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samedi 26 janvier 2019

Tatiana de Rosnay [2] à trois ans d'écart

La mémoire des murs
Pascaline Malon souffre d'hypersensibilité à son environnement depuis son enfance... Certaines plaies de son passé, à jamais ouvertes, se rappellent à son attention avec insistance maintenant qu'elle est divorcée à plein temps ! En croisant la route éphémère de la première victime d'un violeur en série, elle trouve la voie vers sa propre rédemption.
Lu le 11 janvier 2016

Tatiana de Rosnay me surprend avec ce court roman, percutant sans agressivité, dont elle précise en introduction qu'il est à l'origine de ses recherches pour Elle s'appelait Sarah (à lire).
La vie d'une fillette enlevée avec sa famille en juillet 1942, alors que son petit frère est resté caché dans leur appartement, interfère avec celle de Julia, une jeune franco-amériaine.
J'ai finalement découvert l'histoire de Sarah en audiolivre, ce qui m'a d'ailleurs valu quelques attentes en voiture, moteur éteint, pour connaître la fin d'un chapitre. La lectrice ne m'était pas inconnue ; sa voix convient assez bien aux suspenses, je crois qu'il s'agit d'Avant d'aller dormir (à vérifier)

Elle s'appelait Sarah
Inspiré de ses recherches pour La mémoire des murs, sa genèse  m'a incitée à me pencher sur cet autre roman de Tatiana de Rosnay. Un appartement fait le lien entre deux familles : l'une juive originaire d'Europe centrale, expulsée, spoliée, déportée au cours de la rafle du Vel' d'Hiv, l'autre française, parisienne, bénéficiaire d'un de ces appartements opportunément libérés. Il devient l'objet central d'une enquête menée par une jeune journaliste américaine installée à Paris, alors qu'elle est tardivement enceinte d'un second enfant dont son mari ne veut plus assumer la paternité, alors qu'il sont déjà parents d'une adolescente. Pour comprendre la collaboration mais aussi la passivité de millions de Français face à l'Occupation et au régime de Vichy, elle (double de l'écrivain, ce qui est partiellement démenti dans l'interview qui fait suite à l'audiolivre) interroge des dizaines d'articles et quelques derniers témoins. Le matériel amoncelé au cours de la préparation de l'ouvrage est exploité d'une manière aussi réaliste et poignante que Le journal d'Anne Franck. Odile Cohen, déjà appréciée pour Les apparences de Gillian Flynn, prête sa voix à Audiolib.

vendredi 18 septembre 2015

Centaurus

Le premier opus de la nouvelle série signée Léo et Rodolphe, dessinée par Janjetov répond à des règles éprouvées : une communauté humaine confrontée à l'exil qui aborde un monde sauvage peuplé de créatures géantes, des artéfacts non-humains, une menace latente et des pouvoirs extrasensoriels, une expédition de reconnaissance coupée de sa base par des avanies... La découverte de Centaurus est riche des promesses habituelles du scénariste mais ne fait pas exception à ses défauts.
J'ai aimé l'image du vaisseau de transport géant qui contient la reconstitution d'une vie rurale avec campagnes, ville et villages au contraire de l'imaginaire spatial usuel plein de technologies avancées, stations hydroponiques...
La présentation progressive des personnages est intéressante car si le lien des jumelles apparaît très fort dès le début, leur mystère s'épaissit au cours de l'album. Ensuite, il n'est pas dit d'emblée qu'il s'agit d'un univers clos et que fatalement, tout le monde se connaît plus ou moins, ce qui devrait réserver de belles surprises pour la suite. Un rattrapage de PàL dans le cadre du Summer Star Wars III
Lu le 18 septembre 2015
Le tome 2 vient de sortir

lundi 27 juillet 2015

Trente six chandelles

   j'aime bien rapprocher les couvertures qui se ressemblent et je trouve que ces deux là ont quelque chose qui se répond.
challenge numérique : 36

conclusion : J'aime chacun des romans de Marie Sabine Roger que j'ai lus. Elle trouve des sujets intéressants, apparemment banals mais sensibles qu'elle traite avec une patte impossible à confondre.
Sur une idée qui aurait pu être d'Amélie Nothomb, notamment les tares familiales difficiles à porter et les effets sur les noms / prénoms de familles : toutes les générations de Decime, filles ou garçons portent des prénoms qui commencent respectivement par Vi- ou Mor-, Trente six chandelles aborde les questions de lignée et de filiation.
Le dernier descendant en date Mortimer est persuadé de décéder à 11 heures le jour de son 36ème anniversaire comme tous les hommes de la famille qui l'ont précédé. Il est fin prêt, seulement l'évènement ne se produit pas... Cela fournit  à Mortimer l'occasion de repartir en quête de sa généalogie et de questionner sa lourde hérédité.
De beaux portraits, comme celui de Yasmine, modiste par loisir et toiletteuse pour chiens, un peu folle, un peu artiste, très altruiste qui traverse l'existence de Mortimer comme un feu follet avant d'aller s'égarer du côté de Central Park non sans lui avoir laissé un message codé au cas où il lui prenait envie de la retrouver. Sans compter sur la beauté du couple formé par Nassardine et Paquita qui s'aiment depuis 40 ans. Marchands de crêpe ambulants installées en face du lycée Mistral  ils y ont rencontré Mortimer et l'ont accompagné sans défaillance, lui tenant lieu d'amis et de famille. Les autres chapitres révèlent les manières loufoques dont sont décédés les précédents Decime mâles depuis l'arrière grand-père.

La tête en friche
Attention fragile

vendredi 8 août 2014

Orbital [5 tomes]

Orbital est une une série de science-fiction co-signée par Serge Pellé et Sylvain Runberg. Les tomes 1. Cicatrices et 2. Ruptures forment un dyptique brillant qui m'a donné envie de suivre les aventures de Caleb et Mézoké.. Un nouveau cycle débute avec le tome 3.

Le premier tome est paru en 2006 chez Delcourt dans la collection Repérages. J'avais été séduite par le preview (j'étais alors abonnée à Triangle rouge) et je l'avais lu dès sa sortie, avec un sentiment mitigé. La suite et fin que je viens de découvrir confirme les bons côtés que j'avais appréciés : le dépaysement, même si l'univers de la BD peut rappeler Valérian, Sillage ou La guerre éternelle, l'intrigue, intéressante, qui transpose les problèmes délicats de racisme, de manipulation et de cohabitation entre les peuples dans un univers intergalactique, un dessin original, peu coloré et parfois imprécis, mais efficace et un duo de héros antithétiques, attachant, crédible et qui fonctionne bien. Caleb Swany, le terrien et Mézoké Izzua, l'extra-terrestre sont agents de l’Office Diplomatique Intermondial, qui représente les quelques 800 races d'une alliance confédérée interstellaire. Ils forment un binôme exemplaire et symbolique : c'est la première fois en effet dans l'histoire de la galaxie que leurs races respectives accèdent à un tel honneur. La Terre, écartée jusqu'à présent des plus hautes instances, vient d'être récemment admise et les Sandjarr, le peuple de Mézoké, s'étaient tenus à l'écart des instances politiques inter-mondiales jusqu'au violent conflit qui les a opposés aux humains à peine quinze ans auparavant.
Ils appartiennent à une unité d'élite de négociateurs musclés chargés de faire respecter la paix et les accords entre les multitudes extraterrestes. Au début, ils ne se supportent pas mais, tout frais émoulus de la station Orbital, base de l'ODI, ils sont bien obligés de faire équipe. Dès la fin de leur entraînement, ils embarquent pour leur première mission à destination de Senestam où les appellent les Jävlodes, une race pacifiste et non-interventionnsite qui en est propriétaire.
Outre les attaques des Stilvulls, des bestioles grégaires surgies des profondeurs et abominablement destructrices, Caleb doit affronter les manigances de groupes rivaux, tandis que face à l'hostilité des terriens à son encontre, Mézoké a préféré se rendre sur la planète Upssal, pour négocier avec les Jävlodes. Divisés par la Colère Ronde, une étonnante prise à parti pour un peuple réputé tranquille, ils sont entrés en conflit avec la colonie terrienne qui occupe leur petite lune et y exploite une mine de trélium, un puissant explosif. Des agitateurs oeuvrent en sous main pour saper les négociations, mais heureusement placé en orbite autour de Senestam, l’étonnant Angus, un vaisseau métamorphe et Nina son pilote androgyne, veillent et réservent quelques surprises aux uns et aux autres...
Lus le 17 février 2011

tome 3 : Nomades
Sylvain Runberg et Serge Pellé poursuivent leur association et proposent une nouvelle mission diplomatique de conciliation pour les agents de l'ODI, Caleb et Mézoké.
L'aventure ne se déroule pas en terrain inconnu pour Caleb puisque cette fois, le décor est planté sur Terre où une cérémonie commémorative de réconciliation entre leurs deux peuples, Humains et Sandjarrs, doit se dérouler à Kuala Lumpur. Au XXIII ème siècle, la Malaisie est un exemple de cohabitation réussie entre les humains et les races extraterrestres qui oeuvrent à la construction sur les chantiers navals ou au recyclage des dizaines de nefs abandonnées dans la gigantesque " casse " spatiale. Cela n'empêche pas les
populations sédentaires de voir d'un mauvais oeil l'arrivée d'une tribu nomade, les Rapakhuns cannibales mais pacifiques, et d'être prêts à les rendre responsables des désastreuses dernières pêches... L'activité a repris depuis peu, grâce aux technologies extra-terrestres qui ont rendu la vie aux eaux des mangroves et les marins malaisiens comptent beaucoup sur cette récente source de revenus.
Selon un procédé maintenant rodé, cet album sert de mise en place des tenants de l'action. Caleb et Mézoké, toujours assistés d'Angus le vaisseau métamorphe piloté par Nina, se retrouvent au coeur des tensions : ils doivent résoudre l'énigme de la destruction des bateaux pêcheurs tout en s'efforçant de préserver le fragile équilibre de la rencontre au sommet. Mézoké est un peu en retrait, même si elle livre une partie de son passé et la raison de son désaccord avec les " représentants " de son peuple.

Un album, qui confirme mon point de vue sur les excellentes promesses du premier diptyque et un autre bon point pour le challenge SSWeV. Il y a autant d'inventivité que dans les meilleures sériés SF : par exemple Valérian et Laureline en plus actuel au niveau du graphisme et de la mise en couleurs.
Remarque : j'adore le personnage ambigu de Nina (tiers homme/tiers femme/tiers machine cf. également la nef dans le Cycle d'Ostruce) qui je le crois sera amené à évoluer fortement et à prendre de plus en plus de place dans la série.
Lu le 11 août 2011 déjà pour le SSW

Pour le SSW 2014, j'ai ajouté les deux tomes qui viennent conclure cette deuxième histoire d'une série qui devient addictive, avec toujours cette sobriété dans les tonalités  :

4. Ravages      et      5. Justice
Caleb et Mézoké, malmenés dans ces épisodes mais plus unis que jamais, sont confrontés à leur choix de vie, notamment leur engagement au sein de l’ODI. Reposant sur leur intime conviction, la défense des Rapakhuns les amène à prendre position contre des forces qui les dépassent, alors que la gouvernance intermondiale est au centre des enjeux de pouvoir. Nina et Angus sont également mis à mal au cours de l'album, mais le final laisse présager que les héros vont sortir grandis et endurcis de ces épreuves, qui leur a permis également de compter leurs amis et alliés.
Lus le 8 août 2014

à venir :
6. Résistance
Ce nouvel épisode d'Orbital boucle l'intrigue amorcée dans Justice. Après leur spectaculaire évasion d'Orbital, Caleb et Mézoké se sont réfugiés sur la planète Shem, au sein d'une petite communauté d'exilés volontaires dont les parents de Mézoké font partie. La vie s'écoule paisiblement quand surgissent les vaisseaux de guerre Achérodes qui ont réussi à remonter leur piste. Un script tendu et sans concession de Sylvain Runberg, parfaitement servi par le dessin précis et foisonnant de Serge Pellé. Orbital, une série qui ne plaît pas seulement aux amateurs de space opera. mais qui séduit aussi les lecteurs et lectrices d'aventures tendues, riches et spectaculaires.


lundi 4 août 2014

Je lis aussi des nouvelles

La prouesse de Yasmina Reza, Dans la luge d'Arthur Schopenhauer est à saluer : en effet, elle tente la transcription de quatre logorrhées à flot continu de pensée syncopées de quelques rares points, quatre monologues qui en disent plus que de longs discours sur cette étrange histoire et permettent de se faire une idée des personnages, de la situation, des rapports qu'ils entretiennent, etc.  C'est court et très fort !
  1. Nadine Chipman à Serge Othon Weil
  2. Ariel Chimpan à la psychiatre
  3. Serge Othon Weil à Ariel Chimpan
  4. Nadine Chipman à la psychiatre
  5. Serge Othon Weil à Ariel Chimpan
  6. Nadine Chipman à la psychiatre
  7. Ariel Chimpan à Nadine Chipman
  8. La psychiatre aux trois autres

samedi 1 mars 2014

Chanson pour bestioles.


Je lis une drôle de chanson de Cécile Reyboz, une Chanson pour bestioles.
Marthe est une jeune femme bizarre, un peu dérangée. Elle décide sur un coup de tête de ne plus suivre que ses désirs et prend le train pour annoncer la nouvelle à son père en province. Las, cette miss-catastrophe ambulante enchaîne les bévues et sème le trouble sur son passage. Son désir de communiquer est aussi intense que maladroit.
Bientôt, le train s'arrête en rase campagne, au milieu de nulle part. L'environnement est chamboulé, sans repère et le contrôleur débordé par la situation. Marthe veut prendre les choses en main ; elle y voit le signe de son passage réussi à une nouvelle vie.
Pas plus que les autres passagers, je ne sais à quoi m'attendre de la suite de ce roman original, drôle s'il n'était dérangeant, car en définitive qui (ou quoi) est Marthe ?

Une découverte étrange piochée dans les listes de la bibliothèque : j'aime ce challenge qui me permet de me livrer ainsi au hasard. Si la couverture est un peu surréaliste, le roman l'est complètement. Le style est agréable et la lecture, qui m'a plu modérément, glisse toute seule. Il y a manqué sans doute, de mon point de vue, une intention plus évidente.

Un mot, des titres : CHANSON
Pour la 23ème session du challenge, toutes les infos sur le site de Calypso le mot proposé par tirage au sort est LIVRE. Les billets seront publiés le 15 avril 2014.

mardi 19 novembre 2013

Divergente 1 et 2

Pour une fois que j'ai un véritable COUP DE COEUR en Young Adult, ça vaut la peine de le signaler : j'ai autant aimé que le début de la série Uglies. Puisque je vais lire le tome 2, j'espère rester sur une bonne impression.
Je me réjouis que le babychallenge SF m'ait permis cette découverte et je finis pour cette année avec le score de 16/20, médaille d'argent.
challenge PàL de swaps 8/43
50 billets, 50 états, Chicago, ILLINOIS (bis) 
 
Dès leur seizième anniversaire, les jeunes gens et jeunes filles doivent faire le choix de rester dans leur communauté de naissance ou de quitter famille et amis d'enfance pour suivre leur aspiration profonde. Un test basé sur des simulations neuropsychologiques doit les aider à décider quelle qualité leur correspond le mieux. En effet, dans cet environnement ressenti comme totalement artificiel dès les premières pages, la population se répartit en cinq factions valorisant une qualité ou plutôt l'opposition à un grave défaut considéré comme responsable potentiel de conflits : les Fraternels (contre la méchanceté), les Altruistes (contre l'égoïsme), les Sincères (contre le mensonge), les Audacieux (contre la lâcheté) et les Erudits (contre l'ignorance). Ces derniers, utiles à toutes les autres factions avec lesquelles ils ont des échanges, ne tolèrent plus que le gouvernement ait été remis aux mains des Altruistes. Sous l'impulsion de leur leader, Jeanne Matthews, ils fomentent un coup d'état les associant à la force brute des Audacieux.

Tris (Beatrice) Prior, bien que née Altruiste, dont son père est un des leaders, a décidé de choisir les Audacieux. Son test n'est pas parvenu à la départager entre Altruistes-Erudits-Audacieux. Lors de l'initiation, elle se montre une novice particulièrement motivée, imprévisible, pleine de témérité et de ressources insoupçonnables. Sa personnalité lui vaut quelques ennemis déclarés, des amitiés fidèles et l'attention d'un des instructeurs Quatre, surnommé ainsi en raison d'un score anormalement bas à l'épreuve des peurs irrationnelles. Contre toute attente, Caleb, le frère de Tris, a suivi sa vocation profonde en faveur des Erudits. Ayant quitté tous les deux leur faction d'origine, ils ne sont pas supposés se revoir ou retrouver leurs parents... pourtant, des évènements graves sont imminents et vont bouleverser leur monde, les faisant grandir d'un coup.

L'action se passe dans un Chicago dystopique. Je m'en suis rendue compte à l'évocation d'un détail qui m'a tout de suite rappelé quelque chose : une rencontre discrète sous la sculpture d'Anish Kapoor (ci-contre). Ensuite, j'ai remarqué d'autres indices : une allusion au parc abandonné du Millénium, etc. même si je n'ai sûrement pas tout identifié par méconnaissance de la ville.

Le tome 2 prend la suite et se déroule sur un rythme toujours soutenu. Après le tome 1 qui a permis de faire connaissance avec les factions, les personnages et leurs ressorts, l'intrigue peut s'y développer et subir de nombreux rebondissements, dans un univers qui n'en finit pas de dévoiler ses facettes.
J'ai dévoré avidement plus de 800 pages d'action, sans me lasser du caractère parfois insupportable de Tris ; tout en plaignant son entourage, je n'ai pu m'empêcher d'espérer la voir réussir. Elle tire vraiment toute la couverture à elle et l'étude psychologique de ses amis est moins poussée, exception faite de Quatre dont le personnage, plein de secrets, pourrait recéler encore beaucoup de surprises dans les aventures à venir.

jeudi 13 juin 2013

Le voyage des pères


Palestine au 1er siècle, les pères (Jonas, Alphée et Simon, chacun leur tome) à la poursuite des apôtres Pierre Mathieu et Judas qui ont suivi le Christ : un triptyque, trois tempéraments, une histoire que tout le monde croit connaître.
David Ratte a choisi de reprendre l'évangile non sous l'angle des protagonistes, mais à travers le regard de témoins involontaires : des malgré eux, trois pères qui suivent leurs fils devenus disciples, mais semblent garder une distance de sécurité, maintenir entre eux et la progéniture qui leur échappe, un jour de décalage incompressible, comme pour leur permettre la reconstitution des faits et la maturation des sentiments que leur inspirent les témoignages qu'ils reçoivent : incrédulité, rancoeur, doute... au dessus desquels émergent, intacts, leur amour paternel et leur désir de comprendre. Ils sont épatants ces petits pères juifs - un bougon, un rêveur, un colosse - qui unissent leurs forces et parcourent la Judée et la Palestine à la recherche de leurs rejetons, pour finalement tomber en pleine Pâques à Jérusalem.. et trouver la fin de leur voyage à eux.
Il y a une suite et c'est tant mieux, parce que le trait tendre et rond et l'inspiration bonhomme de David Ratte m'ont bien embarquée dans son histoire !

vendredi 19 avril 2013

Le ravissement de Britney Spears


Faut-il prendre au sérieux les menaces d'enlèvement qu'un groupuscule islamiste fait peser sur Britney Spears ? Les services français (les meilleurs du monde) pensent que oui. Certes, l'agent qu'ils enverront à Los Angeles pour suivre cette affaire présente quelques handicaps - il ne sait pas conduire, fume dans les lieux publics, ignore presque tout du show-business et manifeste une tendance à la mélancolie - mais il fera de son mieux pour les surmonter, consultant sans se lasser les sites spécialisés, s'accointant avec des paparazzis, fréquentant les boutiques de Rodeo Drive ou les bars de Sunset Boulevard, jusqu'à devenir à son tour un spécialiste incontesté tant de Britney elle-même que des transports en commun de Los Angeles. II n'en échouera pas moins dans sa mission, et c'est de son exil au Tadjikistan, près de la frontière chinoise, qu'il nous adresse ce récit désabusé de ses mésaventures en Californie.


Le titre peut induire en erreur, il ne faut rien en attendre de ravissant comme je l'ai cru, mais plutôt une histoire de ravisseurs qui fait long feu. On apprend dès le début que le narrateur, barbouze française un peu looser, a failli à sa mission, dont il aurait pu se méfier quand on sait qu'elle avait pour nom de code Poisson d'avril. Ses commanditaires l'ont donc exilé au Tadjikistan, pays frontalier de la Chine, du Pakistan et de l'Afghanistan, afin d'y noter toutes les plaques d'immatriculation des voitures traversant (dans les deux sens) la frontière sino-tadjize. On voit que la trame de l'intrigue est bien légère. De même, il m'est difficile de dire du style si je l'ai apprécié ou pas. Curieusement, quelques mots ou expressions anglaises, parfois non traduites, arrivent comme un cheveu sur la soupe.

Je crois que j'ignore encore, à l'issue de ce roman, l'identité du narrateur, qui ne sort jamais de l'ombre du Je, soit que je l'aie oublié, soit qu'il ne soit pas nommé. En revanche, j'ai retenu sans aucun problème celui de son principal informateur et contact local : F.U.C.K. de son vrai patronyme François Ursule Machin Chose, présenté comme un véritable original, aristocrate français, heureux propriétaire et conducteur d'une voiture de collection dont il néglige l'entretien avec snobisme, inventeur et premier paparazzi au paradis des stars : L.A.la mal nommée si j'en crois le portrait sans aménité qu'en établit Jean Rolin. J'ai bien mémorisé également le nom de Wendy, la créature de rêve - aux yeux du narrateur - avec laquelle il partage quelques nuits dans des motels miteux et la divulgation d'informations sur son enquête relative à Britney Spears. J'ai même appris beaucoup sur les people qui hantent les pages des magazines à scandale (soeurs Kardashian, Lindsay Lohan et autres Kathy Perry) et justifient les longues heures de planque des journalistes en quête DU scoop. Une des séances de covoiturage avec le duo qui travaille pour Fuck est l'occasion de confidences et anecdotes amusantes, mais comme agent secret, il n'est pas très impliqué, ni très crédible.

Sous la plume de l'auteur se côtoient du clinquant et du sordide. Contraint à la marche à pied ou aux transports en commun, faute de savoir conduire, il arpente les lignes de bus et la 407, la bleue ou la verte, n'auraient presque plus de secrets à la fin de ce guide d'un genre un peu particulier. Les lieux qui l'intéressent, par professionnalisme, sont les bars huppés et les endroits à la mode du jour, où il s'introduit sans invitation comme Châtreau Marmont, mais il semble plutôt intéressé par la ville déchue,  l'envers du décor, les non-zones : friches industrielles semi-urbaines, abords de voies ferrées, ponts d'échangeurs et bretelles d'autoroutes... Il se rend plusieurs fois sur l'Océan mais ne se laisse pas gagner par l'attrait des lieux :  tous les palmiers qu'ils me fait voir sont maigres !
Extrait :
De nuit, ce décor invite au crime avec une telle insistance qu'il ne viendrait à personne l'idée de s'y aventurer sans nécessité.

Bien que peu attaché au narrateur, j'ai une petite inquiétude pour lui en dernière page, quand son chef de poste et confident le redoutable Shotemur lui (pro)impose une sortie de chasse au lynx des neiges, animal ultra protégé et presque mythique. Mercenaire de moeurs expéditives, Shotemur cache pourtant un coeur de midinette et se repaît des souvenirs de son compagnon d'isolement, mêlant une vision de Los Angeles, erratique et très contrastée entre des récits personnels sans beaucoup d'intérêt et la narration loghorique des travers des stars, shopping, branchitude, échange de m'as-tu-vu et de voyeurisme rabâché par les tabloïds et Internet. Il faut bien être coupé du monde au coeur de nulle part, entouré de hauts sommets himalayens pour ne pas avoir déjà tout vu et lu des démêlés de Britney Spaers et consoeurs avec la justice, l'alcool, la drogue, leurs ex, etc...
en partenariat avec Livraddict et Folio MERCI

J'aime la manière dont Joyeux-drille en parle


californie USAcalifornie
50 états, 50 billets
Los Angeles, CALIFORNIE (ter)

dimanche 15 juillet 2012

Un mot, des titres : premier anniversaire !

Fille(s) Girl(s) au programme pour le 15 juillet
Tous les détails du tirage au sort et des conditions de participation chez Calypso
Un mot, une fille, des dizaines de possibilités 

Ce que veulent les filles :
Même s'il s'agit d'une lecture chik lit sans surprise, puisque ce roman de Leigh Rilker est publié dans la collection Red Dress, je suis tout de même de plus en plus étonnée par la banalisation des scènes de sexe dans la littérature pour jeunes adultes. Pour ce qui est des caractères, la tendance est toujours à la romance fleur bleue (un jour mon prince viendra...), sauf que les héroines des temps modernes n'hésitent plus à craquer dès le premier soir, voire à draguer dans les bars !

Darcie Baxter est une new yorkaise débarquée de son Ohio natal pour réussir dans le commerce de lingerie fine. Son employeur, Wunderthings, ayant décidé de se lancer à la conquête du marché pacifique, elle obtient la gestion du projet pilote à Sydney et s'envole pour l'Australie. A peine remise d'une déception avec son petit ami, Darcie se jette à la tête d'un bel éleveur de moutons. Elle doit tenir d'Eden, sa grand mère de 82 ans, qui collectionne les amants : le dernier en date a la moitié de son âge.
Bien que Dylan Rafferty incarne pratiquement la perfection masculine, Darcie hésite néanmoins à sacrifier sa liberté et ses ambitions de carrière. En plus d'être très bel homme et de posséder un ranch rentable, il est aimable, solide et compréhensif ; son seul défaut est de vouloir une épouse à la maison et lui faire des enfants. Ah ces jeunes femmes qui veulent concilier amour et travail ! Elles donnent du fil à retordre aux machos au coeur tendre.

De l'Ohio on n'apprend pas grand chose, sinon que c'est particulièrement rural et que les filles y ont la réputation d'être naïves.


Cincinnati,  OHIO

samedi 11 février 2012

Féroces infirmes, retour des pays chauds

COUP DE COEUR
Merci à Newsbook grâce auquel j'ai pu recevoir en partenariat, ce roman de Tom Robbins : Féroces infirmes retour des pays chauds paru chez Gallmeister. Le titre est inspiré de Mauvais sang, un des chants du recueil d'Arthur Rimbaud intitulé Une saison en enfer. Il faut lire le roman pour comprendre à travers le clin d'oeil (la citation est en page 195), une référence plus générale à un certain état d'esprit "jeune" (je n'aurais pas cru en le lisant que l'auteur est un monsieur de 75 ans !)
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Résumé de l'éditeur : Switters, agent peu conventionnel de la CIA, épicurien à la libido débridée, se rend dans la forêt amazonienne pour libérer le perroquet de sa grand-mère, grande prêtresse du piratage informatique. Il y sera victime d’un sortilège lancé par un étrange chaman à la tête en forme de pyramide. Rendu infirme par cette malédiction, Switters échoue au Moyen-Orient chez des nonnes militant pour la contraception. Il y découvrira l’amour, ainsi qu’une prophétie mystérieuse jadis dictée par la Vierge à Fatima et qui contient le secret d’un nouvel ordre mondial. De l’Amazonie au Vatican, ce roman d’aventures de Tom Robbins est une épopée picaresque balayant d’un trait de plume plein d’humour quelques-uns des plus grands mystères de l’humanité.

En quelques courts chapitres placés en tête de roman, Tom Robbins ferre le lecteur. Il y donne un aperçu non exhaustif des aventures inextricables dans lesquelles le héros se plonge tête baissée. Dès lors, je n'ai eu qu'une envie, comprendre les raisons qui avaient pu amener un homme, présenté comme fort, intelligent et plutôt raisonnable, à affronter une situation aussi peu crédible. Je me suis attachée aux pas, et au personnage anticonformiste, sensible et faussement blasé de Switters.
Ses proches également sont tout sauf banals : Bobby, son ami indéfectible et mentor à la CIA, qui lui a appris les principes et les bienfaits de la méditation, sa grand-mère, hackeuse espiègle et auto-entrepreneur brillante, qui refuse d'être appelée autrement que Maestra et le mène à la baguette avec une affection dont tous les deux se cachent la réciprocité, sa mère enfin, de multiples fois divorcée, tout aussi souvent remariée et dont le plus grand mérite actuel est d'être la belle-mère d'une jeune fille en fleurs, Suzy dont l'innocence (relative) hante les fantasmes de son demi-frère.
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J'ai adoré le style de Tom Robbins : pailleté est le mot qui me vient à l'esprit pour décrire l'impression que me laissent les péripéties exaltantes du scénario, le caractère attrayant des personnages, qui en dépit de passages parfois éphémères dans la vie de Switters, ont une densité et une présence qui les rend "palpables".
C'est un long roman dont le souffle épique ne se relâche pas une minute ; les interludes au cours desquels l'auteur dévoile les aspects plus humains de la personnalité de Switters, un "ange" convaincu parmi les cow boys de l'agence gouvernementale qui l'emploie, ne font que renforcer l'intérêt d'un dénouement qui sait se faire attendre.







 50 états, 50 billets 13/50
 Seattle, WASHINGTON

dimanche 29 janvier 2012

Les territoires bleus

Du côté des auteurs peu médiatisés
Les réseaux servent aussi à cela : faire connaître des auteurs qui n'appartiennent pas aux gros circuits de distribution. Je participe dans ce cadre à deux nouvelles aventures.
D'abord, à l'initiative de Petitebelge, un jury de blogolecteurs va tenter d'élire son coup de coeur de l'année 2012 ! parmi 39 auteurs participants.
Ensuite, grâce aux agents littéraires (fondés en mars 2011), j'ai reçu un livre à commenter sur leur site, que je vous invite à découvrir. J'ai choisi pour commencer : Les territoires bleus, un roman de Luc Ruelle. Ceux qui suivent un peu mon blogue auront compris pourquoi !

Après un long coma, Tom est né une seconde fois à vingt ans, le coeur plein d'une énorme envie d'amour et dans la tête tant de choses à rattraper. Il faut convenir que la première naissance s'était plutôt mal passée, voire même que dès la conception, cela avait mal commencé pour lui : Annie, engagée dans une relation fusionnelle avec Marc, n'avait pas anticipé la défection de celui-ci. Logiquement, sa grossesse aurait dû marquer la consécration de leur amour. Mais lorsque Marc la quitte sans un mot d'explication, à ses regrets se mêle un refus du bébé qui grandit innocemment dans son ventre. Pire, à la naissance du petit garçon, elle se détourne avec une indifférence glaciale qui émeut la sage-femme.

Annie parle à peine à Tom, qu'elle surnomme méchamment Varice. Pour compenser, il apprend à anticiper son humeur, il guette les expressions de son visage, catalogue la rareté de ses sourires. Calme et silencieux, il invente des subterfuges pour disparaître et l'observer à loisir ou bien, il choisit de se rendre visible à ses yeux, quitte à s'attirer une correction, mais toujours il surveille, comme un indicateur, la croissance de la veine bleue sur la jambe maternelle. Dans l'imaginaire de Tom, sa chambre est une forteresse isolée au sein des "territoires bleus" qui sont aux mains d'une mauvaise reine face à laquelle il doit tenir bon, en l'absence du gentil roi rose son père.

A 4 ans, il a maintenant l'âge d'aller à l'école. Il y rencontre un compagnon d'infortune dont il se fait un allié : connaissant tous les deux des difficultés à interagir, Tim et Tom mettent en place des stratégies, se servent de béquille l'un à l'autre. J'ai même supposé jusqu'à preuve du contraire que le jeune Tim, son alter ego, était un ami imaginaire. Persuadée du retard mental de Tom, Annie veut le faire entrer dans une école spécialisée, mais il déjoue tous les tests. Une maîtresse s'inquiète de l'influence destructrice de la mère sur le petit garçon. Heureusement, il y a Tantine Laura, qui donne à Tom un peu de temps, d'amour et de chaleur. Il y a aussi Nicolas, le nouvel ami de Maman, qui voudrait bien les aider à construire une relation à trois normale, mais qui ne sait comment s'y prendre : Annie est déjà tellement coupée de tout sentiment maternel, qu'un retour en arrière semble désespéré.

Tom grandit, las des rebuffades ; il a presque atteint une dizaine d’années. Après ses tentatives pour accéder à un amour qui se refuse à lui, il entre dans un conflit latent avec sa mère. Son tourment devenant permanent, il met en place une stratégie défensive de plus en plus élaborée. Pour se protéger, il astreint son corps à une maîtrise quasi-totale et s’enfonce inexorablement dans une psychose qui l'empêche bientôt de communiquer autrement que par le silence. Muré peu à peu dans le donjon qu'il croit devoir défendre et dont il ne peut désormais plus s’échapper, il finit par se mettre complètement hors de portée.


Il ne m'est pas facile de trouver les mots pour parler de ce roman singulier dont le sujet ne peut laisser indifférent. Le récit intime, comme si le narrateur parlait ou plutôt pensait par la voix de Tom, à peine interrompu par les interventions émues de quelques proches qui éclairent un aspect de la situation, couvre une période d’une dizaine d’années qui débute avant la naissance.
Triste et terrible réquisitoire contre le désamour maternel, le roman propose un voyage poétique dans l'univers psychotique d'un enfant, tourmenté jusqu’à la folie par l’indifférence de sa mère. Dans le jeu symbolique des couleurs, Les territoires bleus renvoient à l’onirisme névrotique lié à la mère.
Sous une apparence de simplicité, Luc Ruelle invite à la réflexion sur une forme de maltraitance qui peut passer longtemps inaperçue car elle est exercée par une personne que son statut place « au-dessus de tout soupçon ».

Dans un premier temps j’ai refusé l'explication « facile » qui rejette la faute sur le manque d'amour maternel. Une mère attentive aurait-elle pu empêcher l’évolution progressive de la maladie ou au contraire l’attitude d’Annie a-t-elle vraiment provoqué puis favorisé le développement de la maladie, l'a-t-elle poussé à cette extrémité ?

Depuis j’ai complété mon point de vue par la lecture d’une présentation des travaux de Françoise Dolto. J’ai compris que Luc Ruelle, dans cette approche dérangeante, montre que les manifestations répétées du manque d’amour maternel provoquent chez le fils la destruction progressive et systématique du désir de vivre, jusqu'à ce qu'il en résulte des séquelles tellement graves qu’elles deviennent pathologiques.

mercredi 5 octobre 2011

13m28

2010, un siècle après les grandes inondations de la Seine, une brutale montée des eaux submerge Paris : en une nuit, les eaux ont atteint le quatrième étage des immeubles hausmaniens. Victor et ses ami(e)s, réunis pour fêter son retour et la soutenance de sa thèse sur les phénomènes quantiques se retrouvent entraînés dans d'étranges aventures peuplées de monstres marins et antédiluviens. Manolosanctis est une maison d'édition participative spécialisée dans la bande dessinée. Le principe est l'utilisation du Web pour la conception de BD, expérimentale, interactive et collaborative, et la diffusion en ligne, avec publication papier éventuelle au choix des lecteurs.
Pour 13m28, une trame générale (le lieu et l'élément déclencheur) et des fiches de personnages étaient proposées : à partir de quelques planches mises en ligne par Manolosanctis, un concours invitait des auteurs-internautes à créer une histoire en lien avec le thème principal.
Le choix des meilleures perspectives scénaristiques est revenu à RaphaëlB, l'auteur du synopsis et coordonnateur du projet qui pouvait également intervenir pour garantir une cohérence à l'ensemble. Voir ses premières planches.

Le résultat, un récit fantastique co-écrit par vingt jeunes auteurs de la scène BD française, est assez inattendu, une sorte de " cadavres exquis " où chacun apporte sa manière et son imaginaire mais où l'histoire réussit à suivre son cours puisque les personnages (Victor, Andrès, Marc, Clémence, Pierre, Jeannette, Boris, Eiko...) se retrouvent à divers moments de leur vie et évoluent face une situation de stress avec leur caractère et leurs priorités.
Parmi toutes les participations,  j'ai particulièrement remarqué l'originalité ou la qualité prometteuse de certains épisodes : Mary Pumpkins, Akalikoushin (remarquable technique au lavis) ou Mhat.
Ensuite, il faut accepter dans un tel projet de moins apprécier, voire de ne pas du tout accrocher avec quelques séries (mais 8 pages, même si cela interrompt le cours du récit, ce n'est pas beaucoup - alors qu'au contraire c'est parfois trop peu !)

dimanche 11 septembre 2011

Le vagabond des limbes

Tome 1, Axle Munshine Retour aux sources : l'occasion de me replonger, pour le compte du Summer Star Wars, dans le premier tome d'une de mes lectures de jeunesse, dont certains passages avaient dû me rester obscurs... Née en 1975, la série créée par Christian Godard et Julio Ribera raconte l'errance d'Axle Munshine, Le vagabond des limbes.
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Ex grand conciliateur de la Guilde, dénoncé par un envieux, il est devenu un rénégat pour avoir transgressé la règle du treizième commandement : il est interdit sur Xylos d'interroger ses rêves.
Embarqué à bord de son Dauphin d'argent, un vaisseau invicible aux ressources inépuisables, avec l'androgyne Musky prince des Eternautes alias Muskie, jeune femme amoureuse piégée dans un corps d'éternelle pré-adolescente, il vogue à travers le cosmos à la poursuite d'une belle jeune femme blonde qui le hante.
Ses fantasmes alimentent son odyssée, mais il préfère souvent le refuge de son monde intérieur. Grâce à sa machine à rêves, il cherche désespérément à apercevoir l'objet de son amour, la dame de ses pensées, l'idéale Chimeer.
Loin d'avoir mal vieilli la série continue depuis plus de vingt ans à fasciner et à séduire avec sa trame simple, ses personnages attachants, ses situations pleines d'invention et d'inattendu, ses décors seventies et son imaginaire basé sur des références scientifiques sérieuses et sujette à des réflexions pertinentes.
A l'opposé d'Alix l'intrépide et du pragmatisme réaliste de ses aventures, j'appréciais également un héros fantasque comme Axle Munshine, son univers onirique et les créatures de rencontre nées de son imaginaire fertile.

samedi 30 juillet 2011

Le secret des fleurs 1 : Le dahlia bleu

Dans cette trilogie, Nora Roberts met en scène trois personnages féminins dont l'histoire personnelle et professionnelle se rejoint autour de la passion commune des fleurs et des jardins, trois générations de femmes fortes, attachantes et courageuses, réunies par le hasard, qui s'épaulent et deviennent amies.
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Stella Rothchild, l’héroïne du tome 1, est une jeune veuve dont la vie s’est effondrée avec le décès accidentel de son mari. Marquée par une enfance désordonnée auprès d'une mère divorcée et peu affectueuse, elle veut absolument tout garder sous contrôle. Ses deux petits garçons deviennent l’unique préoccupation de son existence. Originaire de Memphis, Stella décide de se rapprocher de son père et se fait engager comme directrice dans la jardinerie de Roz.
Passionnée de botanique, elle tombe bientôt sous le charme de la splendide propriété, mais entretient des relations houleuses avec le paysagiste Logan Kitridge. Petit à petit, chacun admet la compétence de l'autre et un respect mutuel s'installe, propice à d'autres sentiments.
Mais, une légende circule à propos de Harper House.

Stella rêve d'une mystérieuse femme qui la met en garde contre un dahlia bleu florissant (une fleur rare, obtenue par de minutieux croisements aux résultats aléatoires) qui dépare l'ordonnancement strict de ses plates-bandes. Une nuit, elle entend chanter dans la chambre des enfants.
Lié au passé des Harper, le fantôme paraît très maternel mais se révèle possessif et potentiellement menaçant envers les adultes. La recherche de son identité et de son histoire sert de fil rouge à la trilogie, apportant une touche de surnaturel angoissant dans l’ambiance paisible du récit.

L'histoire des deux autres femmes qui vivent à Harper House fait l'objet des tomes suivants :
La rose noire et Le lys rouge.
Rosalind (Roz) Harper, quarantenaire, deux fois mariée et mère de trois garçons dont l'un est un horticulteur hors pair, a connu la même tragédie que Stella : veuve avec des enfants en bas âge, elle s'est jetée à corps perdu dans le projet de transformer sa magnifique propriété en jardinerie. Femme de tête et de pouvoir, elle gère son entreprise d’une main ferme mais possède également un cœur d’or.
Hayley, une de ses lointaines parentes, a fait appel à elle lorsqu’elle s’est retrouvée seule à quelques mois de grossesse après la défection du père. En plus d’un emploi dans la jardinerie, elle trouve à Harper House un cadre de vie chaleureux et de véritables amies qui vont l’aider à assumer son statut de mère célibataire.
Plus que les personnages, c’est véritablement le lieu et le contexte dans lequel évoluent tous les protagonistes qui peut enthousiasmer le lecteur : la jardinerie qui symbolise l'amour de la terre et explose d'espèces et de couleurs, ainsi que la maison typiquement sudiste qui accueille amitiés et amours naissantes.

50 états, 50 billets 5/50
Memphis, TENNESSEE

mardi 26 juillet 2011

Marie-Sabine Roger [2]

J'ai pu apprécier, par un heureux hasard de programmation à la médiathèque, la finesse de La tête en friche porté à l'écran par Jean Becker : une très belle histoire d'amour entre Germain Chaze (Gérard Depardieu) un cinquantenaire un peu "simple", repoussé dès l'enfance par une mère célibataire qui n'a jamais su exprimer ses sentiments maternels, et Margueritte (Gisèle Casadesus) une charmante vieille dame, qui parvient lui faire partager son goût de la lecture.

C'était une lecture proposée par Petite Fleur pour la lettre R du circle challenge, mais du coup j'ai choisi un autre titre dans la bibliographie de Marie Sabine Roger : Attention fragiles.

Laurence, 23 ans, est mère célibataire d'un petit Bruno de 4 ans 1/2. Par un malheureux concours de circonstances, ils se retrouvent sans abri alors que les premiers froids arrivent et ils se réfugient dans un grand carton d'emballage en bordure de voie ferrée. L'amour de son fils, inséparable de Baluchon, un panda en peluche qui lui tient lieu de copain imaginaire, l'empêche de sombrer tout à fait. L'aide de Lucas, qui travaille un jour sur deux au buffet de la gare, lui permet de garder un semblant de dignité, puis vient la rencontre avec Geneviève, qu'elle repousse d'abord avec colère.
Nel(son), aveugle depuis l'enfance, passe tous les jours, avec sa chienne Boussole, par la passerelle qui enjambe les voies ferrées. Lycéen à peine moins âgé que Laurence, il vit dans une grande détresse morale. L'arrivée de Cécile, vive et spontanée, lui ouvre des perspectives d'avenir enfin porteuses d'espoir.
A travers ces deux destins qui coexistent en parallèle, dans l'ignorance l'un de l'autre, l'auteur se penche avec pudeur et délicatesse sur la vie des démunis, des laissés-pour-compte. Sa voix parle vrai, sans voyeurisme ou fausse bonne conscience. Elle possède le talent d'alerter sur la fragilité de ces êtres que l'existence malmène et refoule en bordure de la société. Mais son message reste optimiste, presque allègre dans ce contexte doux-amer, car au bord du goufre, ils croisent la main tendue, ils rencontrent le secours inespéré avant l'échouage définitif : Cécile pour Nel, Geneviève pour Laurence, Germain pour Margueritte et réciproquement, apportent un peu de douceur dans un monde de brutes et un peu de lumière dans nos vies de lecteurs.

Merci à Marie Sabine Roger et à Petite Fleur pour cette découverte.

vendredi 18 mars 2011

Cassio

BD - PàL sèche - Avril -
Thriller historique en trois quadriptyques
Premier cycle :
Le premier assasin, Le second coup, La troisième plaie, Le dernier sang

Lucius Aurelius Cassio, avocat et médecin personnel de l'empereur Antonin le Pieux est devenu en quelques années l'un des hommes les plus riches et les plus influents de Rome. Un biographe romain rapporte son décès, frappé à mort dans sa villa, par quatre coups de poignards portés conjointement par quatre mystérieux conjurés.
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Au XXème siècle à Ephèse, un chantier de fouilles met au jour une tombe ornée de fresques, contenant une série de flacons et un parchemin apparemment autographe, où Cassio dénonce un de ses meurtriers. L'énigme vieille de tant de siècles résonne alors fortement dans l'esprit d'Ornella Grazzi, l’archéologue à l'origine de la découverte. Décidée à percer le mystère de ce crime non résolu étrangement dénoncé par sa victime, elle s'engage dans la reconstituion de la conspiration.

Cassio, un peu trop honnête pour n'être pas devenu trop encombrant, aurait été très proche de ses meurtriers, qui tous semblent avoir mal accepté de lui être redevables. Parfois, l'amour et la haine peuvent se rejoindre et l'affront doit alors être lavé dans le sang.
Ornella reçoit certaines aides inattendues, mais alors qu'elle se rapproche de la vérité, les tentatives d'intimidation dont elle est victime se précisent. L'énigme du passé se dédouble dans le présent.

A travers cette fresque épique et fantastique, Stéphane Desberg plante le décor au milieu du IIème siècle, de la Turquie à l'Egypte, dans quelques unes des plus belles villes de l'Antiquité admirablement restituées par Henri Reculé, qui trouve le juste trait : plus contemporain qu'Alix l'intrépide de Jacques Martin, mais sans la précision (maniériste) du Murena de Jean Delaby. J'avais déjà beaucoup apprécié leur collaboration dans Le dernier livre de la jungle.

dimanche 6 février 2011

Le phare

BD - PàL sèche - Février - Espagne

Francisco est devenu gendarme à 16 ans pour pouvoir faire la cour à sa belle. Lorsque la guerre civile éclate, il se retrouve dans l'arme régulière espagnole opposée aux troupes fascistes. Mais le propos de Paco Roca n'est pas tellement de montrer le conflit entre républicains et franquistes, mais une ode aux rêves : ceux qu'on laisse échapper et ceux qui ont le pouvoir de transformer notre vie. L'album se termine d'ailleurs sur un très court conte, celui du marchand de Constantinople qui vendit tout pour suivre son rêve jusqu'au Caire et y faire fortune, devint mendiant, puis épousa la plus belle femme et déterra un trésor.
Le trait est assez austère mais efficace, tout l'album est en noir, blanc, gris comme sur la couverture. L'intérêt de l'histoire réside dans l'entrecroisement de nombreuses références aux voyages imaginaires : Gulliver, le capitaine Nemo, Ulysse, Achab et la baleine blanche... un monde où la mer appartient aux hommes libres.
Déserteur tentant d'échapper à ses ennemis, Francisco bascule dans la mer et s'échoue au pied d'un phare désaffecté. Il est recueilli par Telmo, gardien de père en fils, un peu naufrageur à ses heures. Telmo vit dans l'attente de la lampe qui lui permettra d'illuminer le phare de nouveau. Il construit une barque avec les épaves rejetées sur le rivage dans l'espoir de rejoindre l'île de Laputa où l'attendent les honneurs d'un titre et la fortune. Doux rêveur, il entraîne peu à peu Francisco dans son utopie. La guerre n'est pourtant pas loin et un jour, les troupes franquistes s'approchent de ce bout du monde...

lundi 30 août 2010

En toute honnêteté

J'apprécie beaucoup ce choix de Talyate qui a su trouver en Ruth Rendell le contrepoint idéal à la lecture de Rosamund Pilcher : je ne m'y attendais pas du tout, ni par le titre, ni par l'auteur, que j'ai dû vraisemblablement confondre avec une autre. Les deux écrivent des romans autant que des nouvelles, mais si l'une excelle à délivrer un message d'optimisme et de foi en l'humanité, l'autre préfère montrer la mesquinerie et la noirceur d'âme des hommes et femmes qui lui servent de sujet et insister sur leurs aspects humains et moraux les moins valorisants ou les plus infâmants.

La plupart des personnages rassemblés dans ce recueil souffrent d'obsession : phobiques, compulsifs... ils offrent une large palette des troubles du comportement, des plus apparemment bénins à ceux qui tournent dans certains cas à une pathologique insupportable pour l'entourage et pourrait conduire au meurtre.
Certaines histoires appartiennent d'ailleurs à un registre proche de la thématique de Meurtres et obsessions dans la collection supervisée par Otto Prenzler : le désir obsessionnel et ses conséquences incontrôlables.

Lu également Un parfum bleu foncé, une courte nouvelle dramatique sur le thème de l'obsession.

Avec l'extrême finesse psychologique et l'économie de style trompeuse qu'on lui connaît, Ruth Rendell pratique ici la dissection des mobiles qui ont motivé les actes; jusqu'à exposer les moindres rouages des névroses de ses personnages pour créer, mieux qu'un suspense, un malaise lancinant.

En trente ans, Ruth Rendell s'est imposée comme la reine de la littérature criminelle. Elle est le seul auteur à avoir été deux fois consacrée par le Gold Dagger Award, décerné par l'Association britannique des auteurs de littérature criminelle. Elle vient d'être distinguée par la reine d'Angleterre qui l'a nommée Companion of the British Empire.

dimanche 15 août 2010

Syngué Sabour

Ce titre, littéralement " Pierre de patience ", a valu à Atiq Rahimi, écrivain franco-afghan auteur de quatre précédents romans, d'obtenir la précieuse distinction littéraire de la rentrée 2008.
Je ne suis pas sûre d'avoir déjà lu un des lauréats du prix Goncourt, mais de réticente sur ce prêt, au départ, je suis maintenant enthousiaste et le suivant, par Marie N'Daye, prêté également, est en bonne place dans ma PàL.

Syngué sabour n.f. (du perse syngue « pierre », et sabour « patiente »)
Dans la mythologie perse, il s'agit d'une pierre magique que l'on pose devant soi pour déverser sur elle ses malheurs, ses souffrances, ses douleurs, ses misères... On lui confie tout ce que l'on n'ose pas révéler aux autres... El la pierre écoute, absorbe comme une éponge tous les mots, tous les secrets jusqu'à ce qu'un beau jour elle éclate... Et ce jour-là on est délivré.

Dans une ville en guerre qui n'est pas clairement identifiée, une jeune femme musulmane qui restera sans nom, vit au rythme oppressant du souffle d'un grabataire. Sur les instructions du mollah, elle récite à longueur de journée une lancinante prière pour obtenir la rémission du blessé, son mari atteint d'une balle (perdue) dans la nuque et le père de deux fillettes.
Face à son inertie et son absence de réaction à ses soins, elle s'enhardit peu à peu à exprimer le fond de sa pensée, ses doutes et ses réflexions sur la vie, la guerre, la violence, les hommes. Ce cadavre vivant devient pour elle « Syngue sabour », pierre de patience à laquelle elle confie ses petits secrets heureux ou douloureux, ses attentes d'épouse déçue par le mariage, ses espoirs meurtris d'une vie paisible et décente, ses trahisons obligées pour (sur)vivre sous le joug de la tradition coranique, ses espérances aussi et l'affectation inattendue qu'elle a trouvée auprès de son beau-père.

Un livre déconcertant, inédit, ciselé dans le fond et la forme ; la fin est à l'image de l'absurdité du monde que dénonce la femme dans son long monologue.
J'ai aimé le commentaire sur http://culture.webmanagercenter.com/article.php?aid=407