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vendredi 16 octobre 2020

Deep Blue

Cinquante nuances de bleu : Saga Waterfire tome 1 Deep blue

Emportée par mon imagination, j'attendais manifestement beaucoup trop de cette magnifique couverture, mais la déconvenue est au rendez-vous et je ne lirai pas la suite. Principalement, j'ai trouvé le style de Jennifer Donnelly artificiel et d'un infantilisme que j'aurais plus volontiers pardonné à une autrice juvénile et/ou débutante ! 
L'histoire qui plante le décor de la saga est gentille mais lue et relue si ce n'est qu'elle est transposée sous l'eau... Un pool de jeunes sirènes venues des six mers, alliées aux sorcières des eaux douces, doivent contrer un monstre millénaire sur le point de rompre son sortilège d'emprisonnement. 
Les allusions positives aux défenseurs de la nature sont cousues de gros fils. La recette à base de pouvoirs magiques, d'alliances et de trahisons, avec un peu de romance est à réserver aux amateur.trices inconditionel.les de fantasy jeunesse.
 



mercredi 26 février 2020

Bleue - L'or bleu

Tour du monde NORVEGE
Saga changement climatique, tome 2 de Maja Lunde

De nos jours, Signe, bien que soixantenaire, est restée égale à elle-même. Fidèle aux engagements transmis par son père et restée militante par conviction, elle vit à bord de Bleu le voilier offert par sa mère, amarré sur le fjord qui l'a vu naître . La protection de la nature et surtout de l'écosystème si spécial du glacier et de son torrent de montagne l'ont éloignée de sa mère, puis de Magnus, son ami d'enfance. Le roman culmine au moment où elle balance à la mer toutes les précieuses caisses de glace préservée, destinée au rafraîchissement des cocktails mondains. Puis elle entreprend un téméraire périple maritime vers le Sud Ouest de la France et remonte les écluses du canal du Midi pour en découdre avec Magnus qui s'est allié à sa mère pour la construction du barrage et a toujours favorisé l'exploitation de l'eau.
Dans un futur proche, à une génération de nous, la sécheresse persistance pulvérise les sols et désertifie petit à petit le Sud de la France. Les incendies, nombreux, sont catastrophiques sans eau pour les combattre. Retenu à Argelès par son emploi à l'usine de désalinisation, David a déjà trop tardé à mettre sa famille en sécurité alors que tous leurs voisins ont fui vers le Nord. Séparé de sa femme et de leur bébé dans une bousculade, il rejoint avec Lou leur fille la horde des réfugiés climatiques bloqués à la frontière des Pyrénées. Dans le camp, les conditions déjà précaires se dégradent rapidement et les journées sont longues à attendre un maigre repas et une toilette bienvenue... Heureusement, ils ont trouvé un exutoire : dans la grange d'une ferme désertée, à quelques kilomètres de là, un bateau abandonné mais bien entretenu les fait rêver de rivages et d'évasion.
Dans ce roman plus contemplatif que trépidant, il ne se passe pas grand chose dans la vie de nos  héros, mais les quelques descriptions et allusions sont poignantes. Signe regarde le cours de sa vie sans regret, le non dit permet de penser qu'elle a trouvé l'apaisement sur ses vieux jours. David trop jeune père n'a qu'une courte existence derrière lui mais beaucoup de regrets. Il n'envisage un futur qu'en refusant d'affronter la réalité passée et présente. Happy end impossible, la fin est ouverte, mais elle n'augure à court terme qu'une amélioration amère, sans engendrer d'espoir accru, quoique : tant qu'il y a de la vie...
Lu le 12 février 2020

Danielle Martinigol est traductrice et auteure spécialisée en fiction pour la jeunesse. Dans L'or bleu elle pose la question très actuelle des ressources en eau sur Terre.
Vivant dans une colonie au large de Saturne et Uranus, Bruce ne se sent pas spécialement concerné par les problématiques terriennes. Alors qu'il effectue ses premières vacances sur la Terre, il rencontre Bérénice, avec laquelle il se lie d'amitié.  La jeune actrice l'entraîne malgré lui dans une course-poursuite jusqu'à Capri. Les jeunes héros jouent les redresseurs de torts contre ceux qui détiennent le monopole du bien suprême : l'eau.
Le scénario est l'occasion de visiter quelques villégiatures emblématiques de l'agrément des séjours au bord de l'eau.
Lu le 10 juillet 2014

dimanche 14 août 2016

Joseph Monninger [2]

De l'intérêt de tenir un blogue... je n'aurais jamais cru que ma lecture de Blue earth remontait à plus de six mois, ni même trois, et pourtant ! J'ai trouvé dans ma mini bibliothèque de vacances le tome 2 de cette série et je me suis empressée de l'emprunter. Si j'étais moyennement heureuse de l'aspect trop jeunesse du récit autour d'une traversée entre filles du Nord américain, Le garçon qui rêvait de requins m'a totalement convaincue.

Le garçon qui rêvait de requins
Il s'agit ici de l'histoire d'un jeune garçon atteint de mucovicidose auquel une fondation offre la réalisation du but de sa courte vie, pratiquer une plongée au milieu des requins les plus dangereux de Californie. Mais le rêve tourne court devant trop de clichés caritatifs et l'émerveillement trop attendu n'est pas au rendez vous pour Tommy. Afin de le consoler, Bee accepte de l'accompagner chez un surfeur blogueur qui a survécu à une attaque de grand blanc, sans attendre le retour de leur mère qui n'accepterait certainement pas le risque. Pendant deux jours, le frère et la soeur vont vivre comme la plupart des adolescents de leur âge, oubliant presque la maladie, jusqu'à frôler l'accident mortel.
Ce roman est une jolie histoire de solidarité, d'entraide, d'amour fraternel, de respect en tous genres. Particulièrement sensibilisée aux représailles contre la férocité des requins là où je vis (île de La Réunion) j'ai apprécié la justesse de la présentation des animaux dans leur milieu naturel ; l'érudition de Tommy, passionné par le sujet, permet d'apprendre beaucoup de choses et de faire passer plus d'un messages de tolérance, sans en avoir l'air ni s'appesantir.

Sur la route de Blue Earth
L'auteur signe un roman jeunesse spontané et romantique qui enchantera tous les amis des chevaux. A prendre comme une lecture douceur, un peu triste parfois comme dans On achève bien les chevaux, mais avec tellement de promesses dans l'avenir, de belles rencontres et de bons sentiments que le lecteur en sort rasséréné.
Le roman retrace l'équipée de deux amies et un vieux cheval de manège promis à l'abattoir, à travers le New Hampshire, la Pennsylvanie, l'Ohio, l'Indiana, l'Illinois, le Wisconsin. Le but final de Dolorès est l'Oregon où elle veut rejoindre son père qui n'a pas donné signe de vie depuis ses 10 ans, mais Hattie s'arrête à mi-chemin, ayant trouvé pour Speed les grandes étendues herbeuses et la horde de chevaux sauvages qu'elles espéraient pour qu'il finisse ses jours en paix, à Blue Earth, MINNESOTA.
Lu le 18 janvier 2016











L' info culturelle en +
 the SPAM® Museum
Les conserves de jambon de porc qui ont nourri l'armée
américaine pendant la seconde guerre mondiale et sont
devenues une véritable institution nationale ont un musée
à leur gloire dans la ville. Il est situé à Austin - Minnesota
dont les fondateurs : la famille Hormel sont originaires.

mardi 24 mai 2016

Kate Atkinson (3)

Des deux lectures précédentes, la première ne m'avait pas du tout convaincue, la deuxième m'avait permis de revoir un peu mon opinion, qui désormais est faite, il y a tant d'auteurs à découvrir, que je serais bête d'insister plus encore. Troisième et dernière tentative de lire cet auteur.

Les replis du temps
L'écriture est laborieuse, l'intrigue poussive et je m'y ennuie alors que le sujet m'intéressait pourtant.
Le clan Fairfax est disparate : Isobel, Charles, Eliza, Gordon, Debbie, Vinny, le Veuve finissent de dilapider les restes d'une fortune commerçante. Les épisodes alternent entre passé et présent et c'est clairement indiqué, pas de labyrinthe dans ces Replis du temps, mais pas d'heureuse surprise non plus. Pourtant, il y a un passage qui m'a vraiment plus, malheureusement assez près de la fin mais j'ai bien fait de m'accrocher. Isobel se met à passer d'une journée de Noël à une autre, mais la catastrophe évitée finit toujours par la rattraper.
Cela m'a fait penser à Jumper, sauf qu'Isobel ne maîtrise pas ses sauts. L'auteur finit aussi par nous en apprendre un peu plus sur le mystère intrigant d'Eliza. Partie / pas partie ? Le choix intuitif entre explication rationnelle ou fantastique se révèle faux en définitive, puisqu'une troisième voie est proposée. Mais ça ne sauve pas au final l'impression morose d'un style qui n'est pas fait pour me plaire.

Parti tôt, pris mon chien
Au contraire des nombreux inconditionnels de Kate Atkinson, j'ai toujours du mal de me retrouver dans ses histoires sans queue ni tête. Le privé Jackson Brodie que je n'avais pas du tout apprécié dans La souris bleue est de retour à Leeds dans le Yorkshire. Je l'ai mieux suivi dans cette enquête qui lui fait croiser la route de Tracy Waterhouse, chef de la sécurité dans une galerie commerciale dont la vie bascule lorsqu'elle prend une décision qui engage le restant de ses jours.

La souris bleue
Ancien militaire, puis inspecteur de police, Jackson Brodie s'est installé comme détective privé ; il n'est pas submergé par les commandes, à l'exception de quelques planques qui l'occupent mais sans plus, jusqu'au jour où tout s'emballe et plusieurs affaires qui le requièrent surgissent en même temps :
- les soeurs Land qui viennent d'enterrer leur père ont découvert dans le tiroir de son bureau la souris bleue de leur petite soeur Olivia disparue au cours de sa troisième année,
- maître Theo Wyre qui ne s'est jamais remis de l'assassinat de sa fille Laura égorgée dix ans plus tôt veut retrouver le coupable,
- Michelle qui a tué son mari d'un coup de hache a refait sa vie mais sa soeur cadette Shirley recherche sa nièce Tanya...
La souris bleue est le fil rouge de plusieurs intrigues sans lien apparent. Kate Atkinson se plaît à multiplier les personnages et à brouiller les pistes, mais la fin reste un peu confuse.
Lu le 1er novembre 2009

mercredi 9 mars 2016

Dix ans sous la bleue

Je me sens déçue par la lecture de ce recueil de textes en hommage à la bleue de Stock à l'occasion de l'anniversaire de la collection, qui s'apparente à une litanie d'auteurs (peu) inspirés par leur première fois ou comment ils ont eu l'occasion de pénétrer, le coeur battant d'espoir ou au contraire presque par inadvertance, le cercle étroit des écrivains publiés par la prestigieuse maison.

samedi 20 février 2016

Bleu argent

Bleu argent n'est pas un titre très parlant. Dans le premier chapitre, on apprend que cet objet céleste retient particulièrement l'attention de deux adolescents vivant sur les marges de la curieuse planète Poéïa, constituée d'anneaux géants imbriqués. Chacun rêve devant les étoiles : Joris attend impatiemment son admission dans la prestigieuse navette-université le Melkine (objet d'une trilogie signée Olivier Paquet) tandis que Lyzia doit partir incessamment pour l'anneau intérieur afin d'étudier avec les meilleurs conteurs professionnels de sa planète.
Lorsque Bleu argent s'écrase non loin d'eux, ils sont les premiers sur place pour découvrir l'intérieur de la capsule éventrée. Leur avenir qui semblait fixé par avance, est sur le point de basculer.
Poéïa est une société dominée par le conte : Légende fondatrice d'Origine, la station située au coeur des anneaux et dont l'alliance avec les roches de la planète offre l'énergie nécessaire à ses habitants, mythe du Melkine, le vaisseau-université qui visiterait l'ensemble des mondes de l'Expansion terrestre recruter de futurs élèves mais dont l'existence n'est pas vraiment attestée, histoires répétées par les Déclameurs ou sorties de l'imagination de Lyzia (je suis sous le charme de son monstre des marais retourné à la mer).

J'ai beaucoup aimé cette histoire en dépit des défauts que je reproche souvent aux romans Jeune adulte et que j'imaginais dus à une sorte de simplicité naïve. Je crois comprendre grâce à ce texte que ma gêne vient de mon impossible identification à des héros adolescents, quelle que soit par ailleurs la réelle qualité de l'écriture.
Je trouve généralement que Manchu réalise un travail magnifique sur les couvertures imaginaires et celle-ci ne déroge pas.

vendredi 19 juin 2015

Barbe bleue - Maurizio A. C. Quarello

Il y a un certain décalage entre l'image moyenageuse que je me suis faite de ce conte de Perrault et les illustrations proposées par Maurizio A. C. Quarello, dont l'iconographie est clairement inspirée du début du 19ème siècle : coupes vestimentaires et coiffures des dames, chapeau haut de forme pour la Barbe bleue maisons de maître et immeubles en belle pierre de taille... Le texte d'origine est respecté mais ce ne sont plus seigneurs et châteaux qui servent de référence remplacés par une société bourgeoisie qui mange toujours dans de la vaisselle d'or ou d'argent, mais qui possède des meubles en tapisserie et dont les courses de chevaux constituent une des distractions. Les frères occupent des charges militaires dans la cavalerie, le Dragon subsiste mais le Mousquetaire a été remplacé. Quant à la Barbe bleue, il est plus austère que terrifiant, sur la couverture, je lui trouve un petit air de Monte-Christo.

jeudi 26 février 2015

Bleu comme la peur

ABC polar : C
 Jimmy Perez, inspecteur de police emmène sa fiancée sur Fair Isle, dans les Shetlands pour y rencontrer ses parents et décider de son éventuel retour sur son île natale. Un meurtre a lieu à l'observatoire ornithologique qui occupe la base de l'ancien phare désaffecté de la pointe Nord. La conservatrice a été poignardée dans le dos, le soir de la fête de fiançailles organisée dans la grande salle du centre. Le coupable ne peut être qu'un des pensionnaires. Coupé du monde par la tempête, l'inspecteur ne peut faire appel au renfort de la police scientifique et doit prendre le risque d'interroger seul les témoins, alors qu'il fait partie de la communauté insulaire. Comme l'enquête piétine, Jane la cuisinière décide de jouer les apprenties détectives mais le tueur est aux aguets...
Je suis encore toute retournée par ma lecture. C'est tellement injuste comme issue. Mais je reconnais à Ann Cleeves un énorme talent de manipulatrice pour amener le lecteur à une tension insupportable.

challenge Un mot = une illustration session 5, un OISEAU en couverture
Il s'agit du cygne trompette, un gros oiseau migrateur dont il est question dans le roman. Un des chasseurs d'oiseaux rares l'a repéré sur l'étang Golden Waters et a gagné une coche : en langage d'ornithologue, cela signifie qu'il valide une première observation dans un territoire donné. Amateurs comme professionnels, tous sont des passionnés, mais certains seraient prêts à tuer pour la primauté d'un article scientifique ou pour le prestige de découvrir une espèce. Lorsque le vernis s'écaille, la médiocrité des êtres est démasquée.

mardi 20 janvier 2015

Du pays des amazones aux îles indigo

Un album de toute beauté mais un peu inclassable de François Place (il a été président de jury du festival Etonnants voyageurs) qui illustre un peu à la façon des enlumineurs. L'Atlas des géographes d'Orbae fait partie d'une trilogie, nous n'avons ici que les premières lettres de l'alphabet, mais suffisamment pour comprendre que ces cartographes d'Orbae sont vraiment des maîtres conteurs, des poètes, des enchanteurs. Les textes imaginaires sont mêlés de légendes, de merveilleux et de mythologie empruntés à tous les peuples, mais il est parfois possible d'y reconnaître la référence à une région, à des coutumes traditionnelles.




A Pays des Amazones (Asie centrale)
B Pays de Baïlabaïkal (Asie septentrionale)
C Golfe de Candaâ (Asie du Sud Est)
D Désert des tambours (Asie centrale)
E Montagne d'Esmeralda (Amérique du Sud)
F Pays des frissons (Arctique)
G Île des géants (Ecosse/Ile de Pâques)
H Pays des Houngalïls (Asie caucasienne)
 I Îles indigo (Asie méridionale)
Candaâ est le centre névralgique de ce monde de navigateurs et de marchands.

J'ai aimé la récolte des fleurs de l'herbe à nuage, de couleur changeante selon l'heure du jour et de la nuit (indigo) qui permet de tisser la toile à nuages, les coeurs de géants dont l'ambre pulse d'une myriade d'étincelles de vie, l'utilisation de la mue des serpents géants pour la fabrication des canoës par les pêcheurs Baïlabaiks, l'armée endormie du désert des tambours, mais aussi les rudes guerriers Houngalïls, les sages habitants du Pays des frissons qui hibernent dans un iceberg dérivant tandis que les baleines à bec rouge se gavent dans les verts pâturages sous-glaciaires ou les rusés sauvages de la montagne d'Esmeralda qui ont renvoyé l'envahisseur ibérique sur l'océan d'où il venait.

lundi 28 juillet 2014

Bleu univers

COUP DE COEUR
à tel point que je le mets dans ma liste des livres à emporter sur une île déserte car le roman de Tarek Issaoui est complet et a d'énormes qualités :  esthétique, scientifique, idéaliste, romanesque...

Un mathématicien associé à des physiciens a découvert par le calcul la forme de l'univers, précédant de plusieurs années le retour des données du satellite Planck. Il s'apprête à publier l'article conclusif  de ses recherches, qui intéressent beaucoup le groupe restreint des scientifiques de ce domaine, mais pourraient aussi avoir un impact sur l'imaginaire de la population. Au point de départ, il nous entraîne dans le monde des mathématiques et jusqu'aux confins de l'univers. En seconde partie, il invite de manière inattendue à une visite poétique, mystique, contemplative de Mauna Kea (un volcan sacré pour les natifs), dans l'archipel d'Hawaï. J'ai aimé de bout en bout cette ballade dans les nombres et les étoiles, entre science fiction et vulgarisation scientifique, une approche plus littéraire que celle d'Hubert Reeves, mais qui le rejoint sous l'aspect de l'art de communiquer sa passion.

Des images pour faire rêver (le texte qui suit est extrait de l'article d'Akram Belkaïd sur Agora Vox) :

« En fouillant dans les piles, mélangées, raconte ainsi le narrateur, je suis également tombé sur la Maison des Feuilles [l'oeuvre déjà culte de Mark Z. Danielewski] . Je me suis arrêté, étonné. Je l’avais oublié, et pourtant, ce livre a beaucoup compté pour moi. Il aborde des points clés. Dix ans durant, dans l’anonymat, Danielewski a travaillé sur cette description d’une maison isolée, dont les caves et les espaces morts se contorsionnent et se déplient à l’infini au
fur et à mesure que ses habitants les explorent. [...] J’ai réalisé en le lisant que la géométrie ne pouvait se concevoir indépendamment de l’écriture et du regard. » Et de citer dans la foulée le fameux paradoxe qui a longtemps intrigué l’humanité : « Si nos nuits ne sont pas blanches, si nous ne voyons pas les rayons lumineux de toutes les étoiles, c’est tout simplement parce qu’ils n’ont pas encore eu le temps de nous parvenir. » Ce paradoxe a été expliqué par Edgar Poe avec un demi-siècle d’avance sur les physiciens. « Pourquoi les poètes, les écrivains, les artistes prennent-ils de l’avance ? » s’interroge alors le narrateur. « Logiquement, parce que leurs armes sont plus adaptées. Les choses les mieux cachées ne sont pas accessibles au seul raisonnement. » Dans le même passage, le narrateur fait cet aveu : « la primauté de la poésie sur le formalisme mathématique en dit précisément long sur la nature de l’univers ».
Une autre personnalité est présente dans le roman. Il s’agit d’Alexandre Grothendieck, mathématicien de génie - il a obtenu la
médaille Fields en 1966 - qui, à la fin de sa carrière s'est retiré en ermite du côté des Pyrénées. Son œuvre, Récoltes et semailles, a elle aussi influencé le narrateur dans sa quête pour découvrir la forme de l’univers. « Dans le domaine des idées, affirme-t-il, on ose moins en groupe. Grothendieck,  toujours dans Récoltes et semailles, parlait de l’importance d’être seul pour celui qui cherche. Il l’a mis en pratique en vivant reclus. J’aurais également tendance à contredire Einstein, pour affirmer qu’il faut et qu’il faudra toujours des gardiens de phares.
[Einstein a prédit la fin des chercheurs isolés du fait de la complexité croissante de la science]. Bien sûr, il existe de moins en moins de phares, d’endroits physiques ou mentaux d’où l’on puisse se poster face à l’horizon infini. Le progrès implique que le regard bute vite sur un terrain connu ou construit . Et pourtant, que ce soit aujourd’hui ou même dans mille ans, les avancées majeures, les ruptures qualitatives ne viendront ni d’une foule ni d’un consensus, ni même d’un travail en réseau. »



50 billets, 50 états
Mauna Kea, HAWAI bis

mardi 22 juillet 2014

Un thé sur le divan bleu

Enigme des cinq continents : Afrique

Avant dernière étape de notre voyage (itinéraire au choix) proposé par Drussnaga, avec à la clef une énigme littéraire à résoudre, je vous présente une BD jeunesse dont j'ai collectionné les 12 tomes au fur et à mesure de leur parution chez Dupuis : Les aventures de Jimmy Tousseul. Rééditée chez Glénat, la collection s'est enrichie de 3 (actuellement) nouvelles aventures.
Jimmy rêve d'Afrique où ses parents ont disparu. Il entreprend le long voyage pour retrouver des traces de son père, mais c'est en fait à la découverte de lui même et des autres que nous convient les auteurs Daniel Desorgher et Stephen Desberg (tous les deux ont grandi en Afrique). Confronté aux rites et traditions de l'Afrique, mais aussi au monde des adultes, Jimmy fait son apprentissage de la vie.
On reconnaît bien la ligne éditoriale du Journal de Spirou.  C'est ado sans être infantile et les albums s'appuient sur des réalités socio-économiques qui posent véritablement procblème. Voir La corne de rhinocéros

Dans un autre registre, j'ai beaucoup apprécié le roman autobiographique de Natasha Illum Berg, inspiré par la mémoire de Tonio (le peintre Antonio Trzebinski) assassiné à quelques pas de sa case, au Kenya, un soir où il venait la retrouver.
Unique femme titulaire d'un permis de chasse au gros gibier sauvage, elle vit en Afrique depuis ses 18 ans et organise des safaris. Elle n'a pas froid aux yeux et elle est habituée à côtoyer le danger, en solitaire. Pourtant, le meurtre de son ami/amant/âme soeur laisse un grand vide qu'elle s'efforce de combler avec la poésie, alors que le droit au deuil lui est refusé par la bonne société de Nairobi.
Elle réussit une magnifique oeuvre, dont la tragique beauté m'a rappelé le film de Sydney Pollack à partir du roman de Karen Blixen Out of Africa (La ferme africaine) avec Merryl Streep et Robert Redford dans les rôles principaux : deux êtres exceptionnels, indépendants et forts, se rencontrent mais ne peuvent néanmoins sacrifier leur liberté à leur amour : chacun le comprend et vit dans et avec l'acceptation de cet état de fait ; seule la mort est inacceptable.

L'info en +
Avec Out of Africa, Sidney Pollack adapte La Ferme Africaine mais aussi les deux biographies The Life of a Storyteller de Judith Thurman et Silence Will Speak d'Errol Trzebinski (la mère du peintre), oscillant constamment entre la vision idéalisée et romanesque issue des écrits de Karen Blixen et un certain réalisme et vérité sur les évènements amenés par ses biographes.

dimanche 20 juillet 2014

Le secret de l'imam bleu

Le traducteur des Versets oubliés, œuvre qui conteste l’origine du Coran, vient d’être assassiné. Qu’est-ce que l’Imam bleu, chef des Islamistes, a bien pu imaginer pour punir les infidèles ? Une chose est sûre : si les services secrets ne réagissent pas dans les quarante-huit heures, le 11-Septembre ne sera qu’une pâle copie de ce qui se trame pour les fêtes de fin d’année…

Bernard Besson imagine un attentat qui doit surpasser l'effroi suscité par l'effondrement des Twin Towers. Pierre Morvan, le coordonnateur du renseignement français, est la cible hexagonale de cette flambée d'islamisme radical. Les protagonistes de cette course contre la montre sont Tarek Hamza, Henri Boulard et Michel Clément Hamrouche, au sein desquels le représentant de la CIA en France, Melchior Giamenti (dit le mage), joue un rôle trouble.
L'auteur est membre du Comité d’action stratégique pour l’intelligence économique, placé sous la responsabilité du ministère de l’Intérieur. Ancien directeur de cabinet aux RG, puis à la DST, il est l’auteur de plusieurs romans, dont Chromosomes et Le Matin des Justes.

mercredi 9 juillet 2014

13 petites enveloppes bleues

La suite de 13 petites enveloppes bleues : l'enveloppe manquante, celle qui a été dérobée à Ginny avec son sac à dos et toutes ses affaires à Corfou, vient de paraître. Vais-je la lire ? L'auteur a dû mûrir... Voilà ce que j'avais écrit après lecture en 2011 :
J'en attendais beaucoup plus. Maureen Johnson se livre à une sorte d'exercice de style, un jeu de rôle auquel se prête obligeamment la narratrice, mais aussi le lecteur, embarqué sur ses talons.
Tante Peg, peintre aux idées farfelues et défunte d'un cancer du cerveau, fait voyager sa nièce lycéenne, prénommée Virginia, comme l'état ou comme les vestales selon l'humeur et les chapitres), à travers les capitales de quelques pays européens : Londres, Edimbourg, Rome, Paris, Amsterdam, Copenhague, Corfou. Le séjour dans chaque ville excède rarement la journée, mais dure une incroyable semaine à Amsterdam, sans faire avancer le scénario. Ginny est embrigadée par la famille Knapp, venue du Minnesota visiter les hauts lieux du patrimoine hollandais avec un sens de l'organisation paramilitaire.
Le voyage, portant sans doute la marque des lubies d'une dame atteinte au cerveau, est plus fantasmé que crédible. C'est un sommet de la caricature à l'américaine, un feu d'artifice de clichés littéraires, de données peu fiables tirées de l'imagination et non pas d'un sérieux travail de recherches sur les villes d'Europe, avec en cerise sur le gâteau, une improbable course contre la montre dans Venise (p.269) : " Ils arrivèrent à Venise avec seulement un  quart d'heure devant eux, sans aucune idée de l'endroit où ils se trouvaient. Ils [...] s'entassèrent dans un taxi clandestin et filèrent à près de cent cinquante à l'heure dans les rues désertes. [...] Et quelques instants plus tard, ils montaient sur un gros bateau rouge [pour Corfou] !!!



50 billets, 50 états
VIRGINIE OCCIDENTALE

mercredi 14 mai 2014

Bleu cerise

Rohrbourg est une cité imaginaire, mais ses semblables, dont le roman décrit la réalité socio-économique suite à la démilitarisation de l'Est de la France, ont existé. Avec le départ du 79ème régiment d'artillerie hippomobile, la petite ville perd un tiers de sa population et sa principale source de revenus. Un collectif Action s'organise pour mobiliser l'opinion.
Face au désarroi du chômage, chacun réagit à sa manière. Cristof Neumann préfère le suicide à l'indignité, mais Daniel, qui croit son père incapable d'un tel geste, entend punir les "vrais" coupables. Le corps a été découvert dans une cabane du champ de manoeuvres désaffecté par Elodie Wiener, une lycéenne qui entend elle aussi connaître la vérité.
Le récit, vivant grâce au caractère déterminé d'Elodie et de la journaliste locale Claire Nuevavilla, montre les extrémités auxquelles la détresse peut conduire, mais aussi la solidarité.
Il y a un beau passage dans le roman de Lorris Murail sur les sens des couleurs : le rouge réservé au drapeau national, le vert pour le sang versé des soldats, etc. Bleu cerise par exemple, c'est le nom qu'on donne au vin dans les Corbières.

samedi 22 février 2014

Le train bleu

Le train bleu est le second roman d'Agatha Christie avec Le crime de l'Orient-Express qui se déroule dans un train mythique. La jeune Mrs Kettering, auquel son père vient d'offrir une somptueuse parure de rubis ayant appartenu à Catherine de Russie, descend sur la Riviera pour rejoindre un amant. Elle est assassinée peu avant Lyon et les bijoux dérobés. Heureusement Hercule Poirot, le petit détective belge, voyageait dans le train et il offre son aide à la police française, ainsi qu'à Van Aldin le père de la victime. Bonne société et crapules, histoires d'amour et intrigues sordides, vrais crimes et faux-semblants se côtoient, comme dans tout roman de la célèbre romancière. Jusqu'au dénouement et au moment choisi où le détective rassemble ses suspects et fait la lumière sur toute l'affaire, c'est un plaisir intact, à chaque fois renouvelé, de chercher parmi les personnages, le plus improbable coupable et de suivre le jeu de piste des indices semés dans le roman.
J'aime particulièrement les couvertures de cette édition du Masque, mais on en trouve pour tous les goûts.

dimanche 19 janvier 2014

Bleu poussière ou la véritable histoire de Kaël Tallas

Une tonalité de bleu que je n'avais encore jamais rencontrée* mais qui existe bel et bien, reproductible et précisément décrite dans le roman, une couverture due à Bilal qui s'intéresse lui aussi à certains bleus particuliers et à leur influence, enfin un titre qui rentre dans les objectifs de Lire sous la contrainte : je n'avais plus aucune raison de différer la lecture de ce roman fraîchement repéré.

Résumé : C'est d'abord la montée de l'ascenseur qui m'a semblé interminable. Je n'y ai repensé que bien plus tard. Les chiffres défilaient normalement - enfin je crois - mais la vitesse était inhabituelle, j'avais l'impression de monter jusqu'au ciel.
On n'a pas tous les jours vingt ans : Ladislas Baran et son frère jumeau ont bu plus que de raison pour fêter l'événement. Rentrant chez lui au petit jour, Ladislas bascule soudain dans un univers inconnu. Son identité a changé, il se nomme désormais Kaël Tallas et chacun reconnaît en lui le jeune et brillant mentor du ministre de l'Avancée sociale... Comment vivre dans la peau de cet étranger et s'adapter à ce nouveau monde dont les mœurs le révoltent ?  


Kaël Tallas, alias Ladislas, ne reconnaît pas le monde qui l'entoure au lendemain de ses vingt ans. En fait, un laps de temps d'une année lui échappe totalement. Dans la peau de Kaël, il est le collaborateur brillant du Ministre de l'Avancée sociale, un fonctionnaire zélé et influent et un théoricien de premier ordre dans le domaine de la "positive attitude". Mais dans sa tête, il est Ladislas Baran et il cherche à retrouver sa vie, ses parents et surtout son jumeau Lazlo, disparu au cours de leur soirée d'anniversaire.
La plus grande partie de ce roman présente une dystopie, effroyable comme peut l'être le double à peine déformé de la réalité. Sous couvert d'affichage d'un bonheur à toute épreuve, la société a rejeté les pauvres, les malheureux, les vieillards, les inadaptés et jusqu'à l'idée même de compassion. Efficacité et contrôle sont les maîtres mots. Les jeunes sont formatés dès l'école pour réussir ou voués à disparaître, rejetés par le système, leurs parents, leurs camarades.
Salué comme un héros, Kaël revient d'un séjour d'un an en immersion en Nérubie, un pays voisin qui ressemble au monde dont il se souvient, qu'il est parvenu à infiltrer et à convertir aux préceptes moraux de l'Avancée sociale. La voix d'une dissidence timide se fait entendre et le Kaël, qui doute de lui et des idées qu'il a développée, l'entend par l'intermédiaire d'Izaath, une très belle femme qui a été sa maîtresse.

Le monde d'anticipation décrit par Jennifer D. Richard reste suffisamment crédible pour s'interroger sur les travers de la société qu'elle pousse au paroxysme : bonheur, réussite, contrôle, réalisation de soi... Par comparaison avec la Nérubie, le monde de Kaël est un enfer totalitaire d'où les gens "heureux" ont disparu, en dépit des apparences qu'il faut sauver à grand coup d'anti-dépresseurs sous peine de finir dans les cellules de rêve, la solution létale à tous les cas désespérés.
Mais la quête identitaire de Kaël/Ladislas/Lazlo est plus qu'un prétexte à cette histoire, assez adroitement jouée, elle en est le fondement insoupçonnable. Ce roman à double ressort fait réfléchir, mais permet aussi de passer un bon moment de lecture, car finalement, c'est une fiction. Ouf !

L'auteur, Jennifer D. Richard, est co-lauréate 2007 avec Gaëlle Nohant, de la résidence Robert Laffont du premier roman consacrée à la littérature fantastique. Celle-ci, qui se tient à l'abbaye royale de Fontevraud, a pour vocation de permettre à de jeunes auteurs non encore publiés de découvrir le monde de l'édition, leur faire bénéficier des conseils de professionnels, leur donner l'opportunité de se consacrer quotidiennement au travail de leur manuscrit et, au-delà, de promouvoir le lancement de leur premier roman à travers un dispositif original.

* ce n'est pas totalement exact car je me souviens d'une exposition où l'artiste avait uniformément recouvert toute une pièce et son contenu, jusqu'à l'ampoule du plafond, d'une couche de peinture pour laquelle le terme de bleu poussière convient particulièrement bien, l'ensemble évoquait la première guerre mondiale et les tranchées.

dimanche 22 décembre 2013

Baby challenge Policier 2014

Plusieurs séries font partie du challenge dont voici la liste complète hors jokers (pour eux, je verrai plus tard)1 ~  Meurtres pour rédemption de Karine Giebel
2 ~  La tourmente du Serpent de Sebastien Cazaudehore
3 ~  Dix Petits Nègres de Agatha Christie
4 ~  Le Poète de Michael Connelly
5 ~  Défendre Jacob de William Landay
6 ~  Série - Pénélope Green de Béatrice Bottet
7 ~  Série - Les Spellman de Lisa Lutz
8 ~  Mystic River de Dennis Lehane
9 ~  Série - Hercule Poirot  de Agatha Christie
10 ~  Série - Erica Falck et Patrik Hedström de Camilla Läckberg
11 ~  Série - Arsène Lupin de Maurice Leblanc
12 ~  La Maison de soie de Anthony Horowitz
13 ~  Série - Stéphanie Plum de Janet Evanovich
14 ~  Série - Miss Marple de Agatha Christie
15 ~  Série - Bernhard "Bernie" Gunther de Philip Kerr
16 ~  Série - Commissaire Adamsberg de Fred Vargas
17 ~  Série - Millénium de Stieg Larsson
18 ~  De sang-froid de Truman Capote
19 ~  Mygale de Thierry Jonquet
20 ~  Série - Commissaire Erlendur Sveinsson de Arnaldur Indridason

samedi 29 juin 2013

Papeete 1914 - t1 : Rouge Tahiti et t2 : Bleu horizon

 Diptyque de Didier Quella Guyot et Sébastien Morice

Un cafetier bougon, un curé fort en gueule, un marin devenu peintre par amour de Tahiti, un clerc de notaire trop curieux, une postière courageuse, plusieurs affaires de meurtres, à Paris celui de Rose Pelletan, la tenancière d'un bordel huppé et à Papeete, la fausse chute accidentelle de jolies vahinés un peu trop libres de leur corps, mais aussi des faits entrés dans l'Histoire : la Grande Guerre qui se profile jusqu'aux portes de la rade de Papeete,  le commandant de la Zélée qui organise la défense militaire de l'île, la collusion du gouverneur avec les intérêts allemands, l'héritière de Pomare V qui céda les îles polynésiennes à la France, dernière reine de Tahiti...

Premier Août 1914, Simon Combaud débarque à Tahiti pour élucider un crime perpétré à Paris quinze ans plus tôt... Quelque part dans les Balkans, le déclenchement de la première guerre mondiale est imminent. Mais l'Europe est loin et à Tahiti, si les rumeurs vont bon train, elles ne changent pas grand chose aux habitudes festives de la population. Indigènes et européens, Français et Allemands qui ne sont pas encore ennemis, se côtoient dans la petite communauté. Dans l'insouciance de ce climat paradisiaque, personne n'accorde beaucoup de crédit aux préparatifs militaires du commandant et surtout pas le gouverneur.

Sur fond de colonisation et de guerre, mêlant personnages de fiction et sujets réels, les auteurs réalisent, à partir d'un fait historique peu connu (le bombardement de Tahiti par deux croiseurs allemands venus de la Chine se ravitailler en charbon le " Scharnhorst " et le " Gneisenau ") relaté dans le détail par le petit-fils  de Jeanne la postière, un récit policier aussi intense que surprenant. Pour bien suivre, chaque journée est estampillé du cachet de la poste !

Mélange d'influence de Gauguin et de Toulouse Lautrec les magnifiques couleurs de Sébastien Morice, très vivement contrastées, invitent au voyage. Le souci n'est pas de montrer avec réalisme les cruautés de l'existence (comme cette admirable couverture où Mareta semble voler alors qu'elle est en train de s'écraser !) L''impact de cette guerre lointaine sur ces terres de douceur de vivre en est d'autant plus percutant.

Le mot de l'éditeur :
Sur fond de références culturelles (les écrivains Loti et Stevenson, les peintres Gauguin et Morillot), la magie de Tahiti 1914 est reconstituée dans ce grand récit d’aventure historique et policier.

 
Le militaire Maxime Destremeau, le gouverneur William Fawtier, le directeur de la Poste et photographe Henry Lemasson, le peintre Octave Morillot ont tous laissé leur empreinte à « Tahiti la délicieuse ». On les découvre dans les textes et photos d’époque qui ponctuent la fin de chaque album.

mercredi 12 juin 2013

Bleu Eldorado

COUP DE COEUR
Grand prix du roman d'évasion

(Premières lignes) Bob :
L'été, à New-York, c'est un vrai cauchemar. Pas d'air, pas de lumière. Une marmite de béton. Les bouches d'incendie explosent en gerbes d'eau et les buildings eux-mêmes transpirent. Chaque été, sous cette chaleur écrasante, je travaille dans un garage de Brooklyn. Exit les vacances. Pourtant, des fois, quand je répare toutes ces voitures qui ressemblent à des morceaux de paradis, il me prend l'envie de tourner la clé de contact et de filer droit vers une destination inconnue. Je ne sais pas pourquoi je ne l'ai jamais fait. Peut-être que je suis trop fainéant comme dit mon père. En fait de voir le monde, je n'ai quasiment pas quitté les faubourgs de Brooklyn, et je connais peu Manhattan. Quant à ce qui se trouve au-delà, paraît que ça existe, vu qu'on en parle à la télé.
- Eh, Geronimo, au lieu de rêvasser, tu me la passes, la clé de douze ?

Quand Bob, fils d'Irlandais mêlé d'un quart de sang Cherokee, mécano dans un garage de Brooklin, croise au commissariat, la route de Kate, une jeune fugueuse des beaux quartiers, un vent de liberté souffle sur sa destinée. Lui qui n'a jamais, même en pensée, dépassé l"île de Manhattan, se retrouve embarqué dans une cavale improvisée à travers les Etats-Unis. Leur chemin se trouve sur celui de Lefty, un mystérieux personnage qui  en plein orage les prend à bord de sa Cadillac de collection Blue Eldorado. Il semble se déplacer sans but précis et se prête au désir de Kate de rejoindre Atlanta, qui la déçoit, puis la Californie qui attire Bob, avec un détour par Las Vegas. Le doute les habite sur les intentions de Lefty, trop généreux pour être honnête. La musique s'invite aussi dans leur virée, omniprésente : jazz, blues, folk, rock... La voix de Kate alterne avec celle de Bob pour raconter leur équipée au fur et à mesure des chapitres. Pourtant, les personnages ne se révèlent pas totalement, ils gardent une part secrète. A la moitié du roman, je n'ai pas idée du dénouement, une sorte d'épée de Damoclès paraît suspendue au dessus d'eux, sans qu'on sache qui au final est menacé et si la funeste Parthe tranchera le fil ou non.
C'est rare que je mette spontanément un visage sur un personnage de roman, mais je me suis constamment imaginé Jeremy Irons dans le rôle de Lefty, son charme certain et néanmoins inquiétant, son côté tourmenté et son style improbable.

De tous les états qu'ils ont traversés, je choisis le Vermont où ils ne sont pas allés mais dont il est souvent question dans le roman, comme une antithèse de ce Pacifique rêvé qui les attend au bout du chemin.





50 états, 50 billets 24/50
VERMONT






@Sofynet : il faut absolument que tu découvres le blogue de Laurence Fontaine l'auteur du roman; elle aurait droit à une mention spécial dans ton challenge ! En plus de magnifiques photos, j'y ai trouvé des articles instructifs et notamment :

ALABAMA : de 'Alabanza' qui signifie 'louanges' en espagnol
ALASKA : Ceux qui éclairent les fourrés (indien )
ARIZONA : Petite source (indien )
CALIFORNIE : d'après une légende espagnol, il s'agit d'une île mythique où vivent des amazones. le mot pourait aussi venir de "calor' en espagnol, 'chaleur'
COLORADO : 'Rouge' en espagnol
CONNECTICUT : 'sur les rives de la longue rivière' ( indien )
DELAWARE : D'après Lord de la  Warre, qui découvrit cette contrée
FLORIDE : Découverte par Ponce de Leon le jour de la 'pasqua florida' ( pâques fleuries' en espagnol).
GEORGIE : Nommée ainis en hommage au Roi George II d'Angleterre
IDAHO : 'joyau des montagnes' pour la tribu des nez-percès ou shoshone, selon les sources
ILLINOIS : Tribus des hommes exceptionnels, explorés par les français Marquette et Joliel. Ils y rencontrèrent les ' chicago', tribu amérindienne.
INDIANA : la terre des indiens en espagnol
IOWA : la belle terre ( indien)
KANSAS : Le peuple du vent du Sud en Sioux
KENTUCKY : Terre de demain en iroquois
LOUISIANE : Nommée ainsi en l'honneur u roi de France, Louis XIV par Cavelier de la Salle
MARYLAND : EN l'honneur de la reine Henriette-Marie d'Angleterre
MASSACHUSETTS : Lieu des grandes montagnes ( indien)
MICHIGAN : Le grand lac qui purifie ( indien)
MINNESOTA : ' les eaux teintées par le ciel ( indien )
MISSISSIPPI :la terre des eaux ou ' le père des eaux', selon les sources ( indien)

MISSOURI : Lieu des grands canoë ( indien )
MONTANA : Montagne en espagnol
NEBRASKA : Les eaux plates, pour les indiens Otos
NEVADA : enneigés, en espagnol, référence  à la sierra nevada, et son plus haut sommet, le Mont Whitney ( 4000 m)
CAROLINE : en l'honneur de Charles 1er d'Angleterre
DAKOTA : 'Alliés' en sioux
OHIO : 'ravissant' en iroquois ( singifie aussi ' belle rivière')
OKLAHOMA : le peuple des hommes rouges, en indien Choctaw
PENNSYLVANNIE : En l'honneur de William Penn, amiral anglais
RHODE ISLAND : référence  à l'île grecque de Rhodes
TEXAS : Amis ( indien )
UTAH : d'après les indiens 'utes' qui se désignaient comme les ' montagnards'
VERMONT : Du français les ' verts monts' nommé ainsi par Samuel de Champlain
VIRGINIE : En l'honneur d'Elisabeth 1er d'Angleterre, parfois surnommée la ' reine vierge'
WISCONSIN : COnfluence des eaux, pour la tribu Ojibwas
WYOMING : les grandes plaines ( indien )

mercredi 5 juin 2013

Le bleu est une couleur chaude


Une BD voyageuse proposée et soutenue par Mo', bien avant le prix du public à Angoulême (2011), bien avant la palme à Cannes (2013). Lui faisant confiance pour la découverte, je n'avais lu aucun commentaire au préalable et je ne m'attendais pas du tout au propos.
En fait, le titre m'avait intriguée au premier degré, car le moindre coloriste sait que le bleu possède d'immenses qualités mais qu'il est une des couleurs froides. Ensuite, le titre joue sur une autre expression usuelle qui veut que le bleu soit la couleur des garçons, alors que le rose va aux filles !
Clémentine est avec Thomas, lorsque son regard croise le sourire amusé d'une jeune femme aux cheveux bleus qui se retourne - à peine - sur elle. Originale, excentrique, différente... Déjà, Clémentine est piégée. Il lui faudra affronter l'incompréhension, les critiques, mais vivre aussi une passion dévorante.  C'est une BD magnifique graphiquement et humainement. Elle raconte en beauté une histoire d'amour tragique, peu importe le genre des protagonistes. Elle évite l'écueil des clichés, appelle à la tolérance sans tomber dans le militantisme lesbien, ni dans le pathos, elle interpelle mais ne cherche pas à justifier ou à excuser.
L'adaptation cinématographique de Kechiche vue par Julie Maroh