habitants des hautes steppes d'Asie mineure et ces anciennes républiques de l'ex-Union Soviétique, abandonnées économiquement et isolées du reste du monde.  

 

Le film est tourné dans une région d'Asie centrale qui se situe à la confluence de plusieurs civilisations dont il subit les influences visibles à travers les différents quartiers de ce village reconstitué à partir d'archétypes ethniques et culturels marqués. La majeure partie des scènes sont cependant tournées dans le nord du Tadjikistan, sur les rives du Kayrakkum, une retenue d'eau artificielle du Syr Dari.

dimanche 31 octobre 2010

Une enquête de Maud Silver

Vieille préceptrice anglaise à la retraite, Miss Maud Silver possède un sens moral tout à fait victorien. Devenue détective privé par goût de la vérité, elle est parvenue à intervenir avec succès dans certaines enquêtes menées par un de ses anciens élèves, le chef de la police Randall. Précurseur de Miss Marple, un des célèbres personnages d'Agatha Christie, elle compense une apparence un peu désuette par une incroyable acuité intellectuelle.
La collection Brading paru en 1950, lui permet d'exercer sa sagacité pour résoudre une nouvelle affaire criminelle.
Riche collectionneur de bijoux anciens marqués par le crime ou la passion, Lewis Brading a fait édifier un bâtiment sécurisé pour abriter ses joyaux de la convoitise qu'ils ne manquent de susciter. Se sentant menacé, il fait appel, sur les conseils de Randall, aux talents de Miss Silver ; en dépit de l'insistance de la demande, la vieille dame refuse en raison du caractère antipathique et cruel du personnage. Elle est prise de remords tardifs lorsqu'elle apprend son suicide suspect dans la presse. Elle se rend sur les lieux avec pour seul objectif de disculper des innocents et de confondre le(s) coupable(s).

mardi 26 octobre 2010

Bleu nuit ou les sept vies du moine

Institutrice, Florence Leblanc est également pigiste dans un journal de l'île de La Réunion. Globalement contestataire, elle est plutôt contre les idées reçues et l'ordre établi, mais elle ne pourrait certifier que son action est à la mesure de son engagement moral.
Sujette à un accès de déprime un soir de réveillon, elle s'amuse à taquiner les esprits à l'aide d'une planchette de oui-ja. A sa grande surprise, elle obtient une réponse qui la dérange, mais va bientôt l'entraîner dans une aventure spirituelle hors du commun.
D'abord sceptique puis séduite, elle devient la confidente d'un ancien moine napolitain, défroqué et quelque peu pirate, fondateur d'une république utopiste, libertaire et égalitaire. A travers une série d'entretiens "téléphoniques", Angelo lui fait partager ses doutes, tout en lui racontant sa vie et celle de plusieurs personnages ayant en commun l'océan indien... et une dague mauresque ancienne et délicatement ouvragée.
Communication avec l'au-delà ou allégorie de l'éveil de sa conscience, Florence subit peu à peu l'influence du moine qui semble poursuivre à son égard un dessein connu de lui seul et parvient tour à tour à l'émouvoir, la questionner, la pousser à agir.
Daniel Vaxelaire signe un roman subtilement construit où il pose de façon multiple la question de l'identité et de la construction de soi.

lundi 25 octobre 2010

God save la France

J'ai été déçue par ce livre sélectionné dans la liste de CookingKitten pour le circle challenge ABC 2010 et surtout je n'y ai pas trouvé trace de ce plaisant  "humour" so british tel qu'il se pratique Outre-Manche !
Le roman de Stephen Clarke, qui se veut caricatural/riste, ne dépasse pas le registre de la parodie et le stade du cliché mal digéré sur les Français : par exemple les trop nombreuses et répétitives allusions aux habitudes alimentaires. Consternant et de parti pris, il est définitivement moins drôle que Dan Rhodes, J'ai tué la princesse, dans le même mode critique.
Tout ce que je peux ajouter à propos de God save la France ! c'est qu'il ne m'a pas donné envie de lire Les françaises vues par le même auteur.

jeudi 21 octobre 2010

Purgatoire


Je suis allée piocher ce titre parmi les nombreuses suggestions du circle challenge ! Ainsi, j'ai eu le plaisir de découvrir une BD comme je les aime, "empruntée" à la liste établie par Choco.

Servi par un scénario original, dans une économie de style et de couleur, Purgatoire de Christophe CHABOUTE est un roman graphique en trois tomes, parus entre 2003 et 2005.
En quelques pages magistralement exécutées, le héros bascule d'une situation de totale euphorie à la déchéance absolue. Mais l'histoire - la vraie - celle qui intéresse l'auteur, ne débute qu'au moment où finit celle de Benjamin Tartouche... Renversé par une voiture, il rejoint les âmes du purgatoire, qui pour sauver la leur, doivent remettre dans le droit chemin une brebis égarée... tout en ne sachant pas laquelle est la leur au sein du troupeau.
Je n'en dis pas plus, mais Colombine le fait très bien, le mieux reste d'aller les regarder et les lire !

lundi 18 octobre 2010

Le mois des littératures de l'imaginaire chez Babelio

Babelio regorge d'idées intéressantes pour échanger sur la littérature et faire aimer les livres : deux initiatives en cours à signaler, un challenge ABC (je le tenterais bien, j'ai justement un projet de lectures policières, mais pas dans l'immédiat) et un mois thématique : Les littératures de l'imaginaire, où je me suis inscrite et pour lesquelles je pense commenter un auteur de fantastique.

Une fois n'est pas coutume, j'ai choisi pour changer de parler d'un auteur de littérature jeunesse que j'ai découvert grâce au swap Impulse spécial mauvais genre : Le pouvoir des cinq par Anthony Horowitz, dont je viens de lire les tomes 2, 3 et 4 (sur une série de 5).
Mais je prépare également un billet plus étoffé pour faire découvrir, si besoin est, un auteur italien que j'aime énormément et qui a écrit de très nombreuses nouvelles fantastiques, Dino Buzzati.

Comme les bonnes nouvelles n'arrivent jamais seules, Babelio avait organisé une opération Masse critique spéciale sur cette thématique, ouverte même aux non bloggeur/ses et j'aurai la chance de recevoir prochainement Le chant du barde, les meilleures nouvelles de Poul Anderson.

vendredi 15 octobre 2010

La griffe du mal

Des romans en attente de commentaire, des ébauches de billets qui trainent inexplicablement : j'ai négligé de les commenter sur le coup, puis le temps a passé, un peu, beaucoup et je me suis aperçue que j'avais de moins en moins de choses à en dire...
Pourtant, le roman d'Erica Spindler n'est pas vraiment plus mauvais qu'un autre. Bon la collection Enfer et best sellers qui prétend concilier chick-litt, suspense et polar fait partie des éditions Harlequin, mais cela ne suffit pas à expliquer ma négligence. Tout simplement, cela arrive pour certains romans dont l'intérêt s'est émoussé sitôt refermés. En plus, j'ai détesté d'emblée la couverture !
La Griffe du Mal nous entraîne au cœur du terrifiant secret d’un assassin torturé par le désir de vengeance et la quête d’une impossible justice. Le déroulement ne permet pas de connaître le meurtrier avant les dernières pages. Nous suivons le personnage de Mélanie May, une femme partagée entre ses ambitions professionnelles et les difficultés de sa vie quotidienne.
Sergent de police, Melanie mène un travail de routine dans une paisible banlieue, jusqu’au jour où les morts suspectes se multiplient dans sa circonscription : à quelques jours d’intervalle, un allergique est piqué par des abeilles enfermées dans sa voiture, un toxicomane s’injecte une prise mortelle de drogue trop pure, un malade du cœur se trompe dans le dosage de son médicament… Les accidents pourraient être banals si les hommes n'avaient été connus pour leur violence envers les femmes. Mélanie est persuadée de tenir la piste d'un tueur en série.
Lorsque son beau-frère puis son ex-mari sont retrouvés morts à leur tour, l'enquête prend un tour imprévu dont la piste fragile la  renvoie inéluctablement à sa propre histoire. Son père, violent et abusif envers ses filles, a disparu autrefois dans des circonstances inexplicables. Mélanie est bientôt confrontée à une terrifiante vérité : le portrait robot du vengeur féministe lui ressemble comme une soeur... Mélanie ne peut compter que sur l’aide de Connor Parks, un profileur du FBI.




50 billets, 50 états
Charlotte, CAROLINE DU NORD

mercredi 13 octobre 2010

Sept jours pour une éternité

Encore un bon choix de Talyate pour ce roman très frais, drôle et émouvant dont j'attends avec impatience la traduction en BD signée Corbeyran  (le premier de deux tomes vient de paraître => en fait j'ai trouvé la BD un peu en dessous et je crois surtout que l'effet de surprise ayant disparu, enlevait beaucoup d'intérêt à l'histoire).

Lucas est beau en diable, ce qui est normal pour le champion des envoyés de Satan sur Terre. Zofia, d'une douceur angélique, ne saurait à moins représenter l'élite des forces du Bien. Ils viennent de faire connaissance et ne savent pas encore que leurs employeurs respectifs viennent de les engager dans une ultime mission, qui doit les opposer en combat singulier. Dieu "Monsieur" et Diable "Président", qui partagent un immeuble à San Francisco, se sont en effet lassés de l'inaboutissement de leurs tentatives réciproques de suprématie et afin de trancher un conflit vieux comme l'humanité, ils se sont lancé ce défi à l'issue définitive. Les deux protagonistes ne semblent avoir qu'une solution : anéantir l'adversaire.

samedi 9 octobre 2010

Le cinquième évangile

Lu dans le cadre du Read-a-thon 2010

Spécialiste du fac-similé, Michel Faber récidive dans la satire loufoque après son vrai-faux roman victorien, La rose pourpre et le lys. Palpitant comme un vrai roman noir, Le cinquième évangile tourne en dérision le monde de l’édition, la culture de masse et la grande mode des textes anciens dits de « vérité révélée ».
Autant dans un genre similaire, je me suis ennuyée à lire Qumran au point de ne pas réussir à le finir, autant je me suis amusée aux mésaventures de Théo Griepenkerl, contées sur un ton est drôle et irrévérencieux. Héros peu crédible, poltron et opportuniste, il saisit l’occasion d’un succès facile mais se dégonfle comme une baudruche à la première anicroche.
Le musée iraquien qu’il est chargé d’auditer pour le compte d'une université canadienne essuie une attaque terroriste durant sa visite. A la faveur d’un effondrement provoqué par une bombe, il découvre dans les décombres un trésor inestimable qu’il s’empresse de dissimuler aux conservateurs locaux. Comme il l’a pressenti dès l’instant de la trouvaille, il s’agit d’un texte absolument inédit : les mémoires de Malchus, témoin des derniers jours de Jésus. Il traduit et s’approprie la paternité du texte, qu’il fait publier sous le nom de plume de Theo Grippin. Présenté comme une fiction, Le cinquième évangile rencontre un immense succès, qui le propulse au rang de célébrité. Enchaînant les présentations aux conférences, il profite sans vergogne des avantages de cette soudaine popularité. Mais le texte de Malchus provoque le scandale et Théo se fait dépasser par les évènements. Autodafés, tentative d’assassinat à Baltimore, sa vie est mise en danger et il ne sait plus à qui se fier ; le paroxysme est atteint lorsqu’il est kidnappé par deux fanatiques au cours d’une lecture publique à Manhattan.