Ces lignes trouvent leur place au tout premier rang de mes commentaires, avant même l'ouverture officielle de mon blogue, puisqu'elles sont liées à ma souscription au projet colossal organisé par Grominou en 2008-2009, sous le nom de Blog-ô-trésors, à savoir réaliser une gigantesque compilation élaborée à partir des DIX titres préférés de chaque contributeur.
lacune que je vais réparer petit à petit.
Pour établir ma liste, je me suis interrogée sur les livres qui me restent en tête après que j'en ai oublié la plupart (un des objets de ce blogue est d'ailleurs une tentative de lutte contre les aléas de ma mémoire) ; il se trouve que le fantastique y est particulièrement bien représenté, ce qui est un signe qui ne saurait tromper sur mes goûts, fort éclectiques néanmoins.
Ma liste pour le Blog-ô-trésors :
- Jeanne Champion, L'amour à perpétuité Grasset 1999
- Arthur Golden, Geisha
- Bernhard Schlink, Le liseur Gallimard 1997
- Andrzej Zaniewski, Mémoires d'un rat Belfond 1996
- Tanizaki Junichiro, Éloge de l’ombre
- Karen Blixen, Sept contes gothiques
- Patrick Modiano, Les boulevards de ceinture Gallimard 1972
- René Barjavel, La nuit des temps
- Prosper Mérimée, La Vénus d’Ille
- Théophile Gautier, Le roman de la momie
11 Paul Grimaud, Les choses de la vie
12. Alain Damasio, La horde du contrevent
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Jeanne Champion - L'amour à perpétuité
"On tombe amoureux comme on tombe malade. On soigne la maladie, on ne soigne pas l'amour."
Au cours d'un congrès où elle s'ennuie un peu, Gabrielle, la cinquantaine toujours agréable, fait la connaissance de Konrad, un jeune musicien allemand, séduisant et séducteur, de vingt ans son cadet. Ils savent dès les premiers instants la force irrésistible qui les attire l'un vers l'autre et avec la même conviction, que rien ne sera jamais consommé entre eux. Konrad est homosexuel. Ils se quittent. Gabrielle souffre de l'éloignement et écrit de longues lettres à son ami. Ils se retrouvent. Au premier appel de Konrad, atteint du sida, misérable et en peine, Gabrielle prend l'avion et vole à son secours de l'autre côté de l'océan. En dépit de tout ce qui les sépare, l'attraction est la plus forte et les condamne à subir jusqu'à l'extrême une impossible passion, que la mort rendre éternelle, un amour aussi violent qu'invivable, un amour condamné à la perpétuité.
Ce n'est pas un hasard si le titre évoque une peine capitale. Il s'agit bien un peu d'une condamnation dans ce roman, celle de la passion et de la faiblesse qui ne mènent qu'à la déchéance et à la solitude, mais là aussi il y a une glorification, celle de l'amour vain qui donne et ne compte pas, de l'abnégation et du courage de l'accompagnement dans les derniers instants de vie.
Jeanne Campion est peintre et écrivain. Le roman, récit et fable à la fois, est autobiographique. L'écriture est très belle, une langue suave, tout en douceur, sensible et pudique. Longtemps après avoir refermé le livre, on en garde la trace - à perpétuité - comme l'idée du bonheur, dont on serait passé à côté.
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Extrait
En cette seconde offerte à sa jeunesse, il n'est qu'éblouissement, certitude d'appartenir à la tentation à laquelle les autres vont devoir céder. Son rire rauque et violent parvient à Gabrielle ; elle vient de découvrir le pourquoi du trouble qui l'a saisie lorsqu'elle l'a vu apparaître entre les battants de la porte de chêne, le premier soir du colloque... Dirk Bogarde, héros maudit des Damnés... la ressemblance est frappante... dans les films de Visconti, le Berlinois est né... Emue par une solitude qu'elle n'est pas certaine d'approuver, une serveuse observe la retardataire paralysée devant une assiette sale ; qu'attend-elle pour rejoindre les autres ? Ce signe de sympathie émeut Gabrielle. Quelque chose tombe en elle qu'elle ne ramassera pas ; à l'amour impossible, nul n'est tenu. " Excusez-moi de vous avoir retardée... j'étais ailleurs !"
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Arthur Golden - Geisha
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La jeune Chiyo - aux incroyables prunelles couleur d'eau - est vendue par son père, un pauvre pêcheur, pour suivre le dur apprentissage des maiko, les futures geiko (geisha professionnelles). Devenue Sayuri, une des geiko les plus prisées de Gion, elle parvient à à rembourser les sommes colossales avancées par son okiya pour sa formation et ses précieux kimonos. Sa fortune lui permet d'acquérir la liberté de cesser son activité au sommet de la gloire, afin de convoler avec son protecteur, ami et amant, devenu veuf.
Contrairement à l'idée reçue, les geiko ne sont pas des courtisanes mais des femmes élevées dans l'art raffiné de la conversation et la maîtrise absolue des qualités d'accompagnatrice. Hôtesses accomplies, elles sont recherchées pour leur talent autant que pour leur beauté savamment mise en valeur. Gion est le quartier de Kyoto réservé aux maisons de geisha, les okiya._

Pour écrire ce roman, Arthur Golden s'est très largement inspiré des confidences de Masako Tanaka, connue sous le nom de Mineko Iwasaki et réputée pour avoir été l'une des plus grandes geisha de son époque. Trahie par certaines inexactitudes du texte et des libertés par rapport à la vérité qui lui sont reprochées, notamment à propos du mizuage (mis aux enchères dans le roman de Golden) qui ne consiste pas à dépuceler la maiko, Mineko Iwasaki a publié sa propre autobiographie. Geisha of Gion (titré en français Ma vie de geisha) décrit sa vie à Gion, sa formation dans la tradition des geisha, ses expériences ainsi que les relations que sa position lui a permis de nouer dans le monde entier. 
Remarquée très jeune par Madame Oima, Masako Tanaka quitte le foyer familial afin de suivre une formation de geisha. Destinée à devenir la prochaine atotori, c'est-à-dire la future maîtresse de l'okiya, elle est adoptée par Madame Oima et devient Mineko Iwasaki. Ayant commencé à 15 ans le sévère apprentissage des futures geisha, elle se fait connaître comme la meilleure danseuse et maiko de tout le Japon à 21 ans et devient geiko. Mais alors qu'elle devait prendre la succession de sa mère adoptive, elle décide de transformer l'okiya et de se retirer du monde des geisha. Elle est mariée à un artiste peintre, Jinichiro Sato, rencontré durant sa carrière et elle a une fille.
D'autres Mémoires d'une geisha témoignent de la vie quotidienne des geisha dans le quartier réservé de Kanazawa à une période plus ancienne, pendant l'ère Taisho (1912-1926).
Yuki Inoue a recueilli les souvenirs de l'ancienne geisha Suzumi lorsqu'elle avait 84 ans (le livre est sorti en 1980). Originaire d'une famille pauvre, Kinu Yamaguchi fut vendue par son père à l'okiya Fukuya en 1892, à l'âge de 8 ans.
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Andrzej Zaniewski, Mémoires d'un rat
Au soir de sa vie, aveugle et impotent, le nar-rat-eur se retourne sur les richesses et détresses de son existence passée.
Ce livre se signale d'abord par sa couverture sobre, d'un beau noir mat, dont semble émerger le museau brillant d'un rat.
L'écriture est incisive !Andrzej Zaniewski se glisse - j'irais jusqu'à dire corps et âme - dans la peau de ce muridé particulièrement intelligent et d'une exceptionnelle longévité. A travers ses tribulations, il propose une lecture originale des évènements survenus en Europe au début du 20ème siècle. Même si les dates et les lieux ne sont pas cités, les descriptions sont convaincantes et le lecteur se sent réellement habiter les galeries souterraines, partager les luttes fratricides pour s'imposer et survivre, traverser tous les dangers et voyager d'un évènement à l'autre à fond de cale.
La démarche cependant n'est pas aussi originale que je l'imaginais en découvrant le livre ; il existe semble-t-il une piste de lecture similaire : Mémoires d'un rat : Suivi des Commentaires de Ferdinand, ancien rat de tranchées, par Pierre Chaine (1882-1963)
L'écriture est incisive !Andrzej Zaniewski se glisse - j'irais jusqu'à dire corps et âme - dans la peau de ce muridé particulièrement intelligent et d'une exceptionnelle longévité. A travers ses tribulations, il propose une lecture originale des évènements survenus en Europe au début du 20ème siècle. Même si les dates et les lieux ne sont pas cités, les descriptions sont convaincantes et le lecteur se sent réellement habiter les galeries souterraines, partager les luttes fratricides pour s'imposer et survivre, traverser tous les dangers et voyager d'un évènement à l'autre à fond de cale.
La démarche cependant n'est pas aussi originale que je l'imaginais en découvrant le livre ; il existe semble-t-il une piste de lecture similaire : Mémoires d'un rat : Suivi des Commentaires de Ferdinand, ancien rat de tranchées, par Pierre Chaine (1882-1963)
Témoin privilégié de la vie des tranchées, Ferdinand retrace ses années de rat-combattant au côté du soldat Juvenet qui l'a pris sous sa protection. De l'arrière au feu de Verdun, il partage la vie quotidienne des poilus, les changements d'affectation, les diverses offensives, mais aussi les permissions, l'attente avide d'informations et la naissance des rumeurs les plus persistantes, la solitude et surtout la peur. Un tableau original, nourri de réflexions sur la guerre qui, profitant de leur forme fantaisiste, se permettent d'en souligner les absurdités et l'horreur. Un ton légèrement moqueur, parfois amusé ou perplexe, mais jamais cynique, donne à ces Mémoires toute leur force d'évocation d'une expérience ineffable.
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Karen Blixen - Sept contes gothiquesLe raz de marée de Norderney
Le vieux chevalier errant
Le singe
Sur la route de Pise
La soirée d'Elseneur
Les rêveurs
Le poète
Je reconnais le talent de l'étonnante biographie (1885-1962) qui la rendit célèbre et retrace son idylle avec un homme et avec un pays La ferme africaine/Out of Africa admirablement portée à l'écran par Sydney Pollack, avec Meryll Streep et Robert Redford.
Toutefois, à l'ampleur de la saga, je la préfère dans des textes courts où son esprit primesautier étincelle et saisit au vol l'essence de situations paradoxales propres à émouvoir ou à s'interroger.
Entretien avec des fantômes, vrais/fausses confessions, évocation de galops de chevaux effrénés et poursuites romantiques : jeune fille en fleurs déguisée en cavalier, seigneur à la poursuite de sa bien-aimée, les pages conjuguent la poésie avec la philosophie et la métaphysique.
Je la rapproche, en son travail d'orfèvre littéraire, de la plume de Marguerite Yourcenar découverte beaucoup plus tard avec Le conte bleu, puis Anna Soror dont il faudrait que je finisse le billet !!
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Patrick Modiano, Les boulevards de ceinture
De son style, je pourrais dire que je suis tombée dedans toute jeune pour n'en jamais ressortir. Le coup de foudre a eu lieu avec ce qui devait n'être qu'une lecture de vacances. Les boulevards de ceinture, bientôt suivis de Ronde de nuit et de Place de l'étoile, n'ont été que le prélude à de longues années de confiance absolue. Je n'ai pas tout lu mais presque. J'achète maintenant aveuglément, à la parution, les ouvrages sous leur couverture crème filigranée de rouge parce qu'ils sont plus beaux qu'en poche et que je sais que je vais les aimer et les garder. Connaissant mon goût et croyant me faire plaisir, il arrive qu'un de mes proches m'offre - déjà trop tard - le dernier roman en date.
Ce que certains reprochent à l'auteur, raconter encore et toujours la même histoire, fait mon bonheur. Je commence un roman avec l'impression de rentrer dans des chaussons, une sorte de rituel bien rôdé, je sais que je vais retrouver le même univers, à travers le prisme d'une nouvelle lecture. A l'absolue précision des adresses et des rues qui souvent décrivent un Paris bien réel s'oppose l'onirisme d'une ville qui échappe sans cesse, comme les errances du petit matin dans la nuit qui va finir. Patrick Modiano admet ses obsessions littéraires et son attirance vers " les disparitions et les absences " :
Il y a toujours quelqu'un qui cherche quelqu'un d'autre. Cela se passe de façon inconsciente.
***Bernhard Schlink, Le liseur



