par Mathias Enard, prix Goncourt des lycéens 2010
COUP DE COEUR en lecture commune avec Enna
Extrait de la présentation éditoriale :
Urgence de la commande, tourbillon des rencontres, séductions et dangers de l'étrangeté byzantine, Michel Ange, l'homme de la Renaissance, esquisse avec l'Orient un sublime rendez-vous manqué.
Depuis quelques années, Michel-Ange travaille à la réalisation du tombeau de l'irrascible Jules II, le pape guerrier né della Rovere. Ne sculptant que le marbre " le plus beau, le seul qui vaille, blanc, blanc, blanc, sans veines, rainures ni colorations* ", il a déjà englouti l'avance perçue, dans l'achat de matériaux et il est en colère car il n'obtient pas l'argent nécessaire à la poursuite des travaux.
COUP DE COEUR en lecture commune avec Enna
Extrait de la présentation éditoriale :
Urgence de la commande, tourbillon des rencontres, séductions et dangers de l'étrangeté byzantine, Michel Ange, l'homme de la Renaissance, esquisse avec l'Orient un sublime rendez-vous manqué.
Depuis quelques années, Michel-Ange travaille à la réalisation du tombeau de l'irrascible Jules II, le pape guerrier né della Rovere. Ne sculptant que le marbre " le plus beau, le seul qui vaille, blanc, blanc, blanc, sans veines, rainures ni colorations* ", il a déjà englouti l'avance perçue, dans l'achat de matériaux et il est en colère car il n'obtient pas l'argent nécessaire à la poursuite des travaux. Complots et intrigues autour du palais Vatican l'opposent au peintre Raphaël et à l'architecte Bramante. Le sculpteur florentin n'a pas encore entrepris les peintures de la Sixtine et n'est pas reconnu parmi les artistes majeurs de la Renaissance, mais le David commandé par Laurent le magnifique et érigé sur une place de la cité palatiale des Médicis lui vaut déjà une belle renommée.
Il est las de supplier et de s'humilier à Rome lorsque lui parvient l'offre du grand sultan Bayazid (Bajazet) qui s'est rendu maître de Constantinople. Il doit concevoir le dessin d'un gigantesque pont sur la Corne d'Or destiné à relier les rives européenne et orientale de la ville. Le projet de Léonard de Vinci, son aîné de vingt ans, aérien mais irréalisable, a été rejeté et la démesure du défi le tente et apaise son orgueil blessé.
Il est las de supplier et de s'humilier à Rome lorsque lui parvient l'offre du grand sultan Bayazid (Bajazet) qui s'est rendu maître de Constantinople. Il doit concevoir le dessin d'un gigantesque pont sur la Corne d'Or destiné à relier les rives européenne et orientale de la ville. Le projet de Léonard de Vinci, son aîné de vingt ans, aérien mais irréalisable, a été rejeté et la démesure du défi le tente et apaise son orgueil blessé.
Mathias Enard écrit un roman subtilement historique. Au début, le texte s'appuie sur les notes d'Ascanio Condivi, le biographe de Michel-Ange, dont les écrits sont très rares et se résument à des listes de mots, des notes de fournitures. Ce pragmatisme est une réalité qu'on retrouve dans l'étude de la plupart des artistes de La Renaissance et qui traduisent leur souci constant du quotidien, se faire payer et pouvoir acheter les fournitures pour poursuivre leur oeuvre.
Ensuite, les traces biographiques s'effacent au profit du récit et de la fiction. Inventée ou ressuscitée, la belle chanteuse androyne qui partage sa couche et le récit de sa vie avec Michel-Ange, Mata Hari andalouse chargée de l'assassiner par des conspirateurs qui ne veulent pas du projet d'un infidèle et cherchent à déstabiliser le pouvoir ? Imaginaire, l'amour inavoué mais jaloux du poète Mesihi de Pristina, secrétaire particulier du vizir Ali Pacha et guide stambouliote de Michel-Ange durant son séjour entre 13 mai et le 25 juin 1506 ? Utopique, l'intervention du trouble Arslan, agent double et espion de la Sérénissime, qui intrigue pour le ramener en Europe et l'évacuer en secret de Constantinople ?
Comme dans une bonne uchronie, afin d'éviter le paradoxe temporel, tous les éléments non vérifiables introduits dans le roman disparaissent avec son départ des rives du Bosphore : le firman (parchemin calligraphié) offert par le sultan qui le rend propriétaire d'un fief en Bosnie, la magnifique dague en damas noire et or réalisée dans les arsenaux du sultan... sauf un carnet à croquis, il n'emporte rien dans sa fuite précipitée, comme l'atteste l'inventaire méthodique établi par les scribes turcs, des biens laissés dans sa chambre chez le marchand Giovanni Maringhi.
En revanche, la mémoire de ses dessins, études et croquis et les souvenirs des techniques, des formes, des couleurs et des ambiances, rapportés du voyage en Turquie sont bien réels. Ils ont fait évolué son art et ont influencé directement son oeuvre ultérieure. Les passages sur la théorie de l'architecture, lois du rythme et de la composition sont particulièrement intéressants.
Un autre attrait du roman est de ne pas prendre un point de vue unique européen et de confronter deux mondes à travers le regard d'un homme, certes imprégné de culture greco-romaine et chrétien convaincu, mais suffisamment ouvert pour se confronter avec bonheur et intelligence aux apports artistiques de l'Orient et de l'Islam (la merveilleuse description de l'intérieur de Sainte-Sophie, église transformée en mosquée). Il souligne la mansuétude des mahométans envers les autres religions et la politique d'accueil du sultan qui fait régner la paix et les arts dans la capitale du futur empire ottoman ; a contrario, la cruauté de la reconquête des rois catholiques, Isabelle et Ferdinand d'Aragon en Espagne, l'obscurantisme des destructions et l'intolérance à toute cohabitation pacifique sont mises en avant.
* Eblouie et le souffle coupé par tant de beauté naturelle, j'ai vu sur l'île grecque de Thassos, une de ces carrières de marbre, au grain parfait de sucre cristallisé, d'un blanc de neige étincelant à vous brûler les yeux sous le soleil.
3 commentaires:
C'est marranr parce que ce que tu as aimé, je l'ai aimé aussi, mais il me manque le "je ne sais quoi" pour avoir vraiment accroché ;-)
J'ai été tellement décçue par ce roman. Une vraie déception!
@ Enna, Valérie et aux autres comme elles qui ont été un peu-beaucoup déçues, quel dommage d'être passées à côté, mais je reconnais que c'est un roman original (comme souvent aux éditions Actes Sud ce que j'apprécie) et donc on aime ou pas !
Vous aimerez peut être mieux Terrasse à Rome qui ressemble un peu dans la démarche et raconte la vie d'un graveur à partir de sources historiques http://ccommecolomb.blogspot.com/2009/09/terrasse-rome.html
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