lundi 30 août 2010

En toute honnêteté

J'apprécie beaucoup ce choix de Talyate qui a su trouver en Ruth Rendell le contrepoint idéal à la lecture de Rosamund Pilcher : je ne m'y attendais pas du tout, ni par le titre, ni par l'auteur, que j'ai dû vraisemblablement confondre avec une autre. Les deux écrivent des romans autant que des nouvelles, mais si l'une excelle à délivrer un message d'optimisme et de foi en l'humanité, l'autre préfère montrer la mesquinerie et la noirceur d'âme des hommes et femmes qui lui servent de sujet et insister sur leurs aspects humains et moraux les moins valorisants ou les plus infâmants.

La plupart des personnages rassemblés dans ce recueil souffrent d'obsession : phobiques, compulsifs... ils offrent une large palette des troubles du comportement, des plus apparemment bénins à ceux qui tournent dans certains cas à une pathologique insupportable pour l'entourage et pourrait conduire au meurtre.
Certaines histoires appartiennent d'ailleurs à un registre proche de la thématique de Meurtres et obsessions dans la collection supervisée par Otto Prenzler : le désir obsessionnel et ses conséquences incontrôlables.

Lu également Un parfum bleu foncé, une courte nouvelle dramatique sur le thème de l'obsession.

Avec l'extrême finesse psychologique et l'économie de style trompeuse qu'on lui connaît, Ruth Rendell pratique ici la dissection des mobiles qui ont motivé les actes; jusqu'à exposer les moindres rouages des névroses de ses personnages pour créer, mieux qu'un suspense, un malaise lancinant.

En trente ans, Ruth Rendell s'est imposée comme la reine de la littérature criminelle. Elle est le seul auteur à avoir été deux fois consacrée par le Gold Dagger Award, décerné par l'Association britannique des auteurs de littérature criminelle. Elle vient d'être distinguée par la reine d'Angleterre qui l'a nommée Companion of the British Empire.

vendredi 27 août 2010

Sexe, diamants et plus si affinités - Le diable s'habille en Prada

Trois amies que tout oppose se lancent un défi : pendant une année, Emmy, la monogame convaincue, délaissée de fraîche date par son ami volage, va essayer d'aller à l'encontre de son caractère pour s'amuser sans arrière pensée et séduire autant d'hommes qu'il existe de continents, Adriana, la belle et sensuelle brésilienne en quête perpétuelle d'aventures, va tenter de s'en tenir à un seul homme et si possible en faire son futur mari, bague de plusieurs carats à l'appui et Leigh enfin, la récente fiancée dont toutes les femmes envient le couple idéal, espère ressentir dans les bras de l'homme de sa vie plus que le tiède sentiment de confort affectif que lui inspire Russell et va remettre en cause son existence toute tracée.

Lauren Weisberger annonce sans équivoque son trio gagnant : Sexe pour l'une, diamants pour l'autre et plus si affinités pour la dernière... mais les circonstances peuvent s'ingénier à ménager des surprises là où elles sont les moins attendues.
Le pire dans ce roman est qu'il donne peu l'impression d'être une oeuvre d'invention : l'auteur vient et vit du monde qu'elle décrit. Je dois avouer que le portrait de ces trentenaires new yorkaises privilégiées, belles, riches et frivoles, socialement intégrées et jouissant de professions en vue, me fait plus craindre pour le féminisme que plusieurs générations de machos convaincus.

Lu en 2009
Le diable s'habille en Prada, du même auteur, raconte les débuts et déboires d'une jeune journaliste ingénue dans le monde sans pitié de la mode new yorkais, avant qu'elle ne devienne à son tour plus retorse que sa rédactrice en chef.
Je dois avouer pour une fois que j'ai préféré au livre la version cinématographique avec une Meryl Streep totalement crédible dans le rôle de Miranda Priestly, gourou de la mode et parfaite garce par ailleurs.

vendredi 20 août 2010

L'étrangère

Dans La prisonnière, écrit en collaboration avec Michèle Fitoussi et paru en 1999, Malika Oufkir témoigne de ses vingt années de captivité dans les geôles marocaines où l'ensemble de la famille a été emprisonné en 1972, à la suite du coup d'état manqué et de l'exécution du général Oufkir par le roi Hassen II. Son récit a fait l'objet d'une diffusion exceptionnelle en Europe et aux Etats-Unis et lui a valu de nombreuses tournées de présentation.

L'étrangère, où elle livre la suite de ses souvenirs, raconte avec une apparente humilité et un moralisme de bon aloi, les difficultés de son retour à la vie "civile", ses années de rééducation à la liberté avec l'aide de son mari, son choc face aux changements survenus dans le monde.
Cela n'est pas réellement l'oeuvre d'un écrivain, mais plutôt un bis repetita de la catharsis engagée grâce au premier livre. Les chapitres sont décousus, l'auteur hésite sans trouver sa place entre l'anecdote autobiographique et la pensée générale.
Globalement, je me suis beaucoup ennuyée, même si je dois admettre que j'ai découvert ignorer honteusement une partie de l'histoire récente du Maroc.

Une des pires impressions de ce circle challenge ABC après Danielle Steel

mardi 17 août 2010

Retour au pays

Le justement nommé Retour au pays est un recueil qui regroupe deux précédentes compilations des meilleures nouvelles de Rosamund Pilcher choisies par l'auteur. Elle précise dans la postface qu'elle souhaite que son oeuvre trouve sa place au chevet des chambres d'amis, là où elle pourra trouver lecteur et apporter réconfort. En effet, Rosamund Pilcher excelle à délivrer un message d'espérance comme en témoignent ses nouvelles qui présentent le même fond d'incurable optimisme et de foi en l'humanité ; leur action se déroule à un moment clef de la vie de l'héroine (le plus souvent) quand elle se trouve face à un choix crucial pour son avenir et que tout s'arrange presque miraculeusement. Les personnages ont ce qu'il convient d'appeler un bon tempérament, de belles qualités morales.
Parmi mes préférées figurent L'arbre, où un jeune couple se voit offrir un merveilleux cadeau inattendu par leur vieux parrain à la réputation exécrable, Une soirée mémorable au cours de laquelle un autre couple fait bonne figure en improvisant un dîner pour le patron du mari et son épouse en avance d'un jour sur la date prévue ou encore Jour de repos, où un mari découvre les mille petits riens qui meublent une journée de semaine ordinaire de son épouse. Les descriptions de paysages à la beauté sauvage incitent à découvrir de visu les cairns, les lochs, les landes qu'elle décrit si bien et avec tant d'amour. Tout semble presque trop beau dans le paisible petit monde de Rosamund Pilcher... qui pourtant me donne très très envie de la découvrir dans un plus long roman.

dimanche 15 août 2010

Syngué Sabour

Ce titre, littéralement " Pierre de patience ", a valu à Atiq Rahimi, écrivain franco-afghan auteur de quatre précédents romans, d'obtenir la précieuse distinction littéraire de la rentrée 2008.
Je ne suis pas sûre d'avoir déjà lu un des lauréats du prix Goncourt, mais de réticente sur ce prêt, au départ, je suis maintenant enthousiaste et le suivant, par Marie N'Daye, prêté également, est en bonne place dans ma PàL.

Syngué sabour n.f. (du perse syngue « pierre », et sabour « patiente »)
Dans la mythologie perse, il s'agit d'une pierre magique que l'on pose devant soi pour déverser sur elle ses malheurs, ses souffrances, ses douleurs, ses misères... On lui confie tout ce que l'on n'ose pas révéler aux autres... El la pierre écoute, absorbe comme une éponge tous les mots, tous les secrets jusqu'à ce qu'un beau jour elle éclate... Et ce jour-là on est délivré.

Dans une ville en guerre qui n'est pas clairement identifiée, une jeune femme musulmane qui restera sans nom, vit au rythme oppressant du souffle d'un grabataire. Sur les instructions du mollah, elle récite à longueur de journée une lancinante prière pour obtenir la rémission du blessé, son mari atteint d'une balle (perdue) dans la nuque et le père de deux fillettes.
Face à son inertie et son absence de réaction à ses soins, elle s'enhardit peu à peu à exprimer le fond de sa pensée, ses doutes et ses réflexions sur la vie, la guerre, la violence, les hommes. Ce cadavre vivant devient pour elle « Syngue sabour », pierre de patience à laquelle elle confie ses petits secrets heureux ou douloureux, ses attentes d'épouse déçue par le mariage, ses espoirs meurtris d'une vie paisible et décente, ses trahisons obligées pour (sur)vivre sous le joug de la tradition coranique, ses espérances aussi et l'affectation inattendue qu'elle a trouvée auprès de son beau-père.

Un livre déconcertant, inédit, ciselé dans le fond et la forme ; la fin est à l'image de l'absurdité du monde que dénonce la femme dans son long monologue.
J'ai aimé le commentaire sur http://culture.webmanagercenter.com/article.php?aid=407

mercredi 11 août 2010

Le jeudi c'est citation

Conter, c'est offrir sa parole à un rêve qui chemine,
C'est ouvrir son jardin et en faire un navire.
Michel Hindenoch

lundi 9 août 2010

Merrick

Depuis la sortie du film, j'avais envie de lire le premier roman d'Anne Rice, celui qui l'a propulsée au rang des meilleures du genre, je veux parler de Entretien avec un vampire.
Je la découvre finalement au travers de ce roman qui se situe à la confluence de ses deux grandes veines d'inspiration, à savoir d'une part, la chronique des vampires et d'autre part, la saga des redoutées sorcières Mayfair.

David Talbot connaît Merrick, la très belle et très puissante sorcière métisse du clan des Mayfair, depuis qu'adolescente mais déjà surprenante, elle s'est réfugiée auprès du Talamasca, une société qui étudie les phénomènes para-normaux.
En dépit de son envie, il s'est toujours refusé de revoir sa meilleure disciple, depuis qu'ayant trahi sa cause et ses amis, il a rejoint le monde de la nuit. Pourtant, lorsque Franck, un des fidèles et dévoués compagnons du vampire Lestat, se met à dépérir d'incertitude face au sort de la petite Claudia, David se décide à faire appel au talent de Merrick afin d'invoquer l'esprit sans repos de la jeune vampire.

dimanche 8 août 2010

Secrets en héritage - Voyage à Capri

Je n'ai pas réussi à finir Secrets en héritage emprunté à la bibliothèque pendant des vacances étonnamment dépourvues d'envie de lire !
Pourtant le style d'Elisabeth ADLER m'a plu et le début du roman est prometteur : deux héritiers présomptifs, issus de deux branches distinctes, se lancent sur les traces de la "méchante" Lily Molineux, leur supposée aïeule qui a mené une existence remuante et non conformiste. Ils se retrouvent par hasard dans le manoir d'une vieille tante/cousine ? (la fille de Ciel la petite soeur de la fameuse Lily) qu'ils comptent interroger sur ses souvenirs, pour son plus grand plaisir.

Pour compenser, je viens de lire Voyage à Capri, dont l'intrigue se révèle moins captivante : sir Robert Hardwick, un richissime industriel et pair du royaume annobli par la reine, est mort dans un accident de voiture. Par testament, il charge Daisy Keane, la secrétaire particulière qu'il chérissait, d'enquêter avec l'aide d'un détective privé, bien sous tous rapports, sur les conditions de sa mort, dont il annonce qu'il ne peut s'agit que d'un meurtre. Pour cela, il a décidé de convier certains de ses anciens proches à une croisière en Méditerranée sur un magnifique yacht privé : premier amour, épouse divorcée, maîtresse séparée, amis éloignés et partenaire en affaires relégué, chacun pourrait bien avoir un mobile pour le supprimer.
Si la promesse du fabuleux héritage est au bout du voyage, la vérité également puisque les uns et les autres, poussés par la convoitise ou le repentir, seront amenés à dévoiler leur visage secret.