lundi 28 février 2011

Nouveaux challenges pour varier les plaisirs

  • Voilà que Nane invite à une balade en Italie ! Comment résister ? Je m'engage donc, entre le 8 décembre 2010 et le 9 décembre 2011, à lire au moins 1 livre ou BD d’un auteur italien (peu importe qu’il se déroule en Italie ou pas) et 1 livre ou BD dont les héros sont italiens et/ou dont l’action se déroule en Italie, regarder un film italien (réalisateur italien ou se déroulant en Italie), cuisiner un plat et/ou un dessert italien. Va bene cosi ? Si ça vous tente, rejoignez-la donc !
  • Sur une idée de Sabbio et grâce à son challenge « La Nouvelle », je vais pouvoir accentuer ma lecture de recueils : primo parce que le logo est bien tentant, secondo je ne vais pas me forcer car j'adore les nouvelles, tertio cela va faire du bien à ma PàL : par exemple, enfin lire Vive l'imagination ! (festival Etonnants voyageurs de Saint Malo) ou Nouveaux contes de Bustos Domecq de Jorge Luis Borges... et puis ça me donnera l'occasion de relire Maupassant, mon novelliste préféré. Je m'inscris donc des deux mains au niveau 3 " novellistes amoureux : plus de 10 recueils " à lire entre le 18 février 2011 et le 18 février 2012.
  • Dans un autre registre, Valérie K. propose de faire son marché de fruits et légumes littéraires : 10 livres en deux ans... pas de quoi faire une indigestion ! J'en ai déjà trouvé plein dans ma LàL dont vous pouvez essayer de deviner les titres, et aussi Fruits & légumes d'Anthony Palou (PàL) mais j'ai bien quelques doutes sur Tournesol et Cornichon !! PATATE                                                CITRON
    AUBERGINE                                        ORANGE
    TOMATE                                               POMME

samedi 26 février 2011

Comment faire l'amour avec un nègre sans se fatiguer

 challenge Tour du monde : Haïti

Comment faire l'amour avec un nègre sans se fatiguer est le titre provocateur du premier roman de l'écrivain haïtien et nouvel académicien Dany Laferrière. Satire féroce des stéréotypes et clichés racistes, le roman publié en 1985 au Canada se présente comme la joyeuse description d'une vie de bohème, version black, où l'auteur jongle avec la multitude des fantasmes en noir et blanc. Il décrit une Amérique à deux vitesses, un monde de castes où dominants et dominés s'emboitent comme des poupées russes. Seul le désir, irrépressible et libérateur, peut briser l'ordre des choses. Le sexe apparaît comme la seule terre promise, terrain d'entente où jeunes noirs pauvres et riches jeunes filles blanches peuvent d'emblée se répondre.

Vieux et Bouba, deux jeunes noirs oisifs partagent discussions philosophiques et appartement minable dans un quartier paumé du Carré Saint Louis, Montréal, Québec. Leur deux-pièces voit défiler une quantité de "Miz", des jeunes filles de Westmount qui étudient à l'Université McGill. Bouba, le philosophe sur le divan, préfère dormir, lire, citer Freud, son livre de chevet, ou les sourates du Coran, tout en écoutant les grands noms du jazz. Son truc à lui, c'est de conseiller les filles-à-problèmes, intellectuelles ou suicidaires.
Le narrateur, originaire de Côte d'Ivoire, projette d'écrire un roman sur une vieille Remington achetée dans une brocante : il s'intéresse aux rapports hommes/femmes dans un contexte de différence raciale et sociale. Surtout il apprécie la drague, prétexte à de nombreuses aventures féminines. Mais au delà d'une sorte de jubilation à séduire toutes ces belles demoiselles, innocentes ou curieuses, se dessine une véritable interrogation au goût doux amer sur la trilogie Blanc-Blanche-Nègre. Ce que Vieux cherche dans le sexe, c'est l'absolu. Il a besoin d'être pris et aimé entièrement, pour ce qu'il est, au-dessus des notions d'oppression raciale et sexuelle.

lundi 21 février 2011

De briques et de sang

A la fin du XIXème siècle, l'industriel Godin, inventeur du brevet des fameux poêles qui portent son nom, a des idées sociales avancées. Il investit ses bénéfices dans la contruction d'un habitat communautaire, intégré à des services pour les familles, destiné à loger la population ouvrière et dirigeante de son usine. Les parts sont redistribuées aux occupants au fur et à mesure des profits de façon à les rendre propriétaires, collectivement, du parc complet, bâtiments et entreprise.
1914. Les morts suspectes se multiplient au Familistère : un vieil ouvrier, jardinier à ses heures, égorgé, une veuve noyée dans le lavoir, un couple intoxiqué dans son sommeil... L'enquête policière cesse lorsqu'un vagabond est arrêté et accusé des meurtres. Mais une jeune fille du Familistère n'est pas convaincue de sa culpabilité ; elle se joint à un journaliste parisien de L'Humanité pour tenter de découvrir le coupable et faire cesser l'hécatombe en série. L'intrigue imaginée par Régis Hautière est contextualise de manière très subtile aux prémices de la première guerre mondiale, avec la montée des tensions entre la France et l'Allemagne, la tentative de riposte de l'internationale des travailleurs face à la montée du bellicisme et l'assassinat de Jean Jaurès._
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Promesses tenues par cette BD engagée et dépaysante que Jérôme a eu la gentillesse de m'envoyer après m'avoir tentée par son commentaire... Je vous renvoie vers son site où il explique merveilleusement bien la finalité du projet de Godin et le procédé utilisé par David François pour la reconstitution des dessins.
J'aime particulièrement le TOUT : le moyen format, le papier de fond noir mat sur lequel se découpe les vignettes, comme des fenêtres éblouissantes aux tonalités souvent bleues et noires, les étiquettes en réserve qui portent les commentaires d'une belle écriture cursive, certaines scènes de rues qui feraient des tableaux à Montmartre ! L'originalité du scénario séduit, les personnages ne sont pas banals non plus, à la limite du portrait et de la caricature et les représentations du Familistère de Guise sont tout simplement époustouflantes de réalisme et de beauté architecturale.

dimanche 20 février 2011

Journal intime d'une prédatrice

Dans une série d’enquêtes littéraires inaugurée par Journal intime d’un marchand de canons, Philippe Vasset s'attache à démolir les icônes capistalistes, un peu comme Osmont dans son tryptique, mais avec un style d'écriture très différent. D'abord, ses romans sont très courts, le style est apuré et distant, tranchant comme la glace. Les formes narratives alternent ainsi que les points de vue (plusieurs sources à l'histoire dont certaines sont véridiques), les personnages sont tantôt drôles, cruels, touchants, certains sont réels, comme la redoutable Sarah Palin, députée de l'Alaska. Mêlant étroitement fiction et éléments tangibles, l'auteur dévoile les intrigues en cours autour du pillage organisé des richesses du Pôle Nord, à rebours des résolutions de Copenhague et dénonce la réalité contemporaine dans la plus pessimiste des anticipations.
" Elle " a lancé un fonds d'investissement à 500 000 dollars la souscription afin d'exploiter les opportunités offertes par le changement climatique et la fonte des glaces en Arctique, sous lesquelles gisent gaz, pétrole, diamants, réservoirs d'eau gelée... n'attendant que l'exploitant capable de les atteindre. La créatrice de ce concept précurseur est la présidente d'ICECAP, la Reine des Glaces comme l'a baptisée la presse, une visionnaire selon les investisseurs, une manipulatrice chez qui tout est calcul selon le narrateur. Elle sait s'entourer de jeunes gens doués, spécialisés en climatologie, auxquels elle impose une pression infernale et elle manipule les populations autochtones et les Etats pour parvenir à ses fins. Elle mène toutes ses opérations tambours battants, avec plan de campagne où l'échec n'est pas admis et champs de bataille où les perdants se font clouer au pilori.
" Elle " sonne comme un prénom ou un titre et se passe de nom. A côté d'Elle, tous les collaborateurs sauf un ont désignés par une initiale H. le nouveau stagiaire mal à l'aise, A. l'assistante favorite qui marche dans les traces de son modèle jusqu'à vouloir surpasser le maître, Y. l'espion chargé d'intercepter les renseignements dont Elle a besoin.
Le procédé est original car il s'agit d'un journal intime écrit à la troisième personne, le témoignage de son plus intime collaborateur. Cela me rappelle un peu Journal d'une femme de chambre d'Octave Mirbeau. Le narrateur n'est autre que le secrétaire particulier de l'intéressée, le chargé de communication qui lui fait répéter ses discours et prépare ses mises en scène. Ombre fidèle entre les ombres, homme-paillasson dévoué jusqu'à l'abnégation, factotum transparent qui n'est jamais ni nommé, ni regardé, il sait voir au-delà de l'ambition de la redoutable financière, les meurtrissures d'une self-made woman vieillissante qui refuse son âge et use d'artifices pour se voiler la face !

Sans la télé

Il sort de ma PàL. Ce livre pour adolescents qui parle aussi et surtout aux adultes nés avec la télévision, nourris de Goldorak et de Dallas... m'a été prêté par L'encreuse.
A travers une filmographie idéale de 18 titres, Guillaume Guéraud retrace, par digressions et recoupements, l'éveil de sa curiosité et de son amour pour le septième art.
A l'école, tous ses camarades ont la télé, sauf lui. A cause de son oncle, communiste et anti-américain, qui jure que " la télé est un poison qui rend con " et de sa mère, qui en compensation lui fait découvrir le cinéma. En noir et blanc ou en colorama, futurs grands classiques et westerns mythiques, il s'initie, à raison de plusieurs fois par semaine, aux questionnements et aux éblouissements qui naissent devant et derrière la caméra. Il est parmi les rares de son quartier à passer au collège. Les films l'évadent de son univers de banlieue bordelaise où les certitudes enfantines craquent devant les rigueurs du vide, du désespoir et de la misère. Il comprend alors l'immense cadeau que lui a fait sa famille en le privant de la télé : dans son imaginaire, le grand écran surclasse définitivement le petit !
Extrait : " Vous avez même pas vu Il était une fois dans l'ouest ! Je leur balance. Ce que vous avez vu, ça s'appelle Il était une fois dans mon salon et, sur votre télé, l'homme à l'harmonica n'était pas plus grand que vos petites bites ! "
Ce petit fascicule rapide à lire rend un bel hommage aux salles obscures et invite à se précipiter dans le premier cinéma d'art et d'essai. Il paraît qu'il fait cet effet là à ses lecteurs, je n'y ai pas échappé car il m'a inspiré l'envie de voir ou de revoir :
M le maudit, Allemagne, Lang, VU                                                                                        Duel au soleil, Etats-Unis, Vidor
Les temps modernes, Etats-Unis, Chaplin, VU                                                           Allemagne année zéro, Italie, Rossellini
La belle et la bête, France, Cocteau, VU                                                                                 Les désaxés, Etats-Unis, Huston
Le voleur de bicyclette, Italie, De Sica, VU                                                                                Kagemusha, Japon, Kurosawa
La strada, Italie, Fellini, VU                                                                                       Mon oncle d'Amérique, France, Resnais 
Il était une fois dans l'ouest, Etats-Unis Italie, Leone, VU                                                   Rusty James, Etats-Unis, Coppola
E.T., Etats-Unis, Spielberg, VU                                                                                     L'exorciste, Etats-Unis, Friedkin NON
Scarface, Etats-Unis, De Palma, VU                                                                   L'année du dragon, Etats-Unis, Cimino NON
Histoires de fantômes chinois, Hong Kong, Ching Siu-tung PEUT ÊTRE     Les griffes de la nuit, Etats-Unis, Craven NON

samedi 19 février 2011

Marmites créoles

C'était aujourd'hui l'inauguration officielle du nouvel espace investi par Anne et Troll des Recréateurs dans un des bâtiments de l'ancienne gare routière : au rendez-vous comme toujours, des idées, de l'inspiration et des animations à foison, la part belle aux créateurs de tous poils et " plumes "
puisqu'aujourd'hui, en préambule de la soirée concert, il y avait dédicace pour l'album de BD Marmites créoles avec quatre des dessinateurs (Le cri du margouillat) de ce collectif en noir et blanc, illustré de recettes créoles : de savoureux caris en rougails épicés, sans oublier les boissons pour tous les goûts, avec un sympathique bonus en fin d'ouvrage : des étiquettes autocollantes pour décorer vos bouteilles de rhum arrangé fait maison.

vendredi 18 février 2011

Le jeu de l'ange


Destination : Espagne
 Meilleur lire Etranger 2004 pour L'ombre du vent  
(tome précédent où le narrateur est enfant)

Je reprends mon billet depuis le début car j'ai perdu le version en cours lors d'une fausse manip' doublée d'une déconnexion intempestive (il n'y a pas que des avantages à vivre sous les cocotiers !)  
On a beaucoup parlé de L'ombre du vent de Carlos Ruiz Zafon, puis du suivant Le jeu de l'ange que Petite Fleur me propose de découvrir dans le cadre du circle challenge ABC 2011. Globalement, j'ai beaucoup de mal avec cette lecture et je n'accroche guère à l'histoire, ni à l'écriture.

Premier acte : La ville des maudits.
La mise en place de l'histoire et des personnages est finie. Ouf ! Sans grand enthousiasme, si ce n'était le challenge, je crois que je me serais arrêtée là...
L'inaction se passe à Barcelone dans les années 1920. David Martin a été recueilli gamin dans les locaux du journal La Voz de la Industria où il est devenu l'homme à tout faire. Enfant, puis adolescent passionné de lecture, il écrit à ses moments perdus. Grâce à la faveur de don Pedro Vidal, le chroniqueur vedette, il obtient du rédacteur chef M. Basilio un essai à la pige pour l'édition dominicale. Son histoire est un succès auprès des lecteurs et Les nuits de Barcelone deviennent une rubrique hebdomadaire .
Deuxième acte : Lux aeterna.
C'est le début d'une carrière prometteuse. Sous un pseudonyme imposé par contrat, David produit du roman-feuilleton au kilomètre, La ville des maudits. Il écrit sans trêve, ni repos au risque d'y perdre la santé, voire l'estime de ses rares amis, le libraire Sempère et Cristina, l'amie d'enfance dont il est secrètement amoureux, ainsi que don Pedro Vidal. A bout de forces après quelques années de ce régime, David veut reprendre sa liberté pour écrire son propre roman. A l'appel de Cristina, devenue la secrétaire de don Pedro, il retravaille en secret le manuscrit de la grande fresque historique dont il lui a soufflé le schéma et dans la rédaction duquel l'écrivain s'enlise. Les deux titres Des pas dans le ciel et La maison des cendres paraissent en même temps mais la presse encense l'un et méprise l'autre. Sempere lui fait alors découvrir le Cimetière des livres oubliés.
Troisième acte : Le jeu de l'ange
Puis Andreas Corelli, le patron des Editions de la Lumière lui fait une offre inespérée et troublante pour qu'il écrive « une histoire pour laquelle les hommes seraient capables de vivre et de mourir, de tuer et d'être tués, d'offrir leur âme ».  Du jour où il accepte ce contrat, une étrange mécanique du meurtre se met en place autour du malheureux David, qui est bien moins talentueux pour choisir ses éditeurs que pour écrire. Il cherche à en connaître un peu plus sur le passé de l'étrange maison qu'il l'habite et qui curieusement semble le relier à un autre écrivain décédé, à l'étrange ouvrage intitulé Lux aeterna qu'il a pris en échange de son roman au Cimetière des livres oubliés et à Corelli dont les pouvoirs semblent transcender le temps et l'espace. Particulièrement doué pour les ennuis, toutes ses tentatives le font tomber de Charybbe en Scylla.
Epilogue 1945 : où l'histoire repart en boucle ou presque !

Les romans écrits par David Martin sont eux aussi des fantastiques qui révèlent les noirceurs de la ville et de l'âme humaine. Par une mise en abîme qui aurait gagné à être plus explicite, on ne distingue plus très bien l'imaginaire de l'auteur Carlos Ruiz Zafon de celui de son personnage d'écrivain. Il y a énomément de longueurs, beaucoup trop de redites et le style plutôt lourd manque de correction : l'ensemble aurait gagné à être racourci et allégé. La seule chose qui sauve le roman à mon avis et mérite que je l'aie lu avec plus de satisfaction à la fin qu'au début sont les descriptions amoureuses d'une Barcelone aux multiples facettes, personnage à part entière, désespérée et intrigante, exubérante et secrète. Je reste néanmoins peu convaincue des raisons de l'immense succès qu'il a rencontré à sa sortie. Il a surfé sans doute sur la vague des amateurs de romans noirs fantastiques.

Extrait qui, par la voix de deux protagonistes, David Martin et l'inspecteur Grandès qui l'interroge pour meurtre, résume assez bien l'histoire (pp. 480-483) :
Par où voulez vous que je commence ?
- C'est vous le narrateur. Je vous demande seulement de me dire la vérité [...]
- Mes paroles me firent voyager dans un temps que je croyais perdu, la nuit où mon père avait été assassiné à la porte du journal. J'évoquai mes jours à la rédaction de La Voz de la Industria, les années pendant lesquelles j'avais survécu en écrivant des histoires fantastiques, et cette première lettre écrite par Andreas Corelli me promettant de grandes espérances. J'évoquai cette première rencontre avec le patron au Réservoir des Eaux et ces jours où la certitude de la mort était mon unique horizon. Je lui parlai de Cristina, de Vidal et d'une histoire dont n'importe qui aurait pu prévoir la fin, sauf moi. Je lui parlai de ces deux livres que j'avais écrits, l'un sous mon nom et l'autre sous celui de Vidal, de la perte de ces misérables espérances et de cet après midi où j'avais vu ma mère jeter à la poubelle la seule chose que je croyais avoir réussie dans ma vie. Je revins dans cette maison près du parc Güell, la nuit où le patron m'avait fait une proposition que je ne pouvais refuser. J'avouai mes premiers soupçons, mes recherches sur l'histoire de la maison de la tour, sur l'étrange mort de Diego Marlasca et le filet de faux semblants dans lesquels je m'étais trouvé pris [...] 
- J'ai entendu comment, moribond et désespéré, vous avez passé un accord avec un éditeur parisien plus que mystérieux dont nul ne sait rien et que personne n'a jamais rencontré, pour lui inventer, selon vos propres paroles, une nouvelle religion en échange de cent mille francs français, et cela pour découvrir ensuite que vous étiez victime d'un sinistre complot où seraient impliqués un avocat qui a simulé sa propre mort il y a vingt cinq ans afin d'échapper à un destin qui est aujourd'hui le vôtre, et sa maîtresse, une chanteuse de cabaret tombée dans la mouise. J'ai entendu comment ce destin vous a conduit à plonger dans le piège d'une maison maudite où avait déjà été pris votre prédécesseur Diego Marlasca et comment vous avez découvert que quelqu'un vous suivait en assassinant ceux qui pouvaient révéler le secret d'un homme qui, à en juger par vos propos, était presque aussi cinglé que vous.

lundi 14 février 2011

Loto BD : la fin d'une belle aventure

Rendez vous : Balade balade pour le 26 mars.

Pour rappel :
1/ Je m'inscrivais au début du mois de janvier au Loto BD.
Organisé par trois complices, Mo', Val' et Loula, il était proposé dans trois catégories : Histoires vécues, Fictions réalistes et Mondes imaginaires. Pour participer, le principe était simple : chaque inscrit s'engageait à envoyer une BD, un tirage au sort devait déterminer le seul gagnant pour tous les livres moins un, qui viendrait récompenser le gagnant de second rang. La clôture des inscriptions était fixée au 22 janvier et l'envoi, dans le plus grand secret, au 25 janvier 2011.

2/ Aujourd'hui, grâce aux participants, ma PàL s'est enrichie de belle et diverse manière.
J'ai gagné dans la catégorie Fictions réalistes, ma préférée si j'avais pu choisir... comme le hasard fait bien les choses ! Je suis très très contente : je n'irai pas jusqu'à dire comme Mr Zombi que je le serais autant si je n'avais rien gagné... car ce sera un réel bonheur de me plonger dans les lectures choisies par mes expéditrices et expéditeur que je remercie chaleureusement ainsi que les organisatrices : pour que la roue tourne, je rejouerai avec vous. Un merci tout particulier à Pitchounette à ses 10 ans et à ses dix petits doigts qui m'ont porté bonheur !

A la grande surprise de mes parents que je n'avais pas prévenus de cette éventualité - pas totale toutefois car il m'arrive de donner leur adresse comme boîte postale lorsque je passe sur Internet des commandes non livrables dans mon île inaccessible - UN... DEUX COLIS à mon nom sont arrivés chez eux aujourd'hui. Je n'aurai le plaisir d'en découvrir le contenu que quand je rentrerai mais je n'ai pas pu m'empêcher de leur demander de soulever un des voiles du suspense et me dire les titres des albums, pour essayer de deviner dans quelle catégorie j'ai gagné !

Le premier paquet vient de Fildediane mais je ne suis guère plus avancée car je sais que comme moi elle a participé aux trois tirages. Elle a choisi de m'envoyer Nemi : j'ai eu du mal à le retrouver sur internet car je n'avais compris au téléphone que Nem (tiens ? Nem ? le Vietnam ? une histoire vécue peut-être ?)
Que Nemi ! Merci, merci, je sens que je l'adore déjà ! Et grâce à elle et à son auteur, Lise Myhre, je vais même pouvoir ajouter la Norvège au challenge BD PàL sèche de Mo'.

Le second colis contient deux albums en provenance d'Enna et de l'ORGANISATRICE...  qui n'est autre que Val' ainsi qu'une carte sympa qui a bien fait rire ma Môman (oui, elle a découvert que je m'appelais XL) ! Cet indice infaillible m'indique qu'il s'agit de la catégorie Fictions réalistes, mais si je me souviens que Val a annoncé qu'elle enverrait un livre supplémentaire, je ne sais plus s'il est destiné au deuxième rang ou à la totale ?

Elle a donc sélectionné Le sang des Valentines une Bd sur le thème de la première guerre mondiale parue chez Casterman, que j'ai hâte de découvrir car je ne connais pas du tout et je n'ai jamais possédé une BD sur cette période... J'ai bien été tentée par le concours de Jérôme pour gagner Vies tranchées mais je ne connaissais pas les réponses parmi ses propositions, hormis Le corbeau.

Quant à celui d'Enna, il m'a donné le plus de fil à retordre et j'ai failli ne pas le reconnaître car il fallait comprendre que sous Loulou abord - La naissance se cachait un album que j'ai très envie de découvrir depuis que sa couverture m'a intriguée sur vos blogues.
Au début du siècle, dans la campagne belge, un jeune garçon vit sous le joug de son père au milieu des siens dans la lente répétition des jours. Bien que sa condition et son milieu soient peu propices à la moindre perspective d'avenir, Yvon aspire à plus de grandeur. Il parviendra finalement à se soustraire de l'emprise paternelle, débutant ainsi une aventure qui le mènera bien plus loin qu'il ne l’aurait jamais imaginé.

Une nouvelle arrivée supplémentaire ce matin : je ne connais pas Kokor son auteur, mais cette fois, le titre n'a posé aucune difficulté. Il s'agit de Balade, balade et nul doute que celle qui m'a gâtée ainsi (imaginez 110 pages) va doublement regretter de ne pas l'avoir lue avant expédition, car elle devra attendre comme moi pour connaître le dénouement de cette histoire plutôt alléchante... Un grand merci à Tiphanya qui m'indique en outre que la BD vaut pour son challenge Carnet de voyage. J''en ai des étoiles dans les yeux !

Aujourd'hui, la surprise vient de Mr Zombi : il a choisi Les petits ruisseaux de Pascal Rabaté que j'ai déjà apprécié dans Ibicus : c'est le premier auteur de ce Loto qui ne sera pas une totale découverte et j'ai hâte de lire ce nouvel opus qui s'attaque apparemment à un sujet déroutant. Merci pour ce choix hors des sentiers battus.
Chaque jour, Edmond et Pierre, deux petits vieux, s’installent au bord de la rivière pour pêcher. Ils font de temps à autre des pauses pour casser la graine ou boire un coup de blanc. Parfois ça mord un peu. Le soir, chacun rentre chez lui. Edmond retrouve son chat et Pierre parle à la photo de sa femme décédée d’un cancer.
J'ai choisi cette illustration un peu foncée, car il semble que l'original soit " d'un beau violet " (toujours selon ma réceptionniste favorite !)

Si j'ai bien suivi le fil des discussions, les dernières surprises devraient venir de :
Jérôme dont je lis avec plaisir les commentaires D'une berge à l'autre (NON => envoyé à Enna)
Choco dont j'ai déjà suivi les conseils avec bonheur en marge du circle challenge ABC
... et une des organisatrices, Loula ! Heureusement que je ne me suis pas inscrite dans la catégorie détective, car j'aurais perdu

Il semble que ce soit Choco        Il s'avère que c'est Jérôme        J'avais tout faux puisque c'est Loula (dite la carpe) qui m'a envoyé Elisa de Nathalie Ferlut. J'aurais aimé vivre la chute du mur, mais j'avais un empêchement de taille... 51 cm et poids 3,3 kg ! Je vais donc découvrir cette BD totalement inconnue qui - me semble-t-il - fera bien pendant à la Nemi de Fildediane. Merci et bravo tu es la championne pour tenir ta langue !
Fin de l'automne 1989. Le mur de Berlin vit ses dernières heures, le monde s'apprête à entrer dans la dernière décennie du XXème siècle. Elisa, joli lutin blond à grande gueule, traîne sans conviction ses vingt ans et ses Doc Martens dans la petite ville où elle a grandi. Seuls comptent pour elle ses amis d'enfance, Daniel et Rachel. Elle, dont la vie familiale est un peu limitée, s'est investie dans la préservation du trio qu'ils forment depuis toujours, particulièrement depuis que ses deux amis sont devenus un couple. Pour ceux qui les connaissent, il semble évident qu'elle est amoureuse de son vieux copain Daniel, mais Elisa est un personnage assez compliqué.
Choco m'a envoyé Nous ne serons jamais des héros, accompagné de devinez quoi... des chocos !! Hum. Me voilà avec une belle sélection variée de BD ; j'ai grande hâte de les lire, l'attente va être longue.
Chômeur patenté, sans réel horizon, Mick glande sur son canapé en attendant que la vie devienne exaltante. Le seul événement qui vient briser la monotonie de sa vie est le décès de sa grand-mère. Une occasion non désirée de renouer le contact avec son père, un homme devenu extrêmement acariâtre depuis l'accident qui, 25 ans plus tôt, l'a laissé grabataire et veuf. Aussi, Mick est-il un peu surpris lorsque son géniteur lui propose de le payer pour l'accompagner autour du monde, sur les chemins de la nostalgie, des souvenirs et des rêves déçus.
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Désolée pour l'attente supplémentaire, mais avant de lire mes commentaires personnels, il faudra d'abord que je récupère tous les albums ! Pour patienter, les synopsis que je reproduis ci-dessus sont tirés du site BD-Sanctuary sur lequel j'ai entrepris d'enregistrer la totalité de ma collection... après avoir perdu les heures de travail que m'avait coûté le fichier patiemment rentré sur mon disque dur lorsqu'il est tombé HS !

samedi 12 février 2011

Parle-leur de batailles, de rois et d'éléphants

par Mathias Enard, prix Goncourt des lycéens 2010
COUP DE COEUR en lecture commune avec Enna 
Extrait de la présentation éditoriale :
Urgence de la commande, tourbillon des rencontres, séductions et dangers de l'étrangeté byzantine, Michel Ange, l'homme de la Renaissance, esquisse avec l'Orient un sublime rendez-vous manqué.

Depuis quelques années, Michel-Ange travaille à la réalisation du tombeau de l'irrascible Jules II, le pape guerrier né della Rovere. Ne sculptant que le marbre " le plus beau, le seul qui vaille, blanc, blanc, blanc, sans veines, rainures ni colorations* ", il a déjà englouti l'avance perçue, dans l'achat de matériaux et il est en colère car il n'obtient pas l'argent nécessaire à la poursuite des travaux.
Complots et intrigues autour du palais Vatican l'opposent au peintre Raphaël et à l'architecte Bramante. Le sculpteur florentin n'a pas encore entrepris les peintures de la Sixtine et n'est pas reconnu parmi les artistes majeurs de la Renaissance, mais le David commandé par Laurent le magnifique et érigé sur une place de la cité palatiale des Médicis lui vaut déjà une belle renommée.
Il est las de supplier et de s'humilier à Rome lorsque lui parvient l'offre du grand sultan Bayazid (Bajazet) qui s'est rendu maître de Constantinople. Il doit concevoir le dessin d'un gigantesque pont sur la Corne d'Or destiné à relier les rives européenne et orientale de la ville. Le projet de Léonard de Vinci, son aîné de vingt ans, aérien mais irréalisable, a été rejeté et la démesure du défi le tente et apaise son orgueil blessé.

Mathias Enard écrit un roman subtilement historique. Au début, le texte s'appuie sur les notes d'Ascanio Condivi, le biographe de Michel-Ange, dont les écrits sont très rares et se résument à des listes de mots, des notes de fournitures. Ce pragmatisme est une réalité qu'on retrouve dans l'étude de la plupart des artistes de La Renaissance et qui traduisent leur souci constant du quotidien, se faire payer et pouvoir acheter les fournitures pour poursuivre leur oeuvre.
Ensuite, les traces biographiques s'effacent au profit du récit et de la fiction. Inventée ou ressuscitée, la belle chanteuse androyne qui partage sa couche et le récit de sa vie avec Michel-Ange, Mata Hari andalouse chargée de l'assassiner par des conspirateurs qui ne veulent pas du projet d'un infidèle et cherchent à déstabiliser le pouvoir ? Imaginaire, l'amour inavoué mais jaloux du poète Mesihi de Pristina, secrétaire particulier du vizir Ali Pacha et guide stambouliote de Michel-Ange durant son séjour entre 13 mai et le 25 juin 1506 ? Utopique, l'intervention du trouble Arslan, agent double et espion de la Sérénissime, qui intrigue pour le ramener en Europe et l'évacuer en secret de Constantinople ? 
Comme dans une bonne uchronie, afin d'éviter le paradoxe temporel, tous les éléments non vérifiables introduits dans le roman disparaissent avec son départ des rives du Bosphore : le firman (parchemin calligraphié) offert par le sultan qui le rend propriétaire d'un fief en Bosnie, la magnifique dague en damas noire et or réalisée dans les arsenaux du sultan... sauf un carnet à croquis, il n'emporte rien dans sa fuite précipitée, comme l'atteste l'inventaire méthodique établi par les scribes turcs, des biens laissés dans sa chambre chez le marchand Giovanni Maringhi.
En revanche, la mémoire de ses dessins, études et croquis et les souvenirs des techniques, des formes, des couleurs et des ambiances, rapportés du voyage en Turquie sont bien réels. Ils ont fait évolué son art et ont influencé directement son oeuvre ultérieure. Les passages sur la théorie de l'architecture, lois du rythme et de la composition sont particulièrement intéressants.
Un autre attrait du roman est de ne pas prendre un point de vue unique européen et de confronter deux mondes à travers le regard d'un homme, certes imprégné de culture greco-romaine et chrétien convaincu, mais suffisamment ouvert pour se confronter avec bonheur et intelligence aux apports artistiques de l'Orient et de l'Islam (la merveilleuse description de l'intérieur de Sainte-Sophie, église transformée en mosquée). Il souligne la mansuétude des mahométans envers les autres religions et la politique d'accueil du sultan qui fait régner la paix et les arts dans la capitale du futur empire ottoman ; a contrario, la cruauté de la reconquête des rois catholiques, Isabelle et Ferdinand d'Aragon en Espagne, l'obscurantisme des destructions et l'intolérance à toute cohabitation pacifique sont mises en avant.

* Eblouie et le souffle coupé par tant de beauté naturelle, j'ai vu sur l'île grecque de Thassos, une de ces carrières de marbre, au grain parfait de sucre cristallisé, d'un blanc de neige étincelant à vous brûler les yeux sous le soleil.

Stella la petite étoile

La curiosité de la petite princesse Stella de la constellation du Centaure est excitée par la vue de la lointaine perle bleue perdue au milieu de l'espace. Un jour qu'elle se penche trop pour en observer la beauté, Stella bascule et tombe, tombe... jusqu'au fond de l'océan. Elle devient Stella Maris, bientôt rejointe par de nouvelles étoiles de mer envoyées du ciel pour lui tenir compagnie. Mais elle s'ennuie de ses soeurs célestes et prie pour obtenir de les contempler de nouveau. Bientôt une formidable poussée venue du centre incandescent de la Terre la propulse vers le haut si haut que sa tête touche les nuages, tandis qu'elle fait corps peu à peu avec les flancs de la montagne. Dans cet album pour enfants, Arnaud Jomain propose une genèse imagée et inventive de l'île de La Réunion, d'abord baptisée islas Macarenas par les Portugais puis île Bourbon par les Français.

vendredi 11 février 2011

Mettez de la couleur dans votre PàL

Pour sortir de l'hiver en beauté et en couleur, Val organise un Swap vitaminé longue durée.
Pour résumer :
Tous les trois mois environ, pendant plus d'un an, un swap liant une couleur à un thème sera proposé : les premiers binômes plancheront en mars/avril sur Red is so British ! Chaque colis devra comporter un roman (ou BD sur option) dont la couverture ou le titre évoque la couleur à l'honneur + un roman (ou BD) sur le thème choisi  + un marque-page + une surprise + une gourmandise, le tout en rapport avec le thème ou la couleur.

jeudi 10 février 2011

Chouette, une nouvelle bibliothèque

Aujourd'hui avait lieu l'inauguration de la nouvelle bibliothèque intercommunale... près de la maison et du travail, BELLE et VASTE : 700 m², bien achalandée : romans livres jeunesse, CD, DVD, un rayon BD magnifique avec des albums tout neufs encore craquants à l'ouverture, sans oublier un joli fond local !!!
Confortablement installée dans le petit auditorium à écouter des textes mis en musique d'Alain Peters, le poète et musicien réunionnais qui a donné son nom aux lieux, j'en ai profité pour relire deux petites anthologies bloguesques dont je ne me lasse pas, même si j'en connaissais déjà presque toutes les histoires publiées  Ici  et    et j'ai repéré un roman de " Littérature métisse " pré-sélectionné dernièrement par le jury du prix de la ville de Saint Denis : Joëlle Ecormier, Le petit désordre (bruit en créole) de la mer.

mercredi 9 février 2011

Carnets d'Orient 1 et 2

Algérie
Jacques Ferrandez entreprend en 1990 une grande saga (10 tomes prévus) sur le thème de la présence française en Algérie, depuis la conquête jusqu'à l’indépendance. Chaque album se déroule dans un contexte historique précis.
Le premier mêle plusieurs chapitres de fiction romanesque et des pages présentées comme des notes de voyage et des vignettes traitées en aquarelle. Il couvre la période 1836 -1846 et raconte la résistance d'Abd el-Kader à  la conquête française.
Les futurs peintres " orientalistes " découvrent l'Algérie, sa lumière, ses couleurs, ses paysages, ses femmes mystérieuses et envoûtantes, à la suite des troupes militaires françaises qui se répandent à la conquête du Maghreb.
Parmi eux, Joseph Constant débarque dans le port d'Alger en mai 1836. Il retrouve son ami Marco Puzzo, un peintre italien dont il a fait connaissance à Rome. Installé à Alger depuis plusieurs années et entièrement orientalisé, il apparaît comme le défenseur du peuple et du territoire algériens en passe d'être colonisés par la France.
Face à lui, Joseph, séduit par la beauté du pays mais rebuté par les moeurs et la violence qui règne dans une Algérie en cours de conquête, incarne les préjugés coloniaux et la morale bourgeoise bien pensante.  Il est prêt à repartir par le premier bateau... mais restera plusieurs années pour les beaux yeux d'une femme, avant de regagner la France et d'y poursuivre une carrière de peintre orientaliste.
Lors de la visite d'un harem, il croise le regard de Djemilah, qu'il brûle ensuite de revoir et dont il n'a de cesse de suivre la trace à travers le pays. Pour communiquer avec elle, il devient Youssef, apprend l'arabe et s'initie aux subtilités des sourates, au point de pouvoir faire oublier qu'il est un roumi et un infidèle. Il accompagne les militaires jusqu'au siège de Constantine où Djemilah vient d'être mariée contre son gré. Après l'accord signé entre le Général Bugeaud et Abd-el-Kader, il parvient à approcher le grand dirigeant arabe dont il devient l'interprète. Il apprend la mort de Djemilah et quitte l'Algérie à la reprise des combats en 1839.
Son point de vue évolue diamètralement au cours du récit et sa position de civil le pousse à s'opposer de façon parfois radicale à l'arrogance et au sentiment de supériorité des militaires, voire aux exactions des soldats ; des deux côtés, il tente d'influencer la paix, même s'il finit par se trouver directement mêlé à la guerre entre les troupes françaises et les rebelles.
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Le scénario est historiquement solide et le dessin est réaliste. L'auteur s'efforce de développer les positions des uns et des autres avec une certaine neutralité ou du moins un équilibre et apporte des éléments d'information intéressants sur le pays, comme les traces de l'occupation turque.
Il montre aussi la magie du monde musulman pour les artistes qui en découvre les charmes, tout comme moi qui vais maintenant devoir poursuivre la lecture de la série, pour connaître le traitement réservé à la suite des évènements !

tome 2 : L'année de feu
Le deuxième album nous projette en 1871. Cette fois, les vecteurs du récit sont les écrivains Erckman et Chatrian, qui apparaissent furtivement et recueillent des témoignages auprès des colons venus s'installer en Kabylie sur des concessions enlevées aux tribus arabes.
Victor Barthélémy est un ancien soldat qui a combattu contre la Prusse puis s'est fait communard en refusant de tirer sur la foule à Paris. Il est entraîné en Algérie par son lieutenant qui retourne s'occuper d'un bureau arabe chargé de négocier la présence française et l'attribution de terres aux migrants, auprès des représentants des tribus.
Victor et sa compagne, une lingère qui rêve d'Afrique du nord depuis qu'un peintre l'a prise comme modèle pour une scène de harem, sont bientôt confrontés aux réalités de la colonisation : la confiscation des terres, l'hostilité des populations locales, la destruction des villages construits par les colons et les représailles sur les villages kabyles, le non-respect des pactes, l'insurrection des caïds et leur vive répression par les armes.
L'intérêt manifeste de cette série pour la véracité historique se confirme. Les divergences de points de vue sont respectées et incarnées dans différents personnages ; les contradictions françaises ne sont pas voilées. Cet album aborde également les difficultés de la situation entre la France et l'Allemagne et leur transposition sur les nouvelles terres offertes à l'exploitation agricole, qui représente une autre source potentielle de conflit inter-européenne.
Toutefois, je n'accroche pas beaucoup au dessin et lire 10 albums dans ces conditions n'est guère tentant.

mardi 8 février 2011

Le réprouvé

Grâce à Babelio et à L'Editeur, j'ai eu le plaisir de découvrir un très beau texte de Mikaël Hirsch, doublé d'un roman intéressant dont le sujet est moins Céline que Paris (ce que je croyais en raison de l'actualité, le cinquantième anniversaire de sa mort) et une balade passionnante à travers la culture des années 50, qui méritera une seconde lecture pour l'approfondir.
J'avais sélectionné Le réprouvé dans la liste du programme Masse critique organisé juste avant Noël sur la base du résumé suivant :
Lundi 6 décembre 1954, l'Académie Goncourt s'apprête à décerner son prix à Simone de Beauvoir. Comme chaque semaine, Gérard Cohen, garçon de courses chez Gallimard, se rend chez Louis-Ferdinand Céline qui vit à Meudon comme au purgatoire : le débutant se confronte alors au génie, l'adolescent au vieil homme et le juif à l'antisémite. Celui qui ne fut pas vraiment un martyr doit faire face à celui qui ne fut même pas un bourreau. La '' visite au grand écrivain '' devient alors une remontée du fleuve, dans les méandres de la mémoire et les profondeurs de la jungle. Peinture du milieu littéraire des années cinquante, errance dans un Paris disparu, Le réprouvé est un grand roman initiatique.

COUP DE COEUR

Si je m'attendais à un texte ardu, il n'en est rien. Fluide et agréable, sans poncifs, l'écriture invite le lecteur à suivre le fil d'Ariane que l'auteur déroule pour lui. Les tours et détours du narrateur sur sa moto sont l'occasion de merveilleuses pages d'errance descriptive dans un Paris disparu : les jardins du Palais royal, les pavillons des Halles, les usines de l'île Seguin, les remparts des faubourgs... L'histoire permet également d'entrer dans l'intimité de la maison Gallimard alors dirigée par Gaston, de sa rivalité avec Grasset avant qu'il ne soit racheté par Hachette et de la bataille renouvelée chaque année pour l'obtention du prix Goncourt. Leur garçon de course, Gérard Cohen, en sait tous les secrets et connaît in vivo la plupart des auteurs du prestigieux catalogue. Grâce à ses parents, il a vécu dès l'enfance dans le cercle étroit et la proximité réservée d'écrivains renommés. Tous ne l'impressionnent cependant pas au même titre que Louis Ferdinand Céline.
Demi-juif élevé dans l'absence de tradition religieuse mais obligé de se cacher sous la couverture d'un nom d'emprunt durant l'Occupation, il veut percer les raisons de la haine viscérale de l'antisémite radical. Craignant au début d'être trahi par des caractéristiques physiques révélatrices, il se laisse emporter peu à peu par l'intérêt que suscite, derrière le masque de l'écrivain fatigué, la personnalité du docteur Destouches.
De son côté, le misanthrope cinquantenaire, reclus volontaire à Meudon, s'habitue à la venue régulière du P'tit Gérard, porteur des missives de son éditeur. De retour d'exil, l'auteur de Voyage au bout de la nuit ne semble pas devoir retrouver un jour le chemin du succès. De nouveaux auteurs ont pris place sur la scène littéraire parisienne. L'année de la mort de Colette, l'élue de l'académie est Simone de Beauvoir pour Les madarins. Pourtant, le vieux fauve n'a rien perdu de sa vindicte et éclate en imprécations soudaines contre les jaunes, les rouges, les noirs... devant Gérard qui fait de ses visites contre-nature le terreau de sa maturation intellectuelle.
L'histoire rapporte les doutes et le cheminement du jeune homme - trop juif pour les uns, pas assez pour d'autres - qui tente de biaiser avec lui-même, ne se reconnaît d'aucune communauté et peine à ressentir un sentiment d'appartenance, mais aussi à se démarquer de sa famille et de son éducation.

dimanche 6 février 2011

Le phare

BD - PàL sèche - Février - Espagne

Francisco est devenu gendarme à 16 ans pour pouvoir faire la cour à sa belle. Lorsque la guerre civile éclate, il se retrouve dans l'arme régulière espagnole opposée aux troupes fascistes. Mais le propos de Paco Roca n'est pas tellement de montrer le conflit entre républicains et franquistes, mais une ode aux rêves : ceux qu'on laisse échapper et ceux qui ont le pouvoir de transformer notre vie. L'album se termine d'ailleurs sur un très court conte, celui du marchand de Constantinople qui vendit tout pour suivre son rêve jusqu'au Caire et y faire fortune, devint mendiant, puis épousa la plus belle femme et déterra un trésor.
Le trait est assez austère mais efficace, tout l'album est en noir, blanc, gris comme sur la couverture. L'intérêt de l'histoire réside dans l'entrecroisement de nombreuses références aux voyages imaginaires : Gulliver, le capitaine Nemo, Ulysse, Achab et la baleine blanche... un monde où la mer appartient aux hommes libres.
Déserteur tentant d'échapper à ses ennemis, Francisco bascule dans la mer et s'échoue au pied d'un phare désaffecté. Il est recueilli par Telmo, gardien de père en fils, un peu naufrageur à ses heures. Telmo vit dans l'attente de la lampe qui lui permettra d'illuminer le phare de nouveau. Il construit une barque avec les épaves rejetées sur le rivage dans l'espoir de rejoindre l'île de Laputa où l'attendent les honneurs d'un titre et la fortune. Doux rêveur, il entraîne peu à peu Francisco dans son utopie. La guerre n'est pourtant pas loin et un jour, les troupes franquistes s'approchent de ce bout du monde...

jeudi 3 février 2011

Al teatro - Cavalier seul

Dans la catégorie romans noirs au féminin, je poursuis ma lecture systématique de Stéphanie Benson (comme Andrea Japp d'ailleurs, sauf que je ne la suis pas dans sa thématique médiévale) ; tout n'est pas égal, mais je suis rarement déçue et certains sont vraiment excellents. L'auteur se renouvelle constamment et fait preuve de beaucoup d'inventivité dans le genre et dans l'écriture, souvent déjantée.
C'est le cas de Al teatro, Cavalier seul. Dans ce passionnant premier volume d'une tétralogie, l'auteur poursuit son passage en revue de l'exploitation psychologique de l'homme par l'homme, de l'emprise du plus fort ou du plus déviant sur le plus faible et réitère son intérêt pour les faiblesses humaines : la vulnérabilité, la crédulité...
Cavalier Seul, octobre 2001 - Lu le 18 novembre 2009
La secte du Millénaire de l'aube radieuse trouve le messie qu'elle attend, mais c'est un psychopathe qui donne sa pleine mesure de tueur grâce au web. Un groupe de policiers européens enquête.
L'auteur place le lecteur dans la tête du tueur, une sorte d'Hannibal Lecter sauvage, attardé et asocial qui se retrouve adulé par une bande d'allumés qui lui facilitent bien les choses, mais n'en oublie pas néanmoins de poursuivre ses propres desseins et leur fausse compagnie.
Cheval de Guerre, janvier 2003
Moros, mai 2004
Pur sang à paraître
J'attends avec impatience que soit sortie la totalité de la série pour découvrir la tétralogie dans son ensemble.

mercredi 2 février 2011

En chemin elle rencontre...

BD - PàL sèche - Février - France

Des extraits de la Constitution française, mais aussi de la déclaration des droits de la femme et de la citoyenne rédigée par Olympe de Gouges guillotinée sous la Terreur, des articles et des statistiques, des textes et des illustrations dénoncent les atteintes variées à l'intégrité physique et morale des femmes. Les thèmes abordés vont de l'excision à la lapidation, du harcèlement sexuel au travail au mariage forcé, de la violence conjugale au viol, de l'engrossement comme arme de purification ethnique à la traite humaine. Les histoires sont celles de Marie la Beurette, d'Awa l'Africaine, de Cristina la Moldave, d'Aisha la Somali, de Nadia la Serbo-Croate, de Yasmina Gwenaëlle ou de Françoise..
Sous l'impulsion de Marie Moinard (qui témoigne dans l'album) et avec le soutien d'Amnesty international, les éditions des ronds dans l'O et plus d'une trentaine d'artistes se mobilisent contre la violence faite aux femmes anonymes, doublement victimes de la censure et du déni. Le résultat est un album collectif, dense et fort qui trouble et donne à réfléchir (je cite Damien Vanders, dessinateur du témoignage de Marie) à " cette incertitude, le fait que peut être, sans le savoir, la réponse est oui  je connais, j'ai connu quelqu'un qui a vécu, subi de telles violences ". La sortie du tome 2 (couverture ci-contre) Les artistes se mobilisent pour le respect des droits des femmes est prévu en février 2011.
Une foule d'informations sur le site de Marie Moinard

A propos d'Elly

En lien avec la précédente BD, je voulais évoquer deux films forts qui m'ont marquée pour les mêmes raisons : pour une qui prend le risque de s'exprimer ou d'agir, combien de femmes se taisent et subissent en silence ?

  • Fleur du désert réalisé par Sherry Hormann est une coproduction franco-germano-autrichienne qui retrace le parcours du mannequin international Waris, sa prise de position et son combat contre l’excision. VU en novembre 2010
Waris est née en Somalie, dans une famille d’éleveurs nomades, rude mais nombreuse et aimante. Pour fuir un mariage qui la rebute,elle traverse les champs de roches et le désert jusqu’à Mogadiscio sans chaussures, sans réserve d’eau ni nourriture. Elle n’a que 13 ans et cet acte fondateur montre déjà son immense courage, sa volonté farouche, son insoumission et son refus de l’adversité. Recueillie par sa grand-mère maternelle, elle est bientôt placée comme bonne chez une parente mariée à l’ambassadeur de Somalie au Royaume Uni. Durant six ans, elle y est traitée en quasi-esclave, sans aucun contact avec l’extérieur ou avec sa famille. A l’annonce de la guerre civile en Somalie, le diplomate et sa famille fuient en abandonnant à Waris l’ambassade désertée.
Elle se retrouve à la rue, sans travail, sans papiers, sans personne et sans connaître un mot d’anglais ! Elle a alors la chance de croiser la route de Marilyn, une comédienne au grand cœur qui gagne sa vie comme vendeuse dans un grand magasin en attendant de décrocher un rôle. Marilyn commence par la rejeter puis accepte de l’héberger et Waris trouve un travail dans un fast food. Faisant le ménage avec discrétion et sans parler à quiconque, elle est pourtant remarquée par un photographe célèbre qui lui donne sa carte professionnelles.
Elle commence par refuser, mais il la parvient à la convaincre de poser et grâce à cet appui, elle est prise dans une agence de mannequins réputés. Lors du premier voyage à destination de New York, elle est refoulée à la frontière et apprend qu’elle est devenue apatride en raison des bouleversements politiques survenus de son pays. Elle fait un mariage blanc pour obtenir un permis de séjour et devient rapidement un grand top model international, mais elle n'a aucune vie de femme.
Marilyn lui avait appris avec horreur qu’elle n’était pas entière ; au cours d’une visite à l’hôpital, elle comprend qu’elle doit ses terribles douleurs dans le bas ventre à l’excision dont elle a été victime dans son enfance et à laquelle sa sœur n’a pas survécu. La belle Fleur du désert fait alors de la lutte contre les mutilations infligées aux femmes en Afrique son cheval de bataille et s’engage par le biais de l’ONU dans une première campagne d’informations et de sensibilisation à cette cause dans le monde entier.
C'est un film à la fois drôle et léger, à cause de toutes les péripéties que vit Waris, son inadaptation à la vie dans une grande métropole, son apprentissage malhabile de l'anglais, l'amitié et la bonne humeur de Marilyn, le problème de ses papiers, son mariage blanc que le marié voudrait bien honorer quand elle devient célèbre et les combines pour obtenir le certificat de nationalité et échapper aux enquêteurs...
Mais c'est également un drame à l'intensité permanente, quand elle fuit sa famille vers l'inconnu, quand elle débarque à Londres, quand elle doit trouver un logement et un travail pour ne pas vivre dans la rue, quand elle doit se procurer des papiers à tout prix pour ne pas être expulsée, quand elle doit supporter le mépris de sa communauté pour refuser les pratiques ancestrales, quand elle doit témoigner les larmes aux yeux des tortures que subissent des dizaines de petites filles, sans aucune justification si ce n'est le joug qu'une moitié de l'humanité fait peser sur l'autre moitié...
  • A propos d'Elly est un film iranien d'Asghar Farhadi, qui a obtenu l'ours d'argent à la 59ème Berlinale. Faussement simple dans son scénario et dans sa structure, il met en évidence la complexité de la société iranienne, questionne les aspirations des classes moyennes, les relations familiales et conjuguales. VU en janvier 2011
Ils sont sept amis qui se sont connus étudiants à Téhéran. Maintenant trentenaires, ils sont mariés et ont des enfants, sauf Ahmad qui arrive d'Allemagne au sortir d'une rupture et ils se retrouvent pour le temps d'un week end au bord de la mer Caspienne. Sepideh, exubérante et fantaisiste, s'est chargée de tout organiser et même de convaincre Elly, une jeune femme de sa connaissance de les accompagner pour la présenter au seul célibataire de la bande. La villa est un peu à l'abandon mais l’installation se passe dans la bonne humeur et les jeux, les rires et les allusions à peine voilées au futur jeune couple dominent la soirée. Si ce n'est que les femmes sont boutonnées jusqu’au menton et ont les cheveux couverts d'un foulard, cela pourrait se passer dans n'importe quelle villégiature de bord de mer un week end d’automne entre amis.
Le lendemain, un gamin imprudent manque de se noyer et après l'accident, tous s'aperçoivent de la disparition d'Elly : elle jouait au cerf-volant sur la plage avec les enfants, la dernière à l’avoir vue est une petite fille dont le témoignage reste imprécis. Les recherches durent jusqu'à la nuit ; au petit matin se pose la question de prévenir la famille.
Par ailleurs, Elly semblait avoir une impérieuse raison de vouloir rentrer à Téhéran et Sepideh l’a contrainte à rester en lui cachant son sac et son téléphone portable : elle peut être partie sans prévenir. Chacun essaie d’élucider le mystère et s'aperçoit qu'il ne connaît presque rien de l'invitée surprise, de son caractère, aimable mais mystérieux et ambigû, de ses intentions, de ses fréquentations. Elly disparue s'est elle noyée en héroïne tragique pour tenter de sauver un enfant ou a-t-elle fugué comme une lâche pour protéger un insoupçonnable secret ? A-t-elle trahi son honneur et sa vertu en acceptant, en connaissance de cause, la mixité de ce week end en groupe ?
Personne ne sait rien à propos d'Elly, pourtant chacun a son point de vue sur la compassion ou la condamnation que mérite son attitude. Tous s’accordent à réprouver la possible manifestation d’un dérèglement moral dont Sepideh s’est rendue au mieux complice et au pire coupable. Son mari, le doyen du groupe pourtant peu macho, lui fait de cruels reproches et va même jusqu'à lever la main sur elle : durant un instant il est devenu l’incarnation du regard des autres intolérant et comminatoire.
L’accident force chacun des amis à se dévoiler. Sous l'effet de la tension, le vernis craque et le faux air d'égalité entre maris et femmes disparaît. Les tricheries, le mensonge et la dissimulation, l'hypocrisie et le conformisme se révèlent au grand jour. Ces instants de crise où l’harmonie du groupe se fissure servent de révélateur sur le véritable caractère des uns et des autres, leur ouverture d'esprit ou au contraire leur soumission aux règles. Ils mettent en évidence que chacun méconnaît profondément ses proches.
Surtout, ils rappellent la complexité d’une société à demi occidentalisée, la dureté des contraintes pour ces jeunes iraniennes des classes moyennes, la timidité de la libéralisation des mœurs et la fragilité de leurs élans d'émancipation. En dehors de toute allusion à la religion, elles restent soumises à l'obligation tacite de sauver les apparences, à l'oppression ordinaire du socialement correct ainsi qu'au respect sévère des conventions qui régissent les relations amoureuses et familiales. Plusieurs figures féminines se côtoient dans le film et leur apparente unité vole en éclats lorsque le groupe, frappé par un événement imprévu, se disloque.
Lors de la scène de rupture, à l’instant charnière où la vie insouciante bascule dans le drame, Elly fait monter un cerf volant dans le ciel en courant sur le sable : durant de longues séquences en plan serré, l'image montre son visage radieux, sous plusieurs angles, dans une sorte d’ivresse de liberté. Cela m'a évoqué Les cerfs-volants de Kaboul sans savoir pourquoi car je ne l'ai pas lu.