dimanche 19 janvier 2014

Bleu poussière ou la véritable histoire de Kaël Tallas

Une tonalité de bleu que je n'avais encore jamais rencontrée* mais qui existe bel et bien, reproductible et précisément décrite dans le roman, une couverture due à Bilal qui s'intéresse lui aussi à certains bleus particuliers et à leur influence, enfin un titre qui rentre dans les objectifs de Lire sous la contrainte : je n'avais plus aucune raison de différer la lecture de ce roman fraîchement repéré.

Résumé : C'est d'abord la montée de l'ascenseur qui m'a semblé interminable. Je n'y ai repensé que bien plus tard. Les chiffres défilaient normalement - enfin je crois - mais la vitesse était inhabituelle, j'avais l'impression de monter jusqu'au ciel.
On n'a pas tous les jours vingt ans : Ladislas Baran et son frère jumeau ont bu plus que de raison pour fêter l'événement. Rentrant chez lui au petit jour, Ladislas bascule soudain dans un univers inconnu. Son identité a changé, il se nomme désormais Kaël Tallas et chacun reconnaît en lui le jeune et brillant mentor du ministre de l'Avancée sociale... Comment vivre dans la peau de cet étranger et s'adapter à ce nouveau monde dont les mœurs le révoltent ?  


Kaël Tallas, alias Ladislas, ne reconnaît pas le monde qui l'entoure au lendemain de ses vingt ans. En fait, un laps de temps d'une année lui échappe totalement. Dans la peau de Kaël, il est le collaborateur brillant du Ministre de l'Avancée sociale, un fonctionnaire zélé et influent et un théoricien de premier ordre dans le domaine de la "positive attitude". Mais dans sa tête, il est Ladislas Baran et il cherche à retrouver sa vie, ses parents et surtout son jumeau Lazlo, disparu au cours de leur soirée d'anniversaire.
La plus grande partie de ce roman présente une dystopie, effroyable comme peut l'être le double à peine déformé de la réalité. Sous couvert d'affichage d'un bonheur à toute épreuve, la société a rejeté les pauvres, les malheureux, les vieillards, les inadaptés et jusqu'à l'idée même de compassion. Efficacité et contrôle sont les maîtres mots. Les jeunes sont formatés dès l'école pour réussir ou voués à disparaître, rejetés par le système, leurs parents, leurs camarades.
Salué comme un héros, Kaël revient d'un séjour d'un an en immersion en Nérubie, un pays voisin qui ressemble au monde dont il se souvient, qu'il est parvenu à infiltrer et à convertir aux préceptes moraux de l'Avancée sociale. La voix d'une dissidence timide se fait entendre et le Kaël, qui doute de lui et des idées qu'il a développée, l'entend par l'intermédiaire d'Izaath, une très belle femme qui a été sa maîtresse.

Le monde d'anticipation décrit par Jennifer D. Richard reste suffisamment crédible pour s'interroger sur les travers de la société qu'elle pousse au paroxysme : bonheur, réussite, contrôle, réalisation de soi... Par comparaison avec la Nérubie, le monde de Kaël est un enfer totalitaire d'où les gens "heureux" ont disparu, en dépit des apparences qu'il faut sauver à grand coup d'anti-dépresseurs sous peine de finir dans les cellules de rêve, la solution létale à tous les cas désespérés.
Mais la quête identitaire de Kaël/Ladislas/Lazlo est plus qu'un prétexte à cette histoire, assez adroitement jouée, elle en est le fondement insoupçonnable. Ce roman à double ressort fait réfléchir, mais permet aussi de passer un bon moment de lecture, car finalement, c'est une fiction. Ouf !

L'auteur, Jennifer D. Richard, est co-lauréate 2007 avec Gaëlle Nohant, de la résidence Robert Laffont du premier roman consacrée à la littérature fantastique. Celle-ci, qui se tient à l'abbaye royale de Fontevraud, a pour vocation de permettre à de jeunes auteurs non encore publiés de découvrir le monde de l'édition, leur faire bénéficier des conseils de professionnels, leur donner l'opportunité de se consacrer quotidiennement au travail de leur manuscrit et, au-delà, de promouvoir le lancement de leur premier roman à travers un dispositif original.

* ce n'est pas totalement exact car je me souviens d'une exposition où l'artiste avait uniformément recouvert toute une pièce et son contenu, jusqu'à l'ampoule du plafond, d'une couche de peinture pour laquelle le terme de bleu poussière convient particulièrement bien, l'ensemble évoquait la première guerre mondiale et les tranchées.

1 commentaire:

Philippe D a dit…

Merci pour cette nouvelle participation à mon challenge et bonne soirée.