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samedi 18 avril 2020

Deux enquêtes de l'inspecteur Barry Donovan

Une nuit éternelle de David Khara
Presque 3 ans après jour pour jour, je reprends la suite des aventures de Barry Donovan, flic new-yorkais d'origine écossaise et Werner von Lowinsky, un homme pas comme les autres, transformé en vampire en pleine guerre de Sécession... Ce n'est pas tout à fait un coup de coeur au même titre que le premier tome, mais toutes les explications y trouvent place. Ceci explique peut être cela : encore quelques surprises, mais moindres dans la relation entre les deux amis, plus de place à l'enquête, en lien naturellement avec la part de fantastique du roman. J'ai adoré le préambule, où apparaît le personnage de Nicolae, entouré de mystère lui aussi. Les deux personnages féminins, la légiste Lana Carvey et l'enquêtrice Abigayle Raven, sont également un bon atout dans l'histoire. J'espère qu'il y aura une suite !
De nos jours... A peine remis d'une blessure en service, Barry est embarqué dans une nouvelle affaire sordide : le double meurtre d'un pasteur et de son jeune fils. A la demande du tueur qui s'est dénoncé, Barry se rend sur les lieux du crime.

COUP DE COEUR
Les vestiges de l'aube
En rupture complète avec la filiation actuelle des livres de vampires, mais avec juste la touche d'hémoglobine pour justifier l'appartenance au genre, le roman de David Khara explore les questionnements de Werner von Lowinsky vis-à-vis de sa condition d'immortel. Il y a dans le récit de son passé, un peu de Tara (Margaret Mitchell) qui m'a beaucoup plu.
Son alter ego dans l'histoire, Barry Donovan, est un policier durement éprouvé lors des attentats du 11 septembre, enquêteur à la brigade criminelle de New York.
L'équilibre entre les deux est subtilement et intelligemment mis en balance. 
La fin est très largement ouverte sur une perspective qui me donne envie d'inscrire immédiatement la suite dans ma WL.
à dévorer lire dans ma PàL : Une nuit éternelle
Lu le 9 avril 2017 
ABC polar : K

lundi 13 mai 2019

Une enquête du commissaire Habib(ou) Keïta


challenge Tour du monde : MALI
La malédiction du lamantin de Moussa Konaté - Un ethno-polar sur les rives du Niger
Descendants revendiqués de Noé et de Moïse, animistes et/ou musulmans, les Bozos de Kokrini entretiennent une relation particulière avec Maa, leur divinité de l'eau et du ciel, protectrice et protéiforme. Lorsque leur chef Kouata et son épouse Nassoumba sont retrouvés sans vie, au petit matin dans leur cour, après un curieux rituel nocturne au bord du fleuve, mais aussi après avoir été menacés de mort par plusieurs membres de leur famille, la police criminelle de Bamako ne peut faire autrement qu'enquêter. Le commissaire Keita et son inspecteur dévoué Sosso interrogent les témoins, les coutumes, reçoivent des conseils de la part des anciens, tentent de faire la part des choses entre l'irrationnel, la tradition, la pression sociale et politique. Une mythologie riche et une cosmogonie originale font le terreau de ce polar déroutant, "exotique" tant par le contexte peu connu que par la personnalité des deux enquêteurs.

mercredi 7 mars 2018

Les 1001 vies de Billy Milligan

challenge ABC polar et thrillers : K
J'ai acheté ce roman qui m'avait beaucoup touchée pour pouvoir le lire in extenso ; à la première lecture, j'en avais parcouru brièvement les deux dernières parties avant de le restituer. Cette histoire rappelle assurément celle de Charlie, à l'intelligence si fulgurante en dépit d'un éclat si bref, avec une note infiniment plus triste concernant le sentiment de perte de lucidité puisque c'est une histoire vraie.

Un détail de la couverture m'avait échappé : le titre "Billy Milligan" est constitué des noms répétés des 24 personnes qui composent la personnalité hôte, si riche quand elle apparaît par intermittence en deuxième partie sous les traits du Professeur. Un second tome de Daniel Keyes relate Les mille et une guerres de Billy Milligan pour échapper à l'univers carcéral et au manque de soins destructeurs. Aujourd'hui, Billy Milligan est décédé à son tour.

Daniel Keyes, décédé en juin de cette année (2014) et mondialement reconnu (prix Hugo et prix Nebula) pour son roman Des fleurs pour Algernoon, raconte l'histoire véridique de William Stanley Milligan.
L'affaire Billy Milligan, à partir du moment où il est arrêté pour viols en 1977 et où l'on découvre qu'il possède une personnalité multiple, a fait la une des journaux américains, fascinés par ce cas et par la ligne de défense des avocats commis d'office.
De parti pris clairement annoncé dès l'entrée, le roman de Keyes prend la forme d'un journal circonstancié des évènements avec pour toile de fond la vie de Billy Milligan reconstituée grâce aux témoignages de ceux qui l'ont côtoyé et soigné, à défaut, aux documents écrits et à des dizaines d'heures de conversations enregistrées, avec Billy, mais aussi Arthur, Ragen, Allen, Danny (14 ans, celui qui craque et révèle leur « secret ») etc. en tout, vingt-quatre personnalités d'âge, de caractère, de nationalité et même de sexe
Partie 1 lue le 10 août 2014


La complexité du personnage est un élément d'intérêt dans le roman divisé en trois parties, depuis l'instruction du procès, où Billy apprend son mal mais aussi la lutte qu’ont menée les psychiatres et lui-même pour essayer de « fusionner » en un seul individu les 24 « personnes » avec lesquelles il partage son corps et ses états de conscience, puis ses années d'emprisonnement où il essaie de retrouver en lui le Professeur, personnalité brillante, sensible, précoce, à la mémoire absolue, pédagogue qui a tout appris aux autres habitants et sans lequel le roman n'aurait pu voir le jour. Par ailleurs, le point de vue subjectif de Billy et la convergence des témoignages favorables peuvent faire penser à une habile tentative de manipulation du lecteur mais l'empathie suscitée par Billy, sa volonté à coopérer touchent la sensibilité, l'émotion, la compassion comme dans l'histoire de Charlie.

jeudi 27 juillet 2017

Claire Keegan [2]

A travers les champs bleus / Walk the blue fields
Tout d'abord, lorsque je tiens un volume de l'éditeur Sabine Wespieser dans les mains, je suis sûre de deux choses : la sobriété de l'objet, format, texture, typographie, sans défaut, ensuite la garantie d'une oeuvre de qualité car les auteurs publiés sont minutieusement choisis.
Les textes de Claire Keegan plongent dans une atmosphère qui rappelle celle du siècle dernier, pourtant elles sont contemporaines. L'écriture est juste, limpide, sans artifice de langage, mais la langue est belle, travaillée jusqu'à la simplicité, évocatrice. La narration se passe de sentiments ; elle repose plutôt sur l'évocation des faits de telle manière qu'ils montrent les rapports régissant de toute éternité la vie des hommes : labeur, convoitise, filiation, transmission. Il s'en dégage une sorte de fatalisme immémorial. 
J'ai déjà lu Les trois lumières (2011) et si j'ai dû me séparer du roman - emprunté - j'ai acheté rapidement ses deux autres titres traduits : L'antarctique (2010) et celui qui fait l'objet de ce challenge.
Indubitablement, les nouvelles de ce recueil creusent la même veine où rudesse paysanne et mutisme des sentiments se côtoient sans parvenir à se rencontrer. Une petite dose de Claire Keegan suffit à produire l'enchantement de la lecture, pourtant la force des tensions qui traversent le récit montrent que sous les apparences de " bon voisinage " les évènements sont souvent dramatiques.
La mort lente et douloureuse (résidence /vengeance d'artiste) Le cadeau d'adieu (inceste, exil) A travers les champs bleus (la force d'une vocation) Chevaux noirs (rupture) La fille du forestier (talent de conteuse) Près du bord de l'eau (Texas, convenances) Renoncement (vie rangée, le brigadier volage) La nuit des sorbiers (une femme libre)

Extrait d'interview par La ruelle bleue
J’écris du point de vue des personnages que je mets en scène dans une histoire donnée et j’écris tout ce qu’il est nécessaire à ces personnages et à cette histoire pour exister. J’oublie alors que je suis un écrivain. Je deviens quelqu’un d’autre : je suis Martha [ndlr : in La fille du forestier], ou la femme sur l’île d’Achille [ndlr : in La mort lente et douloureuse], ou l’homme saoul dans « Chevaux noirs », ou bien encore l’homme qui dort au côté de la femme dans « La nuit des sorbiers »…  J’essaie de ne jamais prendre parti non plus. Mon travail, c’est d’imaginer ces personnages, leurs vies, de les animer. J’essaie juste d’écrire ce qui leur arrive.[...] Je pense que la narration doit nécessairement rester sur un mode suggestif et ne jamais s’aventurer sur la terre ferme des assertions. C’est essentiel afin d’ouvrir tout le champ des possibles. L’affirmation annihile tout. Si vous êtes catégorique quand vous écrivez, alors vous n’offrez pas au lecteur la possibilité du contraire et le privez ainsi d’une tension indispensable à fertiliser l’imagination. Ainsi, si une chose est vraie, alors son contraire peut l’être aussi. C’est la fameuse théorie de l’iceberg… Je pense en effet que le genre de la nouvelle est un genre qui fait la part belle à la suggestion. Et c’est justement toute la complexité de la chose ! »

Les trois lumières
Le titre, rencontré plus d'une fois sur vos blogues, m'avaient intriguée. Le challenge de Calypso me donne l'occasion de découvrir ce très court texte de Claire Keegan inscrit dans ma LàL.
Une petite fille à l'âge indéterminé (sans doute moins d'une dizaine d'années) est l'héroïne de cette histoire. Elle est l'aînée d'une fratrie apparemment déjà trop nombreuse. Sa mère, de nouveau enceinte, est débordée et l'argent manque, même si le père ne veut pas l'admettre. La fillette est laissée aux soins d'un couple sans enfant, apparenté au côté maternel. Peu affectueux, son père la conduit sur place mais ne s'attarde pas. Les Kinsella se montrent immédiatement attentifs à procurer à la petite un environnement chaleureux et la traitent comme leur fille. Au bout de quelques mois, à l'annonce de la rentrée, alors qu'il faut bien faire retour à la maison, c'est un déchirement.
Il y a énormément de non-dits dans ce texte qui méritera une nouvelle lecture dans quelque temps. Je suis sûre d'être passée à côté de certaines choses. Très factuel, allusif et plein de pudeur, il évoque des sentiments qui se montrent mais ne se disent pas. La détresse de cette enfant qui a trouvé des parents adoptifs selon son coeur mais doit leur être arrachée et réciproquement est au coeur du roman.
Lu le 15 juillet 2013

mercredi 10 février 2016

Värlik / Printemps - Automne


challenge des nombres : 5
Destination : SUEDE

La 5ème saison, dernière enquête de Malin Fors
Malin Fors pourrait filer le parfait amour avec Peter le médecin rencontré à la faveur des attentats (tome Printemps) si elle laisse tombé ses doutes existentiels et son sale caractère. Mais elle ne désarme pas d'une affaire irrésolue, le cas Maria Murvall (tome Hiver) qui focalise toute son attention et jusqu'à ses loisirs. L'existence d'une autre jeune femme muette internée à la suite d'un viol en forêt lui est signalé, juste avant la découverte d'un cadavre de femme mutilé selon toute apparence suivant le même schéma criminel. L'enquête l'oriente bientôt vers des personnalités en vue. Le Mal, à travers les violences faites aux plus faibles, femmes et enfants, omniprésent dans les romans policiers suédois pourrait presque faire penser qu'à côté de la Finlande, patrie du Père Noël, la Suède est celle du Grand Méchant.

Retour sur les épisodes précédents :

J'avais peu apprécié Automne de Mons Kallentoft. Malin Fors doit y démêler la mort - noyade ou meurtre - d'un homme antipathique. Elle même, avec ses problèmes d'alcoolisme et ses doutes, n'est pas un personnage agréable à côtoyer. Pourtant la série qui se déplace de la Suède à Ténérife, entre dans son troisième tome avec un succès non démenti. L'enquêtrice surdouée n'a pas son pareil pour le raisonnement par induction.
Lu le 12 août 2012

Une bombe posée en pleine place très fréquentée du centre ville de Linköping fait des dégâts mais peu de victimes. Malins Fors s'éloigne de la piste terroriste à laquelle tout semble mener. Elle est toujours immergée jusqu'au cou dans ses problèmes familiaux. J'ai l'impression récurrente que tout bon polar nordique ne peut se justifier sans un personnage plombé par un lourd passif socio-familial !
Lu le 5 août 2015

Printemps m'a plu bien davantage et m'a donné envie de lire Hiver et La cinquième saison qui poursuivent l'élucidation d'une même affaire. Maintenant, je pense que je vais compléter petit à petit la série et j'ai envie de lire Les anges aquatiques, le dernier paru.

mercredi 12 août 2015

Sophie Kinsella (3)

Très chère Sadie
Quand Lara, vingt-sept ans, rencontre sa grand-tante décédée à l'âge vénérable de cent cinq ans, elles se trouvent au crématorium. Comme Lara est la seule à la voir et à l'entendre, Sadie exige d'elle qu'elle interrompe la cérémonie et se mette à la recherche d'un fabuleux sautoir de perles auquel elle est très attachée sentimentalement. L'envahissante aïeule qui a retrouvé les sensations de ses vingt ans, refuse de s'en aller vers son " repos éternel " avant de récupérer le bijou. De fil en aiguille, Sadie qui a vécu sa jeunesse trépidante au cours des années folles se met à régenter la vie de Lara qu'elle entraîne péremptoirement dans des situations qui lui échappent.
Le rythme est endiablé et les quiproquos loufoques se succèdent de telle façon que la lecture de ce roman s'enchaîne sans s'en rendre compte. Les incongruités nombreuses sont bien vite pardonnées car bien qu'elles m'aient toutes les deux agacée, tant Lara - femme entrepreneur lâchée dans la même journée par son associée et son fiancé - que Sadie - jeune femme affranchie, égérie secrète d'un peintre dont elle ignore qu'il est devenu célèbre - sont attendrissantes avec leurs fêlures de femmes fortes.
Je reproche à ce roman les habituels défauts de Sophie Kinsella, le côté nunuche : tête vide, désemparée et trop prévisible de ses héroïnes, mais j'ai apprécié la description des toilettes inattendues de la frivole Sadie et surtout les séances de conseils d'habillage et de fouille parmi les cintres des fripiers vintage. Elle m'a fait bien rêver la couleur irisée des perles de ce fabuleux collier aux libellules, j'aurais presque pu dessiner le tableau où il représente le seul et unique vêtement du modèle.
Lu le 8 juillet 2015

Les petites secrets d'Emma
Depuis que le grand patron a annoncé sa visite, l'agence londonienne est en émoi. Emma, une modeste employée au service marketing, ignore qu'elle a déjà fait sa connaissance dans l'avion qui la ramenait de Glasgow, après une mission qui a viré au désastre. Au cours d'un vol très secoué où elle a cru sa dernière heure venue, elle n'a rien trouvé de mieux que de révéler tous ses petits secrets, y compris les moins avouables, à son voisin de siège, un parfait inconnu qu'elle pensait ne jamais revoir...
Jack Harper est le co-inventeur de la boisson énergisante Panther Cola et du slogan Donne-toi à fond ! Après être resté en retrait des affaires pendant trois années, suite à la mort accidentelle de son associé, il décide de lancer un nouveau produit. Emma ne sait plus à quel saint se vouer, mais ce n'est pas grave parce que Jack semble sous le charme de la  gaffeuse demoiselle ! Exit Connor, le beau parti avec lequel, de l'avis de ses collègues et copines, elle forme le couple parfait et qui, prélude assuré à une demande en mariage, vient de lui proposer d'emménager avec lui.
Une midinette au coeur d'artichaut s'éprend d'un milliardaire qui, las des habituelles mannequins et femmes d'affaires qui l'entourent, tombe sous le charme de cette " Mademoiselle tout le monde " : du pur Sophie Kinsella qui revisite, sans aucune surprise, ni de style, ni de fond, le thème rebattu du prince et de la bergère.
Lu le 12 août 2011

Lexi Smart a la mémoire qui flanche
(A)Lexi(a) Smart a perdu la mémoire à la suite d'un accident de voiture. Ses plus anciens souvenirs remontent à la veillée de l'enterrement de son père, mais elle a oublié la totalité de ses trois dernières années : sa prodigieuse progression de carrière, sa fulgurante ascension sociale, son fabuleux mariage... et même l'homme qui se prétend son amant. En réapprenant à connaître ceux qui l'entourent, mère, petite soeur,  mari et amies, elle s'aperçoit qu'en dépit des apparences, certains points semblent clocher dans sa merveilleuse existence.
Les romans de Sophie Kinsella ou de ses consoeurs me font un peu l'effet du chocolat, je me dis après coup que je devrais renoncer à ce plaisir facile, illusoire et très passager, mais pourtant je replonge à chaque fois tête baissée.
Lu le 11 septembre 2010

Un week end entre amis
Sophie Kinsella est un alias de Madeleine Whickham, dont le premier roman, Un week end entre amis est de la même veine caustique que la série des Becky, L'accro du shopping.
D'anciens voisins perdus de vue se retrouvent le temps d'un week end à la campagne. Les bourgeois qu'ils sont devenus dressent, non sans une pointe d'acrimonie, le bilan comparatif de la réussite et de l'accomplissement des rêves de jeunesse des uns et des autres. Le dimanche tend au réglement de comptes sans indulgence, d'où émergent les trahisons et les frustrations accumulées.
Lu le 19 octobre 2009  

Retours sur L'accro du shopping 


L'accro du shopping dit oui
La demoiselle déraisonnable et follement dépensière imaginée par Sophie Kinsella récidive dans de rocambolesques aventures : alors que le roman débute par le mariage de sa meilleure amie, on patiente jusqu'au dernier chapitre pour savoir si le beau Luke réussira à lui glisser la bague au doigt. Bien que tout soit dans le titre, le suspense reste insoutenable jusqu'au bout.
C'est de la même eau que Sex and the City, la chronique new-yorkaise de Carrie Bradshaw. Tout ce beau monde de Big Apple baigne dans le luxe et l'argent facile. Pas de mauvaise surprise, on sait à quoi s'attendre avec ces romans : les anglo-saxons disent "chick lit". Divertissant sans plus.
Lu le 11 septembre 2009

L'accro du shopping attend un bébé
Après un rebondissement inattendu, où elle se découvre une demi-soeur (par son père, voir L'accro du shopping a une soeur), Becky se retrouve enceinte au retour de son voyage de noces. Elle se jette avec frénésie dans une sphère d'achats qu'elle ignorait : la puériculture et se trouve face à un nouveau dilemne : accouchement traditionnel ou holistique ?
Si l'inspiration retrouve les attendus qui ont fait son succès, l'héroïne ne bénéficie plus de l'attrait de la nouveauté et de désopilante (peut-être) elle devient carrément horripilante : c'est à se demander comment ce "pauvre" Luke (jeune, beau, riche et intelligent, il faut le rappeler) fait pour la supporter encore ! On serait presque d'accord avec cette garce de Cruella de Venetia.

L'accro du shopping à Manhattan
Pétrie de bonnes intentions et inscrite à une visite guidée de Manhattan, Becky se retrouve sur la mythique 5ème avenue et réagit au quart de tour à l'appel de ses sens affolés. Elle plante là son groupe, ses bonnes résolutions et les promesses faites à son banquier ainsi qu'à sa colocataire et néanmoins amie Suze, pour se lancer dans une course effrénée aux soldes de grandes marques, bonnes affaires et braderies minute dont elle découvre l'existence au milieu des fashion victims new yorkaises. Prise en flagrant délit de shopping exagéré par un tabloïd, elle doit faire face à une campagne de dénigrement qui vise à travers elle à déstabiliser Luke au cours de l'implantation de son entreprise aux Etas-Unis. De retour à Londres, elle met par hasard le doigt sur le complot organisé par l'assistante de Luke, Alicia dite la garce aux longues jambes.

samedi 29 novembre 2014

Le grand cahier

challenge Tour du monde : Hongrie

Le grand cahier est le premier tome d'une trilogie d'Agota Kristof, écrivain hongrois d'expression française, qui raconte, de la plume des deux garçons, les années d'apprentissage de jumeaux confiés à leur grand-mère maternelle durant la guerre. Venus de la Grande ville pour échapper à la pénurie, ils découvrent la vie à la campagne mais également une éducation à la dure où les sentiments ne s'expriment pas. Sans foi, ni loi, livrés à eux mêmes et autodidactes, ils se forgent leurs propres codes mais font pourtant preuve d'un certain sens moral. Par exemple, la rédaction de leur cahier est basée sur un accord de principe : tout doit être vrai dans la composition.
" Nous décrivons ce qui est, ce que nous voyons, ce que nous entendons, ce que nous faisons, ce que nous sommes. Il est interdit d'écrire Grand-mère ressemble à une sorcière, mais il est permis d'écrire les gens disent que Grand-mère est une sorcière. "
La guerre, la Grande ville, la petite ville près de la frontière, Grand-mère, Mère, Père, l'ordonnance, la servante du curé, les jumeaux... rien ni personne n'est nommé explicitement ce qui donne une allure intemporelle au roman.
Lu le 12 août 2014
à rapprocher de :
Sur la tête de la chèvre

La preuve
Les jumeaux ont quinze ans. Claus a passé la frontière qui étend ses pièges juste après la maison de Grand mère. Lucas est resté dans la petite ville. Après le départ de son frère fusionnel, il ne sait plus comment vivre. Il se laisse aller au gré des évènements et des rencontres. Il passe du temps avec le curé et avec Victor le libraire. Il recueille Yasmine et son bébé dans la forêt et l'installe dans la maison. Fille mère à la suite d'un inceste, elle a été rejetée par sa tante et son père est en prison. Il séduit Peter, un ami de Victor, haut placé au parti et Clara dont le mari a été fusillé pour haute trahison, mais il ne leur montre pas plus d'amour qu'à Yasmine. Hormis le petit Mathias très intelligent mais né contrefait auquel il veut offrir le meilleur de ses connaissances, il ne montre d'attachement pour personne. Il lui manque quelque chose pour être tout à fait charitable ou convivial.

Le discours s'humanise puisque les prénoms des personnages apparaissent. Cependant, les personnages, les situations ont un côté intangible, pas tout à fait réel qui fait perdre tout repère spatio temporel et m'a fait penser à l'atmosphère du Grand Meaulnes. Agota Kristof possède un style très personnel, une narration aride et dénuée d'émotion qui sied bien au pays théorique, liberticide, qu'elle met en scène. On sent qu'il ne s'agit que d'un détachement de façade tant l'histoire porteuse de menaces sourdes, prend aux tripes.
Dans ce deuxième tome, où ce ne sont plus les jumeaux qui s'expriment, on en vient à douter de l'existence réelle de Claus, double-miroir  de Lucas. Pourtant, trente ans après Claus repasse la frontière dans l'autre sens, avec un passeport étranger, pour retrouver son frère et mettre fin à leur séparation volontaire. Mais Lucas a disparu après la mort de l'enfant et il ne reste que Peter, détenteur des grands cahiers d'écolier remplis de souvenirs supposés appartenir à Lucas. L'épilogue remet tout en question et j'ai hâte de lire le roman conclusif.

dimanche 16 novembre 2014

Au chat qui louche

Tour du monde : HONGRIE
 
Pour le challenge Chacun son époque, conçu et réalisé par Magiciennedoz, j'ai choisi la Belle époque, concept qui commence le 6 mai 1889, alors que la France inaugure l'exposition universelle en même temps qu'elle s'apprête à fêter le centenaire de la Révolution et se termine par l'entrée dans la première guerre mondiale.
Un des aspects de la Belle époque abordé par ce roman policier sont les débuts de la psychanalyse à Vienne. L'énigme posée aux enquêteurs Konrad Kondor de Budapest et Fischer de la police viennoise repose sur la psychologie de la victime le soliste Johannes Sohr confronté à la disparition (réelle ou fictive, toute la question est là) de son violon de collection estampillé Guarneri.
 Roman de jeunesse écrit à quatre mains par Arthur Koestler, jeune dandy incarné dans l'inspecteur Konrad Kondor et Andor Németh (Anulor Németh, membre du cercle littéraire d'avant-garde Galilée à Budapest, décédé en 1952) qui développe les arguments du docteur Lahm en faveur de la psychanalyse, il a été publié en feuilletons dans un journal de Munich entre février et avril 1932, sous le titre Comme le miracle du manguier. Il raconte " les péripéties d'une enquête rocambolesque à travers l'Europe orientale des années 20 " d'une salle de concert prestigieuse de Budapest à un modeste bouge de Vienne appelé Au chat qui louche.
La thérapie analytique, qui vaut un débat passionné entre partisans et opposants, fait l'originalité et l'ambiguïté de l'intrigue, puisque le docteur Lahm parvient à la guérison réelle de Sohr en se trompant au départ sur le symptôme à traiter. L'explication paraît compliquée mais le roman qui fait un peu plus d'une centaine de pages reste simple et plaisant à lire.
Bonne première pioche dans le cadre de ce challenge Chacun son époque

jeudi 13 novembre 2014

L'aliénée

Ce roman original raconte l'évolution d'un ménage à trois du point de vue de la maîtresse. Coincée entre le mari qui accourt à la moindre sollicitation de l'épouse sous prétexte du bien-être des enfants et la femme pas si délaissée qui n'a gardé que les bons côtés du père de famille et s'est largement consolée de la perte de l'époux, L'aliénée qui pourrait tout aussi bien s'appeler la laissée-pour-compte, ne dispose bien souvent que des miettes de la disponibilité physique et morale de son amant. Passant de la richesse d'une relation en devenir au pauvre constat des espérances trahies, Myriam Kissel engage une réflexion désenchantée sur le désir d'aimer.

mardi 11 novembre 2014

L'heure des fauves

Un homme Oliver Perkins et une femme Nancy Kincaid, entre eux, un livre L'heure des fauves, le titre d'un recueil de poèmes qu'il a écrit il y a longtemps, avant de perdre l'inspiration et que sa mère à elle lui lisait le soir.

En plein coeur de la fête d'Halloween, Andrew Klavan plonge le lecteur au coeur du cauchemar et de la folie dans lesquels les deux personnages se débattent, avec parfois de brefs éclairs de lucidité, pour sauver ce qui leur est cher, alors qu'un appel lancinant plane au dessus de la ville : 8 heures, l'heure des Fauves, n'oublie pas.
Un suspense original et haletant

mardi 15 juillet 2014

Un mot, des titres : JE

Session 25 : un mot a été tiré au sort… Nous publierons nos billets le 15 juillet.
Calypso se félicite que le sort ait enfin désigné son mot :  JE
Bravo… moi ! Comme vous tous ? je trépignais de voir un de mes mots tirés au sort et ce, depuis presque trois ans (!). Ce mot, assez singulier j’en conviens, je l’ai proposé à de nombreuses reprises et je sais que je ne suis pas la seule à être sortie des traditionnels noms et adjectifs.

J'ai deux titres à proposer pour cette session :
- Anne Gavalda que je découvre en audio avec ce recueil de nouvelles
- Gaston Kelman dont j'ai enfin lu le roman/étude sociologique feuilleté et Pàlé il y a quelques années

Je n'aurais sans doute pas ouvert spontanément un roman d'Anna Gavalda à cause de ses titres, qui m'ont fait la classer parmi les Musso et Lévy, mais en livre audio l'expérience m'a tentée. Je croyais qu'il s'agissait d'un roman et non d'une suite de nouvelles, de fait son premier recueil publié : Je voudrais que quelqu'un m'attende quelque part dont j'ai apprécié la variété dans le désenchantement, au point d'aller lire les dernières qui ne passaient pas sur lecteur de disque.  Je signale en particulier l'humour de Catgut (noir) et de Junior (jaune). Dans l'épilogue, elle conte avec humour ses débuts d'auteur. En revanche, du point de vue audio, j'ai été gênée par sa lecture personnelle, très proche du langage parlé, mais je crois à la réflexion que c'est son écriture-même qui est en cause, que cette "qualité" orale fait partie de son style. Ecouté le 3 juin 2014


Lus au cours des années écoulées (ou pas) :

J'aime pas...
- la mer (Françoise Xénakis)
- les autres (Jacques A. Bertrand)  Lu le 23 août 2010
- Halloween (Chrisitine Féret-Fleury) LàL
- le lundi (Jérôme Lambert) LàL


Avec un patronyme qui le ferait rattacher plus spontanément à l'Est de la France, Gaston Kelman se revendique bourguignon : un brin de provocation, dans le but évident de mettre en défaut les a priori de ses vis-à-vis,  qui ne manque pas de surprendre ses interlocuteurs. Son roman (en est-ce bien un ? ou plutôt un essai, une étude de moeurs... ) est à l'avenant. En quelques chapitres dont les titres font tomber un à un les bastions des préjugés : Je suis noir et je n'aime pas le manioc,  je suis noir et j'en ai une petite, je suis noir et je me soigne, etc. il dresse un portrait érudit et humoristique de la négritude/blackitude ambiante dans les dernières décennies du XXème siècle
Etabli dans la couronne francilienne, actif dans le secteur social, il parle de ce qu'il connaît et l'explique par de nombreuses références bibliographiques, mais aussi géographiques en comparant la situation en Afrique, aux Etats-Unis. Mari et père d'enfants tantôt black (son garçon), tantôt marron clair (sa fille), il a expérimenté la distinction des races et genres. Il propose un point de départ à la réflexion, qui n'est certes pas toujours incontestable mais qui reste instructif. Lu le 30 juin 2014

     Extrait :
La culture, c'est l'adaptabilité à un milieu et à un moment. C'est la capacité à utiliser les outils (production) les langages (communication) les comportements (vie sociale) locaux pour vivre. La culture c'est hic et nunc (ici et maintenant). Elle est donc intimement liée aux notions d'espace et de temps.[...] Evidemment, la culture ce sont des langages, qui en plus d'être spatio-temporels, sont générationnels. Les langages, même gestuels, ne sont pas identiques dans le monde entier. Evidemment, la culture, ce sont des comportements, des modes de pensée. Mais là aussi, une fois la valeur établie, ces données doivent s'adapter au milieu de vie. Les valeurs sont plus universelles. Elles (sont)reconnues  par la totalité du genre humain. La tradition est le mode d'ancrage, d'adaptation à son environnement.

vendredi 20 juin 2014

Yasmina Khadra (2)

COUPS DE COEUR
challenge Tour du monde : Algérie

Ce que le jour doit à la nuit
France Télévisions - Roman - 2008
L'auteur évoque la période 1942-1962, à travers les yeux d'un petit garçon pauvre, confié à un oncle pharmacien installé dans un quartier résidentiel d'Oran. Younes, devenu Jonas par souci d'intégration, partage avec ses camarades les occupations de leur âge. Il revient sur le contexte historique de ce passé pourtant heureux, marqué par les derniers feux de l'Algérie française. L'évocation de ses souvenirs se teinte du sentiment diffus d'une disparition irréversible, d'une interculturalité perdue, à l'image de son amour adolescent à jamais impossible.
Lu le 4 mai 2012

Les hirondelles de Kaboul
De nos jours, à Kaboul, à travers l'histoire poignante de deux couples à la dérive Atiq/Mussarat et Mohsen/Zunaira devenus des OVNI dans leur propre communauté, l'auteur fait le portrait d'hommes et femmes vivant dans le souvenir de la grandeur passée de Bagdad et confrontés au désespoir né du manque de liberté, de la trahison des idéaux et de la destruction des illusions alors que l'ombre du Coran plane sur une ville en ruine veillée par les moudjahidins et les ayatollahs.

Les textes de Khadra sont comme des romans d'amour chuchotés, dont l'objet serait un pays, une culture, un héritage trahis par les temps présents. Ils me rappellent La pierre de silence, une autre lecture que j'ai beaucoup aimée, bien que traitant de choses dures parce qu'ils parviennent à émouvoir le lecteur tout en le gardant à distance de l'horreur totale, par la grâce d'une écriture généreuse, d'un style épuré mais non dénué de poésie par exemple dans le regard porté sur les lieux, faits et gestes du quotidien.

samedi 15 juin 2013

résultats du Coup de coeur pour auteurs peu médiatisés 2013


Le grand gagnant est
Le puits des mémoires, tome 1, La traque de Gabriel KATZ
J'en suis très satisfaite car il était mon coup de coeur.
Derrière viennent Pourquoi les gentils ne se feront plus avoir de J. Heska, puis à égalité Pas ce soir de C. Quarré et Eclats de rêve de M. Soler, trois romans dans ma sélection et donc je suis plutôt tombée d'accord avec l'ensemble du jury cette année.
Vous pouvez accéder à l'ensemble de nos commentaires sur la page dédiée.  

En tant que membre du jury dans le cadre du Concours Coup de Coeur 2013 organisé par PetiteBelge66 et Yukarie sur Livr@ddict, , j'ai lu et classé huit livres. Trois catégories étaient ouvertes à la compétition cette année : littérature générale, suspense et imaginaire. 
L'aventure continue l'an prochain avec une catégorie supplémentaire young adult. 

Elle continue également par bonheur car Le puits des mémoires est une trilogie et les 2 autres tomes sont dans ma PàL : j'ai acheté le 2 à Noël dès que j'ai fini le 1er et le 3 qui est sorti récemment vient de m'être prêté par Pimousse (aussi dans le jury). Nous ne sommes pas les seules : Harmo les a lus, Achille, Sofynet et Avalon ont décidé de poursuivre la lecture.

Le site du concours 2014
 

samedi 17 mars 2012

Naissance d'un pont

Depuis la sortie du roman de Maylis de Kerangal, j'avais envie de le lire.
Naissance d'un pont faisait partie, au même rang que La possibilité d'une île de Michel Houellebecq, de ces titres " déclencheurs ", qui m'interpellent et font fonctionner mon imagination.
Grâce à un partenariat  Livraddict et Folio que je remercie, j'ai eu la possibilité de concrétiser cette intention et de me plonger dans la description d'un de ces chantiers d'envergure, ultimes projets pharaoniques des temps modernes.
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Naissance d'un pont est d'abord l'histoire d'une gigantesque épopée, une vague ouvrière venue de tous les coins du monde pour travailler sur le chantier.
Plus encore qu'à l'aspect technologique, pourtant abordé de manière très détaillée dans le roman, l'auteur s'est intéressée à l'aventure humaine que représente la cohabitation d'autant de corps de métiers et de tout autant de personnalités dans un espace relativement exigu et dans des conditions de stress extrême.
Le temps est compté, les opérations doivent s'enchaîner sans faille, mais en dépit de toutes les précautions, les impondérables surgissent, mettant à rude épreuve les nerfs des hommes. Dans cet univers macho, Summer Diamantis, une jeune femme ingénieur spécialisée dans le béton, semblerait ne pas avoir sa place. Pourtant, comme tous ceux qui se retrouvent à un poste de responsabilité, elle a été choisie parce qu'elle est une des meilleures dans sa partie.
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La construction d'ouvrages d'art requiert en quantité, des capitaux, de la main d'oeuvre et de l'ingéniosité, du coeur et des tripes. Le style rend compte de cet état d'urgence, extérieur mais également personnel, dans lequel se trouvent tous les protagonistes. L'écriture est ample, puissante, édificatrice. Les phrases, longues, chargées de mots et de sens, syncopées, suivent les méandres de la pensée, qui bute, s'étire et repart.
De manière assez cartésienne, j'ai longtemps cherché des repères auxquels me raccrocher pour localiser précisément la ville, j'ai cru reconnaître le Golden Gate dans le rouge choisi pour une partie du pont... Puis j'ai accepté de me laisser mener par la narration. Un chapitre décrit les ambitions du maire de Coca, en démiurge inspiré qui veut faire entrer sa ville de plein pied dans le troisième millénaire : cela me suffit comme enracinement dans le réel. Le reste est prétexte, excellent, à traiter d'humanité.
Prix Médicis 2010

Pour répondre à Jeneen : je croyais que c'était plus évident... oui j'ai aimé car je me suis intéressée autant aux aspects techniques du chantier qu'aux caractères et que le style sert bien les idées mises en avant.
J'ai lu ailleurs qu'elle conçoit ses romans comme des métaphores de son travail d'écrivain et c'est tout à fait l'impression que j'ai ressentie.
J'hésitais à lire la Corniche Kennedy, mais je le note pour plus tard ou bien son dernier.

50 états, 50 billets
KENTUCKY (Aproposdelivres m'a enlevé un doute)

vendredi 16 décembre 2011

Histoires de métamorphose

La belle image d'après Marcel Aymé
Raoul Cérusier est marié, père de famille et gagne confortablement sa vie comme courtier en publicité : c'est un homme fiable, gentil, mais sans imagination. Un beau jour, inexplicablement, son visage prend les traits d'un jeune homme attrayant : le regard des femmes change, mais sa nouvelle identité l'exclut de sa vie antérieure. Pour parer au plus pressé, il s'invente un voyage d'affaires.
Installé dans l'appartement au dessus de chez lui, il parvient rapidement au but qu'il s'est fixé : re-séduire sa femme. Commencent alors à se poser les vraies questions...
Le regard, qui pourrait être cynique, est surtout désenchanté. Devenu Rolland, Raoul se rend compte de la fragilité sur laquelle reposaient ses convictions matrimoniales : les seuls à ne pas le trahir sont l'oncle Antonin, un original, qui reste égal à lui même et Julien, un ami éloigné qui s'inquiète de sa disparition.
Cette oeuvre fantastique est admirablement interprétée par Cyril Bonin : c'est l'occasion de découvrir les premières planches ainsi que l'actualité de son travail sur le blogue de l'auteur.

La métamorphose d'après Franz Kafka
Qui ne connaît, au moins de nom, cette oeuvre phare de Franz Kafka, une des rares publiées de son vivant (1915) et avec son consentement puisqu'il avait demandé à son exécuteur testamentaire de détruire ses écrits, ce que fort heureusement il ne fit pas !
J'étais curieuse de découvrir l'adaptation BD qu'en propose le duo des Maîtres du jeu (#5 et 6), Eric Corbeyran et Horne : saisissant et répugnant à souhait !
La couverture intérieure entomologique reprend les différentes caractéristiques des coléoptères : communément appelés blattes (ou vermine...), ils existaient déjà à l'ère primaire et sont représentés par 3000 espèces dans le monde.
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A aucun moment, l'image ne trahit pas la nouvelle qui démarre dans le lit de Grégor Samsa, un commis voyageur tranquille et raisonnable, qui s'est transformé en insecte géant durant la nuit.
Prague, début du XIX ème siècle. Gregor, gentil garçon et employé modèle, se réveille dans une position inconfortable : immobilisé sur le dos, il ressent une énorme fatigue et ne comprend pas immédiatement ce que sont les pattes frêles qui s'agitent sous ses yeux alors qu'il tente de se remettre d'aplomb. Ses parents et sa soeur Grete, qu'il nourrit et entretient par son travail, s'inquiètent de son retard. Peu à peu, ils prennent conscience de la situation et de ses inconvénients. Chacun va réagir à sa façon, de la consternation hébétée à l'abjection viscérable : ils passent par une phase de tolérante et muette accomodation mais il n'est jamais question de compassion ou d'empathie. L'histoire suit les sentiments de cette famille petite bourgeoise qui évoluent du devoir fraternel à l'exclusion haineuse, de la résignation paternelle à la reprise en main, de l'amour maternel inconditionnel au refuge de la folie. Dans une sorte de lugubre locked-in syndrôme, Gregor, victime inoffensive et aimante, comprend tout en observateur silencieux et compatissant mais ne peut s'exprimer de manière intelligible.
Un réquisitoire inquiétant et lucide contre le rejet de la différence.
Ce court récit fantastique a inspiré à David Cronenberg le film La Mouche.
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à mettre en parallèle avec Tueur de cafard de Tardi et Benjamin Legrand
Lu le 14 octobre 2011

vendredi 11 novembre 2011

Divers contes en bleu

L'ours bleu
des aquarelles aux tonalités douces  de Michael West sur un texte de Daniel Küttel
un satisfecit particulier pour le rendu de certaines scènes de nuit (les noirs), de neige (les blancs), de désert, de volcan

Le chien bleu de Nadja
les peurs de l'enfance et comment les apprivoiser

Hibou blanc et Souris bleue
Comment devenir le meilleur ami de son pire ennemi ?
Jean Joubert est un auteur spécialisé dans la littérature enfantine : sachant trouver le juste dosage entre peur et tendresse, il invite à la réflexion sur les conséquences de ses actes. Joliment secondé par Michel Gay, il propose avec Hibou blanc et Souris bleue, un conte plein de malice et de bons sentiments. On aimerait se nicher dans les plumes duveteuses à la place de Souris bleue, mais gare au bec crochu !
Présentation
Hibou blanc aine beaucoup les souris; il en a déjà mangé plus de mille. Toutes les souris ont peur de Hibou blanc sauf Souris bleue, la plus jeune et la plus maligne. Elle a décidé de débarrasser les souris du fléau qu'est Hibou blanc. Toute une nuit, Hibou blanc essaie d'attraper Souris bleue. Surpris par le jour qui le rend aveugle, il se fait capturer par les hommes et enfermer dans la cage d'un cirque. Heureusement, Souris bleue le retrouve. Touchée par le malheur de Hibou blanc, elle veut l'aider. Les deux ennemis d'hier deviennent amis et Souris bleue réussit même à libérer Hibou blanc. Il est vrai que Hibou blanc avait promis de ne plus jamais manger de souris...

dimanche 21 août 2011

Les voiliers du soleil

La saga d'Argyre se compose de trois ouvrages, Chirurgien d'une planète, Les voiliers du soleil, et Le long voyage, parus au Fleuve Noir, dans la collection Anticipation, sous le pseudonyme Gilles d'Argyre.

Pour sa réédition dans la collection J'ai lu, illustrée par Caza, le tome 1 a été remanié sous le titre Le rêve des forêts. Archim Noroit a réussi à terraformer la planète Mars et à la doter d'une atmosphère. L'Administration (du projet) devenue toute puissante est en conflit latent avec les prérogatives de l'Assemblée générale de la Terre.
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Le tome 2 se compose de quatre parties : Les voiliers du soleil ; Ganymède ; Les astéroïdes ; La cinquième planète.
Les années ont passé. Ina, la fille d'Archim Noroit et de Gena d'Argyre, astronome et astrophysicienne, poursuit son rêve d'enfant : rencontrer le mystérieux Jor Arlan, dont elle admire les travaux et l'expertise scientifiques dans des domaines aussi divers que la psychologie ou l'espace. Depuis des années, il vit reclus sur Ganymède, une des lunes de Jupiter dont l'accès est strictement défendu aux visiteurs. Faisant route vers Uraniborg, la ville spatiale construite à proximité de Jupiter, Ina prend conscience du danger extrême que la ceinture d'astéroïdes représente pour les voiliers solaires. Digne fille du " chirurgien planétaire ", elle conçoit un projet d'envergure destiné à réduire les risques du voyage. Elle n'est pas la seule à s'intéresser au génie d'Arlan et se fait enlever par un mutant étrange, aveugle mais hyper-tactile, qui l'interroge sous hypnose puis la drogue pour effacer la totalité de sa mémoire. La réaction de l'héroine est très belle. La suite du scénario, sur lequel planent de lourds secrets, présente une histoire de l'humanité qui repose sur une hypothèse, intelligible et subtile.
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La saga d'Argyre fait désormais figure de classique de la SF dans la catégorie space opera. Gérard Klein se montre un conteur plein d'intérêt, mêlant imaginaire et talent d'écriture. Décrivant des nefs à la structure ultra légère, sans moteur, donc à l'abri des pannes et disposant d'une énergie inépuisable, il est un des précurseur du concept de voile solaire comme moyen de propulsion dans l'espace.

L'info en plus
Le principe des voiles solaires est applicable en théorie :
A la fin de sa vie, Johannes Kepler, mathématicien et astronome mort en 1630, découvre que la queue d’une comète indique la direction opposée au soleil, comme un drapeau flottant au vent et non pas le sens de sa trajectoire, comme le sillage d'un bateau dans l'eau. Il en déduit qu’il existe logiquement une sorte de vent solaire dont il suppose qu’il sera possible de l’utiliser un jour pour naviguer dans l’onde céleste.

vendredi 8 avril 2011

Cul-de-sac (Piège nuptial)

Cul de sac sous le titre original de Douglas Kennedy, Piège nuptial dans sa seconde traduction française, est un livre de cauchemar !
Nick Hawthourne, un américain moyen, journaliste sans grand talent, décide de quitter son métier et son Maine natal pour partir à la découverte des immensités désertiques du bush, en Australie occidentale. Gagné par la sympathie d'une jeune autostoppeuse, il accepte de partager avec elle la route qui descend de Darwin vers le sud. Mais elle n'attend pas le moment de la séparation pour lui montrer combien il est désormais lié à elle et le présenter à sa famille, une bande d'originaux qui vit en communauté au milieu du désert, à l'écart de toutes les routes fréquentées.

Extrait : " Je n'avais rien contre l'Australie avant d'écraser un kangourou par une nuit sans lune et de rencontrer Angie sur une plage ensoleillée. Douce, chaude, Angie. Un vrai rêve pour le voyageur fatigué. C'est quand j'ai su que je l'avais épousée ... que les choses se sont gâtées, vraiment gâtées jusqu'au cauchemar. "

Au-delà de l'intrigue qui secoue bien, le principal attrait de ce livre est la réflexion sous-jacente sur le choix, la destinée et la fatalité. Nick reçoit plusieurs mises en garde dont il ne tient pas compte : on pourrait dire qu'il commet ses erreurs en connaissance de cause. Il y a deux choses qu'aucun australien ne ferait sans craindre les pires conséquences : la première est de conduire de nuit, au risque de croiser un kangourou d'un peu trop près, la seconde est une leçon que Nick n'est pas près d'oublier.  " Je n'avais rien contre l'Australie avant d'écraser un kangourou par une nuit sans lune et de rencontrer Angie sur une plage ensoleillée. Douce, chaude, Angie. Un vrai rêve pour le voyageur fatigué. C'est quand j'ai su que je l'avais épousée ... que les choses se sont gâtées, vraiment gâtées jusqu'au cauchemar. "

Un peu comme Alice traverse le miroir, par l'effet de cette rencontre fortuite, Nick se retrouve dans l'envers du décor, pris au piège d'un traquenard absurde et minutieusement camouflé, entouré de personnages dégénérés et terrifiants.
Par ailleurs, j'ai trouvé amusant que l'idée de son voyage naisse de la fascination exercée sur son imagination par une carte routière périmée, dégotée chez un bouquiniste et qu'il se retrouve dans une ville dont le nom a été effacé de la topographie australienne par décision administrative : il y a là une résonance subtile, dans le genre battement d'aile du papillon, qui contribue à ce que le roman, simple en apparence, se prête à de plus amples réflexions.

samedi 26 mars 2011

Balade Balade

Pour l'anecdote, alors que Tiphanya m'envoyait Balade, Balade dans le cadre du Loto BD - Fictions réalistes, elle-même, via sa moitié, lauréat dans la catégorie Histoires imaginaires, recevait de son côté... Balade Balade. en LC avec elle le 26 mars 2011
Il est vrai que les deux positions se défendent... car une histoire fantastique où se croisent plusieurs sources d'inspiration littéraires s'imbrique dans une narration plus quotidienne et réaliste, jusqu'à ce que les deux se rejoignent de manière intelligente dans un dénouement inattendu, dont je ne révélerai rien de plus que le résumé de l'éditeur !

A la suite de l'annonce lancée aux quatre coins de l'univers d'une mise en vente de notre planète, débarque un éventuel acheteur qui, en guise d'état des lieux, exige d'en faire le tour complet avant d'en signer l'acte de vente... Un superhélico l'attend pour ce long voyage. Mais le client n'y entend rien, il désire entreprendre ce tour du monde à cheval... - Avez-vous une vague idée de la balade ? - Balade balade !! Partant de cette idée de scénario géniale, Kokor nous invite à un formidable et loufoque voyage à travers le monde, où nous croiserons des références à Don Quichotte, à la légende du roi Arthur et aux formidables récits radiophoniques d'Orson Welles.

110 pages d'un voyage émaillé de poésie, de féérie et d'humour : j'ai aimé le petit drapeau sur le sac à dos du guide et sa bonne volonté de vendeur, à toute épreuve, le caractère gentiment tyrannique de l'acheteur potentiel et ses choix de monture improbables, ses lubbies et la manière incompréhensible dont il communique et pourtant se fait comprendre, un duo qui fonctionne en dépit des invraisemblances et de toutes les incongruités, puis devient un trio : qui est ce Moineau qui cosigne avec Lexlord le scénario du feuilleton Balade, Balade ? Un grand merci pour cette découverte de l'univers de Kokor, que je ne connais pas non plus sous son nom d'Alain Koch.

samedi 29 janvier 2011

Pourquoi j'ai tué Pierre


Pourquoi j'ai tué Pierre est une BD choc sans être choquante ; elle aborde de façon à la fois subtile et sans faux semblants l'incompréhension et la vulnérabilité des enfants face aux abus des adultes.

Recommandé par un ami qui me l'a prêté, il est resté un moment dans ma PàL sans que j'y touche, je n'en connaissais pas le sujet et la couverture ne m'attirait pas particulièrement. Pour ceux qui comme moi sont incapables de voir simultanément les deux visages du dessin en noir et blanc ci-contre, qui figure les âges de la vie à travers une femme jeune et une vieille imbriquées l'une dans l'autre, je précise que la couverture fonctionne à l'identique : elle représente deux visages qui s'entrecroisent, un juvénile à la chevelure blonde et un barbu mature à chevelure rousse.

Entre une grand-mère qui tient à son instruction religieuse et des parents libertaires, Olivier grandit sans le tabou de la nudité. Il est heureux lorsque Pierre, l'ami de la famille, l'invite dans un camp de vacances organisée par la paroisse. Pierre est plus un copain qu'un curé, il traite Olivier à part, discute d'égal à égal, se balade avec lui... Olivier grandit, il continue à partir en colonie. Un jour, Pierre l'entraîne sous sa tente, sous son drap...
Aucun membre de son entourage ne l'a su car personne n'était peut être en mesure d'envisager le moindre soupçon. Dans ce texte mis en image par Alfred, Olivier Ka exorcise le souvenir destructeur qui marqua à jamais la perte de son innocence. L'adulte qu'il est devenu s'est construit sur les ruines de ses certitudes d'enfant, un fardeau qui s'est alourdi par les années de non-dit. A chaque tête de chapitre, l'auteur répète comme une litanie : " J'ai tué Pierre parce que j'ai xx ans " et d'année en année, il trouve une bonne raison de tuer le prêtre et l'ami qui a trahi sa confiance. En une promesse tacite, il a pourtant attendu la mort de Pierre pour rompre le silence et essayer enfin de passer outre.
Alfred devenu spontanément son confident et son interprète, l'a accompagné lorsqu'il s'est engagé dans un questionnement qui confine au réflexe de survie : évoquer, comprendre, voire  pardonner, lorsque sa démarche l'a amené à retourner sur " le lieu du crime " (qui donne lieu à de magnifiques images presque surréalistes) et lorsqu'il a peiné à reconnaître le coupable sous les traits d'un homme vieillissant, diminué et pitoyable qu'il ne parvient pas à haïr.
Pourquoi j'ai tué Pierre est un album de qualité, qui n'est pas forcément d'un abord facile mais qui est remarquable par sa cohérence interne : les dessins fonctionnent à l'unisson du texte, en expriment ou en soulignent les subtilités, auteur et dessinateur sont parvenus à une réciprocité, une qualité d'empathie, proches de la perfection. Je suis vraiment enthousiaste ; l'avis d'Hélène est plus mitigé :  http://lesjardinsdhelene.over-blog.com/article-11200728.html