vendredi 16 décembre 2011

Histoires de métamorphose

La belle image d'après Marcel Aymé
Raoul Cérusier est marié, père de famille et gagne confortablement sa vie comme courtier en publicité : c'est un homme fiable, gentil, mais sans imagination. Un beau jour, inexplicablement, son visage prend les traits d'un jeune homme attrayant : le regard des femmes change, mais sa nouvelle identité l'exclut de sa vie antérieure. Pour parer au plus pressé, il s'invente un voyage d'affaires.
Installé dans l'appartement au dessus de chez lui, il parvient rapidement au but qu'il s'est fixé : re-séduire sa femme. Commencent alors à se poser les vraies questions...
Le regard, qui pourrait être cynique, est surtout désenchanté. Devenu Rolland, Raoul se rend compte de la fragilité sur laquelle reposaient ses convictions matrimoniales : les seuls à ne pas le trahir sont l'oncle Antonin, un original, qui reste égal à lui même et Julien, un ami éloigné qui s'inquiète de sa disparition.
Cette oeuvre fantastique est admirablement interprétée par Cyril Bonin : c'est l'occasion de découvrir les premières planches ainsi que l'actualité de son travail sur le blogue de l'auteur.

La métamorphose d'après Franz Kafka
Qui ne connaît, au moins de nom, cette oeuvre phare de Franz Kafka, une des rares publiées de son vivant (1915) et avec son consentement puisqu'il avait demandé à son exécuteur testamentaire de détruire ses écrits, ce que fort heureusement il ne fit pas !
J'étais curieuse de découvrir l'adaptation BD qu'en propose le duo des Maîtres du jeu (#5 et 6), Eric Corbeyran et Horne : saisissant et répugnant à souhait !
La couverture intérieure entomologique reprend les différentes caractéristiques des coléoptères : communément appelés blattes (ou vermine...), ils existaient déjà à l'ère primaire et sont représentés par 3000 espèces dans le monde.
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A aucun moment, l'image ne trahit pas la nouvelle qui démarre dans le lit de Grégor Samsa, un commis voyageur tranquille et raisonnable, qui s'est transformé en insecte géant durant la nuit.
Prague, début du XIX ème siècle. Gregor, gentil garçon et employé modèle, se réveille dans une position inconfortable : immobilisé sur le dos, il ressent une énorme fatigue et ne comprend pas immédiatement ce que sont les pattes frêles qui s'agitent sous ses yeux alors qu'il tente de se remettre d'aplomb. Ses parents et sa soeur Grete, qu'il nourrit et entretient par son travail, s'inquiètent de son retard. Peu à peu, ils prennent conscience de la situation et de ses inconvénients. Chacun va réagir à sa façon, de la consternation hébétée à l'abjection viscérable : ils passent par une phase de tolérante et muette accomodation mais il n'est jamais question de compassion ou d'empathie. L'histoire suit les sentiments de cette famille petite bourgeoise qui évoluent du devoir fraternel à l'exclusion haineuse, de la résignation paternelle à la reprise en main, de l'amour maternel inconditionnel au refuge de la folie. Dans une sorte de lugubre locked-in syndrôme, Gregor, victime inoffensive et aimante, comprend tout en observateur silencieux et compatissant mais ne peut s'exprimer de manière intelligible.
Un réquisitoire inquiétant et lucide contre le rejet de la différence.
Ce court récit fantastique a inspiré à David Cronenberg le film La Mouche.
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à mettre en parallèle avec Tueur de cafard de Tardi et Benjamin Legrand
Lu le 14 octobre 2011

1 commentaire:

Loula a dit…

j'aime beaucoup le dessin de Cyril Bonin