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dimanche 5 janvier 2020

Profession profileuse - Sur la piste des criminels sexuels


Thérapeute et diplômée en criminologie, Carine Hutsebaut exerce à son métier peu ordinaire à Bruxelles. Elle raconte son parcours de spécialisation, pour une formation qui n'est encore qu'embryonnaire au moment où elle commence à s'intéresser au profil psychologique de certains criminels en série : tueurs, violeurs, pédophiles. Elle travaille à la demande : de la justice, de la police ou du FBI, mais aussi pour venir en aide aux victimes et/ou à leurs familles.
La femme qui s'adresse au lecteur est une passionnée de l'âme humaine. Son credo est de comprendre les rituels et les profils de victimes, pour aider à élucider les affaires. Van Geloven, l'assassin qui poussa le président du tribunal à ordonner le huis-clos, par égard pour la sensibilité de l'assistance, est son premier sujet d'études. Mais elle dénonce aussi les pesanteurs du système, ses mécanismes rigides qui freinent les enquêtes, la formation inappropriée, trop classique de la police. Le profil précis du coupable qu'elle établit dans l'affaire Dutroux reste ignoré alors qu'il aurait sans doute permis de secourir ses dernières victimes.

samedi 11 août 2018

Le Bleu de tes yeux

• Défi 4 challenge des 4AS - un  livre dont le titre fait référence à la musique : Le bleu de tes yeux chanson de Piaf.

Le mari de Laurie Moran est abattu de sang froid sous les yeux de leur fils ; avant de quitter la scène du crime, le meurtrier, un homme aux yeux d'un bleu intense, a menacé Timmy de s'en prendre ensuite à sa mère puis à lui. Son père, commissaire en retraite anticipée veille contre la menace toujours présente, huit ans après...
En dépit de la peur, Laurie se lance dans la réalisation d'une nouvelle émission consacrée aux affaires non élucidées, réunissant les témoins du drame. Le pilote de la série est dédié au Graduation Gala Murders (bal des lauréates) : il y a plus de vingt ans, Robert Powell organisait une grande soirée en honneur sa belle-fille Claire et de ses trois amies fraichement diplômées. Au cours de la fête, la belle et très mondaine Betsy Powell était étouffée dans son lit. Les quatre jeunes femmes ainsi que le mari ont été soupçonnés, sans que l'enquête conduise à une interpellation. Les séquences du tournage et les interviews ravivent les souvenirs, mais aussi les rancoeurs. Le coupable qui se sent en difficulté commet une erreur. En parallèle, l'assassin du docteur Greg Moran veut profiter de l'agitation pour tenir sa promesse, il enlève Timmy afin de perpétrer le deuxième meurtre qu'il a annoncé.
L'intrigue est bien plus soutenue que les derniers romans que j'ai pu lire de Mary Higgins Clark. Depuis 2014, elle s'est lancée dans une nouvelle série : Suspicion, dont l'héroine récurrente est productrice d'émissions de télé. Je lirai la suite avec plaisir et intérêt.
ABC polar : H

vendredi 9 mars 2018

Dune tome 1


Résumé :
Dans les temps de l'avenir, à l'époque où l'homme a conquis l'espace, une planète désertique, Dune, suscite de multiples convoitises. Elle recèle dans ses sables une épice fabuleuse, capable de prolonger la vie et de développer les capacités de prescience de l'esprit humain...

Paul Atréides en est le souverain, il se souvient de son premier contact avec la planète-miracle, dans ce tome introductif à la saga qui a fait la renommée de Franck Herbert et pour lequel il a reçu le Prix Hugo en 1966. La suite me fait envie, mais en même temps, j'ai trouvé la lecture un peu aride.
Lu  le 20 décembre 2011



mercredi 9 décembre 2015

Horrorstör



Basil, le responsable, Amy, Ann Ruth, deux de ses employées, Matt et Trinity de leur côté, se retrouvent à patrouiller de nuit dans le magasin désert (vraiment ??) pour essayer d'en percer le mystère. Leur existence en restera bouleversée.

Plus jamais je n'aurai envie de me laisser enfermer dans un magasin la nuit (ni dans un musée depuis La nuit au musée !). En plus, la marque concurrente d'Ikea existe vraiment, je croyais que tout était fiction dans ce roman. Peut être que la prison panoptique aussi en fin de compte...

50 états, 50 billets
Cleveland, OHIO
Pour illustrer cet état, une ballade romantique accompagnée à l'harmonica : les paroles



dimanche 31 mai 2015

Les porteurs de peau

Les porteurs de peau de Tony Hillerman

Résumé éditeur : Les porteurs-de-peau sont les sorciers navajo qui décident d'apporter le mal à leurs congénères. Ils rôdent dans les ténèbres de la grande réserve, parfois couverts d'une fourrure d'animal, et possèdent des pouvoirs surnaturels. Trois meurtres sont commis, peut-être quatre. Une nuit, Jim Chee, le policier navajo traditionaliste, est tiré de son sommeil et plongé dans l'angoisse. Alors commence une enquête qui lui fera côtoyer le lieutenant Joe Leaphorn et les marquera tous deux profondément, dans leur esprit comme dans leur chair.

Les porteurs de peau appartient à la série d'enquêtes mettant en scène la police tribale navajo : en outre, Tony Hillerman qui fait découvrir le mélange de tradition coutumière et de modernité qui caractérise maintenant les habitants de la plus grande réserve indienne des Etats Unis répartie sur 4 états du Sud-ouest. On croise des personnages étonnants, des paysages somptueux, l'air pur des grands espaces et surtout la culture et les coutumes Navajos, avec en toile de fond les Four Corners

50 états, 50 billets
Shiprock, NOUVEAU MEXIQUE
Info en +
Utah, Arizona, Nouveau Mexique et Colorado se croisent à angle droit à Four Corners. Une grande dalle de pierre coupée en 4 marque le point de rencontre. Ce lieu très symbolique est un Monument des Indiens Navajos.

lundi 30 mars 2015

La lune seule le sait 1/3

La Trilogie de la lune de Johan Héliot, tome 1

Printemps 1889. Un vaisseau hybride de chair et de métal fait irruption dans le ciel de Paris, stupéfiant la foule venue célébrer la clôture de l'Exposition universelle. L'humanité entre en contact avec les extraterrestres Ishkiss et découvre une technologie qui surpasse ses rêves les plus fous.
Dix ans plus tard, l'Europe s'est transformée mais la science fabuleuse, alliant la vie et le métal, est devenue un instrument d'oppression entre les mains de l'Empereur français. Les droits des peuples sont bafoués et les opposants déportés grâce à la nef ishkiss vers le nouveau bagne que Louis Napoléon vient d'inaugurer dans les entrailles de la Lune. Pourtant, la révolte gronde, menée par les artistes et les écrivains exilés en Amérique.
Le déroulement du premier tome de la trilogie se passe au cours d'une visite de personnalités sur la Lune, au moment choisi pour une mutinerie d'envergure. Parmi les membres de la délégation terrienne figure un des précurseurs et prolifique auteur de SF français, dont les rêves ont fasciné et inspiré des milliers de lecteurs. Il est peut être le seul sur Terre susceptible de comprendre les véritables enjeux d'une situation de crise conçue et préparée de longue date.

Ce titre vient compléter ma participation au challenge de Magicienne d'Oz avec un dernier genre : SF, uchronie. Il me permet également de renouer avec le challenge Steampunk de Lord Orkan von Deck qui présente l'avantage d'être illimité dans le temps et autorise donc à découvrir des oeuvres pour se faire plaisir, sans courir après le billet.
J'ai survolé la fin de ce tome et je ne crois même pas que je tenterai la suite. Dommage car j'avais bien envie qu'il me plaise... En effet l'idée de jouer avec la personnalité de Jules Verne est intéressante mais le niveau me semble inadéquat, avec trop de références pour un public jeune, mais pas assez de consistance pour un lectorat adulte et la démarche, l'intrigue sont floues, empesées.  15/4/-3

jeudi 4 septembre 2014

Légendes d'automne

L'homme qui abandonna son nom, en trio avec Une vengeance et Légendes d'automne de Jim Harrison

L'introduction de Serge Lentz (le traducteur) présente Cochran, Nordstrom et Tristan comme des héros : je ne crois pas qu'ils soient vraiment héroïques, sauf à l'entendre marqués par une destinée. Ce sont à tout le moins trois hommes qui sortent de l'ordinaire, anticonformistes, inattendus, dont l'histoire, servie par une écriture limpide nous prend dans ses filets et ne nous lâche plus. Chacun va au bout de son histoire, si ce n'est au bout de sa vengeance et j'ai trouvé que moralement ces courts romans étaient assez exemplaires. Par ailleurs, ces hommes rudes sont à l'image de la région qui les a vus naître. En définitive, il s'agit d'histoires d'amour impérissables comme on n'en voit que dans les films ou la littérature. Une bien belle découverte pour  le challenge 50 états, 50 billets





MONTANA, WISCONSIN

mercredi 6 août 2014

Capitales européennes en BD

Destination : Europe, ultime étape du challenge des cinq continents : Qui découvrira l'énigme finale en premier grâce aux indices récoltés chaque mois ?


Le très bel album illustré des Capitales européennes à travers la bande dessinée de Paul Herman fait le tour des vignettes figurant les villes-phares d'Europe : les très attendues Paris, qui a la vedette, suivie de Berlin, mais aussi Bruxelles ou Londres, jusqu'à de plus récentes et timides apparitions comme Tallinn, La Valette ou Nicosie, qui prouvent l'amorce d'une évolution européenne de la BD, d'un horizon qui s'élargit à de nouveaux imaginaires.
Résultat d'une exposition née de la  rencontre de l'organisateur avec l'ambassadeur de France à Berlin, il rassemble pour le profane ou l'amateur, une fabuleuse collection de planches dessinées par plus de 250 auteurs publiés en France et en Belgique, principalement chez Glénat et c'est un reproche qu'on pourrait lui faire... On retrouve, classées par ordre alphabétique pour n'induire aucune autre hiérarchie que la fréquence des représentations, Amsterdam, Athènes, Bucarest, Budapest, Dublin, Lisbonne, Luxembourg, Madrid, Prague, Rome, Stockholm, Varsovie, Vienne (Secteur 7, Sera, Polonsky, Leo Greco, Dal Pra', Torti).
Le problème est qu'il m'a donné envie de lire la plupart de celles que je ne connaissais pas, par exemple je veux absolument trouver Lisboa de Miguelanxo Prado, Angoulême - Fauve d'or - 1991 et 1994, dont voilà un exemple de son travail

 

dimanche 5 janvier 2014

Marionnettes humaines

Un challenge annulé m'avait donné envie de lire Robert Heinlein que je ne connaissais pas. Un billet du challenge 50 états, 50 billets a fait le reste. Je ne suis pas mécontente de ma découverte, en dépit de la frayeur, c'est une lecture divertissante. 
Thriller de science-fiction haletant, souvent comparé à L'invasion des profanateurs de Jack Finney, ce désormais classique du genre est paru en 1951 sous le nom original de Puppet Masters. Le récit raconté à la première personne, narre l'arrivée d'une espèce extraterrestre dans le futur, en 2007.  Il a été adapté au cinéma en 1995 sous le titre Les Maîtres du monde.
Brrrr ces créatures me donnent froid dans le dos (c'est le cas de le dire) ou me font hérisser les cheveux sur la nuque. Un seul esprit, collectif, les anime et elles disent agir sous le prétexte d'apporter paix et fraternité entre les Hommes. Cela vous rappelle sûrement un autre (excellent) roman récent... 
Comme dans Âmes vagabondes de Stephenie Meyer, il s'agit d'entités parasites, qui s'installent discrètement sur leur porteur et prennent possession de leur esprit pour les faire agir. Elles les laissent continuer à vaquer à leurs tâches professionnelles ou sociales, pour favoriser leur propagation, mais négligent les besoins sanitaires de leur hôte.
Voilà les images (sans doute tirées inconsciemment de la filmographie SF) que j'ai en tête en imaginant ces affreuses bestioles .
Les services secrets, l'armée et la recherche préparent la contrattaque mais l'ennemi envahissant est discret : difficile de mesurer l'étendue de l'infestation et fusionnel : impossible de cacher aux autres ce que l'un d'entre eux apprend.
Sam/Elisée Nivens appartient à l'élite d'une agence gouvernementale officieuse dirigée par le Patron. Il est un des rares à avoir été possédé par un maître Titan puis repris sans en mourir. Il fait équipe avec Mary dont il apprend sur le tard qu'elle aussi a eu affaire à eux dans son enfance et leur a survécu. A eux deux, ils pourraient être la clef de la délivrance, mais le Patron doit convaincre le président des Etats-Unis d'agir sans tarder.






50 états, 50 billets 30/50
Des Moines, IOWA

dimanche 14 juillet 2013

Objectif Tintin Chez Myrtille

Il a sillonné les terres, les mers et même l'espace... jeune journaliste à la mèche rebelle, accompagné de deux fidèles compagnons, un fox blanc du nom de Milou et un vieux loup de mer amateur de wishky et d'expressions imagées dénommé François de Haddock.


Le cottage de Myrtille propose une relecture de Tintin pour l'été ICI
C'est l'occasion pour moi de présenter l'un de mes albums favoris de Tintin :  je me souviens d'avoir rêvé souvent aux merveilles enfermées dans le Château de Moulinsart qui apparaît pour la première fois dans ce double album puisqu'il s'agit bien sûr du Secret de la Licorne suivi du Trésor de Rackham le Rouge.Le film réalisé par Steven Spielberg est sorti il y a peu, je vais sans doute me laisser tenter...
Synopsis : Parce qu’il achète la maquette d’un bateau appelé la Licorne, Tintin, un jeune reporter, se retrouve entraîné dans une fantastique aventure à la recherche d’un fabuleux secret. En enquêtant sur une énigme vieille de plusieurs siècles, il contrarie les plans d’Ivan Ivanovitch Sakharine, un homme diabolique convaincu que Tintin a volé un trésor en rapport avec un pirate nommé Rackham le Rouge. Avec l’aide de Milou, du capitaine Haddock, du professeur Tournesol et de deux détectives maladroits, Dupond et Dupont, Tintin va parcourir la moitié de la planète, et essayer de se montrer plus malin et plus rapide que ses ennemis, tous lancés dans cette course au trésor à la recherche d’une épave engloutie qui semble receler la clé d’une immense fortune… et une redoutable malédiction. De la haute mer aux sables des déserts d’Afrique, Tintin et ses amis vont affronter mille obstacles, risquer leur vie, et prouver que quand on est prêt à prendre tous les risques, rien ne peut vous arrêter…

jeudi 17 janvier 2013

J. Heska [3]


Edit du 10 mai 2016 : 
l'expérience du livre voyageur est relatée sur le site de l'auteur

Coup de coeur 2013 
Pourquoi les gentils ne se feront plus avoir ou la naissance du mouvement qui changea le monde est présenté par l'auteur comme la transcription du journal intégral de Jérôme Laplace. Son visa d'impression daté du 15 janvier 2185 indique clairement une oeuvre d'anticipation, ou plutôt une utopie. Il s'agit du premier roman de J.Heska.
Comme le deuxième On ne peut pas lutter contre le système, il questionne la possibilité pour quelques personnes décidées de "gripper" la machine (sociale dans le cas 1, économique dans le 2)  grâce à la mondialisation (internet dans le cas 1, marchés boursiers dans le 2).
Jérôme Laplace, avant de se faire déborder par ses plus bouillants élèves, a été le précurseur et l'initiateur d'un mouvement d'opposition active à l'encontre de la population "bête et méchante" : ses cibles sont des cols blancs, cadres moyens et employés de bureau, citadins, consuméristes... Son " illumination " lui est venue à la lecture d'un article du magazine Mensu'psycho qui préconisait à ses lecteurs d'écrire leurs expériences humiliantes. Au lieu de faire les exercices pratiques, Laplace s'interroge et en déduit des types de méchants qu'il catégorise et définit avec exhaustivité (hélas, par un artifice littéraire fréquent, il est dit que le second carnet de ses définitions s'est perdu).

La structure du roman est balisée de façon très claire et pragmatique. Construit sous la forme du témoignage direct livré par l'acteur le plus important de cette révolution morale qualifiée pour la postérité de courant de pensée cimondiste (de : citoyens du monde), le carnet est découpé en cinq sections qui correspondent à autant d'étapes psychologiques dans la prise de conscience : déni, acceptation, révolte, adaptation et intégration.
Chaque tête de chapitre est introduite par une pensée phare suivant le même schéma répétitif : " La vie c'est... " Ensuite, les paragraphes, précisant la date et l'heure où sont survenus les évènements relatés dans le journal,  viennent renforcer la crédibilité de ce témoignage (cf. Le blog de Max ou Absolument débordée sur la vie de bureau).
Une subtilité supplémentaire consiste à faire figurer en annexe un extrait de la première version officielle de l'encyclopédie cimondiste, comme s'il s'agissait d'un recueil assorti de recherches bibliographiques, ainsi que le test permettant de reconnaître un méchant présenté sous les termes de " test de Laplace d'identification des "antipathes" utilisé de manière récurrente à partir de 2038 ".

Enfin, le roman constate une évidence que je résumerais ainsi : on est toujours le méchant de quelqu'un d'autre. Le maître à penser des cimondistes, bientôt dépassé par ses partisans, n'a été clairvoyant que pour son entourage, mais il s'est pourtant refusé à assumer son oeuvre jusqu'au bout. De fait, il appartient à la deuxième catégorie de sa classification : sale con, mauvais ami, bête et méchant, borné, autocentré. Adulé par son ami et collègue Etienne, dont il méprise en secret les blagues idiotes, le goût des jeux vidéo et l'adoration fervente pour le personnage de Yan Solo, il lui rend très mal et dès qu'il atteint son but de conformité sociale, il s'empresse de renier sa contribution à l'édification de la pensée cimondiste.

Pour conclure brièvement, j'ai trouvé beaucoup de qualités à ce roman, une écriture très fluide et agréable, une adéquation entre le fond et la forme, une pensée originale mieux servie que dans On ne peut pas lutter contre le système. J'ai apprécié en outre qu'il se passe à Lyon et j'ai aimé l'évocation du parc de la Tête d'or, terrain d'actions privilègié des premiers cimondistes. Mais je reste sur une question récurrente depuis ma précédente lecture de J. Heska : mais pourquoi choisit-il toujours des couvertures d'un noir brillant, si jolies mais si catastrophiques pour les traces de doigts ?
Lu le 17 janvier 2013

* * *
Coup de coeur 2012
Je remercie Livr@ddict et l'auteur, J. Heska, pour ce partenariat spécial autour de son deuxième titre, puisque d'une part il y a un débat de fond prévu en septembre et que d'autre part On ne peut pas lutter contre le système est un livre voyageur : aussitôt lu, aussitôt reparti vers une autre blogueuse réunionnaise Unchocolatdansmonroman, pourtant j'aurais aimé m'attarder un peu pour savourer les subtilités de ce thriller économique qui pourrait se situer dans un présent très parallèle ou dans un futur proche. La couverture est saisissante !

La main mise du pouvoir économique, à force d'agir de façon dominante, a conduit à une dérégulation générale des marchés. Une pénurie alimentaire sans précédent a touché jusqu'aux pays européens et a alerté l'opinion sur la vulnérabilité de la population face aux risques de famine, sans plus aucune distinction Nord/Sud. 
La situation de crise a été espérée, sinon favorisée par un consortium qui pense avoir en mains une martingale gagnante de nature à lui assurer une position monopolistique dans les domaines de l'énergie et de l'alimentation. Ses dirigeants attendent le prochain sommet du GEAD, déterminant pour l'avenir de millions de personnes, pour en faire la déclaration fracassante.

Le roman met en scène trois sortes de protagonistes : de hauts cadres d'une multinationale spécialisée dans l'agroalimentaire (Londres), des activistes altermondialistes militant dans une organisation non gouvernementale (Paris) et un chef de village africain aux prises avec pénurie et sécheresse (Ouganda) dans un contexte climatique dégradé.

Le premier chapitre débute par une scène d'émeutes à la suite de l'écroulement du système financier mondial et le sacrifice expiatoire de Lawrence Newton, qui a suivi à contrecoeur les traces de son père au sein du consortium HONOLA. Puis l'histoire se construit à coups de retours en arrière jusqu'à son épilogue. Cela fonctionne comme un bon scénario de film habilement ficelé, avec quelques interrogations parfois devant d'apparentes contradictions : Daniel, un comparse tué de face de trois balles dans la poitrine, est retrouvé quelques chapitres plus loin exécuté d'une balle dans la nuque...

L'auteur entend faire oeuvre pédagogique et démonter les mécanismes selon lesquels le pouvoir financier, en lien avec le pouvoir politique et les grandes entreprises, a fini par dominer/fragiliser la société. Je cite un de ses commentaires sur un autre blogue participant :

Très concrètement, l'histoire du livre tourne autour d'une innovation technologique (OGM) dont une société de biotechnologie va se servir pour asseoir sa position dominante. Des dirigeants de cette même société vont tenter un "coup de bourse" en refourguant des titres de dette (après avoir acheté des actions de leur propre société) à des organismes d'investissement (fond de pension, etc.) : l'objectif étant de faire une belle plus-value. Mais un grain de sable, représenté par trois écologistes, va remettre en cause cette logique... Je n'en dis pas plus ;-).
 Il me semble que le niveau de stress entretenu par le suspense joue sur deux niveaux de craintes inégalement sensibles parmi la population car diversement conscientes : de manière générale, la suspicion envers les manipulations génétiques et l'introduction des OGM dans l'alimentation et d'autre part, le risque financier engendré par les bulles spéculatives, les fonds de pension, le système des subprimes, etc.
Je ne suis pas persuadée de la portée éducative du second propos, ni que les explications contenues dans le roman permettent au profane de comprendre où se situent réellement les points critiques de vigilance.

Cependant, je trouve qu'au bout du compte, avec un brin de simplification et beaucoup d'utopie, l'intrigue romanesque, solidement construite en jeu de dominos, donne envie d'y croire. Bon public, j'ai suivi avec facilité et un certain amusement les péripéties des héros en dépit de ficelles qui sont un peu grosses et d'indices carrément ENORMES, par exemple GreenForce à la place de... je vous laisse deviner !
Les personnages secondaires sont intéressants et ont de la tenue, par exemple le commando qui se fait appelé Marty McFly en référence à Retour vers le futur ou bien Victor Mendosa, l'avocat pourri défenseur de la mafia qui retourne sa veste après l'attentat qui coûta la vie à son épouse et accepte d'aider - avec contrepartie - les membres du mouvement altermondialiste.

Beaucoup de lectrices se sont avouées réticentes au début à cause de la difficulté opposée par le contexte financier. Ce n'est pas mon cas et malgré les quelques réserves exprimées, je trouve qu'il montre bien que les enjeux économiques des batailles que se mènent les holdings se situent dans les pays du Sud. Toutefois, dans des univers assez proches, j'ai trouvé la trilogie de Stéphane Osmont plus démonstrative.

Coïncidence au cours de la même semaine, j'ai vu  Margin Call du réalisateur J.C. Chandor sans connaître le script mais sur la foi de quelques têtes d'affiche dont j'apprécie le jeu : Jérémy Irons, Kevin Spacey...
Un géant du courtage en bourse, qui ne fait pas dans le sentiment en matière de gestion des ressources humaines, se rend compte avant tout le monde de l'instabilité de ses avoirs spéculatifs et décide de liquider les produits à risque avant l'effondrement du marché, quitte à déclencher des faillites en cascade et à acculer le système bancaire, les entreprises et les petits porteurs.
Basé sur les mêmes mécanismes réels que le roman, ce film en fait une exploitation bien plus conforme à ce que nous vivons. Le blogue bleu en propose un commentaire explicatif  très complet.
Lu le 10 juillet 2012

vendredi 12 octobre 2012

Shoe addicts

J'ai beaucoup apprécié les quatre héroïnes de Beth Harbison : je dois dire que je ne suis pas loin de partager les affres de leur passion farfelue : pour monter au septième ciel, il leur suffit de s'offrir la paire de chaussures qui les tentent, quitte à en faire exploser leur compte en banque. Mais ces acheteuses compulsives qui aiment les chaussures de luxe au-delà de toute raison , sont vite en manque. Quand l'une d'elles a l'idée de la solution miracle, un club d'échanges pour «Shoe Addicts» de pointure identique, leur point commun les rapproche irrésistiblement. C'est presque naturellement qu'elles deviennent amies et partagent tous leurs secrets. La réponse à leurs ennuis pourrait même venir de leur ruineuse addiction.
Lu le 10 mars 2009

Après s'être laissées aller avec inconséquence à une soirée de folie à Las Vegas, trois amies se retrouvent confrontées au besoin urgent de réunir rapidement une grosse somme d'argent sous peine de conséquences potentiellement catastrophiques pour leur ménage. L'impunité a un prix : conseillées par Sandra, la folle de chaussures, elles deviennent opératrices de téléphone rose. Facile de s'y adonner pendant que les enfants sont à l’école, le reste n'est qu'une question d'organisation sans faille !
Lu le 12 octobre 2012

dimanche 3 juin 2012

Minik

Scénario de Richard Marazano, dessins d'Hippolyte
collection Aire Libre

L'expédition Peary de 1898 n'a pas réussi à atteindre le pôle mais elle rapporte du Groënland une cargaison digne du plus grand intérêt pour le muséum d'histoire naturelle de New York : un groupuscule d'inuits qui doit permettre de susciter des financements pour une prochaine campagne arctique.
Les avis des observateurs divergent, mais la plupart ne les considèrent pas comme des êtres humains et à peine mieux que des spécimens animaliers précieux pour la recherche.
Sur la base de ce fait historique, les auteurs ont choisi de montrer le point de vue de Minik, un jeune garçon. Seul rescapé du petit groupe familial décimé par la grippe, il est recueilli par Wallace, l'intendant du museum doublé d'un brave homme.
L'épilogue, très dur, s'écarte du fait réel.

Cette histoire rappelle que l'existence de ces " zoos humains " et un comportement qui apparaît aujourd'hui comme humainement inconcevable était généralement admis.
La venue des peuples d'Afrique représente un épisode de l'histoire des " exhibitions de sauvages " qui se succèdent en Europe, à la fin du XIX ème siècle, pour le plaisir d'un public nombreux qui vient satisfaire sa curiosité au contact de peuples si étranges par leurs langues, par leurs modes de vie qui fascinent et effraient tout à la fois. Le Jardin d'acclimatation est aussi utilisé par les membres des sociétés savantes, en particulier la Société d'anthropologie, comme laboratoire d'observation des races humaines.
Entre 1877 et 1912, une trentaine d’« exhibitions ethnologiques », mêlant animaux sauvages et individus venus d'Afrique ou des îles, sont produites au Jardin d’acclimatation de Paris, puis dans des expositions coloniales, avec un constant succès. En 1892, celle d'Amérindiens de Guyane (Ka'lina) se termine par la mort sur place de plusieurs " indigènes ". 

Qui se souvient de Minik est un film documentaire de la réalisatrice Delphine Deloget, adapté de la vie de Mene (Minik) Wallace.
Sur les terres de son enfance, à Qaanaaq-Thulé (extrême nord du Groenland), Minik, arraché à son peuple à l’âge de six ans par l’illustre explorateur Robert Peary,  raconte son histoire... l'histoire d'un déracinement qui fait écho à la vie actuelle des Inuits polaires.
Une plaque dans le sol rappelle qu'il vécut à Pittsburgh, dans le nord des Etats-Unis.

Minik, l'Esquimau déraciné par HarperLa vérité sur Minik :
L'Esquimau déraciné par Kenn Harper
L'histoire de Minik est poignante. Au siècle dernier, notre monde, prétendument civilisé, révèle soudain "au nom de la science" son envers colonialiste, corrompu, destructeur. En 1897, le jeune Minik accompagne son père et quatre Esquimaux Polaires du Groenland, qui ont accepté l'invitation de l'illustre explorateur américain Peary, sur le point de conquérir le pôle Nord. Quatre des invités de l'Américain Museum of Natural History, de New York, vont bientôt mourir de tuberculose foudroyante et l'orphelin Minik, âgé de huit ans sera adopté par un administrateur du Muséum et élevé comme un petit Yankee. Son tuteur perdra son poste en raison de graves escroqueries, dans un contexte de malversations de grande ampleur. Abandonné, Minik va connaître, avec son unique protecteur déchu, une vie misérable. Son tuteur lui apprendra la vertu du ressentiment. C'est alors qu'il découvrira, dans une vitrine du Muséum, le squelette étiqueté de son père dont il croyait pourtant avoir assisté aux funérailles. Cette découverte brutale, révélatrice d'un odieux simulacre d'enterrement, au Muséum même, en cet établissement illustre, devant tous les scientifiques, bouleversera le jeune garçon. Sa haine pour l'"establishment" new-yorkais et surtout pour Peary, dont les titres de conquérant du Pôle font l'objet de vives polémiques, va s'amplifier et il n'hésitera pas à alerter la presse. Minik sera renvoyé au Groenland par Peary lui-même, très inquiet. Mais faute de connaître la langue des siens, il s'y sentira aussi étranger qu'en Amérique. A 28 ans, de retour aux Etats-Unis, dans une famille de braves bûcherons du New Hampshire, au sud du Québec, qui l'avaient pris en amitié, il mourra, solitaire, de la grippe espagnole.

vendredi 1 juin 2012

Tsunamis

Si comme moi vous n'avez pas forcément envie de lire les auteurs du moment ou les livres de la rentrée littéraires - seulement parce qu’on vous en rebat les oreilles - si vous êtes prêt(e) à sortir des sentiers battus du grand public, alors je vous engage à rendre visite aux Agents littéraires (www.les-agents-litteraires.fr).
Leur site contribue à la diffusion d'auteurs peu médiatisés et il est alimenté de manière collaborative. Tous les internautes qui répondent aux critères peuvent s'inscrire et si un des résumés les tente, recevoir un livre de leur choix, à lire et à commenter.

Pour mon deuxième partenariat avec les Agents littéraires, je me suis complètement trompée de cible.
Mon commentaire aurait dû paraître autour du 15 avril 2012, mais je m’y suis reprise à trois fois pour finir ma lecture, alors que je l’aurais abandonnée sans scrupule si je ne m’étais engagée à la commenter sur le site des Agents littéraires ce que je m’imaginais mal pouvoir faire, en toute honnêteté intellectuelle, sans lire le roman jusqu’au bout.

J’en suis désolée pour l’auteur, dont je comprends l’investissement, mais à aucun moment je n’ai été plongée dans l’histoire. Aussi bien, je me suis laissé induire en erreur par le résumé (voir ci-dessous) car avec l'effondrement des Twin Towers, les tsunamis qui ont ravagé les plages de Phuket ou plus récemment les côtes du Japon, sont parmi les évènements qui ont le plus frappé mon imagination.

En revanche, j'ai été séduite par la couverture, très belle, d'un calme envoûtant qui suggère l'imminence de la tempête. Elle montre l’ombre chinoise d’une jeune femme tranquillement assise sur une plage, dans un fauteuil en bois, face à une gigantesque vague bleue qui la surplombe mais n'apparaît pas encore menaçante. Je la trouve très réussie.

Résumé de l'éditeur :
Claudia s'était immobilisée. Tout à coup, au-delà du bruit des touristes, la nature paraissait étrangement silencieuse, rendant ce calme angoissant. Aucun oiseau ne chantait, comme s'ils avaient tous disparu. Sur toute la ligne de l'horizon, la jeune femme vit se former un gigantesque mur d'eau. Elle comprit tout de suite qu'un danger planait au-dessus de la plage et qu'il fallait s'éloigner le plus vite possible de la mer. Les yeux emplis d'effroi, elle chercha Kelly mais ne la vit pas. Elle se mit à l'appeler en hurlant tout en courant désespérément vers l'hôtel. À ce moment précis, c'était la panique sur la plage. La plupart des gens avaient vu le mur d'eau qui avançait vers eux. Ils s'étaient mis à courir dans tous les sens, hurlant et cherchant à s'éloigner le plus possible de la mer.

Mon avis négatif est à relativiser dans la mesure où je n'ai pas trouvé du tout ce que j'attendais. J'ai cru qu'il s'agissait d'un livre basé sur l'après-tsunami là où il a frappé en Asie, à travers l’expérience éprouvante vécue par le personnage de Claudia. En fait, il n'en est rien : l'épisode traumatisant intervient dès le deuxième chapitre mais ne fait qu'une page et demie. L’histoire y revient de temps en temps, mais de façon plutôt secondaire. Le pluriel du titre suggère que les bouleversements plus nombreux qui interviennent dans le roman concernent les sentiments humains.

Là encore j’ai le sentiment mitigé d’un gâchis de potentiel. J’ai trouvé les personnages pleins de mièvrerie. Seule Ellen, la mère de Tom, sort un peu du lot dans les tous derniers chapitres. Le roman se traîne en longueur. Claudia, l’héroïne, est insupportable de tergiversations, comme le souligne d’ailleurs à de nombreuses reprises ses copines, Amanda et Stéphanie : Tom est beau, jeune, riche et ils s’aiment… qu’attend-elle pour se précipiter le rejoindre ? Entre décembre de l’année n et mai de l’année n+1, elle met quand même 1 an ½  à se décider, alors que dès la première rencontre dans l’aéroport, elle a le sentiment (réciproque) qu’il est l’homme de sa vie. Même les scènes érotiques m’ont paru insipides.

Pour moi, c'est un livre qui s'est trompé de collection et qui, tel quel, trouverait mieux sa place dans une collection de chik litt, dans la catégorie exotique : romans d'amour sur fond de voyages. Encore faudrait-il que l’écriture soit moins laborieuse, l’effort moins visible. J’ai eu l’impression à de nombreuses reprises qu’il fallait me mettre les points sur les i pour que je saisisse les sentiments des personnages, à la suite de la description des scènes narratives.

Pourtant il y avait les ingrédients pour me plaire : Nantes, une belle ville où j’ai vécu et que j’apprécie, l’histoire d’une expatriation et ce qu’elle implique de choix et de sacrifices, un voyage dans une région paradisiaque que la furie des éléments transforme en un chaos abominable.
En conclusion, un roman qui n’est pas sans qualité mais qui gagnerait à être expurgé pour en dégager les lignes de force et faire ressortir l’intention de l’auteur qui m’est resté obscure. Au lieu de l’étaler dans la durée, il aurait peut-être fallu le contracter dans le temps et surtout trancher entre drame et romance.

Pour donner une seconde chance au livre, je suis prête à l’envoyer à une autre personne qui acceptera de publier son avis et à mettre son lien en commentaire sur le site des Agents littéraires.

Je renvoie celles et ceux que ça intéresse au droit de réponse de l'auteur  sur le site des Agents littéraires, qui ne sera pas sans leur rappeler d'autres réactions polémiques à des critiques jugées trop peu enthousiastes sur d'autres blogues.

vendredi 2 mars 2012

challenge Un mot, des titres

Le nouveau mot pour le 15 avril est  JOUR : tous les détails du tirage au sort et des conditions de participation sont chez Calypso.
En attendant, aujourd'hui 1er mars rien ne devrait manquer à notre BONHEUR !
Une rapide recherche sur Babelio m'avait fait entrevoir une douzaine de possibilités intéressantes (en images ci-dessous), mais finalement, je n'ai rien lu de tout cela :
seulement Mme Bonheur et la sorcière, qui m'a donné envie de découvrir un peu mieux Mme Farfelue. Comme tous les héros de Roger Hargreaves, Mme Bonheur a plus d'un tour dans son sac et s'y entend pour contrecarrer avec Mme Magie les intentions malveillantes d'une sinistre sorcière. La morale est toujours sauve !
Sinon, j'ai emprunté un livre que je n'ai pas totalement fini de lire Bonheurs d'enfance de Christian Signol dont j'ai plusieurs titres dans ma Liste bleue. C'est ++

Résumé :
Nul ne guérit de son enfance... En 1958, à onze ans, Christian Signol doit quitter son village natal, dans le Quercy, pour devenir pensionnaire à la ville. Une blessure qui ne se refermera jamais.
Le romancier des Vignes de Sainte-Colombe rouvre la porte à ses souvenirs : les arbres, les champs, les goûters près du fourneau, le garde champêtre et le meunier, les forains de passage. Les fenaisons et les vendanges, la pêche aux écrevisses, les feux de la Saint-Jean. Et puis aussi la petite école, l'instituteur, la découverte de la poésie grâce à Victor Hugo... Toutes les senteurs, tous les instants qui pour lui firent de ces années un paradis.
Écrit dans une langue savoureuse, voici un hymne bouleversant à un monde disparu.

vendredi 16 décembre 2011

Histoires de métamorphose

La belle image d'après Marcel Aymé
Raoul Cérusier est marié, père de famille et gagne confortablement sa vie comme courtier en publicité : c'est un homme fiable, gentil, mais sans imagination. Un beau jour, inexplicablement, son visage prend les traits d'un jeune homme attrayant : le regard des femmes change, mais sa nouvelle identité l'exclut de sa vie antérieure. Pour parer au plus pressé, il s'invente un voyage d'affaires.
Installé dans l'appartement au dessus de chez lui, il parvient rapidement au but qu'il s'est fixé : re-séduire sa femme. Commencent alors à se poser les vraies questions...
Le regard, qui pourrait être cynique, est surtout désenchanté. Devenu Rolland, Raoul se rend compte de la fragilité sur laquelle reposaient ses convictions matrimoniales : les seuls à ne pas le trahir sont l'oncle Antonin, un original, qui reste égal à lui même et Julien, un ami éloigné qui s'inquiète de sa disparition.
Cette oeuvre fantastique est admirablement interprétée par Cyril Bonin : c'est l'occasion de découvrir les premières planches ainsi que l'actualité de son travail sur le blogue de l'auteur.

La métamorphose d'après Franz Kafka
Qui ne connaît, au moins de nom, cette oeuvre phare de Franz Kafka, une des rares publiées de son vivant (1915) et avec son consentement puisqu'il avait demandé à son exécuteur testamentaire de détruire ses écrits, ce que fort heureusement il ne fit pas !
J'étais curieuse de découvrir l'adaptation BD qu'en propose le duo des Maîtres du jeu (#5 et 6), Eric Corbeyran et Horne : saisissant et répugnant à souhait !
La couverture intérieure entomologique reprend les différentes caractéristiques des coléoptères : communément appelés blattes (ou vermine...), ils existaient déjà à l'ère primaire et sont représentés par 3000 espèces dans le monde.
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A aucun moment, l'image ne trahit pas la nouvelle qui démarre dans le lit de Grégor Samsa, un commis voyageur tranquille et raisonnable, qui s'est transformé en insecte géant durant la nuit.
Prague, début du XIX ème siècle. Gregor, gentil garçon et employé modèle, se réveille dans une position inconfortable : immobilisé sur le dos, il ressent une énorme fatigue et ne comprend pas immédiatement ce que sont les pattes frêles qui s'agitent sous ses yeux alors qu'il tente de se remettre d'aplomb. Ses parents et sa soeur Grete, qu'il nourrit et entretient par son travail, s'inquiètent de son retard. Peu à peu, ils prennent conscience de la situation et de ses inconvénients. Chacun va réagir à sa façon, de la consternation hébétée à l'abjection viscérable : ils passent par une phase de tolérante et muette accomodation mais il n'est jamais question de compassion ou d'empathie. L'histoire suit les sentiments de cette famille petite bourgeoise qui évoluent du devoir fraternel à l'exclusion haineuse, de la résignation paternelle à la reprise en main, de l'amour maternel inconditionnel au refuge de la folie. Dans une sorte de lugubre locked-in syndrôme, Gregor, victime inoffensive et aimante, comprend tout en observateur silencieux et compatissant mais ne peut s'exprimer de manière intelligible.
Un réquisitoire inquiétant et lucide contre le rejet de la différence.
Ce court récit fantastique a inspiré à David Cronenberg le film La Mouche.
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à mettre en parallèle avec Tueur de cafard de Tardi et Benjamin Legrand
Lu le 14 octobre 2011

lundi 10 octobre 2011

Douce nuit

Mary Higgins Clark, en ce suspense construit spécialement autour de Noël, produit un conte émouvant où un enfant de sept ans armé de la force de son amour et de son courage affronte les pires épreuves d'une nuit de cauchemar à la veille de la fête de la Nativité.
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Une bouffée l'espoir et de rêve s'accroche à une médaille miraculeuse qui a sauvé son grand-père pendant la guerre et doit protéger son père des suites d'une opération vitale. Plus prosaïquement, le petit médaillon de Saint Christophe a permis à une serveuse de fast food de le repérer et donc de mettre la police sur les traces du preneur d'otage, car en effet, par un concours de circonstances malheureux, le petit garçon a croisé la route d'un criminel sans coeur prêt à tout pour ne pas retourner en prison.
Il n'y a plus guère de surprise avec Mary Higgins Clark : une écriture efficace au service d'un récit prenant et tragique, mais voilà, c'est tellement attendu que cela ne marche plus, je me suis sentie détachée de cette histoire qui tombe dans le piège de la facilité avec la mise en scène des angoisses enfouies d'une jeune mère : craindre la nuit de Noël pour la vie de son mari et de son fils... et apprendre au cours de la messe de minuit que la police vient de le retrouver ! Décevant et un dénouement peu crédible.









50 états, 50 billets 8/50
NEW YORK

lundi 1 août 2011

La guerre éternelle

Inconditionnelle du dessin de Marvano depuis Dallas Barr, je découvre que le texte de Joe Haldeman est aussi un roman, d'ailleurs complété en une trilogie par
- La liberté éternelle
- La paix éternelle.
Surprise de taille alors que je me préparais plutôt à une déconvenue,  le roman est aussi bon que la BD ! D'ailleurs,  The Forever War (1974) a obtenu les prix Hugo et Nebula, les deux plus hautes distinctions de la SF anglo-saxonne. Son adaptation par Marvano en trois albums (1988-89) dans la collection Aire libre constitue un de mes fleurons de la bande dessinée de guerre-fiction.

Présentation de l'éditeur
Jusque-là, personne n'a jamais vu les Taurans, ni su à quoi ils ressemblent, ni même connu leurs véritables intentions. Mais une fusée terrienne est détruite par les ennemis extraterrestres, c'est du moins ce qu'annonce la télévision. Aussitôt, politiciens et généraux décrétent qu'il faut en finir une fois pour toutes avec cette menace intolérable. Cela commence par la Grande Conscription de 2009 et la constitution d'un corps expéditionnaire d'élite. Marygay Potter et William Mandella se trouvent engagés dans une guerre qui va durer plus de mille ans...
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... en temps relatif. Démobilisés à la fin de la guerre, Marygay et William ont à peine une trentaine d'années terrestres, sauf quà cause des sauts temporels, deux siècles les séparent. Plusieurs centaines de vétérans dans la même situation s'associent pour racheter un croiseur temporel avec les intérêts de leurs soldes et y attendre le retour alléatoire de leurs conscrits. Etablis finalement sur Majeur, une planète proche des conditions terrestres, ils se sentent pourtant étrangers à jamais, aussi bien des nouveaux " Homme " que des anciens ennemis " Tauran ".

Et la suite : Libre à jamais !
Les vétérans de La guerre éternelle tentent d’échapper à l’ordre établi en se projetant dans le futur. Le voyage avorte suite à une avarie et ils retournent sur Majeur devenue inhabitée. Ils décident d'envoyer une mission de la dernière chance sur Terre en espérant y retrouver des traces de vie humaine...

Je trouve ces romans denses, extrêmement prenants, sensibles et profondément humains. Les personnages de Mandella et Potter sont beaucoup moins cyniques qu'ils pourraient l'être. Durant toute La guerre éternelle l'espoir persiste qu'ils vont survivre à ce combat absurde, mais la victoire et la démobilisation est bien pire pour eux que les années d'active. Je ne peux m'empêcher de plaindre ces " trop vieux " jeunes vétérans auxquels sont refusés les fruits de leurs sacrifices à commencer par le retour définitif dans un " chez eux " qui n'existe plus que dans les archives et leurs souvenirs.
La transposition dans un space opera de l'expérience de Joe Haldeman comme combattant au Viêtnam montre et dénonce l'absurdité de la guerre depuis le malentendu du déclenchement des hostilités, en passant par la persistance du conflit armé, en dépit des difficultés de terrain, de la dégradation en guerre d'usure (1000 ans) marquée par l'improbabilité d'un affrontement direct avec l'ennemi, jusqu'aux difficultés du retour à la vie civile des troupes démilitarisées qui ne savent plus trouver leur place dans un monde qui ne les a pas attendus et l'impossibilité de la réadaptation (symbolisée par la disparition des couples hétérosexuels dont les moeurs sont considérées avec dégoût dans le futur).

lundi 21 février 2011

De briques et de sang

A la fin du XIXème siècle, l'industriel Godin, inventeur du brevet des fameux poêles qui portent son nom, a des idées sociales avancées. Il investit ses bénéfices dans la contruction d'un habitat communautaire, intégré à des services pour les familles, destiné à loger la population ouvrière et dirigeante de son usine. Les parts sont redistribuées aux occupants au fur et à mesure des profits de façon à les rendre propriétaires, collectivement, du parc complet, bâtiments et entreprise.
1914. Les morts suspectes se multiplient au Familistère : un vieil ouvrier, jardinier à ses heures, égorgé, une veuve noyée dans le lavoir, un couple intoxiqué dans son sommeil... L'enquête policière cesse lorsqu'un vagabond est arrêté et accusé des meurtres. Mais une jeune fille du Familistère n'est pas convaincue de sa culpabilité ; elle se joint à un journaliste parisien de L'Humanité pour tenter de découvrir le coupable et faire cesser l'hécatombe en série. L'intrigue imaginée par Régis Hautière est contextualise de manière très subtile aux prémices de la première guerre mondiale, avec la montée des tensions entre la France et l'Allemagne, la tentative de riposte de l'internationale des travailleurs face à la montée du bellicisme et l'assassinat de Jean Jaurès._
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Promesses tenues par cette BD engagée et dépaysante que Jérôme a eu la gentillesse de m'envoyer après m'avoir tentée par son commentaire... Je vous renvoie vers son site où il explique merveilleusement bien la finalité du projet de Godin et le procédé utilisé par David François pour la reconstitution des dessins.
J'aime particulièrement le TOUT : le moyen format, le papier de fond noir mat sur lequel se découpe les vignettes, comme des fenêtres éblouissantes aux tonalités souvent bleues et noires, les étiquettes en réserve qui portent les commentaires d'une belle écriture cursive, certaines scènes de rues qui feraient des tableaux à Montmartre ! L'originalité du scénario séduit, les personnages ne sont pas banals non plus, à la limite du portrait et de la caricature et les représentations du Familistère de Guise sont tout simplement époustouflantes de réalisme et de beauté architecturale.

mardi 8 février 2011

Le réprouvé

Grâce à Babelio et à L'Editeur, j'ai eu le plaisir de découvrir un très beau texte de Mikaël Hirsch, doublé d'un roman intéressant dont le sujet est moins Céline que Paris (ce que je croyais en raison de l'actualité, le cinquantième anniversaire de sa mort) et une balade passionnante à travers la culture des années 50, qui méritera une seconde lecture pour l'approfondir.
J'avais sélectionné Le réprouvé dans la liste du programme Masse critique organisé juste avant Noël sur la base du résumé suivant :
Lundi 6 décembre 1954, l'Académie Goncourt s'apprête à décerner son prix à Simone de Beauvoir. Comme chaque semaine, Gérard Cohen, garçon de courses chez Gallimard, se rend chez Louis-Ferdinand Céline qui vit à Meudon comme au purgatoire : le débutant se confronte alors au génie, l'adolescent au vieil homme et le juif à l'antisémite. Celui qui ne fut pas vraiment un martyr doit faire face à celui qui ne fut même pas un bourreau. La '' visite au grand écrivain '' devient alors une remontée du fleuve, dans les méandres de la mémoire et les profondeurs de la jungle. Peinture du milieu littéraire des années cinquante, errance dans un Paris disparu, Le réprouvé est un grand roman initiatique.

COUP DE COEUR

Si je m'attendais à un texte ardu, il n'en est rien. Fluide et agréable, sans poncifs, l'écriture invite le lecteur à suivre le fil d'Ariane que l'auteur déroule pour lui. Les tours et détours du narrateur sur sa moto sont l'occasion de merveilleuses pages d'errance descriptive dans un Paris disparu : les jardins du Palais royal, les pavillons des Halles, les usines de l'île Seguin, les remparts des faubourgs... L'histoire permet également d'entrer dans l'intimité de la maison Gallimard alors dirigée par Gaston, de sa rivalité avec Grasset avant qu'il ne soit racheté par Hachette et de la bataille renouvelée chaque année pour l'obtention du prix Goncourt. Leur garçon de course, Gérard Cohen, en sait tous les secrets et connaît in vivo la plupart des auteurs du prestigieux catalogue. Grâce à ses parents, il a vécu dès l'enfance dans le cercle étroit et la proximité réservée d'écrivains renommés. Tous ne l'impressionnent cependant pas au même titre que Louis Ferdinand Céline.
Demi-juif élevé dans l'absence de tradition religieuse mais obligé de se cacher sous la couverture d'un nom d'emprunt durant l'Occupation, il veut percer les raisons de la haine viscérale de l'antisémite radical. Craignant au début d'être trahi par des caractéristiques physiques révélatrices, il se laisse emporter peu à peu par l'intérêt que suscite, derrière le masque de l'écrivain fatigué, la personnalité du docteur Destouches.
De son côté, le misanthrope cinquantenaire, reclus volontaire à Meudon, s'habitue à la venue régulière du P'tit Gérard, porteur des missives de son éditeur. De retour d'exil, l'auteur de Voyage au bout de la nuit ne semble pas devoir retrouver un jour le chemin du succès. De nouveaux auteurs ont pris place sur la scène littéraire parisienne. L'année de la mort de Colette, l'élue de l'académie est Simone de Beauvoir pour Les madarins. Pourtant, le vieux fauve n'a rien perdu de sa vindicte et éclate en imprécations soudaines contre les jaunes, les rouges, les noirs... devant Gérard qui fait de ses visites contre-nature le terreau de sa maturation intellectuelle.
L'histoire rapporte les doutes et le cheminement du jeune homme - trop juif pour les uns, pas assez pour d'autres - qui tente de biaiser avec lui-même, ne se reconnaît d'aucune communauté et peine à ressentir un sentiment d'appartenance, mais aussi à se démarquer de sa famille et de son éducation.