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vendredi 24 avril 2020

Et vous, quelle est votre Madeleine de Proust ?

Une gourmandise
de Muriel Barbery
J'ai acheté ce petit roman dans la foulée de ma lecture enthousiaste de L'élégance du hérisson, je l'ai entamé jusqu'à la moitié et puis... je l'ai relégué derrière d'autres priorités. Pourtant c'est un petit bijou d'observation. Les chapitres tracent en filigrane la vie relationnelle compliquée d'un critique culinaire incontesté, professionnel méprisant aussi bien que tyran domestique. Le vieil homme est à l'article de la mort : autour de lui se pressent les proches plus ou moins contrits, hypocrites ou soulagés... Lui n'entretient qu'une idée fixe, faire remonter à sa mémoire une Madeleine de Proust qui se refuse. L'originalité du roman est de dérouler le film d'une vie où les souvenirs gustatifs et olfactifs sont l'occasion d'un voyage à travers les souvenirs marquants, qui offrent peu de place au repentir ou aux regrets. Le personnage est antipathique au possible, je pense que cela m'a retenue de le lire d'une traite, mais l'écriture est de nouveau remarquable, acérée, limpide, impressionniste : il est somme toute moins difficile de rendre un effet visuel que de s'attaquer aux autres sens, mais ça fonctionne.


L'élégance du hérisson
Dans le cadre du Blog-ô-trésors initié par Grominou outre-atlantique, j'entame mon défi lectures par L'élégance du hérisson de Muriel Barbery.
Le roman prend la forme de pages d'un journal intime à deux voix : propos intérieurs tenus par une femme dans la cinquantaine et une adolescente qui vivent dans le même immeuble cossu. Au-delà de la différence fondamentale qui les sépare, l'une est concierge et l'autre la fille d'un ministre, les deux protagonistes sont d'une intelligence supérieure à la moyenne et ont décidé de le cacher. Au tiers du roman, elles se sont croisées souvent mais pas encore rencontrées. L'arrivée d'un nouvel occupant dans l'immeuble, M. Kakura Ozu, un riche japonais cultivé, va les démasquer et les mener vers l'amitié. Au début du roman, Paloma, l'adolescente a décidé de se suicider pour ses treize ans si elle ne trouve pas un sens à la vie. La fin est tragiquement inattendue.
Lu le 13 novembre 2009

jeudi 19 décembre 2019

Patrick Modiano [2]

Du plus loin de l'oubli
Ce roman est le récit dépouillé d'une rencontre entre Jacqueline et le narrateur, qui s'est produite, trente ans plus tôt, dans les années 1960. Vient tout d'abord l'épisode parisien où il croise le couple alors qu'il vient de quitter le domicile parental, se fait passer pour majeur et étudiant, habite à l'hôtel de Lima et vit d'expédients notamment la revente d'ouvrages d'art. Suit l'épisode de Londres où il fuit avec Jacqueline et une valise dérobée qu'ils pensent pleine d'argent, laissant derrière son ex-compagnon et ses rêves de vivre à Majorque. Un jour, il l'attend en vain jusqu'à l'aube, elle lui a faussé compagnie.
Quinze ans plus tard à Paris, il aperçoit une femme qui ressemble à Jacqueline, mais le sordide a fait place aux beaux quartiers. Il est devenu écrivain, elle s'appelle Thérèse épouse Caisley (vérifier il me semble que Caisley apparaît aussi Dans le café de la jeunesse perdue) et passe une partie de l'année à Majorque. De cette relation en filigrane qui n'a duré que quelques mois, se résume à quelques noms et quelques lieux, l'auteur puise une matière suffisante pour tracer la persistance d'une relation amoureuse éthérée (d'ailleurs...) sur laquelle il jette un regard pudique. Autrement dit, une histoire belle dans toute sa simplicité.

Souvenirs dormants
Une évocation du destin de six femmes rencontrées puis perdues de vue par le narrateur dans les années 1960. Roman d'apprentissage et précis sur le souvenir, ce texte offre une méditation sur la répétition dans la vie et dans l'écriture.
Le style est manifeste et indubitable : sans couverture, ni page de garde, il resterait identifiable.  Sont-ce pour autant des souvenirs vécus, dont les traces ont été notées dans des petits carnets dès l'adolescence ? Un doute raisonnable persiste, mais il est certain que Jean D le narrateur est l'avatar de Patrick Modiano, qui reprend, poursuit, creuse et approfondit une quête identitaire sans fin. 
On dirait presque de l'écriture automatique tant l'auteur parvient à nous faire suivre le fil ténu des souvenirs dont les bribes remontent à la mémoire, à travers ces six portraits fuyant de femmes qu'il a croisées entre 15 et 22 ans, perdues de vue ou recroisées quelques années, voire plusieurs décennies plus tard. 
L'histoire commence par une rencontre avortée avant même d'exister avec Mlle Stioppa, la fille d'un russe en affaire avec le père du narrateur. Ensuite, les femmes qui croisent son errance et qu'il appelle ses fugues dessinent une géographie parisienne précise : Mireille Ourousov, qui occupe l'appartement de la mère de Jean, comédienne, quai de Conti, puis Geneviève Dalame, secrétaire chez Polydor et qui occupe au mois une chambre d'hôtel de la rue d'Armaillé, ensuite, Madeleine Péraud, 9 rue du Val-de-Grâce ou Martine Hayward, 2 avenue Rodin et Madame Hubersen dont le narrateur connaît l'adresse sans qu'elle soit mentionnée, enfin la meurtrière anonyme de Saint Maur qu'il évoquait déjà il y a vingt ans et dont il tait toujours le nom pour la protéger.
Lu le 29 août 2018

De son style, je pourrais dire que je suis tombée dedans toute jeune pour n'en jamais ressortir. Le coup de foudre a eu lieu avec ce qui devait n'être qu'une lecture de vacances. Les boulevards de ceinture, bientôt suivis de Ronde de nuit et de Place de l'étoile, n'ont été que le prélude à de longues années de confiance absolue. Je n'ai pas tout lu mais presque. J'achète maintenant aveuglément, à la parution, les ouvrages sous leur couverture crème filigrannée de rouge parce qu'ils sont plus beaux qu'en poche et que je sais que je vais les aimer et les garder. Connaissant mon goût et croyant me faire plaisir, il arrive qu'un de mes proches m'offre - déjà trop tard - le dernier roman en date.
Ce que certains reprochent à l'auteur, raconter encore et toujours la même histoire, fait mon bonheur. Je commence un roman avec l'impression de rentrer dans des chaussons, une sorte de rituel bien rôdé, je sais que je vais retrouver le même univers, à travers le prisme d'une nouvelle lecture. A l'absolue précision des adresses et des rues qui souvent décrivent un Paris bien réel s'oppose l'onirisme d'une ville qui échappe sans cesse, comme les errances du petit matin dans la nuit qui va finir. Patrick Modiano admet ses obsessions littéraires et son attirance pour " les disparitions et les absences " :
Il y a toujours quelqu'un qui cherche quelqu'un d'autre. Cela se passe de façon inconsciente.
Bibliographie en commentaire
Le 14 mai 2011

et pour illustrer le challenge des 4 AS : DEFI 1 à 6 PT
CLIC CLAC KODAK ! Partager une photo de votre livre préféré mis en situation de fêtes de Noël ! montage ou vrai photo, au choix et deux, trois mots sur ce livre
voilà quelques uns de mes derniers achats, en sapin au pied du bonhomme de neige
Le 16 février 2017






 

dimanche 15 décembre 2019

Robert Goolrick [3] COUP DE COEUR

flagCOUP DE COEUR
Arrive un vagabond
Grand prix 2013 des lectrices Elle
Les qualités d'Une femme simple et honnête sont également présentes dans ce roman, qui porte mieux son titre original. Le rythme lent prend bien le temps d'installer les personnages, le contexte, l'environnement. L'auteur ne se contente pas d'écrire, il dit que, elle pense que... il reste plutôt factuel mais amène le lecteur à se douter de ce qui est ressenti, non dit, etc. Le narrateur est un petit garçon de 5-6 ans au moment des faits. Curieux, ouvert et assez précoce, Sam n'a pourtant pas toutes les clefs pour comprendre totalement le monde des adultes. J'ai beaucoup aimé ce roman de l'Amérique profonde, assez proche sans en être du mouvement Nature writing, qui se concentre sur l’été 1948 dans cette petite bourgade de Virginie occidentale qui ne connaît pas le crime... Pour les habitants, la vie a l'apparence des choses simples, immuables, sous la conduite morale du prêtre ou du pasteur et les étrangers sont considérés avec défiance. Pourtant leurs certitudes manichéennes vacillent avec l'installation de Charlie Beale, venu poser à Brownsburg le contenu de deux valises et de toute une vie : quelques affaires, des couteaux de boucher et une somme d’argent suffisante pour devenir le propriétaire le plus riche du secteur. Son rival à ce titre est Boaty Glass qui est aller prendre femme dans une vallée reculée des Rocky Mountains.




50 états, 50 billets
VIRGINIE OCCIDENTALE





 

La chute des princes ou la disgrâce d'un golden boy qui perd tout espoir de réussite personnelle et professionnelle : pour certains c'est une montre au poignet qui fait le symbole, pour ces jeunes flambeurs ce sont 40 millions avant leurs 40 ans ! La couverture du grand format exprime bien le caractère vertigineux, aussi bien pour l'ascension que la chute !
Dans les années 80,  le culte du roi dollar fait les modes et détruit les gens. De son ascension fulgurante à sa chute, Rooney fait partie des quelques élus qui peuvent ruiner une aciérie pour gagner de quoi fêter dignement l'anniversaire de leur femme. Surnommés les BSD les grosses bites qui se la pètent, ils incarnent une sorte de diables s'habillent en Prada au masculin. L'argent leur permet toutes les démesures et leurs exigences font battre le coeur du monde dont New York est le centre. Le seul interdit est de déplaire, ce que nous révèle le roman. Cet épisode m'a rappelé la chute de l'abbé de Villecourt joué par Bernard Giraudeau, dans le film Ridicule tourné à la cour de Louis XVI.
Rooney est mis hors jeu pour une bourde professionnelle auprès d'un riche investisseur, lors d'une soirée trop enivrée. La bévue est immédiatement et doublement sanctionnée. Avant même qu'il ait réalisé son discrédit, il devient inemployable et sa femme, qui appartient au même milieu arriviste, divorce pour se sauver du naufrage et vide leurs comptes en banque. L'histoire est racontée de l'intérieur, rétrospectivement et introspectivement. Rooney est un cas typique de destin contrarié : il voulait être un artiste sans en avoir le talent, ni la patience ; il ne voulait pas être trader mais a pu tout risquer sur un coup de poker contre le patron de la Firme... mais il perd tout en quelques secondes, sauf l'amitié fidèle d'un de ses anciens collègues (Fanelli) et l'amour platonique d'une prostituée travestie (Holly).
Le récit le montre désabusé par les trahisons : de sa femme qu'il aime encore, de ses anciens amis de débauche qui lui tournent le dos, de son patron qui acte sa mise à mort professionnelle. Pourtant, je trouve qu'il donne vraiment l'impression d'être plus heureux pauvre que riche, comme si finalement son suicide professionnel devait être considéré comme une sorte d'acte manqué.
Après Une femme simple et honnête, que j'ai trouvé un peu lent, c'est le deuxième livre de l'auteur que je découvre et je le trouve infiniment plus enlevé. Dans ma hâte de lire les pages suivantes, je considérais pourtant que je devais économiser celles qui me restaient !
Lu le 13 décembre 2015

Résumé éditeur :
New York, années 1980. Robert Goolrick nous invite au bal des vanités, où une bande de jeunes hommes vont vendre leur âme au dollar et se consumer dans une ronde effrénée, sublime et macabre. Ils ont signé pour le frisson, une place sur le manège le plus enivrant que la vie ait à leur offrir.
Et ces princes vont jouer toute la partie : les fêtes, les drogues, l’alcool, les corps parfaits des deux sexes, les pique-niques dans la vaisselle de luxe, les costumes sur mesure taillés par des Anglais dans des tissus italiens, les Cadillac, le sexe encore et toujours, les suites à Las Vegas, des morts que l’on laisse en chemin mais pour lesquels il n’est pas besoin de s’attarder parce qu’on va les retrouver vite. Vite, toujours plus vite, c’est la seule règle de ce jeu. Aller suffisamment vite pour ne pas se laisser rattraper. Parce que les princes sont poursuivis par de terrifiants monstres : le sida, les overdoses, le regard chargé de honte de leurs parents, le dégoût croissant de soi-même, un amour s’excusant de n’avoir sauvé personne.


Une femme simple et honnête
Il y a lieu de se méfier avec un titre pareil : mise en garde implicite... D'ailleurs, dès le premier chapitre, le lecteur est averti que la jeune personne qui se travestit en femme simple et honnête avant l'entrée de son train en gare a sans doute quelque chose à cacher. Catherine Land est assurément trop belle pour être honnête se surprend-on à penser !
Le pendant de son personnage est l'homme pour lequel elle a entrepris ce long voyage depuis Chicago sur la foi d'une petite annonce matrimoniale. Magnat local dur et austère, veuf de 20 ans son aîné, Ralph Truitt n'est pas montré d'emblée sous un jour bien sympathique. Pourtant, il a bien lieu d'être en colère puisqu'elle a manifestement masqué la vérité en envoyant la photo d'une femme bien plus banale.
Quand les circonstances le poussent malgré tout à l'accueillir chez lui, ses motivations semblent assez explicites, il a mûrement décidé de reprendre une compagne, mais celles de la jeune femme, qui connaît bien la vie, restent troubles... Pourquoi a-t-elle pris le parti de s'installer dans un lieu de désolation, alors qu'elle vient de la ville ? Est-elle en fuite ou cherche-t-elle une situation ? Elle montre immédiatement ses ressources en maîtrisant la course folle de son attelage, mais cela ne fait que renforcer l'idée qu'elle n'est pas ce qu'elle prétend. Dès lors, on attend de la rencontre de ces deux personnalités a priori incompatibles un choc qui ne peut manquer de se produire.
Toutefois, la crise se fait attendre, le rythme lent s'installe dans l'engourdissement de l'hiver, en cette glaciale année 1907. Avec le lent retour du printemps, la nature se réveille à la vie et quelque chose d'imperceptible a changé dans le décor. D'une écriture puissante et charnelle, l'auteur décrit les personnages autant que leur environnement, dont il faut convenir qu'il est finalement le troisième et principal personnage de l'histoire : ce rude état du Wisconsin où la survie n'est jamais un fait acquis.
J'ai apprécié les personnages, je les ai trouvés fascinants mais en aucun cas je ne m'y suis attacheé. Ils sont finement contrastés, bien cernés psychologiquement : même si explication ne vaut pas excuse, on finit par comprendre l'un et l'autre et pourquoi ils en sont arrivés là " parce que ces choses arrivent ". Mais ils ne font pas pitié car ce sont à leur façon deux monstres implacables qui se sont bien trouvés.
L'homme n'est pas le moins ambigu des deux, j'aurais aimé plus de crédibilité dans ses réactions, moins de fatalisme mais ici encore la longue présentation des chapitres où l'histoire s'installe sans donner l'impression d'avancer permet de saisir les nuances de son caractère. Certains pourraient penser que ses décisions ne sont pas vraisemblables, pourtant je trouve qu'il n'en est rien. Certes j'ai été dérangée qu'il cesse de se battre, par son laisser-faire en somme mais je suis entrée dans son schéma de pensée. C'est un homme âgé ayant renoncé aux illusions romantiques, qui a décidé de faire une fin, et même si ce n'est pas celle qu'il a imaginée, il accepte cet ultime retour de bâton que la vie lui oppose.
Quant à elle, je crois que je la plains finalement, car elle est née dans une société où la femme peut difficilement exister à part entière sauf à devenir une aventurière. Alors manipulatrice habile ou amoureuse instrumentalisée, qui est vraiment Catherine Land telle qu'elle est révélée dans ce face à face de titans ? Lisez Une femme simple et honnête pour vous faire une opinion.
Pour ma part, je reste sur une légère déception ou tout au moins une lecture très mitigée mais Electra analyse son ressenti beaucoup mieux que moi.


Lu le 28 février 2013  

Je remercie ma binôme du swap des couleurs session Violet pour le choix de ce roman de Robert Goolrik et la découverte d'une région qui entre dans le challenge




50 états, 50 billets
WISCONSIN

dimanche 25 août 2019

challenge Françoise Sagan : 2/20

1954 Bonjour Tristesse
Ma deuxième lecture de Françoise Sagan et puisqu'il s'agit du premier qu'elle a écrit, je suis bien décidée à les lire désormais dans l'ordre de parution ; je pense enchaîner sur un challenge personnel, car j'aime décidément beaucoup le ton de ses romans, qui me fait penser au cinéma introspectif d'Eric Rohmer, les monologues en moins.
Cécile, 17 ans, est sortie de pension depuis deux ans et vit avec son père, veuf plutôt joyeux ! Les vacances les mènent sur la Côte d'Azur avec Elsa sa dernière conquête. Cécile fait la connaissance de Cyril. A la villa, la vie est facile et légère entre la mer et le soleil. Mais Anne, une amie de sa mère, vient les rejoindre et crée la zizanie par sa seule présence et son caractère normatif.

1972 Des bleus à l'âme
Suédois, également beaux et blonds, racés et amoraux, Sébastien et Éléonore sont à ceux qui peuvent les séduire, mais qu'ils n'estiment ni ne méprisent. Rien ni personne ne semble les émouvoir... Désinvolture et nonchalance sont leurs maîtres mots, créant ou reflétant l'ambiance délétère d'une époque et d'un milieu social. Complices inséparables, la quarantaine proche, le  frère et la soeur se retrouvent à Paris sans le sou, après les fastes d'Un château en Suède. Les retrouvailles sont 'occasion pour Françoise Sagan de commenter son travail d'écriture, ses choix littéraires, de poser ses réflexions sur l'existence, sa vie et ses rapports aux autres. A sa façon de s'adresser au lecteur, à la première personne, je crois l'entendre parler de sa voix toujours un peu mal posée. Dans cet oeuvre, essai et roman sont inextricablement entremêlés. C'est assez fort pour que j'aie envie de poursuivre avec cet auteur.
Lu le 3 août 2015



1956 Un certain sourire
1957 Dans un mois, dans un an
1959 Aimez-vous Brahms
1961 Les merveilleux nuages
1965 La chamade
1968 Le garde du coeur
1969 Un peu de soleil dans l'eau froide
1974 Un profil perdu
1977 Le lit défait
1980 Le chien couchant
1981 La femme fardée
1983 Un orage immobile
1985 De guerre lasse
1987 Un sang d'aquarelle
1989 La laisse
1991 Les faux-fuyants
1994 Un chagrin de passage
1996 Le miroir égaré

vendredi 12 août 2016

série John Cleaver [2]

Je ne suis pas un serial killer de Dan Wells est dans ma PàL depuis sa sortie, aussi n'ai-je pas hésité longtemps quand j'ai vu arriver dans les nouveautés à la bibliothèque : le tome 3 des aventures de John Wayne Cleaver : Nobody. 
Je viens de finir le tome 2, Mr Monster, mais je reste sur un doute, ai-je bien lu le tome de ma PàL car les allusions au tome 1 ne m'évoquent pas de souvenir précis et direct...

" Mr Monster " peut évoquer aussi bien John que son adversaire dans ce tome. Le garçon fait preuve de plein de ressources, mais aussi de dissimulation et de feintes comme par exemple montrer ses émotions telles qu'il en connaît les signes, intellectuellement, mais sans les ressentir. Il est entendu comme témoin principal par l'inspecteur chargé d'élucider les premiers meurtres commis à Clayton. Ce dernier semble mettre en doute ses dénégations concernant la disparition de son vieux voisin. John ne sera pas épargné par les soubresauts de l'enquête, ainsi que la camarade de classe qui s'intéresse à lui mais qu'il n'encourage pas dans cette voie en raison de ses lubies de sociopathe. Le ton est morbide à souhait pour les amateurs, dans un style déjà outrancièrement gore, en mode dérision.

Je m'attendais à un policier et je découvre avec surprise dès les premières pages que le héros chasse en fait le démon. Il compte déjà deux victoires contre M. Crowley dit Le tueur de Clayton et Forman, la créature dissimulée sous les traits d'un agent du FBI.
Le téléphone de ce dernier l'a mis sur les traces de Nobody, qui serait une démone particulièrement méfiante ; cela fait plusieurs mois qu'il a tenté de l'attirer à sa proximité et qu'il attend un signe d'activité la trahissant.
En effet, John Cleaver est un lycéen de 16 ans vivant chez sa mère qui tient le funérarium local depuis l'abandon de son père. C'est une entreprise familiale où opèrent sa tante Margaret, sa soeur Lauren et même lui, bien qu'officieusement.
La rentrée s'accompagne d'une vague de suicides inexplicables parmi les jeunes filles de son lycée. Dans le même temps, l'Homme de mains qui sévissait en Géorgie, semble avoir changé de terrain de chasse pour s'en prendre aux notables de la ville. Cela fait beaucoup pour la petite communauté qui ne s'est pas encore remise de la série de meurtres perpétrés par les deux tueurs neutralisés par John. Dans le cas présent, il ne peut croire qu'il s'agit de Nobody. Avec sa nouvelle petite amie, la fille de l'inspecteur Jensen, il a dressé le profil de la tueuse et quelque chose dans le mode opératoire ne colle pas.

En dépit de ma résistance aux histoires de démons, j'ai aimé l'originalité de cette intrigue, les ressorts du suspense et la façon dont l'auteur nous met dans le doute à propos de tout le monde : je me suis même méfiée du héros...
John est un personnage attachant, bien qu'il soit incapable d'empathie et doive sans cesse contrôler la manière d'exprimer des sentiments qu'il ne ressent pas. Pourtant, au plus sombre de cette histoire, la fin soulève un peu d'espoir. Il est entouré de proches, sa famille, mais aussi ses amis, Max et Brooke dont les traits sont assez peu développés dans ce tome, ce qui laisse des perspectives ultérieures.
Âmes sensibles s'abstenir : si la seule évocation d'une dissection vous émeut, les flots de sang et d'autres liquides corporels ne vous seront pas épargnés. Il ne faudra pas non plus vous attacher aux personnages principaux, ils pourraient bien être sur la liste des futures victimes.

Autre atout non négligeable, Nobody me permet de valider un nouvel état pour le challenge

50 états, 50 billets  26/50
Clayton, DAKOTA DU NORD

samedi 30 avril 2016

Coal black horse / Le voyage de Robey Childs

Je trouve encore une fois que le titre original donne une meilleure idée du roman. Le cheval " noir charbon " est en effet le protagoniste principal de l'histoire au même titre que Robey. Apparu un peu mystérieusement pour l'aider dans sa quête, il se révèle bien plus qu'une simple monture et possède un sens du danger qui fait défaut au jeune garçon. L'homme et l'animal vont être profondément liés par une compréhension et une sympathie réciproques. Infatigable et indomptable, l'étalon noir incarne le destin, l'instinct ou la chance, comme on voudra.
Il me rappelle dans un autre registre, le griot qui accompagne le voyage initiatique du jeune Adama pour ramener au village son frère aîné, enrôlé par ruse dans l'armée des tirailleurs sénégalais et envoyé comme chair à canons dans la guerre des tranchées (un long métrage d'animation réalisé par Simon Rouby)   Adama Bande-annonce VF

La trame de l'histoire :
Un matin de 1863, alors que son mari combat dans l'armée confédérée, Hettie Childs s'éveille bouleversée par un songe. Un grand danger planerait sur son mari. Elle envoie alors son unique enfant, âgé de quatorze ans, sur les traces de son père avec ordre de le retrouver avant début juillet.
Commence alors pour Robey un voyage qui bouleversera sa vie. Il n'a que de vagues indications de la direction à suivre pour rejoindre la zone de combat et pour seule arme une veste réversible aux couleurs des deux armées. Monté sur un cheval noir hors du commun, cadeau providentiel d'un de ses voisins, il traverse l'horreur d'un pays déchiré, en ruines, découvrant sur sa route la véritable nature des hommes.

Le roman est écrit dans un style éblouissant que la traduction rend merveilleusement. Une grande force narrative surgit de la construction de l'histoire, entre quête intérieure et motif du voyage. Le rythme n'est pas trépidant mais il est toujours sûr, soutenu, sans temps mort. Les alternances du récit donnent au contraire du souffle à l'épopée vécue par Robey. Les moments réflexifs permettent de le voir grandir, mûrir, prendre conscience du monde des adultes sans vouloir réellement y prendre part, même s'il finit par devoir choisir entre tuer ou être tué. Il avance à couvert, se tenant prudemment à l'écart des hommes, mais fait néanmoins des rencontres providentielles ou dangereuses. Dans les paysages qu'il traverse, tandis qu'il affronte la folie destructrice, la nature est magnifiée. Elle donne au récit un aspect parfois hors du temps.
L'action se déroule pendant la guerre de Sécession et si beaucoup de circonstances se retrouvent dans tout récit militaire, les nombreux détails sur les habitants, sur les faits et conditions de survie autour des batailles décisives de l'année 1863, m'ont appris énormément sur cette période historique que je connais à peine. La tension, la peur, les tourments des soldats : faim, froid, solitude, les privations de la population, mais aussi les trafics, les sordides petits profits sont restitués avec un réalisme impressionnant.

Info en + (source Vikipedia)
La bataille de Gettysburg est un tournant de la guerre de Sécession. Elle se déroula du 1er au 3 juillet 1863 en Pennsylvanie, près du village de Gettysburg, opposant 93 000 Nordistes (Unionistes) à 71 000 Sudistes (Sécessionnistes). Le premier jour fut un désastre pour les Nordistes qui, cependant, tinrent bon. La bataille se solda par une victoire des Nordistes. Elle fit 23 000 morts de chaque côté. C'est la bataille la plus sanglante de la guerre de 1861-1865. Elle est considérée comme l'une des premières batailles de destruction massive.
Lu le 24 avril 2016



challenge Gallmeister
challenge 50 états, 50 billets
Gettysburg, PENNSYLVANIE

dimanche 10 avril 2016

Lexicon

Je l'ai troqué à Gr3nouille parce que le titre "dictionnaire" en allemand me plaisait et à y regarder de plus près, le résumé m'a paru intéressant. A la moitié de ma lecture, je ne regrette pas ce choix.
On suit la vie de deux personnages sans trop comprendre dans quoi ils sont embarqués : tous les deux ont la particularité d'être soumis à des aléas qui les dépassent. Will Parke est amnésique, il ne se souvient absolument pas d'avoir vécu en Australie, mais son cerveau présente une singularité qui intéresse des ravisseurs : alors qu'il vient d'être pris en otage à l'aéroport, sa femme tente également de le tuer (le début rappelle Total recall pour ceux qui l'ont vu). Tom l'aide à s'échapper et ils partent en cavale.
Emily Ruff quant à elle, est une petite arnaqueuse qui survit au jour le jour dans les rues de San Francisco grâce à des tours de cartes truqués. Repérée par Eliot convaincu de son potentiel, elle réussit les tests d'entrée et intègre une école aux méthodes un peu spéciale qui recrute des gamins naturellement doués pour la persuasion. Elle se montre rapidement une élève particulièrement perspicace et autonome dans ses apprentissages et découvre autant qu'elle apprend les éléments d'une théorie comportementaliste extrêmement efficace. Leur fondateur a établi que chaque individu appartient à un groupe (ou segment) psychologique auquel une clef mentale identique permet d'imposer sa volonté. Dans la pratique, cela agit comme de l'hypnose mais en beaucoup plus fort puisque l'énumération de la suite de syllabes choisies annihile toutes ses barrières mentales et le transforme en exécutant obéissant aux commandes, y compris contre son gré. Les plus brillants étudiants acquièrent le statut de poète, celui qui sait se servir des mots.

Broken Hill, une ville minière d'Australie, est devenue une ville fantôme. Les habitants s'y sont entretués jusqu'au dernier. Un mot unique : le lexème universel, en serait la cause. Son périmètre, encore supposé dangereux, est interdit d'accès.
En parallèle, T. S. Eliot est sur la piste de Virginia Woolf. Leurs capacités en font deux des membres les plus puissants de l'organisation à laquelle ils appartiennent. Mais elle est une dissidente qui représente désormais un immense danger et qu'il doit éliminer. On comprend que les fils du récit vont se rejoindre dans le temps et l'espace mais un suspense savamment mené fait le sel de l'histoire.
J'ai autant aimé les trois personnages Will, Emily et Eliot et je ne me suis ennuyée à aucun des passages abordant le point de vue de l'un ou l'autre.
Je crois qu'avec un peu de recul, j'aurais pu comprendre les astuces de la construction de l'intrigue, mais la dynamique a été la plus forte, qui fait tourner les pages pour connaître la suite. La manipulation par le langage placée au coeur du scénario, une réflexion sur le mythe de Babel et ce qui suscita le courroux de Dieu m'ont bien intéressée et je me suis laissée entraîner dans cette course poursuite sans répit qui est en même temps une course contre la montre menée tambour battant.

dimanche 21 février 2016

Lectures BD du mois

Héléna par Jim, dyptique, Simon aime depuis l'enfance Héléna qui n'est pas pour lui

Les nombrils tomes 4 et 6 : la métamorphose de Karine

Joseph Carey Merrick, par Denis van P., l'histoire vraie d'Elephant man dans l'Angleterre victorienne + carnet de recherches. 1911, Le Caire, Frederick Treves, médecin anglais à la retraire, raconte à un ami sa rencontre avec un homme totalement difforme mais d'une grande humanité, qui devint célèbre en son temps et mourut à 28  ans. David Lynch a tiré un film de sa vie.

Egalement inspiré de faits réels, Les gardiens des enfers, un site incroyable sur les côtes du Pays de Galles, le naufrage d'un navire chargé de la richesse des chercheurs d'or au retour d'Australie, l'accident banal mais mortel d'un assistant gardien de phare et l'imagination fertile de deux auteurs, une émission de Haunted House, une BD impressionnante + carnet de recherches

Adama, un film d'animation sur un jeune tirailleur sénégalais dans la Grande guerre, que son petit frère va tout entreprendre pour le ramener sain et sauf dans leur village, avec l'aide d'un mystérieux griot.

Acriboréa tome 1 L'incertain, un space opéra comme j'aime avec une population autochtone mystérieuse et des intentions humaines coloniales mal dissimulées. Je sens qu'il va me falloir vite la suite !

Les abîmes du temps tome 1 : Dock 21, une histoire de dédoublement entre un chef d'entreprise contemporain et un jeune homme épris qui s'est pendu pour rejoindre dans la mort une jeune femme pauvre dont son richissime père ne voulait pas comme belle fille. Cerise sur le gâteau un psychiatre bien déjanté mais sympa


La fille de Christophe Blain ♥♥♥♥, dont le style me rappelle plus le western déjanté Les déserteurs que l'album Quai d'Orsay du même auteur, annoncée comme une BD musicale mais que je décrirais  plutôt comme une BD accompagnée d'une BO

jeudi 14 janvier 2016

La tentation du homard

challenge des 5 continents : AMERIQUES

Je ne m'attendais pas vraiment à ce qu'il me plaise, ni à ce qu'il soit facile, mais ce roman fait typiquement partie des perspectives avantageuses offertes par le challenge transaméricain de Sofynet : les commentaires de plusieurs participantes l'ayant lu et apprécié m'ont donné envie de le découvrir.

La tentation du homard raconte les " guerres " acharnées de deux communautés ennemies, dominées par deux familles Les Ellis et les Wishnell, deux minuscules îles de pêcheurs vivant de la pêche au homard au large des côtes du Maine.
Il retrace également la lutte d'une toute jeune fille, Ruth Thomas contre l'emprise des hommes, et en particulier contre le patriarche Landford Ellis. Elle ne veut pas connaître le sort de ses mère et grand-mère qui bien qu'ayant été adoptées par la famille, ont fait figure de dames de compagnie corvéables à merci auprès de Véra Ellis.
Il s'agit enfin de l'attachement farouche à un mode de vie que certains qualifieront d'absurde et de rétrograde mais auxquels les insulaires mâles, jaloux de leur indépendance, ne sont pas prêt à renoncer. Seuls de rares marginaux comme Simon Adams le sénateur, Webster Pommeroy le simple d'esprit ou le pasteur Toby Wishnell échappent à la tentation...
L'étude des habitudes des homards est habilement exploitée en introduction de chaque chapitre.
Elizabeth Gilbert dessine le portrait d'une jeune femme intelligente et déterminée, entière et attachante. Ce roman est celui de l'émergence, subtilement guidée par un vieil homme plus philanthrope qu'il n'y paraît, d'un esprit en avance sur son temps, profondément attaché à ses racines, mais rétif à toute pression. Je ne supposais pas en outre qu'il me serait donné de lire une belle histoire d'amour heureux, alors que je craignais plutôt une sorte de terrible répétition de Roméo et Juliette, mais c'était sans compter sur la modernité de Ruth qui n'hésite pas à prendre son destin en main.

Comme les autres lectrices du challenge, je valide le DELAWARE, bien qu'il y soit fait mention de façon marginale et que le gros de l'action se déroule dans le MAINE.


50 états, 50 billets


lundi 21 décembre 2015

Histoires de mères castratrices

Les oreilles de Buster de Maria Ernestam
reçu au Swap couleurs : violet
en LC avec Magicienne d'Oz 
pour le challenge des 5 continents : EUROPE

Je laisserai de côté les résumés trop bavards qui donnent plus envie de renoncer que de découvrir le roman. J'aurais voulu qu'il dure longtemps, retrouver Eva chaque soir pour qu'elle continue d'égrener ses réflexions à sa manière implacable, clairvoyante et sans fausse excuse. Dès les premières lignes j'ai été happée par ses paroles, sans m'offusquer de leur cynisme pourtant évident : "J'avais sept ans quand j'ai décidé de tuer ma mère. Et dix-sept ans quand j'ai finalement mis mon projet à exécution." Je regrette que la fin du roman lui fasse perdre son mystère. Même si je l'avais entrevu, j'aurais préféré que l'auteur se contentât de laisser planer le doute...

La petite fille préférée d'Eva lui offre un journal intime pour ses 56 ans. La couverture représente des rosiers, une culture à laquelle elle se livre passionnément. Un compagnon solide mais taciturne dans la personne de Sven, une fille en pleine séparation et des petits enfants heureux, des voisins indiscrets mais plutôt bienveillants, deux vraies amies d'enfance, une vieille dame acariâtre dont elle s'occupe en lieu et place de sa fille : sous un aspect lisse et bien réglé, la vie d'Eva réserve pourtant des surprises.
Dans la douceur feutrée du soir, avec une bonne bouteille à portée de main, Eva se consacre à ses souvenirs, la mémoire attisée par les pages blanches du carnet. D'emblée, elle avoue qu'elle s'est juré à 7 ans de tuer sa mère, décrite comme tyrannique, égoïste et irresponsable. C'est plutôt sombre mais la prouesse de Maria Ernestam, en bon avocat de la défense, est de faire accepter chacun comme il est. En raison de son enfance malmenée, Eva suscite chez le lecteur le pardon et le souhait de la voir s'en sortir, d'échapper à l'emprise de sa mère ; l'espoir jaillit quand elle fréquente John un marin anglais, se laisse aller au partage des sentiments, à l'ouverture fragile de son coeur et de son esprit.

Le mélange de candeur et de cruauté, le caractère intime de la confession, m'ont donné à penser au personnage de Joséphine dans un des romans d'Agatha Christie, mais aussi au caractère à la fois malveillant mais excusable de Tatie Danielle.

* * *

voir 

Sur ma peau de Gillian Flynn

Insecte de Claire Castillon

* * *


samedi 19 décembre 2015

Les cycles au féminin d'Andrea Japp

  • Diane Silver
J'ai lu les deux premiers tomes de cette série dans le désordre, sans en être dérangée : Dans la tête, le venin et Une ombre plus pâle (Lu le 27 mai 2010) ; la suite La mort simplement vient de paraître.

Nouvelle héroine d'Andrea Japp, Diane Silver est parmi les meilleures profileuses du FBI. Ancienne psychiatre installée à Manhattan, habituée des stars, elle a rejoint les troupes de Quantico à la suite d'un drame personnel qui l'a d'abord fait sombrer en enfer : quinze ans auparavant, un pervers multirécidiviste a violé, torturé puis tué sa fille Leonor âgée de onze ans. Mais Diane, devenue insensible à tout, s'est relevée ; avec hargne, elle s'est juré de traquer sans merci les pires serial killers dont elle a fait sa cible exclusive.
Son pendant masculin est Nathan Hunter, qui lui aussi s'intéresse de près aux tueurs en série. Beau, plus que riche et très intelligent, ce personnage ambigû et plutôt inquiétant intrigue afin d'amener Diane à une alliance a priori contre nature. Ses desseins sont obscurs mais Diane ne semble pas en avoir cure.
Face à ces deux sombres protagonistes taillés pour l'affrontement, le personnage solaire d'Yves Guéguen apporte une touche d'humanité à ce thriller. Colonel de la police française, il a été initié par Diane aux techniques du profilage et apparaît comme un pointillé dans l'histoire.

  • Helen Baron

De l'autre, le chasseur
Pendant trois ans, Helen a vécu le parfait amour avec Cordell Taylor-Caedon, totalement ignorante de sa double vie de serial killer. Refusant d'admettre qu'il l'ait épargnée, alors qu'il a assassiné les membres de leurs deux familles, elle s'est réfugiée dans le reniement de son ancienne vie. Devenue Julia Holmer, elle est décidée à mettre un terme définitif aux "jeux" de son mari, disparu dans la nature. Lorsque les enquêteurs du FBI retrouvent sa trace semée de cadavres, elle propose son aide. S'apercevant de discordances dans le mode opératoire entre les anciennes et les plus récentes victimes, elle leur permet de remonter enfin une piste valable. Mais Charly, prédateur par divertissement, semble s'amuser d'avoir toujours une longueur d'avance.

Un violent désir de paix
Charly a de nouveau pris tout le monde de vitesse et Helen échappe de peu à ses griffes. Il est tenté de la reconquérir ; elle est décidée à le perdre... Ayant accepté de servir d'appât pour en finir, "Terry" emménage dans un atelier isolé dont le système de sécurité présente a priori un unique point faible.
Toutefois, un autre prédateur, fasciné par Charly et ses semblables, est maintenant sur la piste d'Helen. Du point de vue de Cordell, il est hors de question que sa proie lui échappe... ou qu'une tierce personne s'immisce dans l'histoire d'amour et de haine qui le lie intimement à sa femme.
Un mystérieux internaute semble tirer les ficelles.

Sang premier
Helen bénéficie de nouveau du programme de protection des témoins mis en place par le FBI et se cache en Ecosse sous le nom de Constance Wilson ; elle y retrouve sa combattivité. Lorsque Charly sort de son "inactivité" et met en place un piège machiavélique pour la pousser à se dévoiler, elle est prête pour l'affrontement final...
Un des grands plaisirs procurés par les romans d'Andrea Japp tient dans la finesse psychologique des personnages, principaux et secondaires. Dans cette série, la plupart des protagonistes de l'enquête sont récurrents et évoluent au fil des tomes : le lecteur est manipulé jusqu'à l'empathie.



  • Gloria Parker-Simmons

J'ai découvert avec délectation à la médiathèque tout un rayon de policiers signés Andrea H. Japp qui m'avait échappé jusqu'alors. Je me suis précipitée sur La raison des femmes, sans savoir qu'elle était précédée de trois autres enquêtes où apparaissent le même duo de personnages. James Irving Cagney est comportementaliste au département d'études des comportements du FBI chargé de dresser les portraits psychologiques de serial killers. Gloria Parker Simmons (Mme GPS) mathématicienne surdouée mais introvertie, est l'inventeur d'un logiciel basé sur les nuages statistiques, capable de cerner les mobiles et la personnalité d'un tueur en série. Le couple de protagonistes, qui n'en finit pas de se chercher, offre beaucoup de similitudes avec celui imaginé par Patricia Cornwell autour du personnage de Kay Scarpetta.

  1. La parabole du tueur Lu le 7 février 2011
  2. Le sacrifice du papillon Lu le 7 février 2011
  3. Dans l'oeil de l'ange Lu 12/10/10  
  4. La raison des femmes
  5. Le ventre des lucioles
Avis de l'éditeur
Née en 1996 sous la plume d'Andrea H. Japp, la mathématicienne Gloria Parker-Simmons se détache rapidement de sa créatrice pour acquérir une autonomie qui n'appartient qu'aux héroïnes d'exception.
Tout au long des quatre romans qui composent ce volume, elle évolue au rythme d'enquêtes particulièrement retorses, mais aussi et surtout au rythme de son histoire personnelle, dans laquelle le rôle du profileur du Fbi James Irwin Cagney croît en importance.
Lorsque Gloria réfléchit, l'écriture d'Andrea H. Japp se fait dense et précise, déchirante quand elle aime ou déteste, et la romancière parvient ainsi - talent ou magie ? - à doter le lecteur d'une amie. Plus, d'une sœur.

La raison des femmes
Deux hommes dans la cinquantaine se font tirer à bout portant puis égorger. La scène de crime semble maquillée en cambriolage et la police locale, qui revient bientôt sur l'évidence du mobile, se voit supplantée par le FBI : en effet, l'arme du crime a déjà servi, dans un double meurtre onze ans auparavant. Gloria, qui s'intéresse aux circonstances de l'affaire, propose son aide jusqu'à ce que l'approche de la vérité la mette face à sa conscience.
Andrea Japp signe un polar original, qui sort des sentiers battus - la plupart de serial killers sont des hommes, mais je n'en dis pas plus - et entraîne le lecteur dans son univers, criminel certes mais qui reste humain, subtilement psycholoqique, féministe sans être militant.

Le ventre des lucioles
La poésie du titre recouvre une réalité sordide. Les lucioles sont l'image des adolescentes arrachées aux pays de l'est et prostituées au bord des routes, que les feux qu'elles allument pour se réchauffer signalent aux clients. Installé d'abord en Europe, le trafic se propage outre-atlantique ; il se double parfois d'une perversion supplémentaire.



  • Ann Hawk
Le septième cercle
Dans l'Enfer de Dante, le septième cercle est occupé par les traîtres et les lâches.
Ann Hawk était au volant lors de l'accident qui a coûté la vie à son fils et son mari. Elle n'a pensé qu'à sa propre survie durant les quelques secondes avant l'explosion de la voiture. Bien qu'en état de choc, elle a repris son travail dans un cabinet de conseil aux entreprises. Mais elle ressent une sorte d'urgence à agir, qui reste vague jusqu'à ce que se précisent des impressions paranormales en rapport avec le meurtre d'une journaliste d'investigation. Pour comprendre, Ann s'associe avec Richard Codrington, cosignataire d'un article primé de Clara Saragan.
Andrea H. Japp adopte une manière d'écrire économe, très incisive et sans effets superflus, qui rend comme au ralenti le décalage entre la succession rapide des événements et le ressenti du narrateur.
Lu le 5 octobre 2009

La voyageuse
Comme beaucoup de romans d'Andrea Japp, l'histoire se déroule à Boston. Ann se sent un peu comme une voyageuse sans attache depuis qu'elle survit à la mort de son mari et de son fils. Elle, si rationnelle autrefois, ne se fie plus qu'à son instinct au jour le jour. Elle décide qu'il est temps de changer d'air et visite une maison de banlieue à Newton. Mais une impression déplaisante devant la jeune femme qui la reçoit, une odeur de maison mal tenue qui plane dans les pièces délabrées et une atmosphère malsaine suffisent à alarmer son esprit critique. De retour chez elle, Ann décide de s'en ouvrir à Richard qui se lance dans quelques investigations. Mme Gee, l'occupante des lieux lui a menti sans raison apparente.
La suite est un suspense insoutenable et dense comme sait les construire l'auteur. La tonalité du roman est  lourde, traumatisante. Les personnages bizarres et inquiétants, manquent totalement de sérénité. La mort plane, elle a déjà frappé l'entourage de Richard et Ann. Le lecteur sent un drame latent sans savoir où il va éclater...

50 états, 50 billets
Boston , Massachusetts

dimanche 15 novembre 2015

L'Ophélia - histoire d'un naufrage

Tromelin
Juan de Nova
Dans la moiteur de la nuit tropicale, le commandant de l'Ophélia, ivre mort et vivant nu depuis qu'il a passé l'équateur, dirige son navire à vapeur flambant neuf sur les récifs d'un l'îlot corallien. Sauvé par le capitaine Danel, exploitant de la concession de guano pour le compte de l'Etat français, l'équipage attend la venue d'un ravitailleur allemand pour rejoindre un port de la ligne Tuléar-Beira.
L'île José d'Arena, miraculeusement préservée du genre humain, à l'exception de la maisonnée du couple Danel qui adore les goélettes venues s'y reproduire pour centaines de milliers, est une fiction inspirée des îles éparses, terres australes françaises en partie situées dans le canal du Mozambique.

Qui sont les auteurs Marius et Ary Leblond ?
Dans le style classique, ce roman écrit à quatre mains, appartient à la grande famille des drames romantiques. La place omniprésente de la nature, le paradis originel menacé, l'amour absolu entre les deux amants, la tragédie pressentie dès les premières pages, une langue choisie et poétique, contribuent à me faire classer ce très court texte dans mes favoris.

jeudi 1 octobre 2015

La jeune fille suppliciée sur une étagère [Shojo Kakei]

Destination : Japon

http://www.zimagez.com/miniature/latest8.pngLes deux nouvelles publiées chez Actes Sud datent de 1959 et 1962 mais l'écriture d'Akira Yoshimura est intemporelle. Je ne m'attendais pas du tout à ce genre d'histoire... même si j'aurais pu en me renseignant un tant soit peu avant de l'ouvrir. Le recueil est étiqueté " horreur " mais je parlerais plutôt d'épouvante. Dommage j'aurais pu le garder pour le lire dans le cadre du challenge Halloween.
Je retrouve dans ces deux récits la qualité d'écriture particulière que j'apprécie généralement chez les auteurs nippons, avec un style net et limpide, sans fioritures, allié à une qualité esthétique indéniable, qui parait jusque dans les détails et donne à l'ensemble une cohérence et une complétude parfaites.
Dans la première nouvelle, La jeune fille suppliciée sur une étagère, écrite à la première personne, le cadavre d'une jeune fille de 16 ans décédée deux heures auparavant est vendu par sa mère à un laboratoire d'anatomie. Si son corps n'est plus vivant, l'esprit de la jeune fille reste conscient et sera présent jusque dans la poussière de ses os. La description des états de pensée de la narratrice peut paraître froide et rationnelle, mais c'est leur aspect subjectif mais détaché qui fait froid dans le dos car elle est impuissante à autre chose qu'observer et ressentir. Alors survient la grande question de la multitude : son cas est-il une anomalie exceptionnelle ou ce qui attend les uns et les autres ?
Dans le second texte, Le sourire des pierres, Eichi retrouve par hasard le fils d'un ancien voisin à l'université. Mine de rien, Sone s'immisce dans son environnement proche et s'installe dans sa maison avant que sa méfiance n'ait été suffisamment éveillée pour qu'il le tienne éloigné. Outre qu'il est devenu un pilleur de cimetière, Sone porte la mort depuis un épisode de son enfance dont se souvient Eichi. L'auteur réussit à installer une angoisse latente qui monte progressivement jusqu'au paroxysme final dont l'état d'incertitude demeure après avoir tourné la dernière page.
Emprunté pour le challenge Un mot, des genres, mais lu trop tardivement, il constitue ma première étape asiatique de lectures pour L'énigme des cinq continents. La couverture est affreuse et ne rend pas grâce à la beauté blonde de la jeune fille soulignée à plusieurs reprises, mais le reste est parfait : un Coup de coeur

vendredi 31 juillet 2015

Planète à louer

Destination : Cuba

L'univers de Yoss m'a emportée, émue, séduite, questionnée, intriguée... en passe d'égalité avec Laurent Genéfort ce qui n'est pas peu dire (dommage que son oeuvre soit plus réduite). Je ne regrette pas de l'avoir versé un jour dans ma WL et je remercie grandement Asmn qui l'a distingué parmi tous mes souhaits et me l'a offert.
Des cinq longues nouvelles accompagnées de cinq courts de contextualisation il n'y a rien à retrancher, sinon ajouter que j'aurais aimé que l'immersion dure un peu plus longtemps. L'auteur prévient que le rapprochement avec Cuba des années 90's est voulu. Sans avertissement l'évidence est la plus sensible avec le texte Tunnel de fuite et m'a rappelé un film (dont j'ai oublié le titre mais je vais le rechercher) montrant la volonté de quitter la terre natale et les tentatives de fuite sur des chambres à air.
Les personnages sont forts et marquants, même ToiGrandeBrute, le Colossien méprisé par les siens car de trop petite taille. D'un texte à l'autre, les épisodes se répondent, montrant des points de vue différents qui construisent peu à peu une histoire globale, et dessinent une image de désolation tous azimuts. Après le Contact avec les espèces extraterrestres, les xénoïdes, et leur Ultimatum, la Terre est devenue une destination vouée au tourisme sexuel où la majorité de la population asservie essaie juste de survivre. Planète à louer est à la fois un texte engagé à très forte résonnance et une oeuvre de SF complète, magistrale, envoûtante comme le spectacle ultime de Moy.
Pour conclure, une couverture parfaitement adéquate, qui me rappelle je suis une légende... le dernier homme

lundi 27 juillet 2015

Trente six chandelles

   j'aime bien rapprocher les couvertures qui se ressemblent et je trouve que ces deux là ont quelque chose qui se répond.
challenge numérique : 36

conclusion : J'aime chacun des romans de Marie Sabine Roger que j'ai lus. Elle trouve des sujets intéressants, apparemment banals mais sensibles qu'elle traite avec une patte impossible à confondre.
Sur une idée qui aurait pu être d'Amélie Nothomb, notamment les tares familiales difficiles à porter et les effets sur les noms / prénoms de familles : toutes les générations de Decime, filles ou garçons portent des prénoms qui commencent respectivement par Vi- ou Mor-, Trente six chandelles aborde les questions de lignée et de filiation.
Le dernier descendant en date Mortimer est persuadé de décéder à 11 heures le jour de son 36ème anniversaire comme tous les hommes de la famille qui l'ont précédé. Il est fin prêt, seulement l'évènement ne se produit pas... Cela fournit  à Mortimer l'occasion de repartir en quête de sa généalogie et de questionner sa lourde hérédité.
De beaux portraits, comme celui de Yasmine, modiste par loisir et toiletteuse pour chiens, un peu folle, un peu artiste, très altruiste qui traverse l'existence de Mortimer comme un feu follet avant d'aller s'égarer du côté de Central Park non sans lui avoir laissé un message codé au cas où il lui prenait envie de la retrouver. Sans compter sur la beauté du couple formé par Nassardine et Paquita qui s'aiment depuis 40 ans. Marchands de crêpe ambulants installées en face du lycée Mistral  ils y ont rencontré Mortimer et l'ont accompagné sans défaillance, lui tenant lieu d'amis et de famille. Les autres chapitres révèlent les manières loufoques dont sont décédés les précédents Decime mâles depuis l'arrière grand-père.

La tête en friche
Attention fragile

mercredi 22 juillet 2015

Le Viking qui voulait épouser la fille de soie

Sur une île du sud de la Suède au Xème siècle, un homme élève seul ses deux fils. Säbjörn est constructeur de bateaux dans le Blecinga. Alors qu'ils étaient enfants, la mère de Kare et Svarte a tout simplement disparu sans laisser de trace. La ferme familiale ne les attire pas, ils veulent connaître l'aventure et naviguer au loin, pour guerroyer au-delà des mers à l'Ouest ou faire commerce sur les voies fluviales de l'Est.
De l'autre côté de la Baltique, à Kiev, vivent Chernek un marchand de soie et sa famille. Radoslav rêve de devenir soldat pour servir son prince, sa sœur Milka est une adolescente raffinée qui joue avec ses deux esclaves : Petite Marmite et Poisson d'Or. Mais la belle ville d'Orient tombe aux mains des pillards. Sans la protection de leur père qui vient d'être assassiné avec toute sa caravane, Radoslav et Milka trouvent refuge auprès de navigateurs venus du Nord. 
Ils sont recueillis sous le toit de Sädbjorn dont la rusticité commence par les dégoûter, mais la fille de soie, ses suivantes et son frère finissent pourtant par intégrer leur nouvelle existence, notamment grâce à Arnlog, la tante de Kare et Svarte, qui est une völva (à la fois prêtresse, devineresse et guérisseuse).
Un quasi coup de coeur
Après le style humoristique qui l'a fait reconnaître, le dernier genre auquel s'est attaquée Katarina Mazetti est la romance historique. Il est rare que j'en lise, encore plus rare qu'ils me plaisent, car je préfère souvent la lecture de ce qui s'affirme comme une fiction car alors le respect de la réalité historique interfère moins. En postface, l'auteur s'explique sur la part relative de ce qu'elle doit à son imagination et ce qui est le fruit de ses recherches documentaires. Sur le mode des saga, terme islandais pour qualifier un récit historique et familial en prose rapportant les hauts faits d’un ancêtre, elle aborde un sujet peu fréquent avec l'Europe scandinave à la fin du premier millénaire.
Même si le texte n'est pas exempt de certains clichés, il propose dans l'ensemble un dépaysement bien documenté et servi par un indéniable talent de conteuse. Emportée par l'histoire de cette famille, j'ai préféré éviter par principe les têtes de chapitre trop bavardes car je n'aime pas connaître par avance ce qui va se passer. On suit tous ces personnages sur deux générations dans les différents moments de leur histoire et on découvre avec un peu de surprise les conditions de vie des Vikings au quotidien, leur organisation territoriale et clanique sans véritable contrôle étatique, leurs prouesses de navigateurs et l'ampleur des échanges commerciaux avec l'Europe, la vérité d'une économie basée, plus encore que le pillage, sur le trafic d'esclaves utiles à l'entretien des fermes et des champs, l'importance des femmes et leur rôle dans la vie domestique mais aussi religieuse.

L'info en +
Marins venus du Nord, ils partaient loin de leurs rives pour accomplir des raids fructueux. Commerçants avant tout, ils ont développé des voies commerciales denses. Navigateurs talentueux, ils ont parcouru l’Europe, favorisant les brassages ethniques et culturels et dépassant les clivages de l’Europe de l’époque. Les Vikings ont aussi, avec Rollon, expérimenté de nouvelles formes de gouvernement. 

dimanche 1 mars 2015

La couleur pourpre - La couleur des sentiments


COUP DE COEUR
La couleur pourpre -  Pulitzer - Fiction - 1983
Trente années d'éloignement et de difficultés n'ont pas réussi à minorer l'amour fraternel et la tendresse que se portent les deux soeurs héroïnes de ce roman, Celie et Nettie. La séparation douloureuse survient quand Celie est mariée contre son gré par son beau-père à Mr. un veuf père d'une famille nombreuse. Puis Nettie, dans sa fugue, se réfugie chez eux, mais bientôt Mr. la somme de quitter les lieux. Nettie doit partir vers la ville et Celie l'oriente vers la femme du pasteur : elle a l'impression que le couple a adopté la petite fille qui lui a été arrachée dès sa naissance. Mais les missionnaires qui l'ont accueillie pour s'occuper de leurs deux enfants, décident de partir en Afrique et la distance qui sépare les deux soeurs devient immense. Après un énorme périple, via Londres pour soulever des fonds, puis le voyage de Southampton jusqu'au Liberia, pour s'établir auprès de la tribu des Olinkas, qui les voient arriver avec un mélange de fatalisme et d'indifférence.

Le peuple fictif imaginé par Alice Walker lui donne l'occasion de décrire le retour de Samuel, Corinne et Nettie à leurs racines ancestrales, mais aussi le fossé culturel qui sépare les Afro-américains des natifs africains : Nous sommes un peu comme des mouches sur la peau d'un éléphant, ainsi que les exactions commises par les planteurs, dont l'action est parfaitement résumée par la vieille missionnaire blanche qui rentre en Angleterre Comment voit on qu'une guerre se prépare ?
Les enfants Olivia et Adam, mais aussi Tashi leur amie olinka, à cheval entre les deux cultures. Elles décryptent leur passé et lèvent les voiles d'ombre et de mensonge entretenus par Alphonso (le beau père) puis Albert (Mr. le mari). La condition des femmes, noires de surcroît, dans les états sudistes au milieu du siècle dernier, n'est pas enviable, même pour celles qui semblent n'en faire qu'à leur tête : Shug le prototype urbain et Sophia son alter ego rural. Alice Walker est née en Georgie.

Les partis pris par l'auteur, de l'angle fictionnel et de la forme narrative, se rejoignent pour aboutir à une excellente combinaison de la réflexion et du divertissement. Dans le genre épistolaire, les premières lettres de Celie sont écrites à Dieu, avant que la transformation due à la rencontre avec Shug Avery, une reine du blues qui est l'amour de jeunesse et la maîtresse de Mr. ne la fasse changer de destinataire pour adresser directement le récit de sa vie et de ses sentiments à sa soeur cadette. Nettie quant à elle a persisté à écrire à sa soeur en dépit de la distance et de l'absence de réponse, année après année pour Noël et Pâques. Chacune ignore le sort de l'autre et ni même si elle est encore en vie, mais elles ont une conviction si forte de se retrouver que le lecteur se joint à Celie pour refuser l'idée du naufrage du bateau de retour de Nettie et de ses neveux. C'est un peu En famille d'Hector Malot cette histoire.
Maintenant j'ai hâte de voir le film qu'en a tiré Steven Spielberg que je cite : il y a des années que je n'avais pas lu un livre qui suscite en moi une pareille émotion.
Lu le 25 janvier 2015


La couleur des sentiments
Voilà enfin un film qui me donne envie de lire le roman dont il est issu. Il est long (2h30) mais je n'ai pas vu le temps passer. The help (Les bonnes) raconte la vie d'une petite ville du Mississipi à travers le regard des domestiques noires qui servent dans les riches familles sudistes :
" Petite fille, saviez vous que vous seriez domestique ? oui, je le savais, ma mère était domestique et avant elle, ma grand-mère était esclave. "
Après 4 années d'études universitaires, miss Skeeter revient à Jacksonville, bien décidée à devenir journaliste et/ou écrivain. Elle a d'ailleurs postulé auprès d'un journal new yorkais, mais si la réponse de la rédactrice en chef est encourageante, il lui faut faire ses preuves. Elle tient un sujet, si elle réussit à faire témoigner les principales intéressées : donner un contrepoint au roman de Margaret Mitchell, Autant en emporte le vent, en révélant la réalité vécue de ces femmes qui élèvent les enfants des Blanches, les aiment, puis se voient reniées ou reléguées quand à leur tour " les bébés ont des bébés " !
Bien qu'elle appartienne à la bonne société et soit conviée à toutes les réunions de la Ligue des femmes, Skeeter se trouve un peu en décalage par rapport à ses anciennes amies, maintenant mariées et mères de famille, bien établies dans leurs prérogatives de classe et de couleur.
Dans le contexte des revendications pour les droits civiques des minorités et des prises de parole de Martin Luther King, mais aussi de la montée de la violence et des représailles menées par le Ku Klux Klan, le film est très révélateur des risques, très inégaux selon qu'on est noir ou blanc, pris par ceux qui agissent pour que la société change et s'engagent pour qu'elle devienne un peu plus juste.
Il montre l'emprise des préjugés et la permanence de toutes les formes d'intolérance face aux tentatives d'émancipation : au désespoir de sa mère, Skeeter n'est pas mariée car elle n'est pas jugée jolie selon les canons de beauté ; en dépit d'un riche mariage, Célia Foote n'est pas acceptée car elle n'est pas bien née et vient de la campagne ; les enfants noirs étudient et vont à l'université mais les cursus sont complétement séparés : ils ne peuvent pas se mélanger, ni même échanger des manuels avec les enfants blancs.
Vu le 20 janvier 2012





50 états, 50 billets 
Jacksonville, MISSISSIPPI (bis)