dimanche 15 décembre 2019

Robert Goolrick [3] COUP DE COEUR

flagCOUP DE COEUR
Arrive un vagabond
Grand prix 2013 des lectrices Elle
Les qualités d'Une femme simple et honnête sont également présentes dans ce roman, qui porte mieux son titre original. Le rythme lent prend bien le temps d'installer les personnages, le contexte, l'environnement. L'auteur ne se contente pas d'écrire, il dit que, elle pense que... il reste plutôt factuel mais amène le lecteur à se douter de ce qui est ressenti, non dit, etc. Le narrateur est un petit garçon de 5-6 ans au moment des faits. Curieux, ouvert et assez précoce, Sam n'a pourtant pas toutes les clefs pour comprendre totalement le monde des adultes. J'ai beaucoup aimé ce roman de l'Amérique profonde, assez proche sans en être du mouvement Nature writing, qui se concentre sur l’été 1948 dans cette petite bourgade de Virginie occidentale qui ne connaît pas le crime... Pour les habitants, la vie a l'apparence des choses simples, immuables, sous la conduite morale du prêtre ou du pasteur et les étrangers sont considérés avec défiance. Pourtant leurs certitudes manichéennes vacillent avec l'installation de Charlie Beale, venu poser à Brownsburg le contenu de deux valises et de toute une vie : quelques affaires, des couteaux de boucher et une somme d’argent suffisante pour devenir le propriétaire le plus riche du secteur. Son rival à ce titre est Boaty Glass qui est aller prendre femme dans une vallée reculée des Rocky Mountains.




50 états, 50 billets
VIRGINIE OCCIDENTALE





 

La chute des princes ou la disgrâce d'un golden boy qui perd tout espoir de réussite personnelle et professionnelle : pour certains c'est une montre au poignet qui fait le symbole, pour ces jeunes flambeurs ce sont 40 millions avant leurs 40 ans ! La couverture du grand format exprime bien le caractère vertigineux, aussi bien pour l'ascension que la chute !
Dans les années 80,  le culte du roi dollar fait les modes et détruit les gens. De son ascension fulgurante à sa chute, Rooney fait partie des quelques élus qui peuvent ruiner une aciérie pour gagner de quoi fêter dignement l'anniversaire de leur femme. Surnommés les BSD les grosses bites qui se la pètent, ils incarnent une sorte de diables s'habillent en Prada au masculin. L'argent leur permet toutes les démesures et leurs exigences font battre le coeur du monde dont New York est le centre. Le seul interdit est de déplaire, ce que nous révèle le roman. Cet épisode m'a rappelé la chute de l'abbé de Villecourt joué par Bernard Giraudeau, dans le film Ridicule tourné à la cour de Louis XVI.
Rooney est mis hors jeu pour une bourde professionnelle auprès d'un riche investisseur, lors d'une soirée trop enivrée. La bévue est immédiatement et doublement sanctionnée. Avant même qu'il ait réalisé son discrédit, il devient inemployable et sa femme, qui appartient au même milieu arriviste, divorce pour se sauver du naufrage et vide leurs comptes en banque. L'histoire est racontée de l'intérieur, rétrospectivement et introspectivement. Rooney est un cas typique de destin contrarié : il voulait être un artiste sans en avoir le talent, ni la patience ; il ne voulait pas être trader mais a pu tout risquer sur un coup de poker contre le patron de la Firme... mais il perd tout en quelques secondes, sauf l'amitié fidèle d'un de ses anciens collègues (Fanelli) et l'amour platonique d'une prostituée travestie (Holly).
Le récit le montre désabusé par les trahisons : de sa femme qu'il aime encore, de ses anciens amis de débauche qui lui tournent le dos, de son patron qui acte sa mise à mort professionnelle. Pourtant, je trouve qu'il donne vraiment l'impression d'être plus heureux pauvre que riche, comme si finalement son suicide professionnel devait être considéré comme une sorte d'acte manqué.
Après Une femme simple et honnête, que j'ai trouvé un peu lent, c'est le deuxième livre de l'auteur que je découvre et je le trouve infiniment plus enlevé. Dans ma hâte de lire les pages suivantes, je considérais pourtant que je devais économiser celles qui me restaient !
Lu le 13 décembre 2015

Résumé éditeur :
New York, années 1980. Robert Goolrick nous invite au bal des vanités, où une bande de jeunes hommes vont vendre leur âme au dollar et se consumer dans une ronde effrénée, sublime et macabre. Ils ont signé pour le frisson, une place sur le manège le plus enivrant que la vie ait à leur offrir.
Et ces princes vont jouer toute la partie : les fêtes, les drogues, l’alcool, les corps parfaits des deux sexes, les pique-niques dans la vaisselle de luxe, les costumes sur mesure taillés par des Anglais dans des tissus italiens, les Cadillac, le sexe encore et toujours, les suites à Las Vegas, des morts que l’on laisse en chemin mais pour lesquels il n’est pas besoin de s’attarder parce qu’on va les retrouver vite. Vite, toujours plus vite, c’est la seule règle de ce jeu. Aller suffisamment vite pour ne pas se laisser rattraper. Parce que les princes sont poursuivis par de terrifiants monstres : le sida, les overdoses, le regard chargé de honte de leurs parents, le dégoût croissant de soi-même, un amour s’excusant de n’avoir sauvé personne.


Une femme simple et honnête
Il y a lieu de se méfier avec un titre pareil : mise en garde implicite... D'ailleurs, dès le premier chapitre, le lecteur est averti que la jeune personne qui se travestit en femme simple et honnête avant l'entrée de son train en gare a sans doute quelque chose à cacher. Catherine Land est assurément trop belle pour être honnête se surprend-on à penser !
Le pendant de son personnage est l'homme pour lequel elle a entrepris ce long voyage depuis Chicago sur la foi d'une petite annonce matrimoniale. Magnat local dur et austère, veuf de 20 ans son aîné, Ralph Truitt n'est pas montré d'emblée sous un jour bien sympathique. Pourtant, il a bien lieu d'être en colère puisqu'elle a manifestement masqué la vérité en envoyant la photo d'une femme bien plus banale.
Quand les circonstances le poussent malgré tout à l'accueillir chez lui, ses motivations semblent assez explicites, il a mûrement décidé de reprendre une compagne, mais celles de la jeune femme, qui connaît bien la vie, restent troubles... Pourquoi a-t-elle pris le parti de s'installer dans un lieu de désolation, alors qu'elle vient de la ville ? Est-elle en fuite ou cherche-t-elle une situation ? Elle montre immédiatement ses ressources en maîtrisant la course folle de son attelage, mais cela ne fait que renforcer l'idée qu'elle n'est pas ce qu'elle prétend. Dès lors, on attend de la rencontre de ces deux personnalités a priori incompatibles un choc qui ne peut manquer de se produire.
Toutefois, la crise se fait attendre, le rythme lent s'installe dans l'engourdissement de l'hiver, en cette glaciale année 1907. Avec le lent retour du printemps, la nature se réveille à la vie et quelque chose d'imperceptible a changé dans le décor. D'une écriture puissante et charnelle, l'auteur décrit les personnages autant que leur environnement, dont il faut convenir qu'il est finalement le troisième et principal personnage de l'histoire : ce rude état du Wisconsin où la survie n'est jamais un fait acquis.
J'ai apprécié les personnages, je les ai trouvés fascinants mais en aucun cas je ne m'y suis attacheé. Ils sont finement contrastés, bien cernés psychologiquement : même si explication ne vaut pas excuse, on finit par comprendre l'un et l'autre et pourquoi ils en sont arrivés là " parce que ces choses arrivent ". Mais ils ne font pas pitié car ce sont à leur façon deux monstres implacables qui se sont bien trouvés.
L'homme n'est pas le moins ambigu des deux, j'aurais aimé plus de crédibilité dans ses réactions, moins de fatalisme mais ici encore la longue présentation des chapitres où l'histoire s'installe sans donner l'impression d'avancer permet de saisir les nuances de son caractère. Certains pourraient penser que ses décisions ne sont pas vraisemblables, pourtant je trouve qu'il n'en est rien. Certes j'ai été dérangée qu'il cesse de se battre, par son laisser-faire en somme mais je suis entrée dans son schéma de pensée. C'est un homme âgé ayant renoncé aux illusions romantiques, qui a décidé de faire une fin, et même si ce n'est pas celle qu'il a imaginée, il accepte cet ultime retour de bâton que la vie lui oppose.
Quant à elle, je crois que je la plains finalement, car elle est née dans une société où la femme peut difficilement exister à part entière sauf à devenir une aventurière. Alors manipulatrice habile ou amoureuse instrumentalisée, qui est vraiment Catherine Land telle qu'elle est révélée dans ce face à face de titans ? Lisez Une femme simple et honnête pour vous faire une opinion.
Pour ma part, je reste sur une légère déception ou tout au moins une lecture très mitigée mais Electra analyse son ressenti beaucoup mieux que moi.


Lu le 28 février 2013  

Je remercie ma binôme du swap des couleurs session Violet pour le choix de ce roman de Robert Goolrik et la découverte d'une région qui entre dans le challenge




50 états, 50 billets
WISCONSIN

1 commentaire:

Sofynet a dit…

Hop, billet ajouté !