samedi 29 janvier 2011

Pourquoi j'ai tué Pierre


Pourquoi j'ai tué Pierre est une BD choc sans être choquante ; elle aborde de façon à la fois subtile et sans faux semblants l'incompréhension et la vulnérabilité des enfants face aux abus des adultes.

Recommandé par un ami qui me l'a prêté, il est resté un moment dans ma PàL sans que j'y touche, je n'en connaissais pas le sujet et la couverture ne m'attirait pas particulièrement. Pour ceux qui comme moi sont incapables de voir simultanément les deux visages du dessin en noir et blanc ci-contre, qui figure les âges de la vie à travers une femme jeune et une vieille imbriquées l'une dans l'autre, je précise que la couverture fonctionne à l'identique : elle représente deux visages qui s'entrecroisent, un juvénile à la chevelure blonde et un barbu mature à chevelure rousse.

Entre une grand-mère qui tient à son instruction religieuse et des parents libertaires, Olivier grandit sans le tabou de la nudité. Il est heureux lorsque Pierre, l'ami de la famille, l'invite dans un camp de vacances organisée par la paroisse. Pierre est plus un copain qu'un curé, il traite Olivier à part, discute d'égal à égal, se balade avec lui... Olivier grandit, il continue à partir en colonie. Un jour, Pierre l'entraîne sous sa tente, sous son drap...
Aucun membre de son entourage ne l'a su car personne n'était peut être en mesure d'envisager le moindre soupçon. Dans ce texte mis en image par Alfred, Olivier Ka exorcise le souvenir destructeur qui marqua à jamais la perte de son innocence. L'adulte qu'il est devenu s'est construit sur les ruines de ses certitudes d'enfant, un fardeau qui s'est alourdi par les années de non-dit. A chaque tête de chapitre, l'auteur répète comme une litanie : " J'ai tué Pierre parce que j'ai xx ans " et d'année en année, il trouve une bonne raison de tuer le prêtre et l'ami qui a trahi sa confiance. En une promesse tacite, il a pourtant attendu la mort de Pierre pour rompre le silence et essayer enfin de passer outre.
Alfred devenu spontanément son confident et son interprète, l'a accompagné lorsqu'il s'est engagé dans un questionnement qui confine au réflexe de survie : évoquer, comprendre, voire  pardonner, lorsque sa démarche l'a amené à retourner sur " le lieu du crime " (qui donne lieu à de magnifiques images presque surréalistes) et lorsqu'il a peiné à reconnaître le coupable sous les traits d'un homme vieillissant, diminué et pitoyable qu'il ne parvient pas à haïr.
Pourquoi j'ai tué Pierre est un album de qualité, qui n'est pas forcément d'un abord facile mais qui est remarquable par sa cohérence interne : les dessins fonctionnent à l'unisson du texte, en expriment ou en soulignent les subtilités, auteur et dessinateur sont parvenus à une réciprocité, une qualité d'empathie, proches de la perfection. Je suis vraiment enthousiaste ; l'avis d'Hélène est plus mitigé :  http://lesjardinsdhelene.over-blog.com/article-11200728.html

1 commentaire:

Mo' a dit…

superbe cet album. Touchant, juste, sans pathos. J'avais aussi beaucoup aimé