dimanche 1 mars 2015

La couleur pourpre - La couleur des sentiments


COUP DE COEUR
La couleur pourpre -  Pulitzer - Fiction - 1983
Trente années d'éloignement et de difficultés n'ont pas réussi à minorer l'amour fraternel et la tendresse que se portent les deux soeurs héroïnes de ce roman, Celie et Nettie. La séparation douloureuse survient quand Celie est mariée contre son gré par son beau-père à Mr. un veuf père d'une famille nombreuse. Puis Nettie, dans sa fugue, se réfugie chez eux, mais bientôt Mr. la somme de quitter les lieux. Nettie doit partir vers la ville et Celie l'oriente vers la femme du pasteur : elle a l'impression que le couple a adopté la petite fille qui lui a été arrachée dès sa naissance. Mais les missionnaires qui l'ont accueillie pour s'occuper de leurs deux enfants, décident de partir en Afrique et la distance qui sépare les deux soeurs devient immense. Après un énorme périple, via Londres pour soulever des fonds, puis le voyage de Southampton jusqu'au Liberia, pour s'établir auprès de la tribu des Olinkas, qui les voient arriver avec un mélange de fatalisme et d'indifférence.

Le peuple fictif imaginé par Alice Walker lui donne l'occasion de décrire le retour de Samuel, Corinne et Nettie à leurs racines ancestrales, mais aussi le fossé culturel qui sépare les Afro-américains des natifs africains : Nous sommes un peu comme des mouches sur la peau d'un éléphant, ainsi que les exactions commises par les planteurs, dont l'action est parfaitement résumée par la vieille missionnaire blanche qui rentre en Angleterre Comment voit on qu'une guerre se prépare ?
Les enfants Olivia et Adam, mais aussi Tashi leur amie olinka, à cheval entre les deux cultures. Elles décryptent leur passé et lèvent les voiles d'ombre et de mensonge entretenus par Alphonso (le beau père) puis Albert (Mr. le mari). La condition des femmes, noires de surcroît, dans les états sudistes au milieu du siècle dernier, n'est pas enviable, même pour celles qui semblent n'en faire qu'à leur tête : Shug le prototype urbain et Sophia son alter ego rural. Alice Walker est née en Georgie.

Les partis pris par l'auteur, de l'angle fictionnel et de la forme narrative, se rejoignent pour aboutir à une excellente combinaison de la réflexion et du divertissement. Dans le genre épistolaire, les premières lettres de Celie sont écrites à Dieu, avant que la transformation due à la rencontre avec Shug Avery, une reine du blues qui est l'amour de jeunesse et la maîtresse de Mr. ne la fasse changer de destinataire pour adresser directement le récit de sa vie et de ses sentiments à sa soeur cadette. Nettie quant à elle a persisté à écrire à sa soeur en dépit de la distance et de l'absence de réponse, année après année pour Noël et Pâques. Chacune ignore le sort de l'autre et ni même si elle est encore en vie, mais elles ont une conviction si forte de se retrouver que le lecteur se joint à Celie pour refuser l'idée du naufrage du bateau de retour de Nettie et de ses neveux. C'est un peu En famille d'Hector Malot cette histoire.
Maintenant j'ai hâte de voir le film qu'en a tiré Steven Spielberg que je cite : il y a des années que je n'avais pas lu un livre qui suscite en moi une pareille émotion.
Lu le 25 janvier 2015


La couleur des sentiments
Voilà enfin un film qui me donne envie de lire le roman dont il est issu. Il est long (2h30) mais je n'ai pas vu le temps passer. The help (Les bonnes) raconte la vie d'une petite ville du Mississipi à travers le regard des domestiques noires qui servent dans les riches familles sudistes :
" Petite fille, saviez vous que vous seriez domestique ? oui, je le savais, ma mère était domestique et avant elle, ma grand-mère était esclave. "
Après 4 années d'études universitaires, miss Skeeter revient à Jacksonville, bien décidée à devenir journaliste et/ou écrivain. Elle a d'ailleurs postulé auprès d'un journal new yorkais, mais si la réponse de la rédactrice en chef est encourageante, il lui faut faire ses preuves. Elle tient un sujet, si elle réussit à faire témoigner les principales intéressées : donner un contrepoint au roman de Margaret Mitchell, Autant en emporte le vent, en révélant la réalité vécue de ces femmes qui élèvent les enfants des Blanches, les aiment, puis se voient reniées ou reléguées quand à leur tour " les bébés ont des bébés " !
Bien qu'elle appartienne à la bonne société et soit conviée à toutes les réunions de la Ligue des femmes, Skeeter se trouve un peu en décalage par rapport à ses anciennes amies, maintenant mariées et mères de famille, bien établies dans leurs prérogatives de classe et de couleur.
Dans le contexte des revendications pour les droits civiques des minorités et des prises de parole de Martin Luther King, mais aussi de la montée de la violence et des représailles menées par le Ku Klux Klan, le film est très révélateur des risques, très inégaux selon qu'on est noir ou blanc, pris par ceux qui agissent pour que la société change et s'engagent pour qu'elle devienne un peu plus juste.
Il montre l'emprise des préjugés et la permanence de toutes les formes d'intolérance face aux tentatives d'émancipation : au désespoir de sa mère, Skeeter n'est pas mariée car elle n'est pas jugée jolie selon les canons de beauté ; en dépit d'un riche mariage, Célia Foote n'est pas acceptée car elle n'est pas bien née et vient de la campagne ; les enfants noirs étudient et vont à l'université mais les cursus sont complétement séparés : ils ne peuvent pas se mélanger, ni même échanger des manuels avec les enfants blancs.
Vu le 20 janvier 2012





50 états, 50 billets 
Jacksonville, MISSISSIPPI (bis)

4 commentaires:

Petite Fleur a dit…

Et pourtant, le livre est tellement mieux que ce film, bien trop caricatural.

Vanilla a dit…

je l'ai vu aussi et j'ai adoré depuis j'ai acheté le livre mais pas encore pris le temps de le lire

sofynet a dit…

Raaahh... Je crois que mon comm précédent n'est pas passé... Je disais donc que j'ai le livre en attente et que je veux essayer d ele lire avant de voir le film, mais que j'ai hâte de découvrir les deux. Hop, billet ajouté !

XL a dit…

@Petite Fleur : le cinéma doit souvent forcer le trait alors que l'écriture permet d'être plus subtile, c'est pourquoi je déteste souvent (ou j'ignore) les adaptations des livres que j'ai aimés
@Vanilla et Sofynet : il n'est que dans ma Làl pour l'instant mais j'espère bien le découvrir sans tarder, une petite LC vous tente ??! (pas trop rapprochée)