mercredi 3 avril 2013

Je mourrai pas gibier

challenge Tour du monde
Destination : Liban

En LC avec Sandrine qui découvre l'adaptation en BD après le roman éponyme de Guillaume Guéraud (dont j'ai lu par ailleurs un témoignage autobiographie : Sans la télé).
Cet album appartient à la collection Mirages chez Delcourt, dont je vais suivre de près les parutions car elle m'a valu en peu de temps quelques émotions bibliographiques fortes ! Je suppose, à l'évidence du résultat, qu'Alfred Ka a su livrer une parfaite traduction en images de ce récit de l'absurde, de l'incompréhension et de l'étroitesse d'esprit, qui m'a fait penser à Meursault d'Albert Camus.

Le point de vue est celui de Martial, un adolescent meurtrier et commence par la chute, le brutal fait divers, avec en plongée, l'invasion des lieux par les gendarmes et en voix off, le verdict du médecin légiste qui fait état de neuf victimes : cinq morts dont un enfant de neuf ans, deux blessés graves et un blessé léger.
Dans le petit village de Mortagne, moins de deux milliers d'habitants, tous chasseurs sauf Terence, le pleu-pleu, la société est divisée en deux clans : les actifs en âge de travailler n'ont d'autre solution que de louer leurs bras à la scierie de Monsieur Listrac ou aux vignes du château Clément. Moment de trêve habituellement respecté, une fête de mariage tourne au drame.
Le coupable ne saurait répondre aux enquêteurs pour expliquer son geste, pourtant l'histoire déconstruit petit à petit l'engrenage qui l'a amené à tirer parmi la foule des invités de ses parents et de son frère aîné, jusqu'à épuisement de son stock de cartouches pour le fusil de chasse paternel. Loin des préjugés sur le forcené présumé coupable, l'album traduit la révolte et le long cri de désespérance d'un adolescent trahi par les siens, qui ne trouve pas sa place dans le modèle de société rurale, vulgaire et brutale, qui s'offre à lui et auquel le droit à la différence est dénié.
Presque tout est dit en images, avec une économie de mots, comme chez les gens qui sont peu habitués à parler. De nouveau, Alfred Ka (Pourquoi j'ai tué Pierre), livre un dessin poignant qui active les sentiments, un trait qui va à l'essentiel, suggère les mouvements et parvient à rendre le maelström qui s'agite dans la tête des protagonistes. J'aime particulièrement la planche 84 reprise en couverture, le kaléidoscope de visages qui représente l'ultime moment d'équilibre instable avant le déchaînement, quand tout bouillonne en lui, ce qui traduit bien le leitmotiv lancinant du texte : J'ai vu... J'ai vu... J'ai vu tout ça.

1 commentaire:

Sandrine(SD49) a dit…

Merci pour cette lecture commune. Alfred a vraiment bien retranscrit l'ambiance du roman.