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mercredi 13 novembre 2019

Histoires de Chimères [5]

Rien qu'une Chimère d'Emma Darcy ou le mannequin et le milliardaire : elle vient de se disputer avec son fiancé et photographe, il veut lancer son nouveau parfum, ils se croisent incognito le temps d'une parenthèse idyllique sur une plage... elle sera sa nouvelle égérie, il lui a caché qu'il pouvait détenir les clefs de son avenir professionnel, l'instant d'un clip la magie opère de nouveau.
AUSTRALIE
Lu en octobre 2019


Chasseurs de chimères : un recueil de nouvelles datant de l'âge d'or de la SF française
Lues en novembre 2014








Chimères, tome 3 Bellérophon, de Joseph Béhé et Thomas Mosdi
Je ressens une légère déception avec l'album de clôture de ce triptyque pour deux raisons : le graphisme de Béhé me plaît moins que dans d'autres albums et le scénario est difficile à suivre car il se rattache à plusieurs sources mythologiques
Lu en décembre 2014


Pour cette troisième session, j'ai choisi de lire des BD se rattachant à la Belle époque.
Assez peu convaincue par le tome 1 des aventures d'Adèle Blanc-Sec de Tardi, j'ai préféré chercher ailleurs et bien m'en a pris.
Janvier 2015 pour le challenge Chacun son époque 3/5

D'abord, Green Manor, un triptyque écrit par Vehlman et dessiné par Bodart, qui m'a amusée par son humour cynique et divertie par la diversité des histoires courtes rassemblées sous une thématique commune. Les faits advenus sont évoqués par un narrateur identique à la manière des romans à énigme de la même époque, se passent dans l'Angleterre victorienne, majoritairement à Londres, et s'étalent dans le temps sur toute la seconde moitié du 19ème siècle.
Sous des allures respectables et une courtoisie bon ton, les membres du Green Manor's Club, fleurons de l'aristocratie britannique, sont les plus odieuses crapules qui soient. Les scrupules anecdotiques du futur gardien de la vénérable institution sont prétexte à l'évocation des méfaits secrets et des passions criminelles des uns et des autres. Chaque conte est délicieusement inattendu, mais j'ai préféré le machiavélisme magistral et ultime du joueur d'échec et l'ironie cruelle de la chute dans l'Ange de la Mort.
Fin de partie
La petite musique du crime
Dans la tête de William Blake
Duel au sommet
Le testament

Ensuite, Chimère(s) 1897, repéré dès sa sortie est un triptyque signé Arleston qu'on ne présente plus et Vincent, qui m'a beaucoup plu, tant par son graphisme que par le fond de l'intrigue et le contexte : la IIIème République et le Paris haussmannien dans les dernières années du 19ème siècle. 



Outre le destin de l'héroïne, déjà prostituée bien que n'ayant pas l'âge légal et à laquelle aucune humiliation n'est épargnée, je me suis intéressée aux secrets de Gisèle, l'impitoyable tenancière, une ancienne reine des spectacles parisiens. Sa maison close La perle pourpre, lieu de rendez vous et de débauche où se croisent le monde des arts, des affaires et de la politique, permet de rencontrer des personnages qui ont fait l'histoire. L'intrigue fait la part belle à la trame de fond, il y est question de Ferdinand de Lesseps, en difficulté pour le financement des travaux de Panama en dépit du succès du canal de Suez, de Gustave Eiffel en pleine construction - contestée - de la tour qui portera son nom pour la postérité, mais aussi de Maupassant, chroniqueur toujours à l'affût de matériau littéraire...



mardi 24 mai 2016

Kate Atkinson (3)

Des deux lectures précédentes, la première ne m'avait pas du tout convaincue, la deuxième m'avait permis de revoir un peu mon opinion, qui désormais est faite, il y a tant d'auteurs à découvrir, que je serais bête d'insister plus encore. Troisième et dernière tentative de lire cet auteur.

Les replis du temps
L'écriture est laborieuse, l'intrigue poussive et je m'y ennuie alors que le sujet m'intéressait pourtant.
Le clan Fairfax est disparate : Isobel, Charles, Eliza, Gordon, Debbie, Vinny, le Veuve finissent de dilapider les restes d'une fortune commerçante. Les épisodes alternent entre passé et présent et c'est clairement indiqué, pas de labyrinthe dans ces Replis du temps, mais pas d'heureuse surprise non plus. Pourtant, il y a un passage qui m'a vraiment plus, malheureusement assez près de la fin mais j'ai bien fait de m'accrocher. Isobel se met à passer d'une journée de Noël à une autre, mais la catastrophe évitée finit toujours par la rattraper.
Cela m'a fait penser à Jumper, sauf qu'Isobel ne maîtrise pas ses sauts. L'auteur finit aussi par nous en apprendre un peu plus sur le mystère intrigant d'Eliza. Partie / pas partie ? Le choix intuitif entre explication rationnelle ou fantastique se révèle faux en définitive, puisqu'une troisième voie est proposée. Mais ça ne sauve pas au final l'impression morose d'un style qui n'est pas fait pour me plaire.

Parti tôt, pris mon chien
Au contraire des nombreux inconditionnels de Kate Atkinson, j'ai toujours du mal de me retrouver dans ses histoires sans queue ni tête. Le privé Jackson Brodie que je n'avais pas du tout apprécié dans La souris bleue est de retour à Leeds dans le Yorkshire. Je l'ai mieux suivi dans cette enquête qui lui fait croiser la route de Tracy Waterhouse, chef de la sécurité dans une galerie commerciale dont la vie bascule lorsqu'elle prend une décision qui engage le restant de ses jours.

La souris bleue
Ancien militaire, puis inspecteur de police, Jackson Brodie s'est installé comme détective privé ; il n'est pas submergé par les commandes, à l'exception de quelques planques qui l'occupent mais sans plus, jusqu'au jour où tout s'emballe et plusieurs affaires qui le requièrent surgissent en même temps :
- les soeurs Land qui viennent d'enterrer leur père ont découvert dans le tiroir de son bureau la souris bleue de leur petite soeur Olivia disparue au cours de sa troisième année,
- maître Theo Wyre qui ne s'est jamais remis de l'assassinat de sa fille Laura égorgée dix ans plus tôt veut retrouver le coupable,
- Michelle qui a tué son mari d'un coup de hache a refait sa vie mais sa soeur cadette Shirley recherche sa nièce Tanya...
La souris bleue est le fil rouge de plusieurs intrigues sans lien apparent. Kate Atkinson se plaît à multiplier les personnages et à brouiller les pistes, mais la fin reste un peu confuse.
Lu le 1er novembre 2009

mardi 29 mars 2016

Mr Vertigo

Enfant prodige par la force du dressage cruel imposé par Monsieur Yehudi, Walt connaît une heure de gloire aussi incandescente que brève.
"Tu ne vaux pas mieux qu'un animal. Si tu restes où tu es, tu seras mort avant la fin de l'hiver. Si tu viens avec moi, je t'apprendrai à voler." 
Repéré et recueilli à neuf ans auprès d'oncle et tante qui ne s'en soucient guère, Walt est formé durant trois dures années seulement éclairées par la présence bienveillante de Maman Sioux et d'Esope, un jeune noir, éduqué à devenir un savant et intégrer une des plus prestigieuses universités.
Puis vient le premier et exaltant résultat de milliers d'heures d'entraînement. Désormais sous les encouragements de son maître, Walt monte sur scène - ou plutôt "s'élève" sur scène à douze ans, pour un public de petites villes. Le succès grandit, la célébrité suit et leur tournée devient prestigieuse : l'étape ultime, la consécration, doit se produire à New York !
Pourtant, le phénomène incroyable que Walt parvient à maîtriser lui cause de terribles effets secondaires. L'explication est hélas sans appel. Son cas est doublement rarissime car l'approche de la puberté le frappe d'incapacité à exercer son " art ". Il préfère renoncer à l'opération, radicale mais incertaine, qui pourrait lui permettre de continuer et envisage une reconversion professionnelle.
Avec M. Yehudi, il prend donc la direction de l'Ouest avec le pécule amassé lors de leurs représentations, pour tenter une carrière à Hollywood... Mais l'oncle de Walt, envieux, mauvais comme une teigne et armé des pires intentions, se trouve sur leur route pour la seconde fois, fatale. Le destin de Walt bascule de nouveau... mais ce n'est pas la dernière fois d'une vie riche en rebondissements, de grandes fortunes en immenses désastres : il se refait, rechute, repart de zéro...

Bonus 50 états 50 billets car les deux personnages principaux ont traversé les Etats Unis de part en part à plusieurs reprises,
KANSAS, CALIFORNIE, ILLINOIS, NEW JERSEY
même s'ils ont fait halte dans des bases plus ou moins stables à Wichita et pour Walt à Chicago.

Je vous laisse découvrir ce magnifique roman sans en dévoiler toutes les péripéties. Je voulais lire la Trilogie new yorkaise de l'écrivain. J'ai opté pour ce roman inscrit au challenge Livraddict et je ne le regrette pas, car le titre seul ne m'aurait pas attirée. J'aime l'écriture enchantée de ce roman d'initiation et de désespérance. L'Amérique de Paul Auster est comparée à celle, violente et misérable, sauvage et naïve, de Mark Twain ou de Steinbeck : l'Amérique des années vingt et trente, du Ku Klux Klan et du jazz, des gangsters et du cinéma.

mercredi 1 avril 2015

Quartier charogne

C'est le troisième livre de Nan Aurousseau que je lis car j'aime son style et je trouve toujours de l'intérêt à ses propos. Si  j'ai trouvé dans Bleu de chauffe  et  Du même auteur, une grande part de vécu, Quartier charogne est encore plus clairement tourné vers le témoignage autobiographique comme l'auteur l'évoque lui-même :
« Est-ce que notre enfance est importante pour quelqu'un d'autre que nous-même ? C'est la question que je me suis posée avant d'écrire les premières lignes de Quartier charogne. Pourtant, une fois la première phrase jetée, le reste a suivi. Je ne voulais surtout pas faire un livre sur toute ma vie d'un coup, c'est pour ça que j'ai choisi la tranche de six à quinze ans, de notre arrivée rue des Maraîchers dans le XXe, le quartier Charonne, jusqu'à notre expulsion un matin de juin, quand ils nous ont jetés sur le trottoir, ma mère et nous, les cinq gosses, sans nulle part où aller. J'ai essayé d'être le plus franc possible, ça n'a pas été toujours facile, il y a des choses qu'on préférerait garder secrètes, d'autres qu'on aurait tendance à romancer, on est tenté de faire des petits arrangements avec sa mémoire. J'ai vraiment tout fait pour être au plus près de ce qui s'est passé pendant ces neuf années. »

Je trouve très intéressant ces romans - à commencer par ceux de mon auteur préféré Patrick Modiano - qui parlent d'une époque révolue et de la vie de quartier dans Paris. J'ai fait le rapprochement en lisant Quartier charogne (sans majuscule : à tort ou à raison j'ai toujours transposé " Charonne ") avec Les Bruyères de Bécon de Robert Belleret.
Dans les années 50 et la dureté de l'après guerre, entre un père démobilisé, travailleur mais trop porté sur la boisson et une mère qui s'escrime à élever une ribambelle de gamins et à trouver des excuses à la violence conjugale, l'auteur fait l'apprentissage de la vie dans la rue plus encore que sur les bancs de l'école, un environnement qui fait grandir les gosses prématurément. Il raconte avec un réel talent de narrateur le passage précoce de l'enfance à un âge pré-adulte presque sans transition par l'adolescence. Son quotidien échappe rapidement aux règles de bonne conduite édictée par la mère, dans la cohabitation avec les petits voyous, la conquête du respect, la débrouille et les arrangements entre amis, etc.
Je suis frappée par l'absence de jugement de valeur dans la relation des faits, de même la noirceur ne semble pas appartenir aux sentiments de l'auteur, protégé en quelque sorte par son sens de la famille d'abord, puis de l'amitié ensuite. Comme s'il n'était pas vraiment touché par la misère et la violence qu'il côtoie, une sorte d'aura se dégage de son personnage d'enfance.

vendredi 25 avril 2014

Cryptozoïque

L'écoulement du temps est le thème que partagent ces deux romans, leur autre point commun est que je ne les ai guère appréciés, pour l'un, je viens de le finir : Cryptozoïque de Brian Aldiss, pour l'autre, cela fait bien longtemps : Le monde inverti de Christopher Priest, (challenge un mot, des titres, session Monde en janvier 2012) mais depuis je n'ai rien trouvé de vraiment positif à en dire.
  1. La possibilité de voyager dans le temps, sans avoir aucune possibilité de changer le cours de l'histoire. Un artiste qui recrée des environnements, leur idéologie, l'esprit du moment. Puis vient l'idée d'inverser le cours du temps, la mort devenant une naissance, une balle retournant dans le canon du pistolet, le monde n'allant pas vers le futur mais vers le passé.
autre piste de lecture : Les évadés du précambrien (= cryptozoïque)

Les habitants de Terre ne sortent jamais au dehors. Seuls quelques élus, appartenant aux puissantes guildes, ont le droit de s'y aventurer. Que ce soient les cartographes ou ceux du rail, ils oeuvrent à faire continuellement avancer la ville, en démontant les rails sur lesquels elle avance de l'amont pour les remonter en aval le lendemain. Tous les jours, le point est fait pour situer la ville par rapport à un optimum temporel vers lequel tendent tous les efforts.
Aucun ralentissement n'est permis et il n'est bon pour personne de rester trop en arrière. Une sourde menace pèse sur les esprits, alors que le reste de la population est maintenue dans l'ignorance des faits et causes de ce cheminement perpétuel. Pourtant un jeune apprenti, futur membre des guildes, au comportement plus curieux ou plus rebelle que les autres, va perturber de ses questions l'organisation immuable et par ses prises de position mettre en danger l'ensemble du système.
J'ai trouvé le roman complexe et hermétique, même si la fin apporte une explication assez simple qui permet de comprendre la situation et que tous les indices trouvent leur place. L'image de la trajectoire hyperbolique est séduisante, mais les clefs de ce jeu intellectuel sont trop compliquées, l'incompréhension est restée la plus forte.

vendredi 17 janvier 2014

La patrouille du temps

J'ai abandonné toutes mes lectures en cours pour retrouver avec plaisir les premières aventures de Manse Everard au sein de La patrouille du temps.
Les paradoxes et thématiques utilisés par Connie Willis dans Sans parler du chien appartiennent déjà en grande partie à l'univers décrit par Poul Anderson.
J'ai l'intention de découvrir les trois autres tomes de la série, soient un peu plus de 1500 pages et de répondre enfin, par la même occasion, au Défi des mille de Fattorius  :  278 pages +286 pages + 291 pages + (512 pages)

Les cinq histoires qui composent ce premier volume réédité chez Bélial sont très différentes et je me suis souvenue de mon émerveillement à la première lecture de ma préférée, Les Chutes de Gibraltar, quand l'Atlantique s'est déversé par les colonnes d'Hercule dans le tout nouveau bassin méditerranéen situé trois mille mètres en contrebas. C'est la plus esthétique et elle contient à peine un évènement spatio-temporel.
Après une présentation du contexte et de la première mission du personnage central, recruté à New York au milieu du XXème siècle, les autres parties explorent des contextes historiques spécifiques :

Tome 1 : les guerres médiques si Cyrus II n'avait pas unifié les Mèdes et les Perses (Le grand Roi) ; l'expansionnisme sino-mongol si Kubilaï Khan avait conquis le Nouveau monde avant les Espagnols (Echec aux Mongols) ; les guerres puniques si Hannibal et son armée d'éléphants avaient écrasé Rome (L'autre univers) Lu le 26 mai 2013
Tome 2 : Tyr la pourpre et ses ruelles bondées, sous le règne du roi Hiram, au Xe siècle avant notre ère (D'or, de singes et de paons) ; la brutalité des mondes goths, peu avant la chute de Rome, au temps où les dieux parcouraient encore la Terre ; les mystères du Paris des Templiers, sous le règne de l'implacable Philippe le Bel  Lu le 26 juillet 2013 au dépôt légal de la BM d'Angers
Tome 3 : Rome et ses guerres dans les marches de l'Empire, au sein des royaumes du Nord, au tout début de l'ère chrétienne (Stella Maris), puis le XVIe siècle des frères Pizarro, en plein Conquista espagnole (L'année de la rançon) Lu le 16 septembre 2013
Tome 4 : la suite de L'année de la rançon en Asie mineure (Des femmes et des chevaux), l'Amérique du Nord au Pléistocène (Beringie) et une grosse secousse du temps pour le final (Stupor mundi) Lu le 16 janvier 2014

Le tome 2 : Le patrouilleur du temps, comprend trois histoires dont Manse Everard n'est pas le héros principal. Devenu rapidement un non-attaché, un des plus hauts grades de la Patrouille, autonome et indépendant, ne rendant compte que devant ses pairs et les Danelliens, il circule d'une période à l'autre et pare aux dégâts.
La première aventure le trouve aux prises avec Merau Varagan, un Exaltationniste des siècles futurs, sorte de terroriste qui entend arracher le secret du transmuteur de matière par des attentats dans le passé susceptibles de compromettre définitivement l'avenir : par exemple, empêcher la construction du temple de Salomon par le destruction du modèle de civilisation développé à Tyr. Manse y fait l'acquisition d'un fils putatif, Punm, un brillant petit orphelin plein de débrouillardise et d'à-propos, qu'il va former pour qu'il intègre la Patrouille comme agent local.
Le chagrin d'Odin le Goth raconte l'histoire de Carl Farness, un historien spécialiste des épopées scandinaves et particulièrement des Ostrogoths. Cette histoire m'a assez peu convaincue : Carl ne se contente pas d'un rôle d'observateur, il passe son temps à enfreindre les règles de la Patrouille, comme avoir un enfant avec une femme du passé puis il ne cesse d'intervenir dans la vie de ce clan ; la sanction est à l'égal de la faute.
La mort et le chevalier entraîne le lecteur chez les Templiers juste avant leur funeste destin et un patrouilleur qui n'a pu résister à la tentation de sauver son compagnon d'armes, maître et ami.
Dans ces deux situations, Manse intervient pour rectifier les erreurs de personnages trop impliqués. Lui même est un solitaire, de par son statut, plus encore que la plupart des autres patrouilleurs.
J'aime bien le principe de ces uchronies qui se rebouclent : puisque telle est l'Histoire, le cours de choses doit advenir et le rôle de la Patrouille, fondée par les Danelliens au moment où l'humanité découvre le voyage dans le temps, est de veiller à ce qu'aucun voyageur imprudent ou malveillant ne vienne nuire à leur avenue.

Le tome 3 : La rançon du temps
Stella Maris, où une historienne prend trop à coeur la vie des populations qu'elle étudie, rejoint un peu, par le ton et par la chute, la thématique de La tristesse d'Odin le Goth.
L'année de la rançon
Les Exaltationistes sont des voyous temporels qui n'hésiteraient pas à semer le chaos dans l'Histoire pour récolter pouvoir et richesse. Leur dernier projet de "casse" temporel n'est rien moins que voler la fabuleuse rançon exigée des Incas par Pizarro contre la libération de leur chef Atahualpa. Manse Everard s'est fait un défi personnel de capturer leur chef Merau Varagan et d'éliminer définitivement le risque qu'il représente.
L'aventure permet de connaître un peu mieux les méthodes de recrutement de la Patrouille à travers les âges. Wanda Tamberly, la nièce préférée d'un patrouilleur, biologiste attirée par la paléontologie, devrait ainsi aller étudier sur le terrain les spécimens vivant.

Les tomes 2 et 3 abordent aussi la question des relations des patrouilleurs avec leurs amis, la disparition des proches, le secret absolu garantit par leur Conditionnement, alors que leur âge relatif ne fait que croître au fil des missions mais que les cures de jouvence ralentissent leur vieillissement.
Un propos qui peut être gênant également, la non-remise en cause de leurs interventions. Certes cela est posé comme hypothèse de départ puisque les Danelliens appartenant à un futur très lointain ont surveillé l'apparition du voyage dans le temps puis organisé son contrôle afin de ne pas disparaître avant d'exister. Il n'empêche que les divergences évoquées par l'auteur, corrigées parfois de manière radicale et cruelle par la Patrouille, sont intéressantes car elles questionnent l'évolution historique, mais sèment le doute sur le meilleur monde possible.

Tome 4 : Le bouclier du temps

Les trois histoires sont assez diverses et reliées entre elles par de mini chapitres qui évoquent un problème potentiel, comme une épée de Damoclès suspendue au-dessus de la Patrouille, alors qu'une enquête est en cours menée par un certain Guion ce qui fait monter l'inquiétude jusqu'au chapitre final.
Dans Des chevaux et des femmes, Everard se trouve aux prises une dernière fois avec les Exaltationnistes, qu'il parvient à arrêter définitivement en la personne de Raor/Théonis, le clone féminin de Merau Varagan. Après la Colombie, le Pérou, la Phénicie, ils sont tombés dans le piège ménagé à leur intention dans la Bactriane antique.
Beringie raconte la première mission de Wanda après son recrutement par la Patrouille suite à son enlèvement par les Exaltationnistes. Biologiste spécialisée, elle étudie la faune et la flore du Pléistocène dans un bassin émergé compris entre l'Alaska et la Sibérie. Elle s'est liée avec de minuscules groupes humains archaïques, les Nous, alors qu'ils sont sur le point de subir l'invasion par l'Ouest de tribus beaucoup plus avancées. Ces épisodes situés dans des temps très reculés sont définitivement mes préférés. [Relire Rosny Aîné ?]
Stupor mundi montre la Patrouille face à sa plus grande peur avérée : l'incident qui n'a pas été anticipé et qui entraîne la destruction de leur monde connu au delà d'une certaine date. Au premier tiers du XIIème siècle, la défaite et la mort de Roger, roi normand établi en Sicile, face à la coalition de l'empereur germanique et du pape. Heureusement Manse Everard était en congés bien en amont et il organise la reconquête de leur futur avec une autre non-attachée et les quelques agents présents. Keith Denison, le patrouilleur qui avait pris la place du grand Cirrus roi des Mèdes, et l'incontrôlable Wanda sont de la partie également.

Une belle tranche de lecture qui s'achève : je suis à la fois satisfaite et triste d'aborder ce dernier tome, d'une part parce que c'est une belle saga à travers les siècles et que j'ai plaisir à retrouver Manse Everard dans de nouveaux feuilletons, d'autre part parce que Poul Anderson n'a pas écrit de nouvelle suite et que c'est vraiment la fin.

samedi 4 janvier 2014

Les quatre fils du Docteur March

challenge à vos nombres 4
ABC polar 2014 : lettre A

Bien sûr le titre de Brigitte AUBERT n'est pas étranger à mon attrait premier pour ce roman. Pourtant, les fils n'ont rien à voir avec leurs homonymes Jo, Meg, Beth et Amy, imaginées par Luisa May Alcott.
Jack, Clark, Stark et Mark, des quadruplés auxquels sourit la vie, sont couvés par leur mère. Alors qu'elle est diminuée par une attaque cérébrale, la famille engage une bonne pour la soulager des tâches domestiques, Jeanie une brave fille un peu paumée, qui a commis de menus larcins et s'adonne à la boisson.
Les jeunes gens sont brillants chacun dans leur genre, pourtant l'un d'entre eux est un impitoyable assassin. Jeanie le découvre en rangeant un manteau dans la penderie. La doublure contient un journal intime qui décrit le plaisir que le monstre éprouve à tuer, ceci dès son plus jeune âge lorsqu'il embrasa la robe de nylon d'une fillette puis la regarda se consumer les yeux dans les yeux.
Tentée de fuir, Jeanie ne sait plus que faire. Elle se refuse à le dénoncer à la police de peur d'aller en prison, mais d'un autre côté elle veut l'empêcher d'agir. Pour ne pas oublier, elle se met à son tour à tenir un cahier où elle note ses réflexions, ses recherches, ses doutes. Un jeu pervers se met en place entre elle et l'assassin, qui lui communique ses intentions, mais continue à dissimuler son identité. 
Le suspense est épouvantable, car le lecteur apprend en même temps qu'elle qui sera la prochaine victime et voit ses piètres efforts réduits à néant par un horrible calculateur sans scrupule. J'en suis venue à soupçonner tour à tour tous les membres de la famille. Le dénouement redouté finit par se produire mais à malin, malin et demi.

Jeanie est un personnage attachant par ses contradictions, elle est à la fois admirable et pitoyable, pleutre et courageuse. J'ai espéré que son destin allait tourner de manière plus favorable, qu'elle allait s'opposer aux desseins du tueur et se réhabiliter, j'ai angoissé avec elle sous les menaces ou quand elle se faisait contrecarrer.
C'est admirablement tricoté et l'évidence était sous mes yeux ou presque tout au long du roman. Mais oui j'aurais dû y penser ! J'ai beaucoup apprécié l'écriture de l'auteur et l'originalité de la construction du roman, le jeu du chat et de la souris entre les protagonistes qui se parlent et se répondent par journaux intimes interposés. Cela ajoute à l'adrénaline car on est projeté directement dans leurs pensées, l'action se passe parfois en direct. 

vendredi 15 juin 2012

Kane et Abel

Un coup de coeur que le passage des ans n'a pas démenti
Un partenariat de Livraddict avec Le Livre de poche me permet de me replonger dans la lecture de ce roman dont j'avais gardé, dans mes jeunes années, le souvenir précieux depuis sa parution en feuilletons dans un magazine féminin.

Résumé de l'éditeur :
Ils sont nés le même jour et pourtant tout les sépare : William Kane et Abel Rosnovski, le fils de banquier de Boston et l'orphelin polonais recueilli par un paysan. A leur naissance, le 18 avril 1906, l'un paraît promis à la réussite et à la puissance du Nouveau Monde. L'autre semble condamné à la misère et aux désastres qui ravagent le Vieux Continent. Mais le destin va réunir ces deux hommes dans une lutte acharnée pour l'argent et le pouvoir, où chacun sait qu'il ne pourra y avoir qu'un gagnant... Durant plus de six décennies, c'est au prix d'une rivalité sans merci que tous deux vont construire un empire, par-delà les crises économiques, les soubresauts de l'histoire et les drames personnels. Au coeur de l'Amérique du XXe siècle, cette odyssée magistrale réinvente le mythe immémorial des jumeaux ennemis.

En conteur averti, Jeffrey Archer signe une fresque historique et sociale dont le romanesque n'est pas exclut.
Le titre est transparent : il s'agit du combat biblique de Caïn et Abel, revisité à travers l'histoire du XXème siècle illustrant l'opposition entre vieille Europe et Amérique conquérante. On pourrait y voir également une transposition de l'histoire des Capulet et des Montagu ou comment naissent les haines familiales farouches, transmises génération après génération.

Les deux personnages antagonistes se vouent dès le premier affrontement une haine féroce, alors que la similitude de leur caractère aurait pu les rapprocher. Pendant la première partie du livre, ils se frôlent, se croisent sans se connaître. Leur histoire parallèle, menée sur une soixantaine d'années traversées de drames personnels et mondiaux, laisse le lecteur partagé par l'empathie qu'il éprouve pour l'un sans parvenir à haïr l'autre.

L'enfance des deux héros baigne dans le contexte de la première guerre mondiale, mais pour William Kane, le descendant d'une puissante famille de banquiers américains, elle n'est en rien comparable à celle d'Abel, né Wladeck Koskiewicz, un paysan pauvre de Pologne. Naturalisé Abel Rosnovski, il réussit à s'élever à force d'intelligence et de volonté, self made man incarnant parfaitement l'image l'american dream.
J'ai préféré les vertes années des héros, quand leur destinée se dessine, la façon dont Abel construit l'empire Baron en s'entourant d'amitiés nées dans la rue, mais aussi celle dont William, refusant la carrière facile d'un fils de famille, s'efforce d'exister par lui même.

J’ai terminé ma lecture un peu à regret (plus de 700 pages tout de même, ça laisse du temps...) mais avec la certitude que je pourrai le relire plus tard avec le même plaisir qu'il y a vingt ans, puisque pour moi c'était une redécouverte.

Un avis que je partage :

Si vous avez apprécié, vous pourriez aimer également Le roi vert de Paul Loup Sulitzer.





50 états, 50 billets
Boston, MASSACHUSETTS

vendredi 16 décembre 2011

Histoires de métamorphose

La belle image d'après Marcel Aymé
Raoul Cérusier est marié, père de famille et gagne confortablement sa vie comme courtier en publicité : c'est un homme fiable, gentil, mais sans imagination. Un beau jour, inexplicablement, son visage prend les traits d'un jeune homme attrayant : le regard des femmes change, mais sa nouvelle identité l'exclut de sa vie antérieure. Pour parer au plus pressé, il s'invente un voyage d'affaires.
Installé dans l'appartement au dessus de chez lui, il parvient rapidement au but qu'il s'est fixé : re-séduire sa femme. Commencent alors à se poser les vraies questions...
Le regard, qui pourrait être cynique, est surtout désenchanté. Devenu Rolland, Raoul se rend compte de la fragilité sur laquelle reposaient ses convictions matrimoniales : les seuls à ne pas le trahir sont l'oncle Antonin, un original, qui reste égal à lui même et Julien, un ami éloigné qui s'inquiète de sa disparition.
Cette oeuvre fantastique est admirablement interprétée par Cyril Bonin : c'est l'occasion de découvrir les premières planches ainsi que l'actualité de son travail sur le blogue de l'auteur.

La métamorphose d'après Franz Kafka
Qui ne connaît, au moins de nom, cette oeuvre phare de Franz Kafka, une des rares publiées de son vivant (1915) et avec son consentement puisqu'il avait demandé à son exécuteur testamentaire de détruire ses écrits, ce que fort heureusement il ne fit pas !
J'étais curieuse de découvrir l'adaptation BD qu'en propose le duo des Maîtres du jeu (#5 et 6), Eric Corbeyran et Horne : saisissant et répugnant à souhait !
La couverture intérieure entomologique reprend les différentes caractéristiques des coléoptères : communément appelés blattes (ou vermine...), ils existaient déjà à l'ère primaire et sont représentés par 3000 espèces dans le monde.
_

A aucun moment, l'image ne trahit pas la nouvelle qui démarre dans le lit de Grégor Samsa, un commis voyageur tranquille et raisonnable, qui s'est transformé en insecte géant durant la nuit.
Prague, début du XIX ème siècle. Gregor, gentil garçon et employé modèle, se réveille dans une position inconfortable : immobilisé sur le dos, il ressent une énorme fatigue et ne comprend pas immédiatement ce que sont les pattes frêles qui s'agitent sous ses yeux alors qu'il tente de se remettre d'aplomb. Ses parents et sa soeur Grete, qu'il nourrit et entretient par son travail, s'inquiètent de son retard. Peu à peu, ils prennent conscience de la situation et de ses inconvénients. Chacun va réagir à sa façon, de la consternation hébétée à l'abjection viscérable : ils passent par une phase de tolérante et muette accomodation mais il n'est jamais question de compassion ou d'empathie. L'histoire suit les sentiments de cette famille petite bourgeoise qui évoluent du devoir fraternel à l'exclusion haineuse, de la résignation paternelle à la reprise en main, de l'amour maternel inconditionnel au refuge de la folie. Dans une sorte de lugubre locked-in syndrôme, Gregor, victime inoffensive et aimante, comprend tout en observateur silencieux et compatissant mais ne peut s'exprimer de manière intelligible.
Un réquisitoire inquiétant et lucide contre le rejet de la différence.
Ce court récit fantastique a inspiré à David Cronenberg le film La Mouche.
_
à mettre en parallèle avec Tueur de cafard de Tardi et Benjamin Legrand
Lu le 14 octobre 2011

lundi 22 août 2011

Où le regard ne porte pas

COUP DE COEUR
un diptyque signé Georges Abolin et Olivier Pont

1906, village de Barellito, Sud de l'Italie.
Paolo et Nino sont unis à Lisa par un lien étrange : outre un rituel secret autour d'un curieux objet pêché par son père, ils partagent la même date de naissance.  Ils ont dix ans. William est le quatrième à les rejoindre. Originaire de Londres, sa famille vient s'installer dans la maison à l'écart du village qu'il a héritée d'un vieil oncle. Les habitants leur sont hostiles, mais son père est bien décidé à faire fortune dans la pêche moderne. William se lie bientôt avec Lisa, dont le père est également un étranger au village, à peine toléré. Il est retrouvé assassiné et Lisa disparaît peu après, leur laissant un sentiment de perte.

Le temps a passé : 20 années exactement. Les trois garçons se retrouvent à Istanbul sur la requête de Lisa. Ils ont fait leur vie mais sont tous restés un peu amoureux d'elle. Elle vient de faire une fausse couche et veut partir à la recherche de son compagnon, un artiste peintre de dix ans leur cadet, qui a disparu après la lecture d'un livre étrange. Elle réussit à les convaincre de l'accompagner et sur la foi de ses intuitions, les entraîne au coeur de la forêt costaricienne. Un vieil homme et des réponses à leurs questions existentielles les attendent aux abords d'une ancienne mine d'or abandonnée.



Où le regard ne porte pas est un album hermétique mais envoûtant que je lis pour la seconde fois, avec des sentiments renouvelés d'admiration et de réserve, mélancolie, fatalité, espoir mêlés. Les auteurs investissent un univers mental original, qui n'est facile ni à pénétrer, ni à quitter. Le graphisme sert admirablement à l'édification de l'ambiance authentique et troublante de ce récit initiatique où quatre adultes, très unis quand ils étaient gamins, sont confrontés à des coïncidences difficiles à expliquer.

Les deux tomes sont en total contraste et pourtant en harmonie profonde.
Eclatant, lumineux, joyeux, léger, confiant, éthéré, porté par un dessin et une mise en couleurs superbes, le premier album est prométhéen. Bien que la fatalité qui s'apesantit bientôt sur leurs jeunes épaules soit lourde à porter, les protagonistes sont à l'aube de leur vie, à l'âge des promesses et des connivences d'enfants. Leur innocence, sur le point d'être rompue par les évènements, les préserve encore des mauvaises querelles des adultes. Avec délice le lecteur plonge dans la légèreté méditerranéenne des embruns, dans la chaude ambiance de village italien baigné de soleil, où retentissent les cris joyeux et les rires du quatuor.
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Le second appartient à un univers plus sombre, fermé, inquiétant, grave, pesant, ambigu, souterrain. L'histoire, dont le côté surréaliste est beaucoup plus accentué, s'enfonce dans la touffeur de la jungle.
Lisa continue à mener le jeu mais les garçons, pourtant heureux de retrouver leur complicité intacte, se montrent réticents et ne sont plus prêts à la suivre en aveugles, sans explication. Les règles de leurs rituels de camaraderie font l'objet de remises en question et ne sont plus acceptés comme allant de soi. 
Ce double album pose des questions fondamentales que la dernière page a le mérite de laisser ouvertes...

jeudi 21 juillet 2011

Lucky Star

Séance nostalgie
Le Summer Star Wars me donne l'occasion de me replonger dans certaines de mes vieilles BD SF ! Lucky Starr par Fernando Fernandez, publié il y a tout juste vingt ans, correspond pour moi à une époque révolue mais que je continue à apprécier.
Attirée par son originalité et une réelle qualité graphique, je l'ai acheté en même temps que je suivais les séries pionnières de la BD SF parmi lesquelles : Les naufragés du temps par Paul Gillon et Jean Claude Forest ou Le vagabond des limbes  par Christian Godard et Julio Ribera (billets à venir).
Bien qu'Isaac Asimov ne soit pas cité (et d'ailleurs j'apprends aujourd'hui qu'il en est l'auteur), il s'agit de l'adaptation d'un épisode du Cycle de David Starr, une série de science fiction pour la jeunesse qu'il a créée sous le pseudonyme de Paul French.
David Starr est une sorte de détective cosmique chargé par le comité scientifique terrestre de résoudre des énigmes sur les planètes du système solaire récemment colonisées.
Ses enquêtes successives vont l'entraîner dans les lieux les plus emblématiques : la ceinture d'astéroïdes, les planètes Vénus et Mercure, les lunes de Jupiter, les anneaux de Saturne. Dès le premier épisode, il reçoit l'aide d'un petit homme natif de la planète rouge, John Bigman Jones, et fait une étrange rencontre avec des entités martiennes qui se cachent des humains.
Les poisons de Mars ont fait l'objet d'une adaptation par Jacques Stoquart et Eric Loutte.
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Les océans de Vénus
Un agent du comité scientifique terrestre a disparu, ce qui semble bien difficile, voire impossible, en raison de la configuration de la planète. Les conditions qui règnent sur la planète obligent les humains à vivre au fond de l'océan vénusien à l'abri d'un globe protecteur ! Pour David Starr, les surprises commencent avec les manifestations intempestives d'une entité inattendue.

lundi 11 juillet 2011

Les guerriers du silence

Les guerriers du silence de Pierre Bordage constituent le premier volet d’une trilogie complétée par Terra Mater et La citadelle Hyponéros.
L'adaptation en bande dessinée, signée Algésiras et Philippe Ogaki, est composée de 4 albums :
Point rouge
La Marchandhomme
Le fou des montagnes
Le tombeau absourate

L’univers dans lequel se déroule l'histoire est la confédération de Naflin, qui regroupe plusieurs centaines de planètes autrefois colonisées par les hommes. La dynastie Ang, raffinée mais corrompue, règne sur l'empire depuis Syracusa, la somptueuse planète impériale. Mais les prêtres Kreuziens conspirent à l'instauration d'une dictature religieuse, avec l'aide intéressée des Scaythes d’Hyponéros, des extra-terrestres dotés de capacités psychiques inquiétantes.
Seul l'ordre des moines guerriers absourates, détenteurs d’une science oubliée semble encore en mesure de protéger la confédération d'un coup d'état. A moins que la surprise ne vienne d'un outsider, le jeune Tixu Oty, obscur employé de la Compagnie Intergalactique Long Transfert (CILT) qui exploite le transport par Déremat', un procédé qui permet le voyage immédiat d'une planète à une autre par dématérialisation/rematérialisation des molécules.

Intrigues et complots se trament pour renverser la confédération de Naflin et occuper les meilleures places dans le futur empire. Les forces politiques et religieuses de Syracusa s’allient inconsidérément avec les redoutables Scaythes, venus d'un monde lointain et inconnu, dont personne ne connaît le véritable dessein. Instigateurs et manipulateurs, ils ont développé en secret des dons télépathiques hors norme, comme le pouvoir de lire et contrôler les pensées ou d’effectuer des mises à mort par la seule volonté de leur esprit.
Tixu Oty s'ennuie  dans son agence de voyages sur la modeste planète Deux-Saisons et noie la banalité de sa vie dans l’alcool, jusqu’au jour où sa vie bascule avec l'entrée fracassante d'une jeune et jolie syracusaine traquée par des tueurs. Aphykit est la fille d'un des derniers maîtres de l'art inddique. Elle use de son influence mentale pour pousser le jeune homme à enfreindre le règlement et la téléporter gratuitement sur une autre planète.

Héros malgré lui, Tixu Oty se retrouve embarqué dans une course-poursuite trépidante dont l’enjeu est l’avenir même de l’univers. Pour se porter au secours de la jolie Aphykit dont il est tombé amoureux, il la suit sur Point-rouge. Droguée et sous l'effet d'un virus mortel inoculé par le marchand d'esclave, la future marchandhomme est sur le point d'être mise aux enchères sur le marché.
Il ne reste qu'une poignée d'hommes éparpillés sur différents mondes, capables de contrer leur prise de contrôle total de l'humanité. Adeptes d'un art du combat pacifique, qui enseigne la maîtrise du silence, le cri intérieur, les dépositaires de la science inddique sont en danger de mort. L'élimination des trois derniers maîtres absourates connus est la première étape du gigantesque complot visant à faire basculer la Confédération dans une dictature sanglante. Tixu Oty et Aphykit doivent absolument réussir à rejoindre le troisième et dernier maître.

Des mondes étranges et bigarrés, de sombres intrigues, des pouvoirs extraordinaires, des races extra-terrestres, des espèces animales fabuleuses, des héros pourchassés, des amitiés inattendues, des renversements de situation... le roman, dont les ingrédients favoris sont la corruption, l'avidité, la religion, la soif de pouvoir et la lutte contre l'oppression, est animé d’un véritable souffle épique.
Dès son coup d’essai, Pierre Bordage livre avec Les guerriers du silence, grand prix de l’Imaginaire et prix Julia Verlanger en 1994, le premier volet d’un authentique Opéra de l’Espace dense et foisonnant.

samedi 9 juillet 2011

Orgueil et préjugés

Voilà une découverte totale, due au challenge ABC, qui vient combler un manque à ma culture blogo-livresque ! Le plus connu des romans de Jane Austen met en présence Elizabeth Bennet qui n'est pas riche mais a l'esprit vif et la langue bien pendue et Darcy (on apprend son prénom au détour d'une unique lettre : Fitzwilliam) le riche et orgueilleux propriétaire du château de Pemberley et de dix mille livres de rente. Il y est question de mariage(s), d'amour mais aussi de bienséance.
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Après une préface, pour une fois intéressante, signée Virginia Woolf qui présente les particularités du style de l'auteur, vante son humour et son esprit acerbe, Jane Austen fait la preuve dès les premiers chapitres de l'acuité de son analyse des situations, de sa compréhension des mécanismes sociaux et de sa maîtrise des ressorts romanesques.
Les personnages principaux sont campés par touches successives : les prétendants, MM. Bingley et Darcy aussi bien que les soeurs Bennet, dont Jane l'aînée et Eliza la rétive, mais l'intérêt du lecteur va également aux personnages secondaires qui contribuent fortement à créer l'ambiance particulière au roman austenien telle que l'apprécient ses amateurs nombreux autant qu'enthousiastes.
Toutefois, je ne comprends pas bien le message général de cette chronique de moeurs assez insipide au demeurant. Le tableau de la société dépeinte par l'auteur est assez consternant. Cela est encore exacerbé dans le film adapté du roman par Aldous Huxley (plus connu pour Le meilleur des mondes) avec Laurence Olivier dans le rôle de Darcy.
Le rôle un peu sot dévolu à la mère me laisse perplexe. Le père est montré comme laxiste et irresponsable. Les filles se gouvernent elles-mêmes : personne ne les pousse à l'étude, au contraire, le personnage de Mary qui aime les livres, est tourné en ridicule. Comment ne pas s'étonner que des cinq soeurs, une seule dévergondée ait finalement mal tourné... Elisabeth est une petite peste prétentieuse qui ne mérite pas la constance de Darcy, plus benêt encore que le cousin Collins, car ce n'est pas l'effet voulu !
Finalement, les ressorts du roman sont assez proches de ceux du théâtre classique, mais sans la force des grandes tragédies : chez les héros, dotés d'une âme droite et courageuse, le sens de l'honneur, du rang à tenir, de la fortune et de la famille s'oppose à l'inclination des sentiments (contrariés) et à la passion dans un combat vaillant où la raison doit l'emporter et où, contre toute attente, la fin voit le triomphe du bien et du bon.

Lors de sa première parution, Miss Milbanke, la future Mrs Byron, le recommande en ces termes à sa mère : " ce n'est pas un livre à vous arracher des larmes (NB : dans le goût du roman d'amour anglais que Jane Austen s'était fait une spécialité de parodier en famille) mais l'intérêt en est cependant très vif, particulièrement à cause de Mr. Darcy ".
Drôle et romanesque, parfois pittoresque (de pittore = le peintre : l'origine du roman anglais est à rechercher paraît-il dans le goût des jardins et des paysages) Orgueil et préjugés est considéré comme un chef d'oeuvre incontournable - mais je ne le crois pas inoubliable !

lundi 30 mai 2011

Nouv'elles

S/L dont la beauté de femme fatale, le talent et la voix inoubliable lui ont valu le surnom " La Sublime " a été la vedette de cinq films aux registres totalement différents, avant de disparaître définitivement lors d'un enlèvement en plein tournage place Navone à Rome. Chacun des deux frères Leyvassent l'a approchée : Luc, présentateur vedette du journal télévisé en a réalisé une interview méprisante, avant de se faire humilier en direct et dès lors, lui a voué une haine farouche qu'il tente d'exorciser dans l'écriture d'une biographie scandaleuse ; Jean Etienne, le narcissique J.E. éditeur et commanditaire du roman, a vécu son histoire d'amour par procuration avec Valentine Maques, une infirmière croisée par hasard dans le métro et qui ressemble à la star disparue. Claude Trevidic, un ténor du barreau parisien, qui ne se sent bien qu'en travesti et en compagnie des femmes qui aiment les femmes, a été l'avocat de l'actrice et son exécuteur testamentaire. Tous ces personnages, qui se croisent sans se reconnaître, ont en commun le souvenir d'une terrible journée sur l'île bretonne de Houat.

Le titre est trompeur qui fait s'attendre à des nouvelles, là où les douze séquences apparemment autonomes de l'histoire, déclinées en des styles aussi divers que le poème, le conte, la nouvelle, le courriel, la lettre, le synopsis... s'enchaînent en une suite romanesque ayant pour fil conducteur, sur plusieurs décennies, le destin tragique et interdépendant de femme(s) énigmatique(s) et de personnages en perdition/en quête d'amour.
Jacques Attali s'est exprimé, avec un égal succès, dans de nombreux genres littéraires : essai, roman, théâtre, scénario... qu'il combine dans la présentation originale de ce roman.
Dans ce grand théâtre des vanités humaines qui constitue le lieu commun des mondanités parisiennes, des couples se font puis se défont, composant une peinture de la haute société contemporaine où règnent le meurtre, la dépravation, l'ennui, la frénésie d'honneur et d'argent, mais où l'auteur ose poser la seule question véritablement universelle : l'amour peut-il tout sauver ?
pour écouter les extraits d'une version enregistrée

dimanche 29 mai 2011

Princesse Sara

Frances Hodgson Burnett est l'auteur du roman Le petit Lord Fauntleroy qui a enchanté plusieurs générations depuis la fin du XIXème siècle, même s'il n'est plus très à la mode. Elle a également écrit La petite princesse, plus connue en France sous le nom de Princesse Sarah depuis qu'elle a fait l'objet d'une adaptation manga à la télévision. Ma fille, qui tenait absolument à ce que je le lise, m'a piégée avec la BD inspirée du roman.
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Les albums imaginés par Audrey Alwett et Nora Moretti se situent au carrefour entre la version télévisée des années 80 et Fées et tendres automates, un triptyque de Téhy à découvrir absolument si ce n'est pas déjà le cas. Ils reprennent la trame de l'histoire, qui se déroule dans le Londres victorien, mais en version résolument steampunk : dirigeables, automates, engrenages... Les dessins sont de toute beauté et font merveille pour susciter l'imagination, par la richesse des costumes et l'exubérance des décors à tendance orientalisante.
Sur l'échelle imaginée par A. C de Haenne (technologie uchronique, dirigeables, automates, goggles, machines à vapeur, savant(s) fou(s), ère victorienne, métal riveté, engrenages, manomètre), je lui donne un 5/10.

Tome 1 : Pour une mine de diamants
Sara est la fille unique, tendrement aimée du capitaine Ralph Crewe, le petit fils de l'inventeur des LiveDolls, des automates de service et de jeu. De mère française décédée peu après sa naissance, elle a toujours vécu en Inde avec son père, qui veut lui faire rejoindre le pensionnat de jeunes filles londonien de la sinistre Miss Minchin afin d'y parfaire son éducation de jeune lady. Le luxe qui l'entoure suscite l'admiration des unes et la jalousie des autres, dont la directrice, mais la simplicité de la jeune fille et ses excellents résultats font d'elle la coqueluche du pensionnat. Hélas, son père adoré, qui a investi sa fortune dans des mines de diamants recommandées par un ami, meurt ruiné, de fièvres et de désespoir.

Tome 2 : La princesse déchue
En apprenant que Sara est désormais seule au monde et sans le sou, Miss Minchin retourne sa rage contre la pauvre orpheline. Elle entend lui faire payer les humiliations passées, l'accable des tâches les plus rudes et des privations les plus injustes, pour faire ployer sa fierté. Mais Sara, obligée de travailler durement pour garder sur sa tête le toit de sa mansarde, garde classe et dignité en dépit des circonstances et continue à se raconter des contes de fées où elle reste la princesse de ses rêves. Seule l'amitié de Becky, la fille de cuisine et de deux autres pensionnaires, la petite Lottie de quatre ans et Ermengarde, lui permet de supporter la dureté de sa nouvelle vie. Un mystérieux inconnu venu des Indes, où Sara vécut une enfance insouciante et heureuse avant le pensionnat, s'installe dans la maison voisine.

Tome 3 : Mystérieuses héritières
Ram Dass est au service de Mr Carrisford qui est justement à la recherche de l'héritière Crewe. Carmichael, son chargé d'affaires est sur une piste à Moscou : Dorothy C(a)rew, ruinée par un père peu scrupuleux, a dû se mettre au service d'une riche famille anglophone. Elle est heureuse de pouvoir profiter de l'occasion qui s'offre à elle pour retrouver luxe et confort. Mais trop d'incohérences suscitent le doute chez Carmichael qui démasque l'usurpatrice. Pendant ce temps, son fils James et Ram Dass conspirent à égayer la vie de Sara pour distraire Mr Carrisford du mal qui le ronge.

" Même si elle a un caractère doux et profondément gentil, elle ne se sent pas pour autant obligée de jouer les modestes. Elle se considère comme une princesse, cherche toujours à agir comme telle, et montre parfois une assurance qui frise l’insolence. Ce sont des nuances qui sont assez complexes à faire ressortir sans transformer Sara en gosse de riche méprisante et hautaine." (voir l'interview sur le site de l'auteure et éditrice).
Un dernier tome est prévu ainsi qu'une suite au roman si tout va bien !

mercredi 16 mars 2011

Nan Aurousseau (2)

J'ai beaucoup aimé ce premier roman de Nan Aurousseau, même si la fin m'a laissée un peu " dans le brouillard " (comme dans le texte). Sur un sujet grave comme le déséquilibre des rapports sociaux et l'exploitation patronale, l'auteur réussit, avec son langage cru et un humour parfois décapant, à faire passer de vraies réflexions.
Je ne suis pas forcément fanatique des citations mais il y a de vraies perles telles qu'une femme qualifiée de " bulldozer de la pensée quotidienne ", des fesses comme " du fromage blanc dans un sac plastique " ou bien encore " il me restait mes poches et j'ai mis mes mains dedans ".

Le racisme et l'intolérance en moins, le sujet m'a rappelé Elise ou la vraie vie de Claire Etcherelli, prix Femina 1967, qui figurait au programme de mes années lycée. Et aussi un ouvrage plus récent que je devrais enfin lire, Les derniers jours de la classe ouvrière d'Aurélie Filippetti, qui est dans ma PAL.

A deux ans d'écart par pur hasard :-) j'ai voulu confirmer mon excellente première impression par une autre lecture Du même auteur. Hélas, je n'ai pas exactement retrouvé le style que j'avais tant apprécié.
Un écrivain a fait fortune avec son premier roman, très largement autobiographique et oeuvre au prochain. Il se fait kidnapper par une jeune femme rendue hystérique par un viol dont elle ne se souvient pas, mais pour lequel elle a retrouvé dans sa boîte aux lettres une dénonciation anonyme accusant son voisin l'écrivain et une arme. Une cavale s'ensuit et une poursuite par un flic trop bienveillant pour être totalement honnête. Les flash backs rendent l'histoire difficile à suivre et le lecteur finit aussi égaré que les deux victimes de ce sombre coup fourré. Tout le monde n'a pas le talent d'un P. D. James pour créer des embrouilles inextricables avant d'abandonner le héros désemparé à son triste sort.

jeudi 6 janvier 2011

Le vieil homme qui m'a appris la vie

Mitch Albom est un auteur dont on peut dire qu'il poursuit une quête, celle des connaissances fondamentales, à moins que ce ne soient les fondements de la connaissance.
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Juif non pratiquant, bien qu'il se décrive comme un laïc spécialiste de la religion hébraïque, marié à une goy(a), devenu journaliste et écrivain, il  s'est éloigné de sa ville natale et de la synagogue où il a suivi son instruction religieuse, jusqu'à ce qu'Albert Lewis, le rabbin qui l'a vu grandir, lui fasse une curieuse demande : il le sollicite pour faire son éloge funèbre le jour de son enterrement. Commence alors une série d'interviews d'abord timides, puis de discussions à bâtons rompus qui vont durer huit années, aux termes desquelles, lors de l'issue fatale, Mitch Albom a suffisamment appris du vieil homme pour se sentir capable d'en parler du fond du coeur.
En parallèle, il vit le réveil de sa conscience fraternelle, sinon religieuse et s'intéresse au sort des sans-abris. Cela lui vaut une seconde rencontre extraordinaire, dont la narration fait également l'objet de ce récit, en alternance. Homme de Dieu, pasteur excentrique revenu de toutes les misères humaines, Henry Covington est aussi démuni que les pauvres au service desquels il s'est mis, suite à une promesse solennelle faite à Dieu, en expiation des méfaits commis durant la première partie de sa vie.
Le vieil homme qui m’a appris la vie est une réflexion sur la vie, la foi, la sagesse, l'humilité, l'espoir et la tolérance. Par la bouche du rabin, le livre révèle le secret du bonheur dans sa simplicité : satisfaction et reconnaissance.


Cela me fait penser au très beau film commandité par France2 et qui raconte l'engagement hors du commun du père Joseph Vrezinski auprès d'une communauté de sans-abris établie dans une banlieue parisienne plutôt aisée. A la façon d'un documentaire, il retrace ses démarches pour leur donner une voix et une dignité retrouvée, assurer éducation aux enfants, travail aux adultes et relogement aux familles, mobiliser les pouvoirs publics au plus haut niveau (préfet, nièce du général de Gaulle) et contrer les édiles de la commune qui veulent les expulser ; le rôle phare est porté par Jacques Perrin et la réalisatrice est une alliée d'ATD quart-monde qui perpétue l'oeuvre du prêtre.

samedi 11 décembre 2010

Le chant du barde : les meilleurs récits de Poul Anderson

J'ai eu la chance de recevoir Le chant du barde : les meilleurs récits de Poul Anderson, dans le cadre de la spéciale "littératures de l'imaginaire" organisée par Babelio / Masse critique. Poul Anderson (1926-2001) a reçu 6 fois le prestigieux prix Hugo (H) et 3 Nebula (N). Considéré outre-Atlantique comme un maître incontestable, il est l'un des grands auteurs classiques de l'âge d'or américain le plus couronné de son vivant. Publiée aux éditions du Bélial, cette fresque hautement représentative du talent de l'auteur, regroupe par ordre chronologique neuf nouvelles d'anthologie parues entre 1953 et 1981, dans des traductions révisées et commentées par J.D Brèque.
Explorateurs, guerriers mais aussi poètes, détectives et joueurs, les héros de Poul Anderson redécouvrent les mythes fondateurs de l'humanité à mesure qu'ils peuplent le cosmos de leurs enfants et de leurs rêves :
  • A l'origine, Sam Hall est le personnage d'une chanson qui appartient au folklore, auquel un fonctionnaire de la sécurité donne peu à peu consistance en rentrant des données fictives dans l'ordinateur central qui contrôle toutes les activités humaines : son initiative, d'abord irréfléchie, bouscule involontairement les fondements du régime totalitaire en place.
  • Jupiter et les centaures n'est pas sans rappeler le scénario du film Avatar qu'il précède de plusieurs décennies. Un paralytique partage le corps d'une créature hybride, synthétisée en laboratoire pour supporter les conditions climatiques extrêmes de Jupiter, afin de coloniser la planète hostile. (Dans sa version personnelle d'Avatar, Poul Anderson imagine la vie d'un extraterrestre ayant investi le corps d'un humain.)
  • Long cours (prix H), où un vaisseau céleste échoué sur une planète de l'empire redevenue primitive fait l'objet de bien des convoitises, avant d'être finalement détruit pour permettre à l'évolution de suivre son cours naturel.
  • Pas de trève avec les rois ! rappelle la guerre civile entre nordistes et sudistes, conjuguée à l'intervention d'une troisième force, la communauté des Espers détentrice d'une technologie "psy" d'origine extraterrestre capable de bousculer l'équilibre historique des forces en présence.
  • Le partage de la chair (H), dont le scénario repose sur une énigme ethnologico-scientifique, délivre une leçon de tolérance et de dépassement des préjugés : alors que son mari Donli est victime d'un acte de cannibalisme sur une planète que son équipe scientifique est en train d'étudier, la responsable de la sécurité de l'expédition freine sa réaction primale de vengeance, pour chercher à en comprendre les raisons et en les expliquant, réussir à pardonner.
  • Le principe de Destins en chaîne, parue sous le titre Five Fates, est une nouvelle en forme de cadavre exquis à la construction subtile. Co-écrits par cinq auteurs dans le cadre d'un défi lancé par Poul Anderson sur une idée originale de son invention, les cinq fragments de l'histoire, qui ont tous en commun le même début et une fin identique, donnent ainsi l'impression de se mordre la queue et rebondissent en une cascade perpétuelle. Ma préférée
  • La reine de l'Air et des Ténèbres (H et N) pourtant considérée comme son chef d'oeuvre n'est pas ma préférée. Un enfant de trop a été enlevé sur la planète ; sa mère, loin de s'avouer vaincue par les embûches et le manque de coopération des autorités, fait appel à un archétype de Sherlock Holmes, lequel, grâce à ses petites cellules grises, réussit finalement à contrecarrer les plans insidieux des Audelants, la peuplade aborigène locale, qui mène une lutte masquée contre l'invasion coloniale.
  • Le chant du barde, qui donne son nom au volume (H et N), est librement inspiré du mythe d'Orphée, transposé dans un univers extra-terrestre dominé par une machine programmée pour réguler la population de la planète. Le barde réussit à convaincre la Mort de le laisser l'accompagner dans l'antre de la machine, en vue d'y négocier la résurrection de sa compagne. La suite relève du mythe... qui avait aussi su inspirer Jean Cocteau.
  • Le jeu de Saturne (H et N) est une mise en garde contre l'attrait facile des paradis artificiels. Ici, les candidats à l'évasion sont les participants d'une expédition à hauts risques sur une des lunes de Saturne. A force de vivre trop à fond le jeu de rôles virtuel qui leur permet d'affronter la monotonie des traversées galactiques, ils deviennent inconscients des dangers réels qui les guettent, au point d'y perdre la vie.
En dépit de la très grande diversité d'inspiration des neuf nouvelles, des thématiques récurrentes traversent les récits, comme la défense de la liberté et de l'autodétermination des peuples, le droit d'accès à la technologie et à la maîtrise de leur évolution collective ou la dénonciation des totalitarismes.
Je retiens comme emblématique de la profusion littéraire et de l'imagination débordante de Poul Anderson, le bel exemple de Jupiter et les centaures : à l'instar de chacun des récits du recueil, la nouvelle gardait en gestation la richesse d'un univers complet qui ne demandait qu'à être développé.
Lu le 14 novembre 2010

Repères :
à lire également un de ses romans World without Stars et de Philip K. Dick Waterspider.

mardi 5 octobre 2010

dans la collection Futurs... par Isaac Asimov

Futurs qui craignent
Présentée sous l'égide d'Isaac Asimov, une sélection de quelques situations d'anticipation volontairement inquiétantes, qui comme souvent en science fiction donnent à réfléchir sur l'organisation actuelle de la société, ses possibles évolutions et leurs supposées futures dérives. Si je devais n'en choisir qu'une (deux) parmi les autres :
Marche au soleil de Geoffrey A. LANDIS - L'une rêve et l'autre pas de Nancy KRESS
Message publié le 10 août 2010
Futurs bien frappés
Quelques longues nouvelles réunies sous ce thème dans une collection dirigée par Isaac Asimov, dont Une enfance martienne, le début de Mars la verte (suite de Mars la rouge) par Kim Stanley Robinson.
Si je devais en recommander une plus que les autres :
La nuée ardente de Steven UTLEY