Dans un pays imaginaire qui s'inspire de plusieurs pays d'Asie centrale,
un village côtier abrite une curieuse famille avec de drôles
d'habitudes. Le père, Safar, veuf inconsolable et alcooliqu, élève seul ses deux enfants majeurs et des lapins : Nasreddin, le fils aîné devenu autiste des suites post-traumatiques de la guerre d'Afghanistan et Mamlakat, 17 ans, magnifique et évaporée, ne rêvant que théâtre et conservatoire. Après une aventure furtive au clair de lune - voix charmeuse et sans visage, la scène de séduction
hésite entre rêve et réalité - Mamlakat s'aperçoit qu'elle est enceinte.
Passée la première réaction de colère, le futur grand-père décide de
retrouver le géniteur - un acteur - et de le contraindre à assumer ses obligations, même s'il lui faut écumer tous les théâtres tadjiks.
Le spectateur est entraîné dans un joyeux road movie à travers un Tadjikistan mythique et onirique où
les tribulations de ces personnages loufouques et hauts en couleurs (le foetus prend la parole pour commenter certaines situations en voix off)
alternent avec des scènes plus réalistes. Malgré la trame dramatique (les filles-mères sont très mal vues) le réalisateur tourne une comédie : ce film anti-morosité apporte une bouffée de poésie qui s'appuie sur de très belles images naturelles mais en couleurs irréelles et changeantes. Chaque plan est une oeuvre de bizzarerie digne d'un tableau de Dali ou
échappé d'un Kusturica éthylique et les acteurs portent toutes les
gammes d'expression sur leur visage un peu à la manière de Buster
Keaton.Selon son réalisateur Bakhtiar Khudojnazarov, Luna Papa (1999) doit être vu comme une sorte de conte mythologique contemporain et s'inscrit dans la veine du réalisme fantastique initié par Edgar Poe. Il n'empêche qu'il met aussi en avant le désespoir et la hardiesse du peuple tadjik, car ce film est aussi une métaphore sur les habitants des hautes steppes d'Asie mineure et ces anciennes républiques de l'ex-Union Soviétique, abandonnées économiquement et isolées du reste du monde.
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