lundi 21 décembre 2015

Histoires de mères castratrices

Les oreilles de Buster de Maria Ernestam
reçu au Swap couleurs : violet
en LC avec Magicienne d'Oz 
pour le challenge des 5 continents : EUROPE

Je laisserai de côté les résumés trop bavards qui donnent plus envie de renoncer que de découvrir le roman. J'aurais voulu qu'il dure longtemps, retrouver Eva chaque soir pour qu'elle continue d'égrener ses réflexions à sa manière implacable, clairvoyante et sans fausse excuse. Dès les premières lignes j'ai été happée par ses paroles, sans m'offusquer de leur cynisme pourtant évident : "J'avais sept ans quand j'ai décidé de tuer ma mère. Et dix-sept ans quand j'ai finalement mis mon projet à exécution." Je regrette que la fin du roman lui fasse perdre son mystère. Même si je l'avais entrevu, j'aurais préféré que l'auteur se contentât de laisser planer le doute...

La petite fille préférée d'Eva lui offre un journal intime pour ses 56 ans. La couverture représente des rosiers, une culture à laquelle elle se livre passionnément. Un compagnon solide mais taciturne dans la personne de Sven, une fille en pleine séparation et des petits enfants heureux, des voisins indiscrets mais plutôt bienveillants, deux vraies amies d'enfance, une vieille dame acariâtre dont elle s'occupe en lieu et place de sa fille : sous un aspect lisse et bien réglé, la vie d'Eva réserve pourtant des surprises.
Dans la douceur feutrée du soir, avec une bonne bouteille à portée de main, Eva se consacre à ses souvenirs, la mémoire attisée par les pages blanches du carnet. D'emblée, elle avoue qu'elle s'est juré à 7 ans de tuer sa mère, décrite comme tyrannique, égoïste et irresponsable. C'est plutôt sombre mais la prouesse de Maria Ernestam, en bon avocat de la défense, est de faire accepter chacun comme il est. En raison de son enfance malmenée, Eva suscite chez le lecteur le pardon et le souhait de la voir s'en sortir, d'échapper à l'emprise de sa mère ; l'espoir jaillit quand elle fréquente John un marin anglais, se laisse aller au partage des sentiments, à l'ouverture fragile de son coeur et de son esprit.

Le mélange de candeur et de cruauté, le caractère intime de la confession, m'ont donné à penser au personnage de Joséphine dans un des romans d'Agatha Christie, mais aussi au caractère à la fois malveillant mais excusable de Tatie Danielle.

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voir 

Sur ma peau de Gillian Flynn

Insecte de Claire Castillon

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