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lundi 1 février 2016

Des femmes bien informées

J'ai reçu ce livre de Missmolko au cours d'un troc surprise. Le résumé me plaisait assez mais pas suffisamment pour le lire. Je l'ai donc inscrit au challenge demi-ABC polar pour le sortir de ma PàL et le hasard a voulu qu'il fasse aussi partie du tirage Random PàL.
Ce roman possède certains qualités de départ dont le résumé rend compte :
Un meurtre, huit femmes. Chacune a vu ou entendu quelque chose. Chacune sait, croit savoir ou peut-être feint de ne pas savoir. Car chacune, de près ou de loin, est mêlée à une affaire sordide... On a retrouvé le cadavre d'une jeune prostituée roumaine dans un fossé de la périphérie de Turin. Crime crapuleux ? règlement de comptes ? ou incroyable machination ? Comme dans un kaléidoscope, les voix des huit femmes se croisent et se mêlent tandis que la police piétine.

L'histoire est à la fois banale et originale.
Une jeune prostituée roumaine est retrouvée étranglée dans un fossé, ce qui laisse penser à un meurtre mafieux. Mais il s'avère que Milena, rapidement identifiée, est également la récente épouse d'un banquier turinois en vue. Les pistes s'étoffent... Huit femmes vont donner leur avis, sans parfois qu'il leur soit demandé !
Prendre le point de vue de huit femmes pour construire l'enquête, cela change des habituels inspecteurs. Mais l'écriture (ou la traduction), surtout dans les premiers chapitre, est d'un niveau qui ne passe pas du tout. Retranscrire du langage parlé, pour moi ce n'est pas écrire. En outre, des expressions incompréhensibles sans indication de sens sont laissées à l'entendement du lecteur.

Du côté des investigatrices : une gendarme perspicace mais empêchée par sa hiérarchie et une journaliste en électron libre : leurs recoupements vont les amener à la solution.
Du côté des proches de la victime, Lucia est une bénévole participant à un programme de réinsertion privé, en faveur de victimes d'esclavage sexuel venues d'Europe de l'Est. Elle connaît très bien Milena pour ce qu'elle est, une fille belle, douce et intelligente, puisqu'elle l'a aidée à s'en sortir et faisait partie des invitées de sa noce. Camilla est la fille du banquier. Divorcée, elle s'est installée au rez de chaussée chez son père avec ses deux fils, dont Milena était la baby-sitter. Beatrice, meilleure amie depuis l'enfance de Fiorenza, la première épouse décédée d'une maladie orpheline, est sa proche confidente. Elle a apporté une aide indéfectible au père et à la fille. C'est elle qui par relations a permis le recrutement de Milena.
Du côté des témoins, les deux femmes qui ont découvert le cadavre sont des opposés : une serveuse, gentille fille sans histoire et une surveillante-chef  aigrie et malveillante qui cherche les histoires. Une vieille comtesse recluse dans une tour mais très observatrice rapporte des détails qui m'ont mis la puce à l'oreille.

Des huit versions des faits monte une voix polyphonique qui finit par dessiner la sordide réalité de ce crime scabreux auquel les huit femmes sont mêlées de près ou de loin. Au-delà se peint un portrait au vitriol d'une société bien pensante, raffinée, désoeuvrée et cruelle, qui s'achète une conscience pour ignorer la férocité des bas-fonds, d'une société de l'information où le racolage sordide de la presse répond à l'avidité de scandale du petit peuple.
destination : ITALIE
Carlo Fruttero a reçu le prix Campiello pour ce roman.

lundi 21 avril 2014

Sang du ciel

De l'originalité conjuguée à mes centres d'intérêt m'a fait choisir ce roman : Marcello Fois est présenté comme l'équivalent sarde d'Andrea Camilleri. Or la Sardaigne est peu représentée dans la littérature et l'histoire, se déroulant à la fin du XIXème siècle, l'éloigne encore plus de nos conceptions habituelles. Les nombreuses inclusions d'expressions du dialecte local contribuent à faire de ce policier un roman du terroir, ce que l'auteur défend en soulignant des particularités insulaires par opposition aux " continentaux ".
L'enquêteur n'est pas un policier mais un avocat obstiné qui ne décroche pas de " son " affaire avant de l'avoir totalement élucidée. Poète à ses heures, il communique par rêve avec son père et ses aïeux, lorsqu'un problème l'obsède.
Filippo Tanchis, le cadet de trois frères est accusé du meurtre de Bobere Solinas. Sa tante et tutrice ne peut y croire et charge Bustianu de le sortir de prison, lequel découvre que le jeune homme est déséquilibré mais que la victime était un usurier et un indicateur. Filippo ne lui laisse pas le temps de le sauver et s'ouvre les veines. Sa connaissance de l'île, de ses habitants, de ses moeurs et des codes qui régissent la vie dans le village de Nuoro, va aider Bustianu à faire éclater la vérité.
L'atmosphère pesante est rendue encore plus oppressante par la tourmente qui souffle d'Afrique et apporte une pluie drue, épaisse et chaude qui souille de rouille les rues, les champs et abrutit les hommes et les bêtes, d'où le titre.

mardi 6 novembre 2012

Caboto

Destination : Argentine

Lorenzo Mattoti (dessinateur) et Jorge Zentner (scénariste  Angoulême - Fauve d'or -1997) s'emparent d'un aspect mystérieux de la vie de Caboto : la controverse et le mystère qui entourent dans les archives le voyage qu'il détourna des îles Moluques vers l'exploration du cours du Rio de la Plata jusqu'aux terres du " blanc " en quête du mythique Eldorado.
Entièrement réalisé aux crayons de couleurs (avec un côté futurisme russe), cet album tranche avec notre habitude du fini trop léché des planches colorisées ou retouchées à l'ordinateur. C'est un point d'originalité qui vient s'ajouter au scénario et fait que l'ensemble prend un aspect souvent étrange, parfois inquiétant.
Dans un autre style graphique, je le rapproche du dépaysement induit par Long John Silver, qui propose la même quête d'un trésor indigène défiant l'imagination.