lundi 25 mai 2020

Lectures BD de mai

Lou Cale tome 4 Etrange fruit

L'adoption tome 2 La Garùa
Le grand-père entreprend un voyage au Pérou pour décompenser le retour de la petite auprès de ses vrais parents, le divorce de sa belle-fille et l'emprisonnement de son fils. Sur sa route, une rencontre décisive lui permet de repartir de l'avant.

Bob Morane : Les Fils du dragon  de Vernes et Vance
Je lis tout Vance même si certaines séries sont un peu datées.
Les deux compères en vacances ne peuvent s'empêcher de jouer les redresseurs de tort, secourir un agent américain en mauvaise posture et une belle jeune femme en détresse, mettre les pieds dans le plat et s'opposer à la mafia locale et faire échouer les plans d'un trafiquant de trésor.

To your eternity tome 1 de Yoshitoki Oima
En dépit de l'expression un peu figée des visages, caractéristique des mangas, j'ai été attirée vers cette histoire par la beauté de la couverture. Un être immortel commence son voyage terrestre dans une pierre, puis dans un loup domestiqué, avant de s'incarner dans un jeune garçon isolé dans une contrée hostile, enneigée et désertique.

vendredi 22 mai 2020

Chanson douce

Le verdict du jury spécial est tombé et la couverture est acceptée comme JAUNE pour le challenge des Bookineurs en couleurs. Je crois que c'est la première participation où je suis aussi active... un coup de chance.

En écoutant Clotilde Courau lire Leila Slimani, je me fredonnais l'air immortalisé par la voix caressante d'Henri Salvador ; je la trouve particulièrement adaptée à l'histoire d'une nounou chargée de s'occuper de jeunes enfants et je me demande si l'auteur l'avait également en tête en choisissant son titre.

Le roman débute par un atroce fait divers, comme le feuilleton puis le film " c'est arrivé près de chez vous " provoquent l'incrédulité horrifiée des voisins.
La proche reconstitution de la scène de crime donne lieu à un long retour en arrière sur les éléments qui ont mené au drame. Le suspense final est désamorcé, pourtant le fil narratif qui consiste à révéler la construction de l'intime conviction de la commissaire chargée de l'enquête aboutit à ce qu'elle n'accorde aucune circonstance atténuante à la coupable, là où j'ai vu des failles sociales.
Myriam et Paul sont les parents comblés par leur couple, leur famille et leur vie professionnelle... ou presque ! Après de premières années difficiles, le couple travaille dans un univers qui les épanouit, lui dans la musique et elle comme avocate. Myriam a été heureuse de quitter sa place de mère au foyer et plus encore de trouver rapidement la nounou parfaite à laquelle confier Mila et Adam, une fillette et un bambin. Louise est une perle que leurs amis leur envient unanimement et qu'ils se félicitent d'avoir recrutée. Bientôt indispensable, elle décharge les parents débordés de tout souci domestique, au point qu'ils lui proposent de partager leurs vacances en Grèce. Hélas, devenue familière, puis intime de leur quotidien, Louise se fait des idées sur l'affection qu'ils lui portent...  et s'enferme dans le piège de la dépendance affective.
L'histoire est très prenante et la psychologie des trois protagonistes est finement rendue, mais pour une fois, l'écoute n'a pas fonctionné, la voix m'a plus d'une fois agacée dans les passages sur Louise qui constituent malheureusement l'immense majorité du roman. Des prix - mérités à mon avis -ont récompensé Leila Slimani : Goncourt - Général - 2016 et Grand Prix des lectrices Elle - Roman - 2017

jeudi 14 mai 2020

Enquêtes policières au bord de la Tamise

ABC polars : lettre J et BONUS Mars
lettre L et BONUS Mai 
Commencés en même temps que Les meurtres de la Tamise (ci-dessous) à cause de la proximité de leurs titres et trouvé également dans une boîte à livre, Le mort de la Tamise est resté un moment en panne sur ma pile de lecture : la faute au suspense faiblement motivant de ce roman à énigme prenant place au coeur de la grande aristocratie anglaise. Le personnage récurrent, Sir Malcom Ivory, y a ses entrées ; il apporte son aide amicale au superintendant Douglas Forbes de Scotland Yard, lorsqu'il s'agit d'enquêter avec tact et dignité dans ce milieu fermé et exclusif.

Une enquête de Sir Malcom Ivory
Jack Boyleston, orphelin élevé par ses oncle et tante, Lord Arnold et Lady Elisabeth, est le mauvais sujet de la famille : dispendieux, volage, escroc... le contraire de son cousin. Fils unique, William est fiancé à Bettie, dont Henry, le père, se revendique de la lignée de l'amiral Horatio Nelson et Jane, la mère est la petite-fille et riche héritière du grand couturier Thompson. 
Jack est retrouvé dans la Tamise le coeur transpercé d'un coup de fleuret ; un clochard établi sur le bord du fleuve est assassiné de même manière peu de temps avoir témoigné auprès de la police. Pendant de Forbes mène les interrogatoires et investigations, Sir Ivory questionne à pas feutrés les suspects qui, à l'exception d'un proche de Jack, ami de régiment et complice de ses malversations, se trouvent dans le cercle étroit de la famille. 
Lors d'une réunion de crise qui a lieu chez les Boyleston, Jane Nelson se fait empoisonner à l'acide prussique. Sir Ivory sollicite Lord Arnold pour un nouveau rassemblement de tous les protagonistes, au cours duquel il prétend confondre le meurtrier et expliciter son mobile.

Une enquête historico-policière de P. D. James
J'ai été très surprise par Les meurtres de la Tamise. Hors de sa zone de confort, P. D. James signe un " cold case " dont la brutalité attendra 70 ans pour que Jack l'éventreur la surpasse.
En décembre 1811, un (groupe d')assassin(s) agresse(nt) sauvagement à leur domicile deux commerçants établis sur les docks en bordure de la Tamise, les bas quartiers de l'Est londonien. A douze jours d'intervalle, les deux familles entières sont décimées en quelques minutes avant l'apparition rapide de témoins. Le vol ne semble pas le mobile des meurtres.
Le texte propose une analyse des archives documentaires assez nombreuses sur cette double affaire qui a enflammé l'opinion, mais également un réquisitoire contre l'indigence des moyens policiers et judiciaires mis en oeuvre en ce début du XIX ème siècle. En dépit de la plus forte récompense jamais promise, les défauts de procédure n'ont pas permis d'exploiter pleinement les indices recueillis dès les tout premiers moments de l'enquête. Les soupçons ont tendu vers un coupable tout désigné, retrouvé pendu dans sa cellule avant d'avoir pu être jugé...
L'auteur est animée de l'intime conviction que l'accusé a été victime d'une erreur judiciaire. En association avec l'historien M. T.A. Critchley, elle s'est attelée à la reconstitution minutieuse de l'affaire criminelle non résolue. Je trouve beaucoup d'intérêt au travail réalisé, de la collecte à la recherche de mise en forme des sources. L'opinion avancée sur le ou les véritables coupables de la tuerie est assez solidement étayée. Mais du point de vue de la qualité romanesque, Truman Capote mène nettement mieux sa narration dans l'incomparable modèle du genre : De sang froid.
Lu le 31 mars 2020

mardi 12 mai 2020

Douglas Coupland [3]

Tour du monde : CANADA Drapeau Canada

Jpod de Douglas Coupland m'a laissé un bon souvenir et Eleanor Rigby un encore meilleur. C'est pour cette raison que Toutes les familles sont psychotiques figure dans ma PàL depuis un bon moment. L'opération (terminée) proposée par Au diable Vauvert dans le cadre du confinement : 30 livres numériques gratuits du 31 mars au 3 mai - MERCI - me permet de passer à la lecture.

Janet et Ted ont eu trois enfants : Wade, Sarah et Bryan. Leur couple a fait long feu : Ted vit maintenant avec Nickie et Janet est devenue adapte d'Internet. En désaccord constant avec son père, Wade a quitté la maison dès sa majorité ; séducteur impénitent, il vit de trafics divers. Bryan, éternel benjamin de la famille, cherche sa voie. Sarah, nullement handicapée par une main en moins, est un symbole de réussite : cumulant les diplômes, elle est astronaute. Le lancement de son premier vol en navette spatiale est l'occasion du rassemblement familial !
La fratrie est sur le point de donner naissance à la génération suivante : Beth, pratiquante et prosélyte, aime et soutient Wade bien qu'il soit séropositif, Sarah, mariée à un bellâtre, projette secrètement un accouplement en apesanteur avec le chef de mission, Shw (Emily), militante et imprévisible, s'apprête à vendre à des parents adoptifs fortunés (en fait des trafiquants d'enfants) le bébé qu'elle attend de Bryan.
Distendues, incongrues et chaotiques, les relations familiales dégénèrent en des enchaînements cataclysmiques atypiques et inattendus. Comme dans un mauvais scénario de comédie catastrophe, les uns et les autres semblent tirer à hue et à dia hors de toute rationalité et sans souci des conséquences. Finit par advenir ce qui doit et tels une série de dominos en équilibre précaire, ils s'entraînent mutuellement vers le fonds, passant de Charybde en Scylla.
Drôles mais fatigants, à force ils deviennent insupportables au lecteur comme ils le sont l'un à l'autre.

* * *

jPod
 
Des programmeurs de jeux vidéos travaillent en circuit fermé. Ils donnent l'impression d'un grand relâchement moral et physique. Douglas Coupland en rajoute sur le côté geek, autiste, adolescent attardé des membres de l'équipe. Kaitlin, la dernière arrivée, sert un peu de repère de normalité ! Elle leur invente une machine à câlins... Le récit est régulièrement interrompu par les interventions d'un narrateur extérieur blasé qui montre le dessous des cartes : ambitions et compromissions. Parmi les jPoders, certaines inimitiés sont féroces. D'ailleurs, l'auteur se montre particulièrement acharné contre son souffre douleur préféré : passif et certainement trop gentil, Ethan apparaît comme le raté de service. Le malheureux doit en outre constamment tirer sa famille de mauvais pas.
Jpod est une parodie et c'est franchement assez drôle. Douglas Coupland a un humour bien à lui, que je commence à cerner. Il en fait des tonnes, ses cas banals sont des catastrophes ambulantes, son credo l'extravagance et la démesure.
Lu en 2012

Extrait :
- On se croirait dans Melrose Place
- Melrose Place ? a fait Bree. C'était il y a mille ans.
[...]
Aaron Spelling s'est fait énormément de fric avec ça, a dit Kaitlin. Mais vous n'avez pas remarqué qu'au début, c'étaient tous des glandeurs d'une vingtaine d'années qui cherchaient un sens à leur vie et vivaient dans une résidence ressemblant à un motel avec une piscine au milieu ?
- Exactement comme les personnages du roman de Douglas Coupland de 1991, Génération X a dit Bree.
- Parfaitement
- Donc ils ont tout piqué à Coupland ?
- C'est sévère mais recevable. Mais qui on est pour en juger ?
- Ca me paraît suspect.
- Si j'étais Douglas Coupland, j'aurais traîné Aaron Spelling en justice jusqu'à le plumer.
- Moi aussi
- Pareil
- Enfin un point sur lequel nous étions tous d'accord.

* * * 

Eleanor Rigby
Refrain de la chanson des Beatles (album Revolver, 1966) que VendrediLecture a eu la gentillesse de retrouver :

Tous les gens seuls
D'où viennent-ils tous?
Tous les gens seuls
Quelle est donc leur place?
Ah, regarde tous ces gens seuls (x2)
Eleanor Rigby [...]

Le roman de Douglas Coupland qui tente de répondre aux questions soulevées par la chanson est déroutant. Sur le mode du constat, il dresse le portrait psychologique d'Elisabeth Dunn, une canadienne de Vancouver dont l'adresse courriel étonnante est eleanorrigby@arctic.ca (page 197/299). Elle a une famille plutôt aimante et unie (vous diriez peut-être étouffante), mais aucun ami et à 36 ans, elle est toujours célibataire. Elle a une belle situation qui pourrait lui assurer un train de vie confortable, mais elle est économe. Elle a toujours été grosse et introvertie et ne paraît pas avoir de centre d'intérêt.
Au milieu de cette existence sans relief, elle va pourtant vivre plusieurs évènements chaotiques. De retour d'un voyage de classe à Rome, elle met au monde un enfant qu'elle laisse à l'adoption (elle a seize ans et n'a aucun souvenir de la conception). Une vingtaine d'années plus tard, son fils Jeremy, fantasque et mystique, fait irruption dans sa vie qu'il  bouleverse à plus d'un titre : il est atteint d'une forme particulièrement pernicieuse de sclérose en plaque et il lui reste assez peu de temps à vivre. Il s'installe chez elle et ils apprennent à se connaître et à s'apprécier. Son décès la laisse encore plus démunie et sensible à sa solitude.
Elle est contactée quelques années après par la police autrichienne dont les révélations suffisent à la mettre dans un avion pour Vienne, via Francfort. A l'escale, l'aéroport est évacué d'urgence et elle est jetée en prison sans explication. Elle entreprend le récit de sa vie...

Par ses décisions et surtout par ses non-choix, la trajectoire qu'elle a suivi depuis l'enfance aboutit à une situation qu'elle n'a pas souhaité mais pas tenté non plus de modifier : elle paraît subir son destin et si finalement elle trouve sa place dans la vie, elle semble y prendre part comme par hasard.
J'apprécie beaucoup le style de narration de Douglas Coupland, dont l'absurdité sous jacente me paraît assez proche de Chuck Palaniuk, mais débarassé de l'intention ostensible de choquer. Avec une ironie douce amère, il montre cette absence de volonté de la part de Liz ou plutôt cette volonté d'être comme absente de sa propre existence - se passer de certitudes pour atteindre à la paix - et ce ton unique, relevé d'une pointe de cynisme ou d'impertinence, qui montre la distance qu'elle met entre le monde et elle. Derrière cette morne apparence se cache un esprit acéré par des années d'observation lucide. Elle assume sans amertume son mode de vie et ne cherche pas à susciter l'apitoiement, ne revendique ni n'attend rien de la vie sur laquelle elle porte un regard sans concession. Sa solitude, thème central du roman, n'est pas pathétique ou honteuse. Son histoire ne porte pas non plus à la critique, elle rend de manière originale des sentiments authentiques, réellement touchants, aux échos universels.
_
Au fil du roman, il m'est venu souvent en tête une autre chanson, de William Sheller, où les gens me semblent en définitive, aussi tristement seuls et autrement isolés qu'Eleanor Rigby :
Pourquoi les gens qui s'aiment
Sont-ils toujours un peu les mêmes?
Ils ont quand ils s'en viennent
Le même regard d'un seul désir pour deux
Ce sont des gens heureux.
Pourquoi les gens qui s'aiment
Sont-ils toujours un peu les mêmes?
Quand ils ont leurs problèmes
Ben y a rien à dire
Y a rien à faire pour eux
Ce sont des gens qui s'aiment[...]
Lu le 1er mai 2011

lundi 11 mai 2020

Lire en confinement

Je n'ai lu ni plus ni moins qu'à l'ordinaire en papier mais un peu plus de numérique : j'ai testé les albums numériques, lu quelques BD en ligne, j'ai écouté deux longs audiobooks en préparant les repas ou en redécouvrant le plaisir de faire un puzzle !

Toutes les familles sont psychotiques

La soudaine apparition de Hope Harden

et offre démentielle oblige, j'ai pu m'adonner au plaisir des nouvelles :

Les ferrailleurs du cosmos

Anthologie des Imaginales 2009-2019

Cru

Poumon vert

Théâtres de cendres  et Pourquoi dans les grands bois, aimé-je à m'égarer

samedi 9 mai 2020

Cru

A travers ces nouvelles offertes par les éditions Dystopia, je parviens rapidement à la conclusion que j'apprécie la plume de Luvan, étrange, poétique, évocatrice, subtilement anxiogène, qui puise largement au riche terreau des contes et légendes et me rappelle curieusement une forme d'animisme présent dans Les Contes de folie et de mort de Quiroga.
Même le titre se refuse à une lecture univoque. Sans qu'un doute ne m'effleure, j'ai pensé au contraire de cuit, comme un " langage cru ", mais peut être s'agit-il de l'acception de " croire "... aux envoûtements des espaces naturels extrêmes, encore hostiles à l'homme : la banquise, la jungle etc.
Je suis en pleine lecture, lente, savourée ! La postface de Léo Henry dit toute son admiration pour la langue, étincelante, ciselée, je suis totalement en accord.

+ Brise-glace : L'équipage d'un brise-glace scandinave est aux prises avec la folie, alors qu'il tente de secourir un porte-conteneurs espagnol et que se fait entendre la voix mortellement belle, suavement mortelle d'une Lorelei/Léviathan
La Femme verte : Après une guérison miraculeuse, son faux jumeau sort du coma, alors qu'elle est prise d'une maladie tropicale inconnue, mêlant veille et demi-sommeil, mirages et rêves hallucinatoires
Le Tunnel : Un homme croise le doute, la mort et une balle dans un tunnel entre l'Angleterre et le continent, qui m'évoque un Tijuana européen
++ Kiruna : une longue nouvelle  ayant pour cadre la Laponie suédoise, Tove née au Sud cherche Maria née et disparue au Nord, un périple en Afrique les a rapprochées, un fossé culturel les sépare à la façon du " trou " cette mine à ciel ouvert qui a transformé deux quartiers en deux villes
+ Le Pacte : La Laponie encore, une panne de motoneige fait écho à un accident plus ancien, une chute mortelle sous la glace trop fine, la survie de Tilo, la mort de Liv sa mère et les dettes qu'il faut honorer
Mange moi : Laponie, une infirmière Sami, héritière de dons chamaniques, doit retrouver une anorexique évadée de l'hôpital avant qu'elle n'atteigne une grotte dans la montagne, refuge bien connu des esprits
Moroï : une troupe internationale de jouteurs s'installe dans un château d'Olténie dans le Sud de la Roumanie ; une croyance locale prescrit d'éviter le cimetière, parfois hanté par des succubes
Le Courbe : un groupe libanais hanté par le souvenir des destructions participe à un festival de rock au bord d'un fjord
Carmina : un soldat pense à l'oeuvre qu'il n'écrira pas
Reprise : un trio de musiciens remonte sur scène tous les 2 ans malgré les séquelles de la guerre et le climat de fin du monde lié au thème récurrent du crépuscule des Dieux
une Suédoise avec des dreadlocks
+++ Le Rapt : La Princesse héritière de Suède est décédée accidentellement à Paris, Selma part à la recherche d'indices sur un éventuel suicide, Beth la suit pour trouver des éléments de sa culpabilité, le Prince tire les ficelles... mais Selma n'est pas où il l'attend, elle vient en aide à Yuko en échange d'une information, Lena qui faisait des traductions pour Svensson s'est noyée dans la Seine, Beth doute de la vérité mais se laisse corrompre par le désir de possession.
Cette novella donne à Luvan le temps de bien développer son personnage de marionnette, Selma se révèle très attachante, son décalage m'a fait penser à l'androïde de Blade Runner. Grande absente, la Princesse pèse pourtant sur sa vie, comme un poids mort. Beth, à peine esquissée dans sa dualité, sert de faire-valoir mais prend sa revanche.

vendredi 8 mai 2020

Jean-François Deniau [8]

Existe-t-il des hommes naturellement doués pour réussir tout ce qu'ils entreprennent ? Je crois qu'il faut lire la biographie et la bibliographie de Jean François Deniau pour s'en convaincre.
Ce que je crois - Grasset a édité une pléiade d'auteurs francophones sous ce titre commun ; la table des matières regroupe des réflexions et souvenirs sous une même valeur thématique, souvent une vertu, mais pas seulement. Le recueil de ses pensées rejoint dans la langue, maîtrisée, agréable à lire et facile à suivre, certaines de ses fictions ; je n'ai pas ressenti de différence littéraire entre l'essai et le roman, d'ailleurs j'ai reconnu certains passages qui ont été développés dans d'autres publications ci-dessous.
les mots
l'espérance
le courage
l'honneur
la vérité
la rébellion
l'âme
la trace

Suite à un incident technique à l'enregistrement, j'ai perdu tout le contenu de mon billet qui sera difficile à reconstituer !Jean François Deniau et moi c'est maintenant une longue affaire qui remonte à 2010  avant même que je découvre qu'il est l'auteur d' Un héros très discret dont le film est réalisé par Jacques Audiard en 2016.


Survivre
à lire dans la PàL


Le secret du roi des serpents (Contes)
2019
- Toine et Toinon
- Un mari délicieux









La bande à Suzanne (Roman)
2019


Je retrouve dans L'oubli, dernier roman de Jean François Deniau, les ingrédients qui me font apprécier sa lecture : une érudition et un art de la narration mis au service de destins qui se surpassent, sur fond de dépaysement et d'exotisme.
Construit autour d'une double disparition : celle de l'ancienne civilisation Champa, survenue après dix siècles d'une prospérité brillante, celle d'un légionnaire d'origine allemande demeuré en Indochine après la guerre, le roman fait mentir son titre. En effet, quelques universitaires s'intéressent au sort de l'empire oublié, le héros, né de mère annamite inconnue, s'inquiète de retrouver la trace de son père au fond de la jungle vietnamienne : bientôt les deux quêtes n'en font plus qu'une, tandis qu'entre en jeu le merveilleux talent de conteur de l'auteur.
En pleine perte de repères, Claude Mader fait des rencontres involontaires et extraordinaires, mais surtout, parvenant au péril de sa vie à la tour penchée photographiée avec son père, il exhume son passé et trouve son destin.
2017




Pour répondre à Françoise Xenakis J'aime pas la mer
"Amateur, cela veut dire "qui aime", et c'est bien de cela qu'il s'agit. J'aime la mer et j'aime être en mer. J'aime partir, larguer l'amarre et passer les feux ; j'aime naviguer, voir le vent tourner, la brise adonner, le ciel changer, la mer se former et se déformer ; j'aime le bouillon chaud dans le thermos au pied du barreur et l'étoile qu'on prend un temps pour cap la nuit, entre hauban et galhauban ; j'aime quitter une côte de vue, et, après un jour, huit jours, un mois, en voir apparaître une autre, qu'on attendait ; j'aime arriver, entrer, mouiller, et quand tout est en place, fixé, tourné, amarré, ferlé, rabanté, être à terre. Je suis un amateur." Jean François Deniau.



Le grand jeu (Roman)
2016






La lune et le miroir (Conte)
2015
confirmation
A quelles sources philosophiques de l'Orient mystérieux Jean François Deniau puise-t-il pour être un si habile conteur ? Je suis une fois de plus sous le charme ! 
La lune et le miroir mêle les fils de plusieurs histoires qui enchantent le réel : des contes à décrypter répondent à l'histoire - trop vraisemblable pour être totalement imaginaire - de ce jeune homme, journaliste, parlementaire européen, marié et père de famille, qui fut aussi le roi électif d'un village sur un autre continent qu'il revenait visiter presque chaque année, pour y rendre la justice et tenir - sans faillir - le rôle qui était attendu de lui.


Tadjoura (Roman)
2010
Première découverte ; je veux la suite...
De "Janvier" à "Décembre", le mystérieux cercle des douze mois se compose de douze aventuriers de la vie, aux expériences et aux voyages multiples, amateurs de situations extrêmes et de caractères hors du commun, intimement convaincus que la vie est plus passionnante que tous les romans. Une règle unique prévaut à leur rencontre mensuelle, dont le lieu et le sujet sont laissés à l'appréciation de l'hôte du mois en cours : l'orateur doit s'en tenir à des histoires véridiques, vraies et exemplaires, excluant tout artifice de narration. Leur belle routine s'écroule le jour où les compagnons, sans se concerter, cooptent une femme pour prendre la place d'Août dans leur organisation jusqu'alors exclusivement masculine.
Tadjoura la mystérieuse, au bord de l'océan Indien, servit de retraite à d'autres écrivains avant Jean François Deniau. Récits extraordinaires, secrets d'état et exploits en tous genres prennent vie au fil des pages, sous la plume faconde de l'académicien.


J'ai vu Un héros très discret, avec Matthieu Kassovitz dans le rôle principal, à sa sortie en salles mais pas lu le livre : j'ai appris bien plus tard que l'auteur du roman dont est tiré le scénario.

jeudi 7 mai 2020

Jean Philippe Toussaint [2]


COUP DE COEUR
J'ai sorti de mes cartons le deuxième roman de Jean Philippe TOUSSAINT paru en 1986 et acheté en soldes dans les années 90 avec son troisième titre L'appareil-photo, à la suite de mon aperçu favorable de sa saga M.M.M.M. (Fuir, voir ci-dessous). 

Monsieur
Il n'a pas de nom, juste Monsieur, tout le roman est écrit à la troisième personne, ce qui jette d'emblée un regard excentré sur le personnage. J'envisage successivement qu'il soit bête, tire au flanc, profiteur... mais j'apprends plus loin qu'il est centralien, directeur commercial chez Fiat France, qu'il gagne probablement plus qu'un médecin !
Professionnellement, il est tout le contraire du jeune cadre dynamique. Il maîtrise sur le bout des doigts la technique de l'évitement, il se tient constamment en retrait, dans l'angle mort de sa chef de service. Sans autre ambition que celle de se faire oublier, il exerce son intelligence à se faire remarquer le moins possible : par exemple dans les réunions, il choisit la 17ème place, la moins en vue. Acculé par une question directe, il répond de manière sèche et technique. Courtois et serviable, dans sa vie privée le fait qu'il ne sache pas dire non le met parfois dans des situations quotidiennes absurdes, comme de dactylographier pour son voisin l'ouvrage improbable qu'il veut publier, ce qui donne lieu à des apartés incongrus sur la cristallographie. Le ressort comique est inattendu.
Le style est concis, minimaliste mais ses effets sont démesurément percutants, avec des passages drôles à force d'être décalés. Le caractère jouissif du récit ressort de l'extrême platitude de la vie de Monsieur. Il a quelque chose en lui qui m'évoque Bartleby. 
Prévisible jusque dans son costume cravate, je me demande la manière dont il va gérer le bouleversement consécutif à sa rencontre de la superbe Anna Bruckhardt ?...  Mais contrairement aux autres romans qui débutent avec l'action, Monsieur se termine quand un début d'action va peut être s'inviter dans sa vie... ou pas ! 
Procrastinateur par flegme, attentiste, partisan du moindre effort, sa tranquillité est ce qui compte le plus à ses yeux. Il est un monument à la force d'inertie.
Le titre du premier roman de Jean Philippe Toussaint, seulement publié en version numérique, précise d'emblée sa posture d'auteur : Échecs ou le dynamisme romanesque des puissances immobiles ! 
Une révélation du Drapeau Belgique challenge belge qui se confirme
Lu le 7 mai 2020

Extrait du résumé :
 
Monsieur, qui ne voulait pas d'histoires, n'aimait pas tellement raconter ce qu'il faisait. Il faisait de son mieux, en général et, après réflexion, parvenait à trouver une solution, élégante parfois, souvent mathématique, pour chaque difficulté de la vie.  
La meilleure illustration en est la résolution du problème de l'addition au restaurant, qui n'a rien à envier au sketch de Muriel Robin, en beaucoup plus intellectuel !
Le film, dont il a écrit le scénario et qui est réalisé par sa soeur, est drôle, décalé, absurde à la manière de Tati.
COUP DE COEUR


M.M.M.M. Tome 2/4 Fuir - Prix Médicis 2005
Pourquoi m'a-t-on offert un téléphone portable le jour même de mon arrivée en Chine ? Pour me localiser en permanence, surveiller mes déplacements et me garder à l'oeil ? J'avais toujours su inconsciemment que ma peur du téléphone était liée à la mort - peut-être au sexe et à la mort - mais, jamais avant cette nuit de train entre Shanghai et Pékin, je n'allais en avoir l'aussi implacable confirmation.
J'ai bien aimé faire connaissance avec Marie à travers le narrateur et j'ai envie de connaître les autres saisons. Elle semble un personnage fort mais insaisissable, avec ses tourments cachés qu'il devine mais qu'elle ne partage pas. Lui est un peu paumé, peut être l'effet chinois du début du roman. Il paraît subir plutôt que choisir les événements, ce qui l'entraîne dans une sorte de road movie halluciné, où les rencontres sont à la frontière de l'irréel. L'irruption abrupte de l'appel de Marie le ramène en France, puis en Italie, mais son errance se poursuit. Le détachement du récit me rappelle L'étranger de Camus.
Lu le 7 juillet 2018

La saga MARIE MADELEINE MARGUERITE DE MONTALTE retrace quatre saisons de la vie de Marie, créatrice de haute couture et compagne du narrateur : Faire l’amour, hiver (2002) ; Fuir, été (2005) ; La Vérité sur Marie, printemps-été (2009) ; Nue, automne-hiver (2013). Marie s'appelait de Montalte, Marie de Montalte, Marie Madeleine Marguerite de Montalte. Marie, c'était son prénom, Marguerite, celui de sa grand-mère, de Montalte, le nom de son père (et Madeleine, je ne sais pas, elle ne l'avait pas volé, personne n'avait comme elle un tel talent lacrymal, ce don inné des larmes). Lorsque je l'ai connue, elle se faisait appeler Marie de Montalte, parfois seulement Montalte, sans la particule, ses amis et collaborateurs la surnommaient Mamo, que j'avais transformé en MoMA au moment de ses premières expositions d'art contemporain. Puis, j'avais laissé tomber MoMA, pour Marie, tout simplement Marie (tout ça pour ça).  

lundi 4 mai 2020

Féline - Koyangi Sonyeo

Tour du monde : COREE
Abusée par la couverture, j'ai cru que j'achetais un manga mais il s'agit d'un très court roman jeunesse de l'auteure coréenne Hui-Ryeong Bu. Plaisant à lire, il évolue dans une petite bulle de sagesse résignée : le passage de la dépendance maternelle à l'autonomie forcée.
Le point de vue adopté est celui d'un chat errant. Minet s'attache aux pas de Minyeong, une adolescente un peu mal dans sa peau qui vit à Séoul avec sa grand-mère. Ne pouvant le garder, elle le vend à Han, mais Minet se sauve. La grand-mère refuse qu'il reste et le chasse. Plusieurs fois, Minyeong le rapporte à Han, mais toujours il revient, car il a trouvé sa femme-chat des légendes félines. Minyeong de son côté attend que sa mère établie en province vienne la chercher comme elle le lui a promis... Ensemble ils vont grandir.

dimanche 3 mai 2020

L'accordeur de silences

Tour du monde  : MOZAMBIQUE
COUP DE COEUR
Mia Couto a la plume d'un conteur. Il raconte l'existence austère d'une famille isolée, uniquement composée d'hommes et privée par la volonté de son patriarche de toute communication extérieure : lecture, chant, prière, larmes et souvenirs ont été bannis du sein de leur retraite. L'histoire se déroule au Mozambique, en proie à la guerre. A plusieurs jours de piste de la ville, Jesusalem est une communauté marginale comme celle imaginée par Douglas Kennedy au coeur du bush australien.
Après la mort de son épouse Aminha (Dordalma) Mateus Ventura (Silvestre Vitalicio) s'est retiré du monde avec un vieux serviteur démobilisé Ernesto Sobra (Zacharia Kalash) et ses deux fils Olindo (Ntunzi) et Mwanito. Ils vivent dans une ancienne réserve de chasse désaffectée sans aucun contact extérieur, si ce ne sont les approvisionnements réguliers en produits de première nécessité effectués par l'oncle et beau-frère Orlando Macara (Oncle Aproximado). Tous ont été rebaptisés par Silvestre faisant oeuvre de démiurge, dans ce bout du monde où il a choisi d'installer sa famille, qu'il persuade que le reste n'existe plus. Leur passé est reconstitué bribe par bribe par son plus jeune fils, exilé trop jeune pour avoir gardé aucun souvenir de " l'Autre-côté " ni de sa mère.
Le fragile équilibre, instauré par la force combinée au mensonge, est définitivement compromis par l'arrivée d'une femme, blanche, portugaise, veuve qui l'ignore encore.
Le terreau de ce texte est la folie des hommes, la violence et la guerre ; sa lecture est très déstabilisante. Mais la langue est simple, belle et ample ; sans effet grandiloquents, elle dégage une saveur qui reste longtemps en tête.  Des extraits de L'humanité de Sophia de Mello Breyer Andresen ou d'autres vers féminins, choisis en lien avec le sens du roman et préparant la réflexion, sont placés en exergue de chaque chapitre.

samedi 2 mai 2020

Le monde de Charlie - The Perks of Being a Wallflower

COUP DE COEUR
Stephen Chbosky écrit ce roman jeunesse sous forme épistolaire. L'ensemble constitue un sorte de journal de la première année de lycée de Charlie qui s'adresse à un destinataire inconnu, choisi en dehors de son entourage de proximité parmi les élèves croisés dans les couloirs.
Charlie exprime avec acuité et spontanéité ses sentiments, ses questionnements, il évoque ses apprentissages, ses expériences, ses relations avec les autres, il n'analyse pas mais se livre " brut de décoffrage ". Il aspire à la norme, mais il a un assez lourd passif psychologique qu'il peine à surmonter.
Au début, j'ai cru à une version adolescente du Dîner de cons. Mais c'est moins brutal et beaucoup plus fort ! Pour moi, Charlie est un mélange réussi de mes deux autres coups de coeur, à l'intersection entre Le bizarre incident du chien pendant la nuit et Des fleurs pour Algernon. J'y vois la preuve qu'il est possible d'écrire pour la jeunesse avec qualité. Je trouve sublimement poétique et plus évocateur le titre original : Les avantages d'être une giroflée !

Il est beaucoup question de musique dans ce roman, d'ailleurs la bande son de Charlie figure en début de livre :

vendredi 1 mai 2020

Poumon vert

COUP DE COEUR
Découvert grâce à une opération de lecture solidaire pendant le confinement, je m'empresse de remercier les éditions le Belial pour cette chouette initiative.
Poumon vert de Ian R. MacLeod a été élu meilleur court roman de l’année 2003 par les lecteurs de la revue américaine Isaac Asimov’s Science Fiction Magazine dans lequel il a été initialement publié en mai 2002. Traduite en français et publiée en 2017 chez Le Bélial, la novella bénéficie d'une magnifique couverture de la collection « Une heure-lumière »  due à Aurélien Police.
Les Dix Mille et Un Mondes communiquent entre eux grâce à la science des Portails maîtrisée par une caste de pilotes interstellaires qui n'ont rien d'humain...

Jalila a vu le jour dans les hautes plaines de Tabuthal, une zone semi-désertique à l'air si raréfié qu’il nécessite le recours au « poumon vert » du titre (sorte de plante symbiotique). Ses trois mères ont décidé de migrer vers Habara une région maritime au climat tropical et établissent leur haremlek à Al Janb, une ville côtière. Jalila met du temps à s'adapter à son nouvel environnement, mais son esprit curieux est maintenu en éveil permanent. Notamment, elle apprécie la plus grande proximité sociale, les visites et conversations plus fréquentes et surtout quand elle doit se rendre en ville pour une course la profusion des étals au marché l'émerveille.
L'univers de Jalila s'enrichit avec l'amitié de Kalal, un garçon espiègle et débrouillard qui pêche les fleurs de marée avec son père. Elle retient longtemps sa curiosité avant de l'interroger sur sa naissance.
Elle fait également la rencontre d'une vieille tariqa, une espèce d'apparence non humaine qui pilote les fusées interstellaires à travers les Portails. Son amour naissant pour Narya s'épanouit puis se tarit avec une égale fulgurance. Pavo, la plus créative de ses trois mères, est tentée d'explorer l'océan sur un bateau de sa conception dont la construction est confiée à Ibra le père de Kalal ; elle invite Jalila à l'accompagner. Narya et Kalal se rapprochent, alors que Jalila passe de plus en plus de temps avec la tariqa. Kalal donne enfin un nom à son bateau.
Après la mort de la tariqa, chacun s'apprête au départ. Pavo sur l'Endeavour et Kalal et son père sur Poumon vert. De son côté, Jalila s'envole vers Gezira, la ville emblématique de l'Eglise du Portail pressentant déjà ce que sera, sa vie durant, la souffrance des lointains évoquée par la tariqa.
La fin m'avait traversé l'esprit, mais une fois encore, elle est gérée de manière magnifique, satisfaisante pour le coeur et la raison.

Ian R. MacLeod a l'art d'évoquer un monde merveilleux, complètement fonctionnel en très peu de pages, ce qui rend l'histoire dense et riche. Je m'y suis sentie immédiatement bien, en admettant les présupposés établis : comme par exemple le féminin qui l'emporte au pluriel, matriarcat oblige !
Les personnages sont attachants, leurs relations plausibles, psychologiquement justes. Kalal et son père sont une incongruité - l'auteur parle plutôt de " monstruosité " - dans ce monde exclusivement féminin ; l'histoire de sa naissance est très belle, malgré tout et ouvre sur les multiples possibilités offertes par la richesse des Dix Mille et Un autres mondes, dont la tariqa a fait entrevoir la diversité à Jalila.