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mardi 4 août 2020

Alain Damasio [2]

COUP DE COEUR
Encore une claque avec Les furtifs d'Alain Damasio dont j'ai hélas manqué la première de sa création au théâtre : Scène nationale 61 d'Alençon.
Le style est virtuose et questionne de multiples façons nos rapports au langage.
Quant à l'histoire, sans éviter à mon résumé d'être trop réducteur, il s'agit de deux parents qui vivent différemment la disparition soudaine de Tishka leur fillette de quatre ans, sans aucune trace d'effraction, de la chambre où elle dormait dans leur appartement.
Deux années ont passé.Lorca Varèse vient de quitter la vie civile pour entrer dans l'armée sous le commandement d'Arshavin, après avoir réussi l'entraînement et l'épreuve finale de recrutement du Récif « Recherches, Études, Chasse et Investigations Furtives ». Il intègre la " meute " de traqueurs d'Agüero, composée de Saskia et Ner. Leurs cibles sont les " Furtifs " ou FIFS, une espèce protéiforme qui maîtrise totalement l'art de l'esquive et se fige à ultra haute température plutôt que se laisser capturer vivante ! Le but de Lorca est d'obtenir les moyens de rechercher sa fille plus efficacement.
La mère a plutôt choisi la voie du deuil et ils sont séparés. Sahar est proferrante c'est à dire qu'elle enseigne illégalement aux enfants des rues et à ceux qui ne peuvent accéder aux coûteuses écoles privées. Ses conférences ont lieu dans les espaces publics, de manière informelle et son discours est tenu pour subversif par le pouvoir en place.
Le monde est dystopique, avec un développement exponentiel des objets connectés et du contrôle " sécuritaire" des citoyens. Les villes en faillite sont privatisées par des grands groupes, les citoyens classés par degré de privilèges, à l'exception de quelques îlots de résistance au totalitarisme de la pensée unique.
Comme pour La horde du contrevent et de façon encore plus justifiée en raison de l'importance de la musique dans le roman, une bande-son l'accompagne.


#DéfiCortex !

JOKER lieu extraordinaire


Je me suis inscrite des deux mains au Book Club de juin : le livre qui en fait l'objet est La Horde du Contrevent d'Alain Damasio ! Le book club se déroulera le week-end des 27 et 28 juin.
Je l'ai lu en emprunt et acheté ensuite ce qui est rarissime : il est passé dans mon top 10 ! Je compte bien le relire un jour, mais sans pression, peut être cet été.
Pour me le remémorer, j'en ai profité pour lire les 2 tomes de la BD transposée par Eric Henninot qui attendaient dans ma PàL. En principe, je voulais attendre la fin de la saga car je n'aime pas être arrêtée en plein cours, mais ils furent parfait comme aide mémoire pour me rappeler combien j'ai aimé ce roman. Il faut lire l'introduction d'Alain Damasio sur le travail de recréation d'Eric Henninot. Je trouve qu'il réussit le tour de force de mettre des images sur des mots, s'approprier et rendre les concepts, rendre par un autre médium les astuces du roman, traduire sans trahir ! Seule une case m'a alertée mais seulement parce que je connais la fin, je pense que pour les néophytes du " Contre ", elle doit passer inaperçue. Les personnages et les phénomènes sont bien rendus, même si évidemment leur représentation se heurte fatalement à la projection de ma propre imagination.

Très gros coup de coeur 
avec ce titre sélectionné par Petite Fleur pour le regretté circle challenge ABC. Petit rappel : chaque participant proposait une liste alphabétique de lectures à faire découvrir à son binôme, j'avais beaucoup aimé participer.
Depuis que j'ai commencé à lire La horde du contrevent d'Alain Damasio, j'écoute en boucle la BO du livre, un CD d'Arno Alyvan inclus dans la couverture, qui accompagne et fait écho à l'écriture : ça ressemble un peu au thème de Blade Runner. J'ai adoré l'ensemble, où le plumage égale le ramage.
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Dans le monde imaginaire créé par Alain Damasio, des enfants sont sélectionnés et entraînés dès leur plus jeune âge à la pratique du " contre " c'est-à-dire la marche forcée, à contresens du vent qui déferle perpétuellement d'amont en aval, dans un gigantesque couloir glaciaire.
Partie d'Aberlaas, la ville d'extrême-aval  - la 34ème horde - menée par son traceur - le 9ème Golgoth - remonte depuis une trentaine d'années et a gagné plus de trois ans sur la horde précédente guidée par son père. Depuis huit siècles, leur but est identique, survivre jusqu'au bout de leur quête pour découvrir les trois dernières formes du vent et atteindre sa source en extrême-amont. Sov Strochnis le scribe est leur témoin et le réceptacle de leur mémoire.
Pietro della Rocca leur prince, Erg Machaon leur combattant protecteur, Caracole leur chantre, enchanteur et troubadour, Larco, le braconnier aérien, capteur de méduses roses, Tourse l'autoursier et Darbon le fauconnier qui les nourrissent, Callirhoé la feuleuse qui chauffe et cuit, Aoi Nan cueilleuse et sourcière et jusqu'aux crocs porteurs de charge qui ferment le pack, tous sont excellents dans leur rôle car la survie de la horde n'autorise ni individualisme, ni aucune faiblesse.
Au cours de toutes ces années, ils ont peaufiné solidairement les techniques du contre et tous ses membres maîtrisent les figures qui en formation leur assurent la meilleure résistance au vent. Lorsqu'ils se présentent sur la dernière partie du parcours, la plus difficile et la plus dangereuse, celle qui va les mener face à leur destin, ils n'ont essuyé que des pertes minimes. Arval l'éclaireur, poseur de pharéoles (des balises sonores), Talweg Arcippé l'expert géomaître et Oroshi Melicerte l'aéromaîtresse, savent lire les paysages et les six formes connues du vent ou décrypter le passage des divers chrones couverts de glyphes, aux vertus merveilleuses ou tragiques. Ils ne craignent globalement qu'une chose, en dehors de l'échec inenvisageable, c'est que les navires fréoles désormais fiables, plus rapides et capables de relier l'aval et l'amont en quelques semaines, rendent leur cause obsolète et soient en mesure d'atteindre l'extrême-amont avant eux.
Contrairement à mon habitude, je ne l'ai pas dévoré mais j'ai réussi à lire petit à petit ce roman inclassable, comme en dégustation, intercalé à d'autres lectures à échéance, plus urgentes.
Cette épopée est l'histoire d'une performance, une troupe en marche dans des conditions physiques à la limite de l'humainement supportable, et il m'a semblé que mon rythme devait s'accorder à la lenteur de leur progression. Cependant, j'ai sans doute été encore trop vite dans certains passages, en dépit d'un début difficile car l'auteur a une écriture très imaginative, jusque dans la forme ; il est mal-aisé de s'y reconnaître parmi toutes les voix qui partagent le récit et racontent à leur manière et avec leur perception des bribes de leur histoire. Sachant maintenant la fin et n'étant plus pressée par le dénouement, je le relirai encore plus tranquillement, pour m'attacher à l'évolution des caractères et à l'extrême richesse psychologique des personnages.
Lu le 12 avril 2011
Il a fait l'objet sur Livraddict d'une LC proposée par Julien le naufragé

mardi 28 février 2012

Cité de la Poussière rouge

Destination : Chine


Je poursuis mon voyage en Chine avec des nouvelles signées Qiu Xiaolong, que j'ai découvert par un de ses romans policiers mettant en scène pour la cinquième fois l'inspecteur Chen Cao : De soie et de sang.
L'auteur fait débuter en 1949 ce recueil de récits et d'anecdotes tirées du quotidien des habitants de la Poussière rouge, ce quartier de Shangai où l'auteur vit depuis 20 ans. Les petites histoires croisent la Grande, celle de Mao Zedong, de l'instauration de la République populaire de Chine, de la révolution culturelle, de la montée en puissance et des conflits sanglants entre Gardes rouges...
Chaque chapitre débute par ces mots :
Ceci est le dernier bulletin d'information de La poussière rouge pour l'année...
1984 : une années de grands succès et de grandes réalisations pour notre pays. Les instances du Parti ont mis l'accent sur deux tâches principales pour le pays dans la période nouvelle : la réforme de l'économie et l'ouverture au monde extérieur.
Une nouvelle année d'appauvrissement pour une partie des habitants du peu reluisant quartier de La poussière rouge, mais riches en évènements, voyons plutôt  :
Janvier, visite du Premier Ministre Zhao Ziyang aux Etats Unis
Avril, visite en Chine du Président des Etats Unis Ronald Reagan
Décembre, signature entre les Premiers Ministres Margaret Thatcher et Zhao Ziyang d'une déclaration commune sino-britannique sur le retour de Hon-Kong à la Chine en 1997, assortie de la promesse solennelle de Deng Xiaoping que le système économique resterait le même après le retour de Hong Kong à la souveraineté chinoise  : " Un pays, deux systèmes ".

Au fil des années et des chapitres, le bulletin d'informations retrace les avancées politiques du socialisme à la chinoise, qui trouvent un écho dans les causeries informelles qui ont lieu chaque soir sur le pas des portes, à quelques endroits stratégiques du quartier. Certaines histoires semblent achevées mais se répercutent quelques décennies plus tard. Elles montrent l'importante précarité des situations et traduisent surtout l'incertitude du lendemain parmi cette foule de petites gens, intellectuels bannis ou capitalistes "noirs" (honnis) qui s'ignoraient, soumis aux aléas des revirements politiques, aux espoirs et aux trahisons suscitées par la marche en avant forcée, à la surveillance grandissante et implacable des comités de quartier.
Je trouve dans la lecture d'auteurs chinois les signes d'une tradition littéraire forte qui me séduit en tant qu'écriture et qui m'apporte beaucoup en termes de connaissance d'un pays continent qui ne cesse de me fasciner.
Citation
Kang Gros-Sous : " A quoi bon discuter avec son père ? Autant discuter avec l'histoire. ça n'avance à rien de jeter un manuel d'histoire. " 
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Qiu Xiaolong est un auteur chinois né à Shanghai en 1953. Son père, professeur, est victime des gardes rouges pendant la Révolution culturelle vers 1966. Il vit désormais aux États-Unis et enseigne à l'université de Saint-Louis.

Lectures à suivre dans ma Làl :
J'ai feuilleté le tome suivant de l'étrange enquête menée par l'inspecteur Minami dans Tokyo année zéro, de David Peace que m'avait fait découvrir El Jc, ainsi que les versions successives du fracassant Quand la Chine s'éveillera d'Alain Peyrefitte.
David Peace pratique un peu à la manière de ce roman de Qiu Xiaolong, avec des pages qui semblent raconter les événements à la façon impersonnelle d'un narrateur et des pages plus intimistes à la première personne (Minami)

vendredi 30 septembre 2011

Parties d'échecs

Le Huit en lecture commune avec Sofynet (un jour peut être !!)
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New York décembre, 1972
En dépit du handicap d'être une femme dans un cercle presque exclusivement masculin, Lily Rad, une jeune joueuse d'échecs très douée, rêve d'affronter les grands maîtres mondiaux. Alexander Solarin, un russe qui n'a pas participé à un tournoi depuis un ancien scandale en Espagne, est de la partie. Il croise Catherine Vélis, l'amie de Lily, et la met en garde contre un danger qui l'attend en Algérie. Consultante en informatique, elle y est bientôt "mise au placard" sous prétexte d'une mission pour le compte de l'OPEP naissant. Elle est également chargée par un antiquaire new-yorkais de ramener des pièces d'un jeu très ancien, disparu depuis la révolution française.
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Abbaye de Montglane, 1790
Mireille et Valentine, deux jeunes novices, sont obligées de fuir leur couvent du Sud de la France. Face à la menace révolutionnaire, les lieux ne sont plus assez sûrs pour protéger le secret le plus terrible et le mieux gardé de la chrétienté, dont l'origine légendaire remonterait à Charlemagne : l'accès au pouvoir absolu. La mère supérieure a décidé de disperser les pièces d'un jeu d'échecs prestigieux mais dangereux, qui était caché dans les murs du monastère. Les pierreries et métaux précieux qui le composent attirent les convoitises. Le danger guette les religieuses sur les routes de France et même à la cour impériale de Russie où l'abbesse s'est réfugiée auprès de la grande Catherine, son amie d'enfance.
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Katherine Neville base habilement son scénario sur les règles du jeu, les stratégies offensive ou défensive, le rôle et les déplacements des différentes pièces sur un plateau d'échecs. La partie s'achève quand le roi adverse est mat (ou pat quand tout est bloqué).
Le huit (couché, il symbolise également l'infini) trace les destins parallèles de Mireille et de Catherine. Seront-elles le jouet ou le maître du jeu ? Dans ce thriller historique, des personnages réels prennent peu à peu place sur l'échiquier du monde : Richelieu, Robespierre, Talleyrand, Marat, Rousseau, Voltaire, Napoléon...
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Le tableau du maître flamand
Comme dans toute bonne intrigue policière, il est assez difficile de parler du Tableau du Maître flamand sans risquer d'en démystifier l'histoire. La construction choisie par Arturo Pérez-Reverte est classique, un enquêteur accumule les indices et les preuves jusqu'au dénouement qui permet de confondre le coupable et de mettre fin à ses agissements.
Arturo Perez-Reverte propose un suspense magistral, qui se distingue par l'originalité de son univers : la peinture flamande, l'histoire et la logique du jeu d'échec se trouvent mises au service de deux intrigues, séparées par cinq siècles, qui s'entremêlent et se relient étrangement.
Lu en mai 2011 pour le circle challenge ABC

samedi 6 août 2011

Le nuage bleu

Je poursuis ma redécouverte de l'univers de Tomi Ungerer : des albums jeunesse mais qui conviennent à tous les niveaux de lecture, pour les enfants de 7 à 77 ans...

Le nuage bleu
Il était une fois, un nuage bleu. Tellement heureux et tellement bleu, qu'il ne faisait jamais pleuvoir et tellement malicieux qu'il bleuissait tout sur son passage.
Tout rond, tout bon, un peu joueur, un peu rebelle, voici  l'histoire d'un nuage pas comme les autres qui ne veut que le bien des habitants de la Terre et ferait tout pour les sauver.
Ce jour arrive lorsqu'il est confronté à la guerre : les blancs, les noirs, les jaunes, les rouges se battent dans tous les coins et s'entretuent. Alors, pour mettre tout le monde d'accord, le nuage bleu libère toute l'eau qu'il contient, jusqu'à ce que tous les combattants devenus bleus fassent la paix !
C'est une histoire doudou pour les tout petits, mais qui chez les plus grands peut amener à s'interroger sur les réponses possibles face aux différences, les déchirures et la guerre ou l'entraide et la tolérance.

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Les trois brigands
Pour la découverte en famille du conte de Tomi Ungerer, Les trois brigands, j'ai choisi la version audio, qui présente entr'autres avantages celui d'entendre la voix de l'auteur-narrateur.
Comme chacun des choix jeunesse que me propose Petite Fleur, j'ai adoré ce conte moderne semé de références traditionnelles.
L'histoire, parue en Allemagne en 1961 et traduite en français en 1968 (L'école des loisirs), a fait l'objet d'une première adaptation en court métrage en 1991 (Gallimard Jeunesse), avant la version longue sortie en 2007.
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Rappiat, Grigou et Filou sont des détrousseurs de grand chemin. Patibulaires et vêtus de grandes capes noires, ils effraient les voyageurs les plus téméraires... sauf une petite fille, dont ils ont arrêté la diligence pour en rançonner les passagers.
Les trois méchants sont avides d'or et ne jurant que butins et richesses, ils accumulent leur trésor dans une caverne retirée au coeur de la forêt sombre... jusqu'à l'arrivée de Tiffany. Promise à un triste avenir dans un orphelinat, elle réussit à attendrir le trio, en leur faisant la lecture, puis à se faire adopter. Mais elle a un projet de plus grande envergure en tête !
Lu le 28 mars 2011 dans le cadre du circle challenge ABC

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Otto, autobiographie d'un ours en peluche
Otto, un ours en peluche est le cadeau d'anniversaire de David, inséparable d'Oskar. Mais la guerre éclate et David est juif ; juste avant d'être déporté, il offre Otto à son ami. Après bien des péripéties et une médaille militaire pour avoir sauvé la vie d'un GI, Otto se retrouve dans la vitrine d'un antiquaire où David le reconnaît. Un article de presse dont Otto est la vedette permet à Oskar de retrouver son ami d'enfance. Et ils vécurent tous trois heureux comme ils n'auraient jamais dû cesser de l'être.
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Quand je l'ai inscrit à la lettre U de mon challenge ABC, suite aux commentaires avisés d'un blog que je traversais, j'avais oublié que Tomi Ungerer était auteur-illustrateur pour enfants et strasbourgeois. Je l'ai redécouvert avec bonheur et j'ai lu par la même occasion " Pas de bisous pour maman " ou l'histoire d'un garnement qui s'aperçoit heureusement à temps que les baisers d'une mère ne se repoussent pas.
Lu le 25 mars 2009 dans le cadre du challenge ABC

mardi 26 juillet 2011

Marie-Sabine Roger [2]

J'ai pu apprécier, par un heureux hasard de programmation à la médiathèque, la finesse de La tête en friche porté à l'écran par Jean Becker : une très belle histoire d'amour entre Germain Chaze (Gérard Depardieu) un cinquantenaire un peu "simple", repoussé dès l'enfance par une mère célibataire qui n'a jamais su exprimer ses sentiments maternels, et Margueritte (Gisèle Casadesus) une charmante vieille dame, qui parvient lui faire partager son goût de la lecture.

C'était une lecture proposée par Petite Fleur pour la lettre R du circle challenge, mais du coup j'ai choisi un autre titre dans la bibliographie de Marie Sabine Roger : Attention fragiles.

Laurence, 23 ans, est mère célibataire d'un petit Bruno de 4 ans 1/2. Par un malheureux concours de circonstances, ils se retrouvent sans abri alors que les premiers froids arrivent et ils se réfugient dans un grand carton d'emballage en bordure de voie ferrée. L'amour de son fils, inséparable de Baluchon, un panda en peluche qui lui tient lieu de copain imaginaire, l'empêche de sombrer tout à fait. L'aide de Lucas, qui travaille un jour sur deux au buffet de la gare, lui permet de garder un semblant de dignité, puis vient la rencontre avec Geneviève, qu'elle repousse d'abord avec colère.
Nel(son), aveugle depuis l'enfance, passe tous les jours, avec sa chienne Boussole, par la passerelle qui enjambe les voies ferrées. Lycéen à peine moins âgé que Laurence, il vit dans une grande détresse morale. L'arrivée de Cécile, vive et spontanée, lui ouvre des perspectives d'avenir enfin porteuses d'espoir.
A travers ces deux destins qui coexistent en parallèle, dans l'ignorance l'un de l'autre, l'auteur se penche avec pudeur et délicatesse sur la vie des démunis, des laissés-pour-compte. Sa voix parle vrai, sans voyeurisme ou fausse bonne conscience. Elle possède le talent d'alerter sur la fragilité de ces êtres que l'existence malmène et refoule en bordure de la société. Mais son message reste optimiste, presque allègre dans ce contexte doux-amer, car au bord du goufre, ils croisent la main tendue, ils rencontrent le secours inespéré avant l'échouage définitif : Cécile pour Nel, Geneviève pour Laurence, Germain pour Margueritte et réciproquement, apportent un peu de douceur dans un monde de brutes et un peu de lumière dans nos vies de lecteurs.

Merci à Marie Sabine Roger et à Petite Fleur pour cette découverte.

samedi 9 juillet 2011

Orgueil et préjugés

Voilà une découverte totale, due au challenge ABC, qui vient combler un manque à ma culture blogo-livresque ! Le plus connu des romans de Jane Austen met en présence Elizabeth Bennet qui n'est pas riche mais a l'esprit vif et la langue bien pendue et Darcy (on apprend son prénom au détour d'une unique lettre : Fitzwilliam) le riche et orgueilleux propriétaire du château de Pemberley et de dix mille livres de rente. Il y est question de mariage(s), d'amour mais aussi de bienséance.
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Après une préface, pour une fois intéressante, signée Virginia Woolf qui présente les particularités du style de l'auteur, vante son humour et son esprit acerbe, Jane Austen fait la preuve dès les premiers chapitres de l'acuité de son analyse des situations, de sa compréhension des mécanismes sociaux et de sa maîtrise des ressorts romanesques.
Les personnages principaux sont campés par touches successives : les prétendants, MM. Bingley et Darcy aussi bien que les soeurs Bennet, dont Jane l'aînée et Eliza la rétive, mais l'intérêt du lecteur va également aux personnages secondaires qui contribuent fortement à créer l'ambiance particulière au roman austenien telle que l'apprécient ses amateurs nombreux autant qu'enthousiastes.
Toutefois, je ne comprends pas bien le message général de cette chronique de moeurs assez insipide au demeurant. Le tableau de la société dépeinte par l'auteur est assez consternant. Cela est encore exacerbé dans le film adapté du roman par Aldous Huxley (plus connu pour Le meilleur des mondes) avec Laurence Olivier dans le rôle de Darcy.
Le rôle un peu sot dévolu à la mère me laisse perplexe. Le père est montré comme laxiste et irresponsable. Les filles se gouvernent elles-mêmes : personne ne les pousse à l'étude, au contraire, le personnage de Mary qui aime les livres, est tourné en ridicule. Comment ne pas s'étonner que des cinq soeurs, une seule dévergondée ait finalement mal tourné... Elisabeth est une petite peste prétentieuse qui ne mérite pas la constance de Darcy, plus benêt encore que le cousin Collins, car ce n'est pas l'effet voulu !
Finalement, les ressorts du roman sont assez proches de ceux du théâtre classique, mais sans la force des grandes tragédies : chez les héros, dotés d'une âme droite et courageuse, le sens de l'honneur, du rang à tenir, de la fortune et de la famille s'oppose à l'inclination des sentiments (contrariés) et à la passion dans un combat vaillant où la raison doit l'emporter et où, contre toute attente, la fin voit le triomphe du bien et du bon.

Lors de sa première parution, Miss Milbanke, la future Mrs Byron, le recommande en ces termes à sa mère : " ce n'est pas un livre à vous arracher des larmes (NB : dans le goût du roman d'amour anglais que Jane Austen s'était fait une spécialité de parodier en famille) mais l'intérêt en est cependant très vif, particulièrement à cause de Mr. Darcy ".
Drôle et romanesque, parfois pittoresque (de pittore = le peintre : l'origine du roman anglais est à rechercher paraît-il dans le goût des jardins et des paysages) Orgueil et préjugés est considéré comme un chef d'oeuvre incontournable - mais je ne le crois pas inoubliable !

mercredi 18 mai 2011

Les tuniques bleues


D'autres priorités plus impératives m'appellent en mai, je ne lirai pas donc beaucoup pour le circle challenge ABC.J'ai donc choisi la facilité avec une des BD de la liste et j'ai retrouvé plusieurs albums de Cauvin et Lambil pour une séance nostalgie.
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Le tome 34 nous en apprend un peu plus sur l'un des deux compères engagés dans l'armée nordiste, l'acolyte inséparable du sergent Chesterfield : le soldat Blutch.
Vertes années raconte, entre humour et tendresse, l'origine de son nom, son enfance désastrueuse, son adolescence vagabonde, les petits métiers et la grande débrouillardise de ce bourru au coeur tendre.
J'adore les scènes avec sa jument au prénom improbable, entraînée à tomber raide morte au cri de " AAA la Chaaaarge ! "

dimanche 10 avril 2011

Où on va, papa ?












Jean Louis Fournier est le créateur d'Antivol, mais il est aussi le père de deux garçons qui lui ont inspiré ce personnage désopilant et inadapté d'oiseau qui ne vole pas, champion de la mauvaise foi !

Dans ce récit autobiographique, il partage avec beaucoup de tendresse, de pudeur et d'humour ses expériences de vie quotidienne avec ses deux fils, leur goût pour les trajets, leur rapport au monde irrémissiblement juvénile et leur total détachement de la finalité des choses, puis la révision de ses attentes de père et sa position face au regard d'autrui.
Lauréat du prix Femina 2008, Où on va papa ? est une très belle découverte inscrite par Petite Fleur au circle challenge ABC et Lue au cours du Read-a-thon, 8 avril 2011

vendredi 8 avril 2011

Cul-de-sac (Piège nuptial)

Cul de sac sous le titre original de Douglas Kennedy, Piège nuptial dans sa seconde traduction française, est un livre de cauchemar !
Nick Hawthourne, un américain moyen, journaliste sans grand talent, décide de quitter son métier et son Maine natal pour partir à la découverte des immensités désertiques du bush, en Australie occidentale. Gagné par la sympathie d'une jeune autostoppeuse, il accepte de partager avec elle la route qui descend de Darwin vers le sud. Mais elle n'attend pas le moment de la séparation pour lui montrer combien il est désormais lié à elle et le présenter à sa famille, une bande d'originaux qui vit en communauté au milieu du désert, à l'écart de toutes les routes fréquentées.

Extrait : " Je n'avais rien contre l'Australie avant d'écraser un kangourou par une nuit sans lune et de rencontrer Angie sur une plage ensoleillée. Douce, chaude, Angie. Un vrai rêve pour le voyageur fatigué. C'est quand j'ai su que je l'avais épousée ... que les choses se sont gâtées, vraiment gâtées jusqu'au cauchemar. "

Au-delà de l'intrigue qui secoue bien, le principal attrait de ce livre est la réflexion sous-jacente sur le choix, la destinée et la fatalité. Nick reçoit plusieurs mises en garde dont il ne tient pas compte : on pourrait dire qu'il commet ses erreurs en connaissance de cause. Il y a deux choses qu'aucun australien ne ferait sans craindre les pires conséquences : la première est de conduire de nuit, au risque de croiser un kangourou d'un peu trop près, la seconde est une leçon que Nick n'est pas près d'oublier.  " Je n'avais rien contre l'Australie avant d'écraser un kangourou par une nuit sans lune et de rencontrer Angie sur une plage ensoleillée. Douce, chaude, Angie. Un vrai rêve pour le voyageur fatigué. C'est quand j'ai su que je l'avais épousée ... que les choses se sont gâtées, vraiment gâtées jusqu'au cauchemar. "

Un peu comme Alice traverse le miroir, par l'effet de cette rencontre fortuite, Nick se retrouve dans l'envers du décor, pris au piège d'un traquenard absurde et minutieusement camouflé, entouré de personnages dégénérés et terrifiants.
Par ailleurs, j'ai trouvé amusant que l'idée de son voyage naisse de la fascination exercée sur son imagination par une carte routière périmée, dégotée chez un bouquiniste et qu'il se retrouve dans une ville dont le nom a été effacé de la topographie australienne par décision administrative : il y a là une résonance subtile, dans le genre battement d'aile du papillon, qui contribue à ce que le roman, simple en apparence, se prête à de plus amples réflexions.

mercredi 30 mars 2011

Sambre


Au programme du circle challenge ABC 2011, Yslaire n'est pas réellement une découverte mais Petite Fleur m'invite à me repencher sur Sambre, une série fantastique à base historique en cinq tomes, avec laquelle j'ai toujours eu du mal...Pourtant, j'aime son trait sombre et nerveux, ses paysages ciselés, sublimes et lugubres, la beauté émaciée de ses personnages, sa grisaille (comme dans les vitraux médiévaux) de lavis, son économie de couleur trouée de touches plus vives de rouille, d'ocre, de pourpre, de sepia...
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Présentation de la série par l'éditeur :
Yslaire écrit avec les mots fulgurants de la passion et dessine avec un élan flamboyant cet hymne à l'amour impossible. Sambre où l'illustration exacte et parfaite du « Romantisme », entre noirceur de l'âme et brûlure des sentiments... A l'occasion de la sortie du cinquième tome tant attendu, quatre nouvelles et magnifiques couvertures ont été réalisées par Bernard Yslaire qui a également refait toutes les couleurs des albums, les rendant encore plus époustouflants. Ces dernières années, Yslaire a énormément travaillé sur la couleur, cela se sent notamment à la lecture de XXème ciel, et les nouvelles versions de Sambre en bénéficient pour notre plus grand plaisir ! Avec la sortie du dernier tome, Bernard Yslaire nous offre donc 5 nouveaux albums à lire et relire avec passion...
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Plus ne m'est rien...
Bernard tombe amoureux de Julie, la dernière représentante de la race honnie, maudite par le vieux Sambre son père, qui s'est sucidé après s'être crevé les yeux. Sa veuve se console furtivement avec un cousin officier de police à Paris et sa fille Sarah reprend l'écriture de La guerre des yeux, un ouvrage fanatique contre les humains aux yeux rouges, exterminés jadis par une coalition de toutes les autres races. Les ingrédients d'un amour impossible et d'une haine fratricide sont rassemblés, place à l'histoire complexe et fascinante des Sambre, sur fond de règne Louis Philippe. Une fable sur l'aveuglement et la folie...

Je sais que tu viendras...
Julie, accusée du meurtre de Mme Sambre, a réussi à s'enfuir et a disparu. Le frère et la soeur la recherchent ; Sarah, par l'entremise du cousin Guizot, pour la faire taire et Bernard pour la faire parler... Sous prétexte de vendre l'hôtel particulier de leur père, il se rend à Paris dans l'espoir de la retrouver et cherche où elle a pu trouver refuge. Le scénario quitte la province, source de scènes bucoliques, symbole de l'innocence encore possible, pour la ville, capitale des vices, où se côtoient misère sordide et envie dans les bas-fonds, idées révolutionnaires, faux-semblants et mondanités dans les salons.

Révolution, révolution...
Février 1848. L'agitation et le mécontentement à l'encontre du régime bourgeois de Louis Philippe couvent dans les bas-quartiers. A l'évocation de la Liberté, la fièvre monte, ainsi que les barricades. Pendant qu'elle sert de modèle au peintre Egon Valdieu qui l'a recueillie et soignée, Bernard, auquel des bribes de secret familial sont révélées, poursuit ses recherches et retrouve la trace de Sambre. Il reçoit l'aide doublement intéressée de Guizot, fat et inconscient du danger : point de révolution sous la pluie, Paris ne gronde qu'en juillet !

Faut-il que nous mourions ensemble...
Julie, de nouveau à la rue et recherchée pour meurtre, est cachée par Rodolphe, un révolutionnaire. Comme pour Valdieu, elle incarne pour ses compagnons d'oppression l'image de la Liberté immortelle. Mais enceinte et se sentant trahie, c'est la mort qu'elle appelle sur les barricades. Bernard ne va guère mieux : il cherche à rassembler les pièces d'une vérité qui semble tantôt se dévoiler, tantôt se dérober. Des révélations de Guizot, un Sambre illégitime, de sa soeur Sarah, du Vicaire, un brocanteur proxénète ou du majordome qui ont connu le vieux Sambre, il ne sait plus que croire.

Maudit soit le fruit de ses entrailles...
Guizot est convaincu que l'ancienne malédiction que les femmes aux yeux rouges font peser sur la lignée des Sambre, ne peut être levée que par le départ de Julie. Il la tire du bagne pour organiser sa déportation en Guyane, tandis que Bernard-Marie, le dernier Sambre, né sur les barricades, est élevé par Sarah. Une nouvelle fois, le scénario joue l'éloignement, laissant derrière lui la terre de France, pour la promesse d'une autre vie.

sortie du tome 6 La mer vue du purgatoire

Graphiquement, les planches de cet album sont les plus abouties. Pourtant, est ce l'histoire ou ce rouge leitmotiv, le malaise que j'éprouve à cette BD ne s'estompe pas vraiment. Julie Saintange, avec son regard grenat et son visage en citrouille m'empêche de profiter pleinement de l'agrément du scénario et des illustrations, bien que je trouve un intérêt grandissant à cette série. Je retrouve également un autre élément constant qui me fait apprécier l'oeuvre de Bernar Yslaire : il intègre toujours à la trame narrative de ses albums de nombreux éléments de culture et d'histoire.
30 mars 2011

Une suite raconte La guerre des Sambre... à lire.

vendredi 18 février 2011

Le jeu de l'ange


Destination : Espagne
 Meilleur lire Etranger 2004 pour L'ombre du vent  
(tome précédent où le narrateur est enfant)

Je reprends mon billet depuis le début car j'ai perdu le version en cours lors d'une fausse manip' doublée d'une déconnexion intempestive (il n'y a pas que des avantages à vivre sous les cocotiers !)  
On a beaucoup parlé de L'ombre du vent de Carlos Ruiz Zafon, puis du suivant Le jeu de l'ange que Petite Fleur me propose de découvrir dans le cadre du circle challenge ABC 2011. Globalement, j'ai beaucoup de mal avec cette lecture et je n'accroche guère à l'histoire, ni à l'écriture.

Premier acte : La ville des maudits.
La mise en place de l'histoire et des personnages est finie. Ouf ! Sans grand enthousiasme, si ce n'était le challenge, je crois que je me serais arrêtée là...
L'inaction se passe à Barcelone dans les années 1920. David Martin a été recueilli gamin dans les locaux du journal La Voz de la Industria où il est devenu l'homme à tout faire. Enfant, puis adolescent passionné de lecture, il écrit à ses moments perdus. Grâce à la faveur de don Pedro Vidal, le chroniqueur vedette, il obtient du rédacteur chef M. Basilio un essai à la pige pour l'édition dominicale. Son histoire est un succès auprès des lecteurs et Les nuits de Barcelone deviennent une rubrique hebdomadaire .
Deuxième acte : Lux aeterna.
C'est le début d'une carrière prometteuse. Sous un pseudonyme imposé par contrat, David produit du roman-feuilleton au kilomètre, La ville des maudits. Il écrit sans trêve, ni repos au risque d'y perdre la santé, voire l'estime de ses rares amis, le libraire Sempère et Cristina, l'amie d'enfance dont il est secrètement amoureux, ainsi que don Pedro Vidal. A bout de forces après quelques années de ce régime, David veut reprendre sa liberté pour écrire son propre roman. A l'appel de Cristina, devenue la secrétaire de don Pedro, il retravaille en secret le manuscrit de la grande fresque historique dont il lui a soufflé le schéma et dans la rédaction duquel l'écrivain s'enlise. Les deux titres Des pas dans le ciel et La maison des cendres paraissent en même temps mais la presse encense l'un et méprise l'autre. Sempere lui fait alors découvrir le Cimetière des livres oubliés.
Troisième acte : Le jeu de l'ange
Puis Andreas Corelli, le patron des Editions de la Lumière lui fait une offre inespérée et troublante pour qu'il écrive « une histoire pour laquelle les hommes seraient capables de vivre et de mourir, de tuer et d'être tués, d'offrir leur âme ».  Du jour où il accepte ce contrat, une étrange mécanique du meurtre se met en place autour du malheureux David, qui est bien moins talentueux pour choisir ses éditeurs que pour écrire. Il cherche à en connaître un peu plus sur le passé de l'étrange maison qu'il l'habite et qui curieusement semble le relier à un autre écrivain décédé, à l'étrange ouvrage intitulé Lux aeterna qu'il a pris en échange de son roman au Cimetière des livres oubliés et à Corelli dont les pouvoirs semblent transcender le temps et l'espace. Particulièrement doué pour les ennuis, toutes ses tentatives le font tomber de Charybbe en Scylla.
Epilogue 1945 : où l'histoire repart en boucle ou presque !

Les romans écrits par David Martin sont eux aussi des fantastiques qui révèlent les noirceurs de la ville et de l'âme humaine. Par une mise en abîme qui aurait gagné à être plus explicite, on ne distingue plus très bien l'imaginaire de l'auteur Carlos Ruiz Zafon de celui de son personnage d'écrivain. Il y a énomément de longueurs, beaucoup trop de redites et le style plutôt lourd manque de correction : l'ensemble aurait gagné à être racourci et allégé. La seule chose qui sauve le roman à mon avis et mérite que je l'aie lu avec plus de satisfaction à la fin qu'au début sont les descriptions amoureuses d'une Barcelone aux multiples facettes, personnage à part entière, désespérée et intrigante, exubérante et secrète. Je reste néanmoins peu convaincue des raisons de l'immense succès qu'il a rencontré à sa sortie. Il a surfé sans doute sur la vague des amateurs de romans noirs fantastiques.

Extrait qui, par la voix de deux protagonistes, David Martin et l'inspecteur Grandès qui l'interroge pour meurtre, résume assez bien l'histoire (pp. 480-483) :
Par où voulez vous que je commence ?
- C'est vous le narrateur. Je vous demande seulement de me dire la vérité [...]
- Mes paroles me firent voyager dans un temps que je croyais perdu, la nuit où mon père avait été assassiné à la porte du journal. J'évoquai mes jours à la rédaction de La Voz de la Industria, les années pendant lesquelles j'avais survécu en écrivant des histoires fantastiques, et cette première lettre écrite par Andreas Corelli me promettant de grandes espérances. J'évoquai cette première rencontre avec le patron au Réservoir des Eaux et ces jours où la certitude de la mort était mon unique horizon. Je lui parlai de Cristina, de Vidal et d'une histoire dont n'importe qui aurait pu prévoir la fin, sauf moi. Je lui parlai de ces deux livres que j'avais écrits, l'un sous mon nom et l'autre sous celui de Vidal, de la perte de ces misérables espérances et de cet après midi où j'avais vu ma mère jeter à la poubelle la seule chose que je croyais avoir réussie dans ma vie. Je revins dans cette maison près du parc Güell, la nuit où le patron m'avait fait une proposition que je ne pouvais refuser. J'avouai mes premiers soupçons, mes recherches sur l'histoire de la maison de la tour, sur l'étrange mort de Diego Marlasca et le filet de faux semblants dans lesquels je m'étais trouvé pris [...] 
- J'ai entendu comment, moribond et désespéré, vous avez passé un accord avec un éditeur parisien plus que mystérieux dont nul ne sait rien et que personne n'a jamais rencontré, pour lui inventer, selon vos propres paroles, une nouvelle religion en échange de cent mille francs français, et cela pour découvrir ensuite que vous étiez victime d'un sinistre complot où seraient impliqués un avocat qui a simulé sa propre mort il y a vingt cinq ans afin d'échapper à un destin qui est aujourd'hui le vôtre, et sa maîtresse, une chanteuse de cabaret tombée dans la mouise. J'ai entendu comment ce destin vous a conduit à plonger dans le piège d'une maison maudite où avait déjà été pris votre prédécesseur Diego Marlasca et comment vous avez découvert que quelqu'un vous suivait en assassinant ceux qui pouvaient révéler le secret d'un homme qui, à en juger par vos propos, était presque aussi cinglé que vous.

vendredi 28 janvier 2011

Des fleurs pour Algernon

Algernon est le nom d'une souris blanche de laboratoire que le professeur Nemur et le docteur Strauss ont soumise à une expérimentation sur l'intelligence : elle a survécu à une opération du cerveau qui a permis d'en tripler les capacités et dont les effets semblent persister. L'équipe scientifique recherche un cobaye humain sur lequel pratiquer une opération neurochirurgicale identique pour poursuivre leurs expériences. Leur choix se porte sur Charlie Gordon, un jeune adulte attardé, qui travaille comme garçon à tout faire chez le boulanger Donner et suit des cours du soir avec Mlle Kinnian pour apprendre à lire et à écrire. C'est un simple d'esprit : abandonné par sa famille et moqué par ses compagnons, il ne voit pas le mal et dans son désir d'aimer et d'être aimé, il trouve tout le monde gentil. Il est averti des risques d'échec mais aspire de toutes ses forces à " devenir ossi un télijen que cète souris d'Algernon ".


Au début, les progrès sont insensibles et Charlie se montre déçu... La suite du programme prévoit de nourrir ses nouvelles facultés cognitives grâce à une bande magnétique qui lui permet d'apprendre pendant son sommeil. Bientôt ses connaissances deviennent phénoménales et son raisonnement se développe, mais bien que connaissant une croissance intellectuelle accélérée, il en reste affectivement au stade de la censure des émois adolescents et des interdits ancrés de force dans son cerveau par sa mère. Avec l'acquisition de l'intelligence, Charlie retrouve la voie de ses souvenirs et apprend à les décrypter : il découvre la fierté et le désir, mais aussi l'humiliation, la pudeur et le refoulement. Pour ses anciens compagnons, les changements qui surviennent sont incompréhensibles, il commence à les mettre mal à l'aise et même à leur faire peur. Sa supériorité l'éloigne des autres aussi sûrement que sa bêtise lui rendait leurs moqueries inaccessibles. Maintenant que son QI le met au niveau des génies, Charlie, totalement nombriliste, devient arrogant, cynique et méprisant. Alice Kinnian, en dépit de son affection, ne supporte plus le sentiment d'infériorité que lui procurent leurs conversations.

Charlie choisit le moment du congrès international au cours duquel doivent être communiqués les résultats de l'expérimentation et qui réunit les meilleurs spécialistes pour remettre en cause les capacités scientifiques de l'ensemble de la profession. Il libère la souris en pleine assemblée, s'enfuit avec elle et l'installe chez lui. Dans le même temps, il commence à contester les résultats du professeur, s'intéresse au protocole de recherche qui lui a été appliqué ainsi qu'à Algernon et mène ses propres travaux. Il apprend ainsi que le laboratoire lui a caché les premiers signes d'instabilité survenus chez Algernon et rédige un rapport intitulé L'effet Algernon-Gordon.
Il entretient avec la souris un rapport plus intime qu'avec n'importe quel humain : au début, ils sont engagés dans une rivalité liée à l'expérience ; la souris a été opérée plus tôt et elle a assimilé les tests que Charlie découvre ; elle se montre plus rapide et plus efficace à la course dans le labyrinthe. Ensuite, il s'identifie à elle et la personnifie : elle est à la fois le seul être avec lequel il possède en partage le vécu d'une expérience unique, hors du commun, et la seule qu'il croit capable de ressentir ce qu'il éprouve.

Le procédé choisi par Daniel Keyes permet de suivre l'évolution de Charlie à travers ses comptes-rendus destinés au laboratoire et au communiqué devant les membres du congrès. Ils couvrent la période allant des premiers tests psychologiques préalables à l'opération, le 3 mars jusqu'au 21 novembre de la même année, soit environ la durée d'une gestation. Le processus permet de dérouler les pensées, commentaires et explications de Charlie à la fois sujet et objet d'expérience. Imbécile heureux avant l'opération, il s'aperçoit que l'acquisition de connaissances, sans altruisme et sans la recherche parallèle de partage et d'échanges humains, ne saurait donner le bonheur. En cela, le roman est profondément prométhéen. Les pages les plus belles sont relatives à la description de l'expérience extrême qu'il vit sur le divan du docteur Strauss, quand il est aspiré et tenté de s'immerger dans la pure lumière de la connaissance pour n'en plus revenir. Les images sont tirées du mythe platonicien de la caverne.

samedi 15 janvier 2011

Inconnu à cette adresse

Mes deux partenaires du circle challenge ABC 2011 l'ont lu et apprécié ; bien qu'il soit chaudement recommandé sur de nombreux blogues et figure depuis fort longtemps dans ma LàL, je viens seulement de découvrir Inconnu à cette adresse ; une pièce de théâtre en est tirée avec Charles Berling dans un des rôles.

Tous les ingrédients essentiels d'un succès immédiat et pérenne sont présents dans cette nouvelle qui fit découvrir le talent de son auteur : un parfait équilibre entre une intrigue géniale de simplicité, l'intense densité psychologique et le potentiel critique de l'histoire, une écriture concise et fluide, une justesse de ton pour rendre les sentiments des deux hommes, un questionnement scrupuleux, méthodique et exempt d'hystérie par rapport aux évènements contemporains (ce texte est écrit en 1938 tout de même !).
Dans ce roman épistolaire ultra court, Kathrine-Kressman Taylor imagine sur une base réelle, une correspondance fictive de novembre 1932 à mars 1934 entre deux quarantenaires, associés dans le commerce de l'art et amis. Max Eisenstein est juif et a choisi de rester à San Franciso pour s'occuper de leur galerie. Fortune faite et plein d'espoir, Martin Schulse est retourné, avec sa femme Elsa et leurs enfants, s'établir à Munich, qui tente de se reconstruire sur les ruines de la guerre et de la défaite. D'abord amicaux et spontanés, francs et cordiaux, les courriers et les échanges de vues sur l'avenir politique de l'Allemagne dégénèrent au fil du temps. Martin retrace l'arrivée au pouvoir d'Adolf Hitler, l'espoir patriotique qu'il redonne à tout un peuple et la montée en puissance du national-socialisme. Longtemps, Max veut croire à l'opportunisme de sa position et à la survivance de leur ancienne complicité, convaincu que l'amitié n'est pas un vain mot. Mais le Martin qu'il connaît, celui dont s'est éprise sa jeune soeur Griselle, comédienne à Vienne, n'est plus. Subjugué par la doctrine nazie et les théories anti-juives, il n'accepte plus que l'argent de Max et rejette avec brutalité ses offres de conciliation nostalgiques, puis ses appels de détresse pressants.
Sévère et sans pitié, la fin est magistralement diabolique : dans un autre contexte, la revanche de Max aurait pu n'être qu'une bonne farce destinée à ouvrir les yeux de son ami.

voir les billets sur Le garçon en pyjama rayé de John Boyne et le film La vague

mercredi 5 janvier 2011

Lune d'argent sur Providence


Lune d'Argent sur Providence est un western mi-historique, mi-fantastique en deux tomes, signé Eric Hérenguel et publié chez Vents d'Ouest en 2005 et 2008.
Tome 1 : Les enfants de l'abîme
Suite et fin, tome 2 : Dieu par la racine
L'histoire se déroule en 1880 à Providence (New Hampshire) : une bien jolie bourgade jusqu'alors paisible où une belle demoiselle assez peu en détresse, un shérif grand et fort, mais pas bête, une gamine espiègle, un indien maréchal-ferrant taciturne et un maire parfois importun, font face à un danger surnaturel.
Des dessins enchanteurs : des cadavres de vaches dont on renifle presque la puanteur... Une intrigue bien menée : le coeur de Miss Gatling penchera-t-il vers le maire ou le shérif ?? Rien que le titre sent le loup-garou !!! Bref, une BD comme je les aime.
PS pour les amateurs : l'auteur collabore aussi avec Arleston sur Lanfeust.

Le Noël de Fenouil

Fenouil est un lapereau au grand coeur... il a si bien retenu le discours de Noël de Papa Lapin, qu'il a distribué toutes les provisions d'hiver de la famille aux animaux de la forêt affamés ! Mais,  toc ! toc ! toc ! qui frappe donc à la porte le soir de réveillon ?
Une belle histoire pour les petits, dont la chute est très morale.
Les dessins sont mignons comme tout. Fenouil notamment, quand il se fait gronder, les oreilles basses, donne envie de lui pardonner tout de suite...
Je crois me souvenir d'avoir déjà croisé les illustrations d'Eve Tharlet dans des revues pour enfants.

lundi 3 janvier 2011

A nouvelle année, nouveau circle challenge ABC

Une liste de lecture que quelqu'un a pris le soin de composer exprès pour moi et qui va m'accompagner tout au long de l'année, c'est un peu comme le cadeau que j'attends de découvrir avec impatience.
Cela ne convient certes pas à tout le monde et il y eût des déconvenues et de nombreuses défections l'an dernier au cours du circle challenge ABC 2010.
Mais certains sont prêts à poursuivre l'aventure et de nouveaux participants l'ont rejointe : bienvenue à eux. Les listes ont été publiées et nous allons pouvoir commencer tous ensemble.

Voilà les lectures que Petite fleur a choisies pour moi avec ce commentaire (en bleu, les miens) :
" Sachant que je n'ai mis que des choses que j'ai moi-même lu et aimé, j'ai essayé de mettre un peu de tout, et j'ai fait un tour sur ton site pour vérifier que tu ne les avais pas chroniqués. Il reste encore quelques trous, que je comblerai le plus vite possible. N'hésite pas à me dire si certains titres te déplaisent...  "

AUSTEN Jane => Orgueil et préjugés (Classique) => je vais enfin lire un Jane AUSTEN, je dormirai moins bête et comme le film existe, j'en profiterai pour faire le challenge associant les deux !
BALZAC => Les chouans (Classique) => pas lu, vu le film et j'ai un bon souvenir de Balzac au collège
CAUVIN => Les tuniques bleues (BD, n'importe quel tome => Les bleus en noir et blanc, pour mon challenge Too ce bleu quitte à faire !)
DAMASIO Alain => La horde du contrevent (SF, gros pavé) => Grand prix de l'imaginaire, Utopiales 2006 (j'habitais encore Nantes) EN COURS Moyen
ELLORY R.J => Seul le silence (Policier) => L'encreuse vient d'en faire une très belle critique ; je sais à qui je vais l'emprunter !!
FOURNIER Jean-Louis => Où on va, Papa ? => LàL, prix Fémina 2008 TROUVE
GIEBEL Karine => Jusqu'à ce que la mort nous unisse (Policier) TROUVE Les morsures de l'ombre
HERENGUEL => Lune d'argent sur Providence BD 2 tomes (janvier) ♥♥
INOUE Yasushi => Shirobamba TROUVE Le loup bleu (Gengis Khan) qui est dans ma Làl depuis...
JHA Radhika => L'odeur => à découvrir en lecture commune peut être
KEYES Daniel => Des fleurs pour Algernon (SF) => prix Hugo (nouvelle) et Nebula (janvier) ♥♥♥♥
LAZAR Liliana => Terre des affranchis
MIZUKI Shigeru => NonNonBa (Manga/BD) => connais pas  TROUVE
NESBO Jo => Les cafards (ou le premier tome, L'homme chauve-souris) => policier, plutôt commencer par le tome 1 TROUVE
OGER Tiburce (avec Vincent Perez) => La forêt (BD) => connais pas la série mais de lui j'aime Damoiselle Gorge TROUVE tome 1
PEREZ-REVERTE Arturo =>Le tableau du maître flamand => policier AAL TROUVE
Q => ???
ROGER Marie-Sabine => La tête en friche
SHARPE Tom => Le bâtard récalcitrant, TROUVE La route sanglante du jardinier Blott
TAYLOR Kressman => Inconnu à cette adresse (janvier) ♥♥♥♥
UNGERER Tomi => Les trois brigands (album Jeunesse) TROUVE => + Le nuage bleu
VIAN Boris => J'irai cracher sur vos tombes => MULTI-MULTI-PàL celui-ci, mais où ???
WENINGER Brigitte => Fenouil, tu exagères (album Jeunesse) Le Noël de Fenouil (janvier) ♥♥
XINRAN => Baguettes chinoises => j'ai échappé à Xenakis, merci !!!
YSLAIRE => Sambre (BD en 5 tomes) => j'adore Yslaire mais j'ai pas encore lu Sambre, sauf des extraits dans les magazines spécialisés LU (février-mars) ♥♥
ZAFON Carlos Ruiz => Le jeu de l'ange => AAL LU (février)

Joker : KENNEDY Douglas => Cul-de-sac TROUVE

Mes premières réactions :
super et merci ! Côté BD, tu en as mis pas mal, dont je connais certaines mais pas toutes : ça devrait aller.
Côté auteurs : il y en a même quelques uns que je voulais lire... et plein de titres qui seront de totales découvertes, soit au total un bon cru 2011.
Pour me garder le plaisir de la surprise, je n'irai voir ce que tu en as pensé qu'à lecture faite, mais j'ai déjà repéré que tu signales certains comme des coups de coeur.