Le témoignage d'Alexandria Marzano-Lesnevich dans son premier roman, L'empreinte, Grand Prix 2019 des lectrices ELLE dans la catégorie Documents, mène à un constat effroyable et affligeant. Le monde est plein de pédophiles insoupçonnés, de mères et d'épouses aveugles sinon consentantes, de lois impuissantes à assurer la sécurité des victimes potentielles face à cette prédation sexuelle spécifique, qui s'exerce sur mineurs.
L'auteur débute des études de droit avant de bifurquer vers la littérature. Elle effectue un stage en Louisiane, dans un cabinet qui défend les condamnés à mort. Sa confrontation avec la confession de Rick Langley, meurtrier d'un petit garçon de 6 ans, Jérémy Guillory, ébranle ses convictions et réveille un traumatisme d'enfance.
L'enquête se développe sur deux fronts, avec une introspection qui sous-tend les parties autobiographiques et un autre champ, plus proche du journalisme d'investigation (De sang froid de Truman Capote), la compilation des milliers de pages d'archives relatives aux trois procès.
Faisant oeuvre de catharsis personnelle, elle montre également que vérité et justice sont moins objectives qu'on veut bien le croire. Elle relativise chaque étape du crime, puis du procès, comme par exemple les différentes manières d'aborder la chronologie dans une histoire. Son point de vue d'avocate permet d'éclairer la complexité de la mise en oeuvre de la peine de mort. Elle signale dans le texte chaque passage où elle a dû faire appel à son imagination, me rappelant les restaurations qui révèlent ce quiest authentique et ce qui est reconstitué avec des matériaux différents. En outre, un appendice reprend par chapitre toutes ses sources et extrapolations. Personnellement impliquée, elle s'attache à faire preuve de la plus grande rigueur dans son souci de comprendre les autres (Bessie et Alcide les parents du meurtrier, Lorilei la mère de la victime) autant qu'elle-même (les secrets de famille).

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