Faut-il prendre au sérieux les menaces d'enlèvement qu'un groupuscule
islamiste fait peser sur Britney Spears ? Les services français (les
meilleurs du monde) pensent que oui. Certes, l'agent qu'ils enverront à
Los Angeles pour suivre cette affaire présente quelques handicaps - il
ne sait pas conduire, fume dans les lieux publics, ignore presque tout
du show-business et manifeste une tendance à la mélancolie - mais il
fera de son mieux pour les surmonter, consultant sans se lasser les
sites spécialisés, s'accointant avec des paparazzis, fréquentant les
boutiques de Rodeo Drive ou les bars de Sunset Boulevard, jusqu'à
devenir à son tour un spécialiste incontesté tant de Britney elle-même
que des transports en commun de Los Angeles. II n'en échouera pas moins
dans sa mission, et c'est de son exil au Tadjikistan, près de la
frontière chinoise, qu'il nous adresse ce récit désabusé de ses
mésaventures en Californie.
Le titre peut induire en erreur, il ne faut rien en attendre de
ravissant comme je l'ai cru, mais plutôt une histoire de ravisseurs qui
fait long feu. On apprend dès le début que le narrateur, barbouze
française un peu looser, a failli à sa mission, dont il aurait pu se
méfier quand on sait qu'elle avait pour nom de code Poisson d'avril. Ses
commanditaires l'ont donc exilé au Tadjikistan, pays frontalier de la
Chine, du Pakistan et de l'Afghanistan, afin d'y noter toutes les
plaques d'immatriculation des voitures traversant (dans les deux sens)
la frontière sino-tadjize. On voit que la trame de l'intrigue est bien légère. De même, il m'est
difficile de dire du style si je l'ai apprécié ou pas. Curieusement,
quelques mots ou expressions anglaises, parfois non traduites, arrivent
comme un cheveu sur la soupe.
Je crois que j'ignore encore, à l'issue de ce roman, l'identité du narrateur, qui ne sort jamais de l'ombre du Je, soit que je l'aie oublié, soit qu'il ne soit pas nommé. En revanche, j'ai retenu sans aucun problème celui de son principal informateur et contact local : F.U.C.K. de son vrai patronyme François Ursule Machin Chose, présenté comme un véritable original, aristocrate français, heureux propriétaire et conducteur d'une voiture de collection dont il néglige l'entretien avec snobisme, inventeur et premier paparazzi au paradis des stars : L.A.la mal nommée si j'en crois le portrait sans aménité qu'en établit Jean Rolin. J'ai bien mémorisé également le nom de Wendy, la créature de rêve - aux yeux du narrateur - avec laquelle il partage quelques nuits dans des motels miteux et la divulgation d'informations sur son enquête relative à Britney Spears. J'ai même appris beaucoup sur les people qui hantent les pages des magazines à scandale (soeurs Kardashian, Lindsay Lohan et autres Kathy Perry) et justifient les longues heures de planque des journalistes en quête DU scoop. Une des séances de covoiturage avec le duo qui travaille pour Fuck est l'occasion de confidences et anecdotes amusantes, mais comme agent secret, il n'est pas très impliqué, ni très crédible.
Sous la plume de l'auteur se côtoient du clinquant et du sordide.
Contraint à la marche à pied ou aux transports en commun, faute de
savoir conduire, il arpente les lignes de bus et la 407, la bleue ou la
verte, n'auraient presque plus de secrets à la fin de ce guide d'un
genre un peu particulier. Les lieux qui l'intéressent, par
professionnalisme, sont les bars huppés et les endroits à la mode du
jour, où il s'introduit sans invitation comme Châtreau Marmont, mais il
semble plutôt intéressé par la ville déchue, l'envers du décor, les non-zones : friches
industrielles semi-urbaines, abords de voies ferrées, ponts d'échangeurs
et bretelles d'autoroutes... Il se rend plusieurs fois sur l'Océan mais
ne se laisse pas gagner par l'attrait des lieux : tous les palmiers
qu'ils me fait voir sont maigres !
Extrait :
De nuit, ce décor invite au crime avec une telle insistance qu'il ne
viendrait à personne l'idée de s'y aventurer sans nécessité.
Bien que peu attaché au
narrateur, j'ai une petite inquiétude pour lui en dernière page, quand
son chef de poste et confident le redoutable
Shotemur lui (pro)impose une sortie de chasse au lynx des neiges, animal
ultra protégé et presque mythique. Mercenaire de moeurs expéditives, Shotemur cache pourtant un coeur de midinette et se
repaît des souvenirs de son compagnon d'isolement, mêlant
une vision de Los Angeles, erratique et très contrastée entre des récits personnels sans beaucoup d'intérêt et la narration loghorique des
travers des stars, shopping, branchitude, échange de m'as-tu-vu et de
voyeurisme rabâché par les tabloïds et Internet. Il faut bien être coupé du monde au coeur de nulle part, entouré de hauts sommets himalayens pour ne pas avoir
déjà tout vu et lu des démêlés de Britney Spaers et consoeurs avec la
justice, l'alcool, la drogue, leurs ex, etc...
en partenariat avec Livraddict et Folio MERCI
J'aime la manière dont
Joyeux-drille en parle


50 états, 50 billets
Los Angeles, CALIFORNIE (ter)