vendredi 26 novembre 2010

Reine du fleuve

Talyate avait inscrit Eva Ibbotson dans ce challenge pour Les matins d'émeraude que j'ai attendu au prêt depuis au moins 6 mois sans qu'il soit réapparu. Je reviendrai pourtant dès que possible sur cette lecture qui m'intéresse, notamment à titre de comparaison avec Sur la tête de la chèvre (Hongrie), car elle traite des souvenirs de jeunesse de l'auteur, de la vie à Vienne au moment des lois de Nuremberg, ainsi que de la situation des autrichiens contraints à l'exil par les persécutions antisémites.

Je me suis finalement rabattue sur Reine du fleuve, qui m'a entraînée dans une nouvelle région du monde, la grandiose Amazonie. Maia est une jeune orpheline anglaise fortunée, que des parents lointains, pourtant peu portés à la philantropie, acceptent d'accueillir à leur domicile : les Carter et leurs filles Gwendolyne et Béatrice ont dû fuir Londres à la suite de malversations ; ils se sont établis près de Manaus sur une plantation de caoutchouc, mais leur comportement méprisant à l'égard des indiens qui travaillent pour eux les conduit à la faillite. Leurs affaires marchent mal et ils sont aux abois.
L'attitude de Maia est à l'opposé de celle des jumelles et de leur mère : prête à aimer son pays d'adoption, elle désire découvrir la jungle luxuriante et lier connaissance avec ses habitants. Sa rencontre fortuite avec Finn Taverner, également orphelin d'un lord anglais ayant fui sa famille pour s'installer comme botaniste au Brésil et d'une indienne Xanti, décide de son avenir : elle veut naviguer sur le fleuve, remonter l'Amazone, explorer la jungle et découvrir de nouveaux remèdes en sa compagnie.

La romancière vient de disparaître. Son oeuvre appartient depuis longtemps aux classiques de la littérature jeunesse dans les pays anglo-saxons. Reine du fleuve a reçu en 2001 le Prix Smarties délivré par plus de mille écoles anglaises.

dimanche 21 novembre 2010

L'hérétique

J'ai eu beaucoup de difficultés à me procurer ce titre et je suis contente de ne pas être passée à côté de cette lecture suggérée par Talyate, qui s'est révélée une des plus satisfaisantes depuis le début de ce challenge.
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En 1320, une jeune Languedocienne originaire d'un petit village occitan est jugée par un tribunal de l’Inquisition pour hérésie et inceste. Les minutes de son procès – popularisé par Emmanuel Le Roy-Ladurie – sont à l'origine de l'intérêt de Craig Charmaine pour le sujet. Son roman, qui résulte de recherches historiques poussées, retrace la progression de l'hérésie dans le Languedoc au XIVème siècle en parallèle à celle des pratiques inquisitoriales mises en oeuvre pour en expurger les croyances propagées par les "bons hommes". Alliant une solide formation d'historienne à une réelle aisance d'écrivain, l'auteur atteint un bel équilibre entre utilisation de la ressource documentaire et fiction romanesque.
L'histoire de cette lignée de femmes ayant vécu à Montaillou et de leurs relations troubles avec le prêtre du village, Pierre Clergue, débute avec Marquise, aimée de Pierre, mais séduite puis abandonnée par Guillaume, son frère aîné. Fabrisse, la petite fille née de ces amours clandestines et baptisée en secret par Pierre, est amoureuse du prêtre mais ignore leur lien de parenté. Son mariage d'amour avec Pons, célébré en dehors de l'Eglise, devient une union malheureuse avec l'adhésion de son mari aux préceptes de la vraie foi, qui le pousse à l'abstinence absolue puis au suicide. Elle, qui a souffert de sa naissance adultérine, met au monde une fillette illégitime, née posthume. Grazida devenue adolescente est séduite par Pierre qui l'ayant mise enceinte, lui fait épouser Arnaud Lizier.
Son témoignage a inspiré le roman, dont les personnages déchirés, tourmentés par leur quête de pureté spirituelle et confrontés à la force de leurs désirs charnels, sont des figures historiques ayant réellement existé : Grazida Lizier, mais aussi Pierre Clergue, le recteur déviant de Montaillou et Bernard, l'implacable moine dominicain créateur de l'Inquisition.

mercredi 10 novembre 2010

Le jeudi c'est citation

Tout dessin ou peinture est l'équivalent
passionné d'une sensation reçue.
Paul Gauguin
Réflexions
L'artiste ? Serait-ce celui qui fait voir ce qui n'a jamais été vu (senti/entendu) ?
Comment se comporte la couleur là où finit la toile ?

samedi 6 novembre 2010

L'Egyptien Alexandros - Violaine Vanoyeke

N'ayant pas trouvé le titre inscrit par Talyate dans la liste du challenge ABC, j'ai remplacé Une mystérieuse égyptienne par Le trésor de la reine-cobra. Violaine Vanoyeke a écrit de nombreux romans historiques ayant pour cadre l'Egypte ancienne dont elle est une spécialiste (linguiste, historienne) reconnue.

L'intrigue policière lui sert de prétexte pour décrire les coutumes des Thébains sous le règne des Ptolémées et faire part des dernières découvertes archéologiques concernant la femme-pharaon Hatchepsout, la reine-cobra, qui a su profiter de la minorité de son neveu Thoutmosis III pour exercer le pouvoir. Tandis qu'Alexandrie, où vit Pharaon et sa cour, et la Basse-Egypte voient s'installer de nombreux Grecs qui apportent leurs dieux et leur mode de vie, autour et en amont de Thèbes, l'ancienne capitale, les Egyptiens restent plus attacher à leurs traditions et rejettent les pratiques helléniques.
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Le prince Alexandros, fils bâtard de Ptolémée, et sa compagne Helena sont venus à Thèbes pour assister aux fêtes données en l'honneur des dieux guérisseurs. Ils se retrouvent mêlés à une étrange disparition sur fond de crime organisé : Melissa connaît la Vallée des Rois et ses innombrables nécropoles comme sa poche. Elle s'est accoquinée avec une bande de pilleurs de tombes qui font main basse sur le mobilier funéraire et les bijoux des riches sépultures, en dépit de l'interdit puni de mort du pharaon. Ayant tenté de s'approprier indûment une plus grosse part du butin, elle doit s'enfuir et disparaît dans le fleuve. Nertari, mariée au riche Rhodopis, ignore presque tout des moyens d'existence de sa soeur jumelle ; elle accourt néanmoins de Chypre pour tenter de confondre les meurtriers, au péril de sa vie.
 
Repères :
Il y a trois autres enquêtes où apparaît l'égyptien Alexandros, venu de Macédoine, dont la lecture me tente si elle concilie avec le même bonheur les qualités romanesques et une réelle érudition sur l'Antiquité méditerranéenne.

jeudi 4 novembre 2010

La folle journée du professeur Kant

Les petits Platons se sont lancés le défi audacieux de faire apprécier les courants philosophiques majeurs et leurs principaux penseurs aux plus (et moins) jeunes ! La tentative est vouée au succès, à n'en pas douter, tant la collection invite à la découverte, à travers de petits bouquins colorés et drôles, où les grands hommes sont présentés dans leur vie de tous les jours : cela donne par exemple une vision plutôt farfelue de l'austère Monsieur Kant, qui devrait ainsi plaire à un large public.
Un plus appréciable : Jean Paul Mongin a eu la généreuse idée de dédicacer l'exemplaire qui m'a été envoyé dans le cadre du programme Masse critique de Babelio.

mardi 2 novembre 2010

Luna Papa

Dans un pays imaginaire qui s'inspire de plusieurs pays d'Asie centrale, un village côtier abrite une curieuse famille avec de drôles d'habitudes. Le père, Safar, veuf inconsolable et alcooliqu, élève seul ses deux enfants majeurs et des lapins : Nasreddin, le fils aîné devenu autiste des suites post-traumatiques de la guerre d'Afghanistan et Mamlakat, 17 ans, magnifique et évaporée, ne rêvant que théâtre et conservatoire. Après une aventure furtive au clair de lune - voix charmeuse et sans visage, la scène de séduction hésite entre rêve et réalité - Mamlakat s'aperçoit qu'elle est enceinte. Passée la première réaction de colère, le futur grand-père décide de retrouver le géniteur - un acteur - et de le contraindre à assumer ses obligations, même s'il lui faut écumer tous les théâtres tadjiks.

Le spectateur est entraîné dans un joyeux road movie à travers un Tadjikistan mythique et onirique où les tribulations de ces personnages loufouques et hauts en couleurs (le foetus prend la parole pour commenter certaines situations en voix off) alternent avec des scènes plus réalistes. Malgré la trame dramatique (les filles-mères sont très mal vues) le réalisateur tourne une comédie : ce film anti-morosité apporte une bouffée de poésie qui s'appuie sur de très belles images naturelles mais en couleurs irréelles et changeantes. Chaque plan est une oeuvre de bizzarerie digne d'un tableau de Dali ou échappé d'un Kusturica éthylique et les acteurs portent toutes les gammes d'expression sur leur visage un peu à la manière de Buster Keaton.

Selon son réalisateur Bakhtiar Khudojnazarov, Luna Papa (1999) doit être vu comme une sorte de conte mythologique contemporain et s'inscrit dans la veine du réalisme fantastique initié par Edgar Poe. Il n'empêche qu'il met aussi en avant le désespoir et la hardiesse du peuple tadjik, car ce film est aussi une métaphore sur les habitants des hautes steppes d'Asie mineure et ces anciennes républiques de l'ex-Union Soviétique, abandonnées économiquement et isolées du reste du monde.  

 

Le film est tourné dans une région d'Asie centrale qui se situe à la confluence de plusieurs civilisations dont il subit les influences visibles à travers les différents quartiers de ce village reconstitué à partir d'archétypes ethniques et culturels marqués. La majeure partie des scènes sont cependant tournées dans le nord du Tadjikistan, sur les rives du Kayrakkum, une retenue d'eau artificielle du Syr Dari.