dimanche 30 août 2020
L'empreinte
L'auteur débute des études de droit avant de bifurquer vers la littérature. Elle effectue un stage en Louisiane, dans un cabinet qui défend les condamnés à mort. Sa confrontation avec la confession de Rick Langley, meurtrier d'un petit garçon de 6 ans, Jérémy Guillory, ébranle ses convictions et réveille un traumatisme d'enfance.
L'enquête se développe sur deux fronts, avec une introspection qui sous-tend les parties autobiographiques et un autre champ, plus proche du journalisme d'investigation (De sang froid de Truman Capote), la compilation des milliers de pages d'archives relatives aux trois procès.
Faisant oeuvre de catharsis personnelle, elle montre également que vérité et justice sont moins objectives qu'on veut bien le croire. Elle relativise chaque étape du crime, puis du procès, comme par exemple les différentes manières d'aborder la chronologie dans une histoire. Son point de vue d'avocate permet d'éclairer la complexité de la mise en oeuvre de la peine de mort. Elle signale dans le texte chaque passage où elle a dû faire appel à son imagination, me rappelant les restaurations qui révèlent ce quiest authentique et ce qui est reconstitué avec des matériaux différents. En outre, un appendice reprend par chapitre toutes ses sources et extrapolations. Personnellement impliquée, elle s'attache à faire preuve de la plus grande rigueur dans son souci de comprendre les autres (Bessie et Alcide les parents du meurtrier, Lorilei la mère de la victime) autant qu'elle-même (les secrets de famille).
samedi 29 août 2020
La maison de Sugar Beach
Par les branches paternelle et maternelle, Helen Cooper descend des colons afro-américains appelés Congos qui sont revenus en Afrique à partir de 1820, se sont établis sur un minuscule cap marchandé aux autochtones et ont fondé le Liberia.
Elle vit l'enfance dorée, privilège des élites internationales, entre Monrovia la capitale, puis la vaste maison de Sugar Beach et différentes villégiatures, notamment en Espagne et aux Etats-Unis.A la manière de Faye dans Petit pays, son autobiographie romancée mêle étroitement histoire familiale et nationale. Le premier choc vient du divorce de ses parents, le second du coup d'état contre le président en avril 1980 qui précipite le pays dans un chaos où les groupes ethniques affrontent leurs divergences à coup de massacres. Après l'exécution des membre du gouvernement, dont l'Oncle Cecil, la mère d'Helen fuit aux Etats-Unis avec ses deux filles.
Aujourd'hui grand reporter de guerre, Helen Cooper raconte le long examen de conscience qui lui a permis de revenir au Liberia et de rechercher sa soeur adoptive Eunice, promise à des études à l'étranger mais laissée sur place en mai 1980.
Lu le 27 août 2020
mercredi 26 août 2020
Bookineurs en VIOLET #4.9
Le challenge est proposé sur Lunazione Elle commence le 26.06 et s'arrête le 26.08.20. Pour rappel des règles, il s'agit de lire des livres dont la couverture est de couleur dominante violette et de donner son avis chez Luna, Livraddict ou Babelio (sur le topic associé dans la partie forum des sites).
La session est suivie de 15 jours pour voter pour la prochaine couleur.
Bilan :
J'ai lu :
Et si le temps n'existait pas (abandon à 50 pages)
Portes d'Italie : LU / billet en cours
La muse des cauchemars : LU / billet en cours
Moi ce que j'aime c'est les monstres (abandon à 100 pages)
J'avais en réserve :
mardi 25 août 2020
Le faiseur de rêves - tomes 1 et 2
Les couvertures sont simplement magnifiques : elles sont en grande
partie à l'origine de mon envie de lecture ! La première représente un
papillon de nuit et la seconde un aigle, en liens avec l'événement
principal de chaque tome.
Lazlo Lestrange est un enfant trouvé que rien ne prédestine à un destin extraordinaire ; son teint grisâtre a même fait croire aux moines qui l'ont recueilli sur le pas de leur porte qu'il ne survivrait pas. Au contraire de Thyon Nero, sur le berceau duquel toutes les fées semblent s'être penchées. Le jeune noble tient son surnom de filleul doré de la combinaison de sa chevelure, de ses travaux d'alchimiste et de la protection de la reine.Dès qu'il a pu, Lazlo s'est enfui du monastère de son enfance pour rejoindre la capitale Zosma et sa bibliothèque. En effet, il n'éprouve de passion que pour les livres et un sujet en particulier sur lequel il est incollable : Désolation ou la Cité oubliée comme il préfère l'appeler. Isolée par un désert infranchissable, la mystérieuse ville mythique est interdite d'accès au commun des mortels.

Dès le début du roman, les antagonismes sont clairement posés. Lazlo est un garçon aimable et gentil, qui possède la merveilleuse capacité de voir le monde avec optimisme et bienveillance. Ses rêves le transportent dans un monde onirique paré de magnifiques couleurs. Au service des savants et serviable à l'extrême, il se met en quatre pour aider Nero dans ses recherches philosophales. Pourtant, l'ingratitude n'ayant d'égale que le mépris, ce dernier n'hésite pas à piller ses connaissances. Aigri et amer en dépit de ses atouts de départ, Nero campe sur ses prétentions et préjugés de caste, se montre détestable envers tous. Mais l'empathie à toute épreuve de Lazlo résiste à ses mauvais traitements.
La surprise est à la hauteur de ses attentes : l'arrivée d'une délégation en provenance de Désolation change radicalement la donne et restaure un peu l'équilibre entre les protagonistes. Ensuite les événements se succèdent dans et au-dessus de la ville. Je ne m'attendais pas à l'irruption si rapide d'un retournement de situation !
Les bons et les mauvais côtés de ce premier tome :
- la lenteur de la mise en place : l'ennui m'a plusieurs fois fait remettre ma lecture malgré mon engagement envers Cendre et LittleGuizmo ; finalement tous les éléments du début s'avèrent nécessaires, selon le fameux principe du Fusil de Tchekhov ;
+ l'enchantement du réel grâce à l'imaginaire de Lazlo, son obsession pour les légendes, ses rêves prémonitoires, son sens du merveilleux, sa tolérance ;
+ l'énigme de ces enfants bleus, tout puissants mais démunis et vulnérables, inquiets et soumis à l'emprise terrifiante et cruelle de leur leader, piégé dans la mémoire de son enfance
meurtrie ;
Le sous-titre du tome 2 laisse entendre qu'il tournera autour de la forte présence de Sarai, l'ambivalente petite déesse à peau bleue surnommée La muse des cauchemars, à cause de son don acéré de télépathe.
Le premier chapitre est déroutant : il se déroule dans un univers glacé qui évoque les Inuits et débute par une scène de pêche qui m'a fait penser à la traditionnelle mise à mort de dauphins aux îles Feroe. La partie fantasy s'invite avec le pouvoir latent que chacun y reçoit à la naissance, dans l'attente de réussir les tests de sélection des envoyés de l'Empire. Deux soeurs inséparables, Nova et Kora attendent impatiemment leur tour, depuis le jour où leur mère a révélé la puissance de son don et rejoint le vaisseau spatial des hommes à peau bleue...
Le lien profond avec le tome 1, pourtant semé d'indices évidents a posteriori, a tardé à m'apparaître clairement : c'est pourtant un ressort essentiel du tome 2. L'origine des Mésarthims y prend toute sa place !
Le faiseur de rêves repose sur une mythologie (ou plutôt s'agit-il d'une cosmogonie) très originale. Les mondes étranges, seulement entraperçus, pourraient donner matière à de riches développements ultérieurs. Laini Taylor propose un univers complet, impitoyable, mais avec tant de poésie et de rêve que j'en redemande.
Dimension latino
L'anthologie de SF latino-américaine présentée par Sylvie Miller aux éditions Rivière blanche fait suite à Dimension Espagne qui dresse un panorama de la SF ibérique contemporaine. L'auteur a reçu le Prix européen 2003 du Grand Prix de l'Imaginaire pour
l'ensemble de son travail en faveur de la SF espagnole en France.
L'illustration est de Gevidal (Guillermo Vidal).
Introduction de Sylvie Miller : la SF hispanique du Nouveau Monde (en 5 pays, considérant le Brésil comme un cas à part entière). Elle regroupe sous sa traduction quatorze nouvelles, dont des inédites, d'Amérique du Sud et Cuba.
ARGENTINE
+Timbouctou * de Carlos Gardini : Sam est asservi par La dame
noire, une drogue communautariste surpuissante et par Oslanski, un flic
polonais qui, pour une dose, en fait son exécuteur d'un jour.
++Gu ta gurrarak (Nous et les nôtres) de Magdalena Mouján Otaño :
le mythe fixe pour point origine de l'hérédité basque un légendaire
couple fondateur Aitar- Amagoya et leurs sept enfants... un paradoxe
temporel à la façon de Poul Anderson en donne l'explication non
rationnelle mais logique
Défi Cortex
CHILI
Les deux nouvelles cyberpunk de Pablo Castro Hermosillia montrent un monde où les êtres virtuels ont autant sinon plus d'importance que leurs modèles ; dans Reflets : acculé par la misère, le narrateur hésite néanmoins à laisser effacer les reflets numérisés des défunts de sa famille, un reste de moralité, sinon d'affection le retient ; dans Exerion le narrateur s'aperçoit à l'ultime moment qu'il n'a déjà plus qu'une existence virtuelle qu'un simple nano-effaceur peut annihiler.
++Comme des poissons dans la nasse de Rodrigo Jurri (inédit) propose une vision inversée de l'histoire universelle des migrants économiques : après une apocalypse nucléaire et l'anéantissement croisé des pays de l'hémisphère Nord, les survivants cherchent un refuge qui se refuse dans le cône Sud (Argentine, Chili, Uruguay et Paraguay).
Le Clown de porcelaine de Luis Saavedra (inédit) : un journaliste cherchant le scoop de sa carrière fait la rencontre de sa vie ; à la limite entre fantastique ou psychisme dérangé, cette nouvelle, touchante sans doute, m'a laissée sur le côté !
COLOMBIE
Exercices filmiques d'Antonio Mora Velez (inédit) : deux scénaristes font assaut d'arguments critiques sur leur production partagée ; au-delà de la forme, je n'ai pas vraiment saisi le fond...
MEXIQUE
+Le Secret de Roberto Lopez Moreno : les passages trop complexes sur le calendrier maya m'ont larguée, mais le sens de la nouvelle m'a intéressée ; parce qu'il concilie érudition et passion, un spécialiste allemand des civilisations précolombiennes est sélectionné pour une révélation maya d'importance.
+++Les deux nouvelles de Gabriel Trujillo Muñoz sélectionnées pour cette anthologie sont mes préférées ; comme il est un auteur prolixe, je vais pouvoir approfondir mon impression. Dans la nostalgie tendue d'espoir de Décombres, la ville de Mexico est détruite en surface par un séisme et les habitants vivent sous terre, mais un homme ne peut se résoudre à cet état de fait ! Avec le très surprenant Notre Jerry Garcia, l'expression " ils sont parmi nous " est on ne peut plus vraie...
CUBA
++L'Impératrice de Vladimir Hermandez : Je te tiens/tu me tiens par la barbichette où l'héroïne fait l'expérience de sa confrontation désavantageuse avec l'intelligence collective d'une race extraterrestre
+Les Interférences de Yoss : déjà lue dans le recueil éponyme, elle reste toujours savoureuse par le regard d'humour désabusé sur les rapports de force entre "grand" et "petit" pays
+Apolvénusia ™ de Yoss (inédit) : elle se démarque par sa forme très originale plutôt que par le fond
Kaishaku de Yoss : le code de l'honneur japonais à l'épreuve de la bêtise humaine face à une culture extraterrestre très avancée
+ La SF latino : Similarités et contrastes de Sylvie MILLER, un riche panorama historique et géographique
A propos de l'illustrateur :
* Rien à voir avec le film Timbuktu, aussi appelé Le Chagrin des oiseaux, un drame franco-mauritanien réalisé par Abderrahmane Sissako (2014) ; à
travers les déboires d'un pauvre éleveur se joue le heurt, dans un village malien, entre un
Islam radical importé par des envahisseurs et la résistance pacifique des habitants autour de leur imam.
** Ni avec le rendez vous manqué de Matthieu Chédid avec Tombouctou
mardi 18 août 2020
Viral
Le tome est le début d'une saga qui n'est pas sans rappeler Les six compagnons, avec une touche de fantastique.
mardi 11 août 2020
Portes d'Italie
Bookineurs en VIOLET
Dix-huit nouvelles noires de l'Italie d'aujourd'hui, aux éditions Fleuve noir chez Gallimard
Lues le 11 août 2020
- Ballade pour Fofò La Matina d'Andrea Camilleri pp.21-36 : en territoire sicilien, une union tant attendue mais désastreuse se résoud en une suite géométrique inflexible
- Barbyturiques de Nico Macentelli pp.37-60 : sur des routes embrumées par la défonce, des rencontres aux petites heures de la nuit bousculent la vie évaporée de Barbara et ses amies
- D'en bas de Daniele Brolli pp.61-90 : un petit homme déverse le flot de ses fantasmes rageurs dans une bouteille qu'il jette par sa fenêtre
- + Délicates nuances du Carnage de Francesco Salina pp.91-108 : un spécialiste de la lutte anti-terroriste se doit de n'accorder absolument aucune prise aux maîtres-chanteurs
- ++ Deux et deux font quatre de Gianfranco Manfredi pp.109-120 : un professeur de mathématiques dépérissant d'ennui dans sa retraite rurale défie les lois statistiques
- Pères et filles de Laura Grimaldi pp.121-128 : la seule autrice du recueil, la nouvelle la plus courte et la plus sobre, quand l'inceste survient, le parenticide advient
- + L'éclipse du crabe de Nino Filastò pp.129-146 : un directeur de prison modèle déterminé à faire craquer la résistance des plus récalcitrants
- Histoire de Gabriella, veuve du milieu de Massimo Carlotto pp.147-168 : une histoire de butin, de vengeance et d'oubli
- L'été de la Saint-Martin de Santo Piazzese pp.169-190 : des retrouvailles annuelles sur une île méditerranéenne sont gâchées par le soupçon resurgi de la seconde guerre mondiale
- + La main gauche du diable de Danilo Arona pp.191-226 : sous prétexte de magie noire, toute la virtuosité des musiciens de jazz est mise à l'honneur dans cette nouvelle
- ++ Les chiens se bouffent entre eux de Marcello Fois pp.227-242 : équivalent sarde de Camilleri, l'auteur fait preuve d'une absence de concession désabusée comme dans Sang du ciel
- Ombres qui volent, ombres qui rampent d'Enzo Fileno Carabba pp.243-258 :
- + Plage privée d'Eraldo Baldini pp.259-274 :une fillette veille sur la bout de plage qu'elle s'est appropriée au détriment des touristes
- La petite chienne de Michele Serio pp.275-312 : la plus longue se réserve la perversion la plus dérangeante
- Qui ? de Giacomo Cacciatore pp.313-332 :
- + Super snail en action de Cesare Battisti pp.333-340 : la plus " légère "
- Je te vois de Vittorio Curtoni pp.341-358 :
- ++ Reinhardt Klotz de Carlo Lucarelli pp.359-372 : ma préférée d'une longueur devant Marcello Fois et Gianfranco Manfredi, pour sa chute !
une plage soumise à la surveillance d'un psychopathe en uniforme
un village où le passé revient sous les traits d'un assassin nazi
vendredi 7 août 2020
Dans ma BàL
Merci Stellade :
- un format plus court pour confirmer ou infirmer mon goût pour la style de Pierre Lemaître après Au revoir là-haut : "A la fin de décembre 1999, une surprenante série d'événements tragiques s'abbatit sur Beauval, au premier rang desquels, bien sûr, la disparition du petit Rémi Desmedt. Dans cette région couverte de forêts, soumise à des rythmes lents, la disparition soudaine de cet enfant provoqua la stupeur et fut même considérée, par bien des habitants, comme le signe annonciateur des catastrophes à venir. Pour Antoine, qui fut au centre de ce drame, tout commença par la mort du chien..."
- je trouve la couverture de Palissade superbe et j'ai souvent eu de belles surprises avec les éditions Taurnada : À sa sortie de l'hôpital psychiatrique, où il a séjourné un temps suite à une séparation douloureuse, Fred emménage dans une petite maison en arrière d'un immeuble, avec pour unique voisin Roland, ancien légionnaire d'une cinquantaine d'années. Sur fond d'alcool et de rock'n'roll, une amitié trouble et déjantée va alors se nouer entre eux, dans le décor inamovible de leur cour commune que divise une vieille palissade en bois. Jusqu'à ce que le passé s'invite à la fête…
mardi 4 août 2020
Alain Damasio [2]
COUP DE COEUR
Encore une claque avec Les furtifs d'Alain Damasio dont j'ai hélas manqué la première de sa création au théâtre : Scène nationale 61 d'Alençon.
Le style est virtuose et questionne de multiples façons nos rapports au langage.
Quant à l'histoire, sans éviter à mon résumé d'être trop réducteur, il s'agit de deux parents qui vivent différemment la disparition soudaine de Tishka leur fillette de quatre ans, sans aucune trace d'effraction, de la chambre où elle dormait dans leur appartement.
Deux années ont passé.Lorca Varèse vient de quitter la vie civile pour entrer dans l'armée sous le commandement d'Arshavin, après avoir réussi l'entraînement et l'épreuve finale de recrutement du Récif « Recherches, Études, Chasse et Investigations Furtives ». Il intègre la " meute " de traqueurs d'Agüero, composée de Saskia et Ner. Leurs cibles sont les " Furtifs " ou FIFS, une espèce protéiforme qui maîtrise totalement l'art de l'esquive et se fige à ultra haute température plutôt que se laisser capturer vivante ! Le but de Lorca est d'obtenir les moyens de rechercher sa fille plus efficacement.
La mère a plutôt choisi la voie du deuil et ils sont séparés. Sahar est proferrante c'est à dire qu'elle enseigne illégalement aux enfants des rues et à ceux qui ne peuvent accéder aux coûteuses écoles privées. Ses conférences ont lieu dans les espaces publics, de manière informelle et son discours est tenu pour subversif par le pouvoir en place.
Le monde est dystopique, avec un développement exponentiel des objets connectés et du contrôle " sécuritaire" des citoyens. Les villes en faillite sont privatisées par des grands groupes, les citoyens classés par degré de privilèges, à l'exception de quelques îlots de résistance au totalitarisme de la pensée unique.
Comme pour La horde du contrevent et de façon encore plus justifiée en raison de l'importance de la musique dans le roman, une bande-son l'accompagne.
#DéfiCortex !
JOKER lieu extraordinaire
Je me suis inscrite des deux mains au Book Club de juin : le livre qui en fait l'objet est La Horde du Contrevent d'Alain Damasio ! Le book club se déroulera le week-end des 27 et 28 juin.Je l'ai lu en emprunt et acheté ensuite ce qui est rarissime : il est passé dans mon top 10 ! Je compte bien le relire un jour, mais sans pression, peut être cet été.
Pour me le remémorer, j'en ai profité pour lire les 2 tomes de la BD transposée par Eric Henninot qui attendaient dans ma PàL. En principe, je voulais attendre la fin de la saga car je n'aime pas être arrêtée en plein cours, mais ils furent parfait comme aide mémoire pour me rappeler combien j'ai aimé ce roman. Il faut lire l'introduction d'Alain Damasio sur le travail de recréation d'Eric Henninot. Je trouve qu'il réussit le tour de force de mettre des images sur des mots, s'approprier et rendre les concepts, rendre par un autre médium les astuces du roman, traduire sans trahir ! Seule une case m'a alertée mais seulement parce que je connais la fin, je pense que pour les néophytes du " Contre ", elle doit passer inaperçue. Les personnages et les phénomènes sont bien rendus, même si évidemment leur représentation se heurte fatalement à la projection de ma propre imagination.
Très gros coup de coeur avec ce titre sélectionné par Petite Fleur pour le regretté circle challenge ABC. Petit rappel : chaque participant proposait une liste alphabétique de lectures à faire découvrir à son binôme, j'avais beaucoup aimé participer.
Depuis que j'ai commencé à lire La horde du contrevent d'Alain Damasio, j'écoute en boucle la BO du livre, un CD d'Arno Alyvan inclus dans la couverture, qui accompagne et fait écho à l'écriture : ça ressemble un peu au thème de Blade Runner. J'ai adoré l'ensemble, où le plumage égale le ramage.
Pietro della Rocca leur prince, Erg Machaon leur combattant protecteur, Caracole leur chantre, enchanteur et troubadour, Larco, le braconnier aérien, capteur de méduses roses, Tourse l'autoursier et Darbon le fauconnier qui les nourrissent, Callirhoé la feuleuse qui chauffe et cuit, Aoi Nan cueilleuse et sourcière et jusqu'aux crocs porteurs de charge qui ferment le pack, tous sont excellents dans leur rôle car la survie de la horde n'autorise ni individualisme, ni aucune faiblesse.
Au cours de toutes ces années, ils ont peaufiné solidairement les techniques du contre et tous ses membres maîtrisent les figures qui en formation leur assurent la meilleure résistance au vent. Lorsqu'ils se présentent sur la dernière partie du parcours, la plus difficile et la plus dangereuse, celle qui va les mener face à leur destin, ils n'ont essuyé que des pertes minimes. Arval l'éclaireur, poseur de pharéoles (des balises sonores), Talweg Arcippé l'expert géomaître et Oroshi Melicerte l'aéromaîtresse, savent lire les paysages et les six formes connues du vent ou décrypter le passage des divers chrones couverts de glyphes, aux vertus merveilleuses ou tragiques. Ils ne craignent globalement qu'une chose, en dehors de l'échec inenvisageable, c'est que les navires fréoles désormais fiables, plus rapides et capables de relier l'aval et l'amont en quelques semaines, rendent leur cause obsolète et soient en mesure d'atteindre l'extrême-amont avant eux.
Contrairement à mon habitude, je ne l'ai pas dévoré mais j'ai réussi à lire petit à petit ce roman inclassable, comme en dégustation, intercalé à d'autres lectures à échéance, plus urgentes.
Cette épopée est l'histoire d'une performance, une troupe en marche dans des conditions physiques à la limite de l'humainement supportable, et il m'a semblé que mon rythme devait s'accorder à la lenteur de leur progression. Cependant, j'ai sans doute été encore trop vite dans certains passages, en dépit d'un début difficile car l'auteur a une écriture très imaginative, jusque dans la forme ; il est mal-aisé de s'y reconnaître parmi toutes les voix qui partagent le récit et racontent à leur manière et avec leur perception des bribes de leur histoire. Sachant maintenant la fin et n'étant plus pressée par le dénouement, je le relirai encore plus tranquillement, pour m'attacher à l'évolution des caractères et à l'extrême richesse psychologique des personnages.
Lu le 12 avril 2011
Il a fait l'objet sur Livraddict d'une LC proposée par Julien le naufragé










