vendredi 28 janvier 2011

Des fleurs pour Algernon

Algernon est le nom d'une souris blanche de laboratoire que le professeur Nemur et le docteur Strauss ont soumise à une expérimentation sur l'intelligence : elle a survécu à une opération du cerveau qui a permis d'en tripler les capacités et dont les effets semblent persister. L'équipe scientifique recherche un cobaye humain sur lequel pratiquer une opération neurochirurgicale identique pour poursuivre leurs expériences. Leur choix se porte sur Charlie Gordon, un jeune adulte attardé, qui travaille comme garçon à tout faire chez le boulanger Donner et suit des cours du soir avec Mlle Kinnian pour apprendre à lire et à écrire. C'est un simple d'esprit : abandonné par sa famille et moqué par ses compagnons, il ne voit pas le mal et dans son désir d'aimer et d'être aimé, il trouve tout le monde gentil. Il est averti des risques d'échec mais aspire de toutes ses forces à " devenir ossi un télijen que cète souris d'Algernon ".


Au début, les progrès sont insensibles et Charlie se montre déçu... La suite du programme prévoit de nourrir ses nouvelles facultés cognitives grâce à une bande magnétique qui lui permet d'apprendre pendant son sommeil. Bientôt ses connaissances deviennent phénoménales et son raisonnement se développe, mais bien que connaissant une croissance intellectuelle accélérée, il en reste affectivement au stade de la censure des émois adolescents et des interdits ancrés de force dans son cerveau par sa mère. Avec l'acquisition de l'intelligence, Charlie retrouve la voie de ses souvenirs et apprend à les décrypter : il découvre la fierté et le désir, mais aussi l'humiliation, la pudeur et le refoulement. Pour ses anciens compagnons, les changements qui surviennent sont incompréhensibles, il commence à les mettre mal à l'aise et même à leur faire peur. Sa supériorité l'éloigne des autres aussi sûrement que sa bêtise lui rendait leurs moqueries inaccessibles. Maintenant que son QI le met au niveau des génies, Charlie, totalement nombriliste, devient arrogant, cynique et méprisant. Alice Kinnian, en dépit de son affection, ne supporte plus le sentiment d'infériorité que lui procurent leurs conversations.

Charlie choisit le moment du congrès international au cours duquel doivent être communiqués les résultats de l'expérimentation et qui réunit les meilleurs spécialistes pour remettre en cause les capacités scientifiques de l'ensemble de la profession. Il libère la souris en pleine assemblée, s'enfuit avec elle et l'installe chez lui. Dans le même temps, il commence à contester les résultats du professeur, s'intéresse au protocole de recherche qui lui a été appliqué ainsi qu'à Algernon et mène ses propres travaux. Il apprend ainsi que le laboratoire lui a caché les premiers signes d'instabilité survenus chez Algernon et rédige un rapport intitulé L'effet Algernon-Gordon.
Il entretient avec la souris un rapport plus intime qu'avec n'importe quel humain : au début, ils sont engagés dans une rivalité liée à l'expérience ; la souris a été opérée plus tôt et elle a assimilé les tests que Charlie découvre ; elle se montre plus rapide et plus efficace à la course dans le labyrinthe. Ensuite, il s'identifie à elle et la personnifie : elle est à la fois le seul être avec lequel il possède en partage le vécu d'une expérience unique, hors du commun, et la seule qu'il croit capable de ressentir ce qu'il éprouve.

Le procédé choisi par Daniel Keyes permet de suivre l'évolution de Charlie à travers ses comptes-rendus destinés au laboratoire et au communiqué devant les membres du congrès. Ils couvrent la période allant des premiers tests psychologiques préalables à l'opération, le 3 mars jusqu'au 21 novembre de la même année, soit environ la durée d'une gestation. Le processus permet de dérouler les pensées, commentaires et explications de Charlie à la fois sujet et objet d'expérience. Imbécile heureux avant l'opération, il s'aperçoit que l'acquisition de connaissances, sans altruisme et sans la recherche parallèle de partage et d'échanges humains, ne saurait donner le bonheur. En cela, le roman est profondément prométhéen. Les pages les plus belles sont relatives à la description de l'expérience extrême qu'il vit sur le divan du docteur Strauss, quand il est aspiré et tenté de s'immerger dans la pure lumière de la connaissance pour n'en plus revenir. Les images sont tirées du mythe platonicien de la caverne.

5 commentaires:

Petite Fleur a dit…

Et au final, tu as aimé ou pas ?

nol de nol a dit…

J'ai lu ce livre en 2010 et j'ai vraiment bien aimé ce roman. J'ai surtout apprécié le changement d'écriture qui évolue en fonction des changements du héros.

XL a dit…

moi aussi, même si le début est rebutant et difficile à lire !

petite fleur a dit…

Je me suis faite la même réflexion aux premières lignes, et toutes les personnes à qui je l'ai prêté aussi :-) Ca fait peur, mais on s'y fait le temps de quelques pages et après ça prend une importance terrible...

XL a dit…

j'ai aimé énormément : par moment j'avais l'impression de connaître la suite, alors que je suis sûre de ne l'avoir jamais lu