dimanche 31 mars 2013

Nouvelles dessinées

Les deux promènent un regard aigu sur les gens qui les entourent, mais l'un est plutôt amusé et l'autre désabusé et d'ailleurs leurs titres sont sans équivoque sur la tonalité de l'album.

Zidrou
La vieille dame qui n'avait jamais joué au tennis et autres nouvelles qui font du bien. Avec son titre qui fait penser Au vieil homme qui ne voulait pas fêter son anniversaire, ce recueil qui rassemble une quinzaine de nouvelles écrites par Zidrou et illustrées par différents dessinateurs est un clin d'oeil à la vie. L'histoire pathétique mais amusante qui donne son titre à l'album met en scène une vieille dame esseulée et ses trois incroyables animaux de compagnie, un chien, un chat et un perroquet.

Chabouté 
Fables amères, De tout petits riens... incidents dérisoires, broutilles ordinaires, terribles futilités... Les onze histoires courtes de Chabouté se passent de mots et si la parole existe, elle est complètement décalée, à côté, comme dans une de mes préférées où Lancelot et Emma Peel dialoguent sur Internet en langage fleuri, mais adressent une parole agressive à leur voisin de palier. Le trait noir et blanc de Chabouté, essentiel, est toujours aussi beau, énergique, intense et vrai. Elles ne sont pas cruelles ses Fables amères, juste réalistes. J'aime La reconduite à la frontière et l'innocence préservée de Nahema ou bien ce touareg échoué à balayer les trottoirs d'une grande ville et se souvient de la chaleur, du soleil, du désert, des sourires.

vendredi 29 mars 2013

Le passeur


Automne 2014 : j'ai vu le film The giver : moins de densité mais sinon le livre n'est (presque) pas trahi, les personnages incarnés sont crédibles et l'aspect lisse trop policé de la communauté est bien rendu, un beau diaporama en couleurs pour illustrer le passage des souvenirs.

Jonas est un " nouveau 12 ans ". Au cours d'une grande cérémonie annuelle de passage dans l'année supérieure, il se verra attribuer, comme tous les enfants de son âge, sa future fonction dans la communauté. Or, une faveur unique, exceptionnelle lui est faite : il sera le futur Passeur !
Après la classe qu'il partage avec tous ses camarades, il commence sa formation et son entraînement auprès de l'ancien Passeur, qui lui apprend son rôle Il débute par les scènes de bonheur paisible ou intense, mais alterne aussi, pour l'endurcir, avec de brefs souvenirs de cruauté, de douleur, de désespoir. Il le charge peu à peu de tous les moments heureux mais aussi du fardeau des générations passées. Le Passeur se souvient à volonté. Il est le dépositaire de la mémoire, la seule personne qui détient véritablement le savoir, la connaissance du monde avant que la guerre, le chômage, la pauvreté, le divorce ne disparaissent.

Pour libérer l'être humain de l'envie et du malheur, les sentiments, la haine comme l'amour ont été éradiqués. Sans inégalités, sans soubresauts, mais également sans animaux, sans couleurs ni musique, sans excitant d'aucune sorte, un monde harmonieux mais rigidifié a vu le jour. Seul le Comité des sages et le Passeur connaissent la vérité sur la vie d'avant. Les couples sont appariés dès le plus jeune âge pour former des familles où la désobéissance et la révolte n'existent pas. Des enfants, mis au monde par des mères porteuses dans le nurserie, leur sont confiés à élever.
Jonas apprend que le précédent candidat, un individu féminin dont l'évocation est désormais interdite, a trouvé la charge trop lourde à porter et a renoncé au bout de cinq semaines, préférant demander son élargissement, terme qui désigne la cérémonie de fin de vie habituellement réservée aux nouveaux nés surnuméraires, trop fragiles et aux anciens. Seulement Jonas a été bien mal choisi et il va déroger, s'attacher à un de ces enfants déclarés inaptes.

Je trouve que le roman de Loïs Lowry ne s'adresse pas totalement à la jeunesse. Son lectorat peut se retrouver dans les héros qui sont pré-adolescents et qui possèdent un signe distinctif, un pouvoir par rapport aux autres qui les rend unique et peut faire rêver dans un premier temps. Mais le revers de la médaille est bien difficile à supporter.
Dans Le passeur, elle décrit un monde sans soleil, sans couleurs et sans musique où l'étrangeté le dispute à l'horreur. Le discours de propagande tenu par les seuls dirigeants, les " sages " , leur vante les bienfaits de l'Identique, du stéréotype, de la conformité. L'oubli des sentiments, artificiel et vraisemblablement imposé à un moment de l'histoire de cette communauté bien que l'auteur ne s'en explique pas, livre les habitants à l'apathie et à la pensée unique.

L'élue, la suite... ?

jeudi 28 mars 2013

La zygène de la filipendule

Coup de coeur 2013
Catégorie Suspense 2/3


Présenté dans la catégorie Suspense, ce roman à intrigue appartient au sous-genre, sous réserve qu'il existe, policier humoristique  !

Résumé éditeur :
Dans l’enceinte d’un zoo en faillite voué à une reconversion en centre de loisirs, un des repreneurs chargés de fermer le site est retrouvé assassiné. Un commissaire – qui souffre d’une homonymie fâcheuse avec un célèbre policier belge – mène l'enquête, aidé en cela par un médecin légiste déjanté et un inspecteur aussi dévoué qu'inefficace. L'autopsie aboutit à un premier constat improbable : c’est un éléphant qui aurait fait le coup ! Ou un ours… ou peut-être bien les deux ? Mais ce n'est qu'un début, un second cadavre fait bientôt son apparition, puis un troisième... Dans cette jungle urbaine, tout le monde se retrouve dans le collimateur du commissaire : Nestor, le soigneur du zoo, son frère Pollux, bohème notoire et joueur endetté, le directeur du zoo idéaliste alcoolo, l'ambitieux sous-directeur, les membres du conseil d’administration, Joséphine la femme de service, sorcière à ses heures, et Ginette, la caissière, qui se prépare à une nouvelle invasion teutonne... Immergé dans un univers où les plus dangereux prédateurs ne sont pas forcément ceux que l'on croit, le policier patauge et l'enquête piétine. Ajoutez à cela des vautours rigolards, un orang-outan amateur d’équations différentielles, un lama psychopathe, un tigre végétarien, un couple de dendrobates (NdT : grenouilles), sans oublier la fameuse "zygène", et vous obtiendrez un roman dé-zoo-pilant...

Exemple de dialogue à l'humour étrange :
- Mais le chef a dit de tout faire pour le prendre vivant.
- Il en a de bonnes, le chef ! Tu as vu dans quel état on a retrouvé les victimes ? Et puis quand le chef dit qu'il faut le prendre vivant, il parle surtout de nous.
- Comment cela de nous ?
- Oui, il faut que NOUS on reste vivants pour le prendre, c'est ça que ça veut dire " prendre vivant ".

Si comme moi, vous vous demandez ce qui a bien pu inspirer son titre à l'auteur, Salvador Ricardo, vous aurez la réponse avec un peu de patience à un bon tiers du roman. Pour les moins courageux, voilà une image de la zygène de la spirée ou zygène de la filipendule (Zygaena filipendulae). C'est un papillon diurne rouge et noir, assez commun et apparenté aux papillons de nuit.

Le ton est donné, du moins pour un des aspects de l'histoire. On y rencontre une palette d'animaux parfaitement originaux, certains attachants, d'autres plus rébarbatifs, certains très surprenants : Albert-Albert l'orang-outan trop intelligent même pour un singe, Shere Kan son copain le vieux tigre qui ne ferait plus de mal à une mouche, mais offre encore de belles frayeurs à l'équipage de bureaucrates aussi prétentieux que nuisibles qui entoure la sous-préfète Mme Lapaud-de Loursse, un lama caractériel qui crache plus vite que son ombre, un couple de vautours dignes des meilleurs westerns... Grâce au savoir encyclopédique de Nestor, le soigneur du zoo, intarissable sur le sujet dès qu'il s'agit de ses protégés, j'ai appris de ses discussions avec le commissaire Jules Maigret (pas d'erreur, toute ressemblance avec un personnage imaginaire existant est parfaitement volontaire), quantité de choses qui  m'ont bien intéressée sur le comportement animal, pas si empreint de bienveillance naturelle et éloigné des déviances humaines que cela.
J'ai moins aimé les hommes et femmes de l'histoire, leurs intrigues et leurs défauts paroxysmiques, caricaturaux, outranciers : Pollux, le revers de la médaille de Nestor, aussi veule, fainéant et vulgaire, que son frère est dévoué, travailleur et fiable, sa récente petite amie la galliériste arriviste, qui passe le temps de ses apparitions à boire ou à vomir, le groupuscule de personnalités véreuses aux noms aussi tirés par les cheveux que leurs fonctions, qui complotent et intriguent pour retirer le maximum d'argent mal gagné de leur projet de démolition-réhabilitation du zoo, le vétérinaire taxidermiste et trafiquant d'espèces protégées.
En dépit d'une histoire plutôt plaisante et d'une plume agréable (si je ne tiens pas compte des jeux de mots complètement creux et de l'humour potache de certaines scènes) je dois dire que je me suis ennuyée à la lecture de roman à suspense, ce qui à mes yeux est le défaut le plus grave qui puisse porter atteinte à ce genre littéraire. Dans les cent dernières pages, le récit s'accélère, il faut dire que le paysage s'est singulièrement dégagé puisque le plupart des protagonistes se sont fait proprement occire, ce qui simplifie une scène fâcheusement encombré de personnages difficiles à démêler. Sentant le dénouement proche, j'ai pris plaisir à tourner les pages et la résolution du commissaire Maigret, qui reprend un schéma bien classique et traditionnel dans la littérature policière, ne m'a pas déçue.

lundi 25 mars 2013

Cinq mille kilomètres par seconde

Fauve d'or Angoulême 2011
L'album est paru chez Atrabile collection Flegme.
Entre Italie - Norvège - Finlande, Manuele Fior raconte une histoire à la Jules & Jim entre Lucia, Nicola et Piero. A 16  ans, elle emménage avec sa mère fraîchement divorcée, en face de l'épicerie du père de Nicola. A 20 ans, elle part en stage à Oslo et rompt avec Piero. Elle rencontre Sven, le fils de sa logeuse. Quelques années plus tard, elle est enceinte mais quitte Sven et la Norvège pour rentrer chez elle. Piero est devenu un archéologue réputé qui partage sa vie entre les fouilles d'Assouan, l'Italie et Cinzia, enceinte elle aussi. A 30 ans, Lucia a refait sa vie et trouvé un certain équilibre tranquille. Ont-ils ce dont ils ont rêvé adolescents ?

Cet album m'a touchée car il parle de mobilité géographique, du sentiment d'appartenance et de déracinement vécu par tout exilé, quelle que soit sa motivation au départ. Extrait :
« Nous ne serons jamais vraiment d'ici mais en partant nous avons aussi cessé d'appartenir à l'endroit que nous avons quitté. Nous serons toujours des étrangers ici et avec le temps nous le devenons également aux yeux de ceux que nous aimons. Nous croyons être libres. En vérité, nous sommes des exilés, des âmes égarées. »
Cela me rappelle le proverbe inventé par Eric Rohmer en ouverture du conte Les nuits de la pleine lune :  « Qui a deux femmes perd son âme. Qui a deux maisons perd sa raison. »

Techniquement, je le trouve plutôt réussi. Tout est travaillé en couleurs directes et je trouve que ce parti pris bi-chromatique réussit à donner une touche très personnelle et suggestive à la narration. La plupart des planches exploitent deux couleurs, qui correspondent à des ambiances chaudes ou froides : par exemple, toute la première partie est dans des registres jaune et vert, ensuite l'exil de Lucia en Norvège se traduit par l'irruption massive du bleu, alors pour le premier séjour de Piero en Egypte, on retrouve le vert et un orangé plus soutenu qui contraste avec les parties rêvées/fantasmées dans les tons ocres avec des touches brutales de rouge... Au coeur de l'album, presque toutes les couleurs sont représentées, alors que dans le dernier versant, les retrouvailles de Piero et Lucia sont dans les pourpre et lavande, pour finir sur un épisode passé sous silence en première partie et qui explique l'ambiguïté des rapports entre le trio d'amis.

Par comparaison, l'album Elisa, qui parle un peu d'un sujet similaire, les amours adolescentes et les engagements pour la vie, les promesses rompues et les arrangements avec soi même concédés à l'âge adulte, avec une technique assez proche graphiquement, m'a beaucoup moins enthousiasmée, que ce soit pour le fond ou sur l'aspect formel. (commentaire à venir)

dimanche 24 mars 2013

Personne ne me fera de mal

Merci à Oliv' qui a accepté que je le parraine pour que je reçoive une seconde BD et à Priceminister dont l'opération, liée au festival d'Angoulême, m'a permis de découvrir l'unique album de Giacomo Monti.

Je ne serais pas allée le chercher de moi même mais il faisait partie de la sélection et sa couverture m'avait intriguée, avec ses petits hommes certes verts mais décalés : une femme pudiquement couverte d'un demi-voile et en quatrième de couverture un homme dont la face se résume à un énorme oeil.
Pour la version française, il est paru aux éditions Rackham.

Résumé éditeur :
Serveurs et barmen, prostituées et transexuels, hooligans et paparazzi, se croisent en dix neuf récits courts qui se déroulent à quelques jours du 12 décembre 2012. Le jugement dernier, sous forme d'invasion extra-terrestre, va bientôt tous les emporter avec le reste de l'humanité mais, insouciants, ils continuent à traîner leurs pauvres existences remplies d'égoïsme cynique et de solitude désespérée.
Observateur attentif et détaché de la nature humaine, Giacomo Monti dissèque un à un ses personnages et les met en scène dans une tragi-comédie hallucinée, peuplée d'aliens et d'aliénés, portrait sans concessions de la société contemporaine. Personne ne me fera de mal a inspiré Gipi (Ma vie mal dessinée, Notes pour une histoire de guerre) pour son long-métrage L'ultimo terrestre (Le dernier terrien) présenté à la 68e Mostra de Venise en août 2011.

Gipi : « Giacomo Monti est un auteur génial et son livre est beau. Il est allé plus loin que moi et a eu des intuitions sur l'Italie contemporaine qui sont parfaites pour construire une histoire. »

Couverture Personne ne me fera de mal

Giacomo Monti travaille le noir et blanc de manière très dure, sans ombrages avec seulement un peu de gris. Graphiquement, j'ai trouvé la mise en pages de ses petites cases minimalistes exigeante, avec des enchaînements et des ruptures dans les blocs intéressants.  Feuilletage
Mais je n'ai pas compris grand chose à l'histoire.  Il met en scène deux amis Luca et Marco, qui sont des personnages sans attrait et d'ailleurs sans vie sociale digne de ce nom. Ils sont ordinaires, ne trouvent aucune grandeur dans leur métier et sont malveillants ou mal intentionnés dans leurs relations. Dans leur vie étriquée, iIls ne font pas beaucoup de cas des autres et des femmes en particulier, qu'ils considèrent d'une façon utilitariste : la grand mère donne de l'argent en échange d'une visite, les amies ou ex-amies remplacent gratuitement les putes, une gentille extra-terrestre à peine débarquée est collée aux tâches ménagères tandis que Monsieur part rejoindre ses mauvaises fréquentations en ville. De manière générale, les personnages sont assez quelconques, peu différenciés et je n'ai pas su toujours identifier s'il s'agissait toujours des deux amis ou de leurs semblables en banalité. L'environnement est lugubre et sans cachet : tours d'immeubles, appartements standard, sans décor. Mais cela signifie sans doute que toute cette humanité assez médiocre est interchangeable. L'arrivée d'extra-terrestres se solde par un échec ; ils tentent de s'intégrer mais finalement s'en repartent vers un ailleurs plus valable.
L'étrangeté de l'album et son constat sans fard d'une affligeante réalité m'ont laissée un goût plein d'amertume inquiète et de malaise.
Pour moi, ce sera un 11/20 parce que je n'ai pas été embarquée dans l'histoire mais que j'aime sa manière de dessiner, alors peut être dans un contexte différent...  à surveiller la sortie de son prochain album

samedi 23 mars 2013

Swap Tissons des liens

Colis n°1/4 - Apprendre à se connaître
Envoi du colis 1 (avec IRL) entre le 2 et le 23 mars :  les billets devront être publiés pour le 31 mars
- 1 livre tiré de la wish-list de votre swappé + 1 livre que vous avez très envie de lui faire découvrir
- 1 marque-pages dans les goûts de votre swappé + 1 qui dit quelque chose de vous
- des gourmandises et/ou une boisson avec au moins quelque chose de votre région/village (ou spécialité personnelle)
- une (petite) surprise autour de ce qu?aime votre swappé

Notre IRL avait lieu aujourd'hui. Merci Mel et My pour ce bel après midi ensoleillé de papotages, de cadeaux et d'échanges. La preuve qu'il faisait beau en images :


Côté livres, je n'avais pas remarqué au premier déballage, mais Mypianocanta a pleinement rempli le contrat :  il y a un A et un Z pour compléter ma PàL de swaps !!!


Le joli sac redécoré contenait :
- 2 livres tirés de ma wish-list : LEVEL 26, Dark révélations, le tome 3 de la trilogie d'Antony E. Zuiker, qui ne devrait donc pas s'attarder dans ma PàL
+ 1 livre qu'elle me fait découvrir (je lis peu de fantasy) : : Loup y es-tu d'Henri Courtade
- 4 marque-pages qui entrecroisent nos goûts : Littérature (magnétique) Japonisant, Chat sur fond bleu, Coquillages de nos côtes en recto/verso
- des gourmandises : gâtée avec des croquants à la noix de coco dont My m'assure qu'ils lui rappellent la senteur des ajoncs dans les chemins creux de son île natale
+ 2 boissons aux fruits : du jus de pomme de fabrication artisanale locale et un mélange de thé Fruits rouges et tisanes Verveine oranger (à découvrir)
- 2 surprises : une petite boîte en forme d'oeuf (de circonstance en cette période qui approche) en papier mâché décorée de motifs floraux sur fond bleu et des bols chinois (pour les potages aux nouilles de riz que nous mangeons souvent : j'ai déjà les cuillères ça tombe bien !)

 En détails :












 






 

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Le colis de My    (à droite)
Le colis de Mel   (en dessous)

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jeudi 21 mars 2013

Winter Time Travel, c'est définitivement fini

WWT3

Je ne totalise pas une grosse participation du côté des résultats à ce challenge - réglé comme une horloge - qui revient chaque année à la mauvaise saison  : le challenge  WTT3 du RSFBlog sur le thème de l'uchronie, avec pour cette dernière édition une incursion dans les voyages temporels. Je conseille Voyageur et Uchronie(s), séries BD en 10 tomes découvertes l'an dernier.
Je suis globalement satisfaite : de bonnes lectures, sans excellente surprise toutefois 
- Roma Thermae tomes 1 et 2  LU (non chroniqués car j'attends d'avoir lus les 5)
- Le déchronologue de Stéphane Beauverger   LU
- Sans parler du chien de Connie Willis  LU
- 2065 La ville engloutie de Jean Michel Payet  LU
 Il reste des découvertes potentielles pour les années à venir, hors WTT, notamment en BD (voir en fin d'article)

WWT2
que fait-on / fête-t-on le 21 mars ?

Aujourd'hui, c'est le printemps, ma fête et le bilan du challenge Winter Time Travel session 2 de Lhisbei qui consistait à occuper ses mois d'hiver ingrats en lisant des uchronies.
Habitant l'hémisphère Sud, je vis en saisons inversées, mais cela n'empêche rien : pour la seconde année consécutive je me suis donc concocté un programme de lectures hivernales que je n'ai pas réussi à tenir... pas grave car comme l'an dernier, je vais continuer à lire des uchronies pendant les mois à venir !

J'avais de nouveau choisi une orientation plutôt BD et j'ai pu terminer la lecture de la série Uchronie(s) écrite par
- Eric Corbeyran avec Eric Chabbert, New Byzance, Tibéry, New Harlem et New York déception
Puis j'ai lu la totalité de deux séries : Voyageur et Le monde du garage hermétique :
- Pierre Boisserie et Eric Stalner, Voyageur - Futur - Présent - Passé - Omega demi-teinte
- Moebius, Jean Marc Lofficier et Shanower, Les terres aléatoires  découverte
 Et j'en ai commencé d'autres qui m'ont laissée sur ma faim :
- Jean Pierre Pécau et Léo Pilipovic, Le grand jeu, tome 1 : Ultima Thulé suite prometteuse
 - François Miville-Deschenes (Québec) et Richard-D Nolane, Millénaire, tome 1 : Les chiens de Dieu suite incertaine

Mon best of de cette session du WTT est le roman de :
- Javier Negrete, Alexandre le Grand et les aigles de Rome ♥♥♥♥

Il me reste à chroniquer :
- Jasper Fforde, L'affaire Jane Eyre, tome 1 ♥♥♥
-
Jean Marc Lofficier et Randy Formosa Gil, tome 2 : 20 000 ans sous les mers dont je ne trouve pas les alter ego dans la série : De la Lune à la Terre et Voyage au centre de la lune, respectivement avant et après ♥♥♥

Enfin sont toujours en attente sur mes étagères :
- Poul Anderson, Les croisés du cosmos
- Johan Héliot, La Lune seule le sait
- Rodolphe et Plumail, Citadel et Route des svastikas
Il faudra bien encore plusieurs années de WWT pour que j'arrive au bout de mes listes !

Objectif  un parmi "les dix incontournables" :
- Pavane de Keith ROBERTS   LU
- Orage en Terre de France de Michel Pagel
- Darwinia de Robert Charles Wilson
- La Séparation de Christopher Priest
- Voyage de Stephen BAXTER
- Les conjurés de Florence de Paul J.McAuley   LU
- Tancrède d’Ugo Bellagamba
- Alexandre le Grand et les aigles de Rome de Javier Negrete LU
- Fatherland de Robert Harris
- Le maître du haut château de Philip K.Dick      LC pour le WTT1 en 2011
_
Le complot contre l’Amérique de Pierre Roth
De peur que les ténèbres de L. Sprague De camp
La porte des Mondes de Robert Silverberg
La patrouille du temps de Poul ANDERSON   LU
Les chroniques d'Alvin le faiseur d'Orson Scott CARD
Les démons du Roi Soleil
L'empire de la déraison
L'algèbre des Anges de Gregory J. Keyes
Le seigneurs des Airs de Michael Moorcook
Pages perdues de Paul DI FILIPPO
Pavane au fil du temps de Robert SILVERBERG
Les paradis piégés de Richard CANAL
Le grand livre de Connie WILLIS
La lune seule le sait de Johan HELIOT   LU
Gloriana ou la reine inassouvie de Michael MOORCOCK
L'empire du centurion de Sean MC MULLEN
Cryptonomicon de Neal STEPHENSON
L'empire du Baphonmet de Pierre BARBET
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Objectif bandes dessinées :
D-Day, le jour du désastre et Les mangeurs de vie de Brin David & Hampton Scott
Arrowsmith unité d'élite aérienne de Busiek Kurt, Pacheco Carlos
Ab Oculis de Castaza et Chric
Baal de Cosset J.-M. et Cosset S.
Ministère de l'espace de Ellis Waren et Weston Chris
De la Lune à la Terre, 20000 ans sous les Mers LU et Voyage au centre de la lune
de Lofficier Jean-Marc et Randy, Formosa Gil
   
Les enfants de la Porte de Maltaite Eric et Desberg Serge
Luxley de Mangin V. & Ruizgé F.  
LU pour le WTT1 en 2011
Les Terres aléatoires de Moebius, Lofficier, Bingham   LU
Watchmen (Les Gardiens) de Moore A. & Gibbons D.
Little Boy et Ragnarok Zen de Wacquet Jean et Tollet Karl
Citadel et Route des svastikas  de Rodolphe et Plumail.   
Rex Mundi de Nelson A. & Johnson E.
Millénaire 1, Les chiens de Dieu    LU
12 Septembre
Astonishing X-Men (1995) vol.1
Block 109
Empire (Delcourt)
Grand jeu (Le)    LU 1/2
Jour J   
Nico    LU 1/3
Planet twist
Régulateur (Le) LU

mercredi 20 mars 2013

Lendemains de cendres

Coup de coeur
Challenge Tour du monde 
Destination : Cambodge
Extrait :
Des enfants de cadres khmers rouges disaient : " L'indépendance c'est être responsable de ses actes. Les morts doivent s'enterrer eux-mêmes". 

lendemains de cendres ; cambodge 1979-1993D'origine cambodgienne, Séra (Ing de son nom complet) a dû quitter son pays dans les années 70. Il vit à Paris et a entrepris un travail de mémoire sur l'histoire récente d'un peuple dont l'extermination fut en passe d'aboutir.
 L'eau et la terre raconte la domination des Khmers Rouges sur le Kampuchéa et la chasse aux contre-révolutionnaires (période 1975-1979). Lendemains de cendres poursuit l'entreprise et relate les années de chaos qui ont suivi l'effondrement du régime communiste de Pol Pot et l'entrée des troupes " de libération " vietnamiennes.
Séra a travaillé à partir de documents authentiques et remercie notamment les auteurs de photographies qui l'ont inspiré.  Il intègre dans ses planches des facsimilés de documents (slogans, cartes synthétiques, extraits d’articles de presse et de correspondances, textes explicatifs) permettant de comprendre la complexité des enjeux de pouvoir internationaux pour la domination de l'ensemble indochinois et la volonté hégémonique du Vietnam sur la " plante aux cinq fleurs comprenant Hanoï, Vientiane, Phnom Penh, Bangkok et Singapour ".
En prologue, il ajoute des croquis pris sur le vif, de claires aquarelles réalisées lors de son séjour à Phnom Penh en avril 1993, le mois du dernier convoi de réfugiés en provenance de la frontière thaïlandaise. Les accords de Paris signés deux mois plus tôt ont installé finalement la paix entre les factions, après deux décennies de massacres organisés, de déplacements de population arbitraires, de rapports déshumanisés qui ont laissé de profondes blessures psychologiques dans le pays.
A l'exode forcé des citadins vers les campagnes a succédé l'exil des survivants vers la Thaïlande. « Les Vietnamiens… venus en libérateurs, ils allaient vite devenir des occupants. ». L'album présente le parcours extrêmement dangereux d'un couple de personnages associés fortuitement dans leur fuite hasardeuse vers l'hypothétique liberté que peut leur offrir le passage de la frontière thaïlandaise : Chantréa, une jeune femme instruite rescapée de son exécution et Nhek, le frère d'un partisan farouche des Khmers rouges trahi par les siens.
Lendemains de cendres montre la détresse commune à l'ensemble des rescapés ayant échappé au régime de terreur. Entre exécutions sommaires et représailles, humiliations, privations et traumatismes, fuyant les rizières à l'abandon, la misère et la famine, devançant l'avancée des troupes vietnamiennes, refoulés aux frontières, parqués dans des camps de regroupement d'où les ONG occidentales sont évacuées à la tombée du jour, les civils sont les premières victimes du conflit qui s'éternise. Une préface signée de Bernard Kouchner éclaire l'origine tragique des boat people. 

Plus qu'une BD, cet album m'est apparu comme l'oeuvre d'un artiste ; pour la plupart, chaque planche prise séparément pourrait être un tableau. Le fond du propos et l'intention manifeste d'en faire un réquisitoire, bien qu'évidents, ne m'apparaissent que très secondaires.
Sombres, dans des couleurs obscures, ocre, bistre, ardoise, bronze, les pages mêlent boue, sang et pluie, mais elles sont aussi d'un raffinement et d'une somptueuse beauté. Pour élaborer ses dessins, Séra utilise des techniques combinées : “ je réalise d’abord un dessin au trait, puis je le traite à l’ordinateur. Ensuite j’en fais une épreuve, sur laquelle je reviens en peinture, en matières ou à l’encre de Chine. Après, je scanne à nouveau le dessin, et je le mets en couleurs à l’ordinateur ”.
L'atmosphère rendue est pesante, oppressante et moite, le rythme est lent et le tracé parfois volontairement flouté, à l'image de la chape de plomb qui s'est abattue sur le pays ou de la brume pluvieuse qui règne sur la jungle cambodgienne. 

L'approche visuelle est très personnelle et le parti pris esthétique prédomine. Les cadrages sont variés, surprenants, très cinématographiques : ils donnent à la fois une impression statique et traduisent une grande tension. Les portraits crayonnés sont comme ciselés ; leur force expressive est intense. Les visages expriment la dureté, la tristesse, la résignation, l'épuisement mais aussi, comme celui de Chantréa, la persistance de la douceur, de la beauté et de l'espoir.
Je ne lui trouve pas de défaut, à part une écriture parfois difficile à lire à cause des couleurs ton sur ton et de la petitesse de la police, mais je le comprends car le choc émotionnel provient en premier des images qui prennent le pas sur le texte. Un album à contempler et à méditer, paru chez Delcourt, dans la collection Mirages que je fréquente assidument ces derniers temps.



dimanche 17 mars 2013

Crève-saucisse

D'une séance dédicace Au repaire des héros, avec Marc-Antoine Mathieu (3 secondes) et Simon Hureau, j'ai rapporté le déjà remarqué Crève-saucisse. La couverture et le titre m'ont immédiatement interpelée.
L'histoire pourrait s'intituler La femme du boucher. Tous les ans, Eric et Laurence partent en vacances au camping avec leurs amis Didier et Sandrine. Didier, le boucher, se décrit comme "un petit artisan bedonnant" ; il est tendre et attentif. Mais Sandrine le trahit avec Eric et elle n'a plus goût "au plat de tous les jours". Abattu, Didier trouve dans une BD dont il est grand collectionneur le moyen de mettre un terme définitif à leur liaison. Il monte un plan digne de Machiavel.
Didier est un personnage attachant, en dépit du projet qui prend forme dans son esprit et dont on suit l'évolution puis la réalisation, alors qu'Eric est un personnage veule et antipathique pour lequel je n'ai pas éprouvé de compassion. Sandrine apparaît comme une femme fragile mais aussi inconséquente et très égoïste, face à Laurence, qui au contraire de Didier, reste dans son ignorance naïve et profite sans arrière pensée de leur relation amicale. Des planches réalistes qui rendent bien compte de la vie de tous les jours (par exemple, l'épisode aux abattoirs). Les expressions des corps et des visages sont très bien rendues (ce qui passe par la tête du boucher quand il applique la matraque électrique sur le front du boeuf ou la course de Sandrine sous la pluie après son rendez vous manqué). Les dialogues signés de Pascal Rabaté, sont succulents et truffés de double sens.

Référence bédéphile : La voiture immergée, une aventure de Gil Jourdan par Tillieux
Petit indice : il m'a dessiné en dédicace Le passage du Gois dans le 85

samedi 16 mars 2013

Le déchronologue


Stéphane Beauverger
Grand Prix de l'imaginaire - Roman Francophone - 2010

Au XVIIe siècle, sur la mer des Caraïbes, le capitaine Henri Villon et son équipage de pirates luttent pour préserver leur liberté dans un monde déchiré par d'impitoyables perturbations temporelles, Leur arme: le Déchronologue, un navire dont les canons tirent du temps. Qu'espérait Villon en quittant Port-Margot pour donner la chasse à un galion espagnol ? Mettre la main, peut-être, sur une maravilla, une des merveilles secrètes, si rares, qui apparaissent quelquefois aux abords du Nouveau Monde. Assurément pas croiser l'impensable : un Léviathan de fer glissant dans l'orage, capable de cracher la foudre et d'abattre la mort ! Lorsque des personnages hauts en couleur, au verbe fleuri ou au rugueux parler des îles, croisent objets et intrus venus du futur, un souffle picaresque et original confronte le récit d'aventures maritimes à la science-fiction. De quoi être précipité sur ces rivages lointains où l'Histoire éventrée fait continûment naufrage, où les marins affrontent tous les temps.

Henri Villon, originaire de Nantes comme beaucoup de gens de mer, est le capitaine d'une frégate qui s'attaque dans la mer des Caraïbes, aux galions richement chargés qui retournent des Indes pour remplir les coffres espagnols. Anglais, Français et même Portugais qui n'ont recueilli que les miettes du partage du gigantesque empire précolombien, prétendent à la revanche. Voilà pour l'aspect historique et le style du roman prétend reprendre le modèle du journal de bord, mais bien qu'il y ait le lot attendu de complots, d'alliances, de trahisons et même le récit d'un long emprisonnement dans les geôles de Carthagène, il ne contient finalement que peu d'indications sur ce qu'on s'attendrait à y trouver : longitude, latitude, météorologie, bateaux coulés et prises d'abordage.
Très rapidement, le genre s'incline vers le fantastique, d'abord par les propos du capitaine et les éléments dont il témoigne, mais aussi parce que d'un chapitre à l'autre son bateau change de nom : il y a eu le Chronos, puis le Toujours debout, enfin le Déchronologue, mais ce n'est pas l'ordre dans lequel ils apparaissent dans le roman. Cela pourrait sembler normal que des pirates aient pu perdre un navire et donc en changer, de même que l'équipage se modifie et que les noms du second, du maître artilleur, etc soient différents, cela fait partie des aléas de la mer et au début je n'y ai pas fait vraiment attention. Mais à certains moments, ce n'est pas l'un des bateau auquel je m'attendais et donc j'ai réalisé que le journal mélangeait les périodes dans un ordre non chronologique (les repères figurent dans les têtes de chapitre, mais en fait le "désordre" ne m'a pas perturbée dans la lecture et je n'ai pas eu besoin de ce secours).
Ensuite, de nombreux éléments perturbateurs qui n'appartiennent pas à la vraie Histoire sont insérés dans l'histoire : les Targui, de simples observateurs apparemment, venus du futur et porteurs d'une technologie très avancée, qui ne sont jamais décrits physiquement sauf qu'ils suscitent la haine des humains, les Itza, des Indiens du Yucatan dont le cité de Noj Peten, située sur l'île d'un lac au coeur de la jungle a été visitée mais jamais conquise par les conquistadores, et qui entreprennent la destruction systématique des bases espagnoles dans le Nouveau monde, avec l'aide d'une technologie du futur mise à leur disposition par de mystérieux visiteurs, les Clampins, nouveaux naufrageurs, écumeurs des côtes de Floride qui profitent des perturbations du continuum pour piller tous les bateaux qui passent à proximité de leurs filets temporels, un bateau pirate terrifiant dont l'armement est capable de détruire tout ce qu'il croise et suscite la terreur des marins les plus endurcis : Villon bien sûr qui lui a échappé une première fois mais a constaté de ses yeux sa terrible puissance de feu et Mendoza, son ennemi juré qui est proche de la folie depuis qu'il a pu monter à bord du géant des mers.

Le déchronologue est un récit très prenant, complexe mais néanmoins facile à suivre. Il n'appartient pleinement à aucun genre et c'est ce qui en fait son attrait et son originalité. J'ai toutefois l'impression d'être restée en dehors, je n'ai jamais complètement adhéré à l'histoire déconcertante qui se devine : l'intervention de forces antagonistes pour modifier le passé qui règlent leurs comptes par époque interposée et qui finalement aboutissent à un dérèglement complet du XVIIe siècle, la destruction quasi totale de l'Ancien monde et une anarchie installée partout où les survivants ont peu de chance d'échapper au fléau. Bien qu'assez peu crédible, c'est suffisamment glauque, pour être perturbant et il y a des vérités humaines qui dérangent : l'avidité et les bassesses d'êtres sans foi ni loi qui sont prêts à tirer parti du malheur des autres, la manipulation des différents acteurs, le double-jeu, l'opportunisme, le fanatisme de certains et l'hypocrisie générale.

L'avis de Ptitetrolle et de Julien le naufragé

mercredi 13 mars 2013

Magnum

Je suis triste, la voix de Thomas Magnum n'est plus. Le comédien célèbre pour ses doublages (Han Solo, Hutch... mais aussi Sammy de Scoubidoo) est décédé le 13 mars à l'âge de 82 ans.
Hawaï c'est la série Magnum bien sûr, Higgins et ses chiens, Tom Selleck, dans le rôle du détective privé à la Ferrari rouge avec ses chemises à fleurs, son flegme et la voix inimitable de Francis Lax pour la VF.
Magnum est une série télévisée américaine diffusée entre le 11 décembre 1980 et le 1er mai 1988, soient 161 épisodes de 50 minutes.
50 billets, 50 états
HAWAII (bis)

Voyage aux îles de la Désolation

Les TAAF à l'horizon : évasion australe au programme du week end du dimanche 15 novembre 2009 avec la visite du Marion Dufresne. En escale au Port (La Réunion, Océan indien), le bateau des Terres australes et antarctiques françaises (TAAF) était largement ouvert au public pour la première fois : l'entrée valait bien trois heures de file d'attente sous un soleil zénithal. Le journal de bord de toutes les rotations est en ligne sur le site, accompagné de magnifiques photos pour accompagner le rêve.

Emmanuel Lepage a eu la chance de remplacer au pied levé un voyageur défaillant et d'accompagner son frère François, photogaphe, au cours d'une des rotations du pétrolier ravitailleur. Outre les équipes scientifiques et techniques, le bateau avait à son bord quelques passagers payants, des touristes assez peu ordinaires, une équipe média et plusieurs artistes missionnés par l'Institut Paul Emile Victor, responsable scientifique des TAAF, pour faire connaître les îles et leur travail. Après une navette vers Tromelin,, le Marion Dufresne est descendu vers ses destinations australes pour un voyage écourté en raison des conditions météorologiques défavorables du début du voyage.


Voyage aux îles de la Désolation est le carnet de voyage et l'album souvenir de cette traversée extraordinaire réservé à un petit nombre d'élus chaque année. Il contient à foison des croquis de la vie à bord pris sur le vif , des portraits de l'équipage criant de vérité, mais aussi des animaux arctiques, des aquarelles de paysages réalisées lors des escales et quelques doubles pages magnifiquement lyriques : celle de nuit où le bateau s'éloigne des lumières de Saint Denis par exemple alors qu'il est si malaisé de représenter le noir.
Feuilleter son carnet de voyage, c'est prendre la mer sans risque tant on s'y croirait. Pour moi c'est un peu réaliser une partie du rêve, faire partie du voyage dont j'ai maintes fois rêvé, sans le mal de mer auquel il avoue avoir été sujet.

















A ma première lecture, j'étais curieuse de son témoignage dans le cadre de la bibliographie que je rassemble sur les voyages en terre australe (cf. voir le libellé : voyages aux antipodes). J'y suis revenue pour le plaisir de son talent d'illustrateur qui me rappelle un peu le maître Pierre Joubert, incontournable quand on aime les marines, les grands voiliers et les scènes de mer.
En lecture commune avec Mo' et Val (qui l'a reçu dans le cadre du loto BD) qui ont diversement apprécié le voyage.

dimanche 10 mars 2013

La colère du rhinocéros

Challenge Tour du monde :  Belgique
Challenge Totem

Pour cette nouvelle édition du challenge Livra'deux pour PàL'Addict, mon binôme Benoît67 m'a choisi une thématique " rhinocéros " et parmi ses trois propositions, j'ai lu Christophe Ghislain qui patiente dans ma PàL depuis le swap couleurs " jaune ", soit depuis une bonne année ! 
D'ailleurs, j'avais repéré ce roman de la rentrée littéraire lors de la Finale du Biblioblog 2011. Depuis, il a cumulé les prix.



Présentation de l’éditeur
J’ai roulé doucement vers la sortie du garage, un peu trop ailleurs pour me concentrer sur ce que je faisais. Il y avait Hélène et la puce, mon père, mes espoirs de môme et mes souvenirs d’adulte, le manque de mille autres souvenirs que j’aurais aimé avoir, des cercueils et la peur de mourir, des glaces qui fondent trop vite, du sable dans les yeux, l’amour à la sauvette, le clapotis de l’eau qui cogne contre le matelas gonflable sur lequel on se laisse bercer, des maisons sous la pluie, des phares tragiques et des falaises étonnantes, des tonnes de poissons, des hydravions et des rhinocéros en veux-tu en voilà qui faisaient la bringue dans mon cerveau.
La Colère du rhinocéros est un roman polyphonique porté par une écriture savoureuse, un western poétique et drôle explorant les méandres de vies tombées en morceaux, un questionnement sur le sens de l’existence édifié autour du rêve en ruine d’un vieux fou absent : le père de Gibraltar.

Retrouvez l'interview de l'auteur
Il explique : « Mon roman résonne comme une histoire polyphonique dans laquelle je déroule la vie de trois personnages. Il y a évidemment des parts de moi-même dans chacun d’entre eux, mais celui auquel je m’identifie le plus, c’est Gibraltar. » En effet, dans le roman, Gibraltar pratique l'escalade et dans la vie, quand il n'est pas écrivain, l'auteur est moniteur de varape.

Si c'était un film... Premier plan, sur une route déserte et rectiligne, un corbillard volé se fait emboutir par un rhinocéros. Il faut attendre la dernière séquence, juste avant le générique de fin, pour connaître l'enchaînement de cause à effet qui relie ces deux moments du roman et je vous garantis que ce n'est pas le battement d'aile léger d'un papillon ! 
Dans l'intervalle, le rhinocéros fait des apparitions furtives, parfois accroché sous le triangle d'un deltaplane... Une femmes réfugiée dans un hydravion lance des lignes de pêche à travers les champs de betteraves et attend la marée du siècle. Elle fut la compagne d'Arthur, le père du narrateur principal, et semble persister à vivre dans le rêve fou de cet homme passionné, enthousiasmé par la seule fois où enfant, il a contemplé la mer avec son père, au point d'avoir creusé un bassin en plein désert, amené une plage, construit un phare de ses mains...
Gibraltar, le fils, a fugué de la maison paternelle à 17 ans pour n'y revenir qu'au double de cet âge : il est en proie à une maladie probablement mortelle qui lui ronge les tripes, mais aussi à un doute existentiel causé par l'usure de l'amour que lui porte Hélène, dont il partage la vie et la petite Lucy, le fait qu'il n'a jamais réussi à dépasser la page 2 de son projet de scénario et enchaîne les boulots intérimaires, la disparition inexpliquée de sa mère quand il était enfant, voire la probable responsabilité de son père. 
La fuite semble sa seconde nature : au début du roman, il a quitté Hélène, son amour qui bat de l'aile et un énième travail comme chauffeur de pompes funèbres et il a tracé la route au volant du corbillard de son patron, avec un cercueil dans le coffre. Son errance le ramène à Trois-plaines, son village natal perdu au milieu de nulle part. On y accède par une curieuse route en ligne droite construite par des " Gitans " qui n'en sont pas, mais dont le seul tort aux yeux des autochtones est d'être des étrangers. Faute d'ouvrage et d'argent, ils se sont arrêtés à cet endroit avant d'être récupérés sur le chantier de construction d'Arthur. 
Au côté de Gibraltar, un autre protagoniste fait entendre sa voix, il apparait également comme échoué dans l'histoire sans but ni raison : l'Esquimau, qui n'a pourtant jamais vu le pôle est un géant taciturne sur lequel courent les pires rumeurs. Las de tracer la route, il a souhaité se faire engager pour creuser mais Arthur n'en a pas voulu. En revanche, ils se sont liés par un étrange contrat. 
La dernière voix au chapitre est celle d'Emma. Elle aussi cache des secrets et entretient des liens énigmatiques avec le passé de Gibraltar qui ne se révèlent que petit à petit. La tension est palpable de bout en bout, savamment dosée à coups de surprises : révélations surprenantes et irruption de faits divers d'une extrême violence. Par ailleurs, le récit à trois voix prend parfois les accents d'une étrange et envoûtante poésie. Il trace le  paysage morcelé d'une histoire familiale moitié absurde, moitié cruelle, à reconstruire à travers les témoignages des trois narrateurs.  
Par son retour aux sources, Gibraltar est venu pour trouver des réponses semble-t-il, mais à la première question qu'il pose concernant l'absence de son père, aucun villageois n'est disposé à répondre. Au contraire, on lui fait porter le poids du désaccord de la communauté face aux choix de son original de père et on lui fait sentir qu'il n'est pas le bienvenu. Alors, dans ce décor désertique et caniculaire, il persiste et entreprend d'abord d'escalader, puis de reconstruire pierre à pierre le phare en ruines érigé par son père.

Avec son histoire compliquée et déjantée, Christophe Ghislain crée l'inattendu au milieu de nulle part et invite l'exotisme en plein coeur de la Belgique : pour ce qu'on en sait, Trois-plaines pourrait se situer aussi bien dans le bush australien ou dans le désert du Névada. 
Il signe un road movie immobile, pour lequel, si je devais lui donner une voix, je m'accorderais bien sur celle de Richard Bohringer (dans Diva par exemple).
L'image de couverture m'avait évoquée le film 37°2 de Beineix sur un scénario de Djian et je ne m'étais pas trompée sur le genre d'univers surréaliste auquel il appartient, avec des personnages contemplatifs, un peu rêveurs, un peu inadaptés mais atypiques. Un autre aspect également présent dans ce film et dans le roman, c'est la possibilité de basculer dans la folie - douce ou meurtrière - à tout instant. 
L'entourage de Gibraltar est constitué de beaucoup de femmes, toutes sont des survivantes à leur manière, confrontées à une violence inconcevable, luttant à armes inégales dans un monde d'hommes : Emma, à la jambe estropiée, mais aussi sa grand-mère Annie et les filles du joyeux lupanar qu'elle dirigeait, assassinées par un client éconduit, Gina l'écuyère avant que son cirque disparaisse, devenue pêcheur, Sophie tenancière du snack bar qui ranime les syncopes de son vieux père à coup de sac de frites congelées, la mère violée sous le regard de son mari statufié, la petite fille définitivement anonyme dans le champ de maïs (je ne peux m'empêcher de penser avec un frisson au roman de Sebold, Le sourire de l'ange).

Grand merci à Benoît67 de m'avoir aidée à sortir ce livre de ma PàL ! Je lui avais proposé :
- Mark Haddon : The curious incident of the dog in the night-time
- William Burroughs : Le festin nu
- Franck Tilliez : Gataca
et il a lu Le curieux incident du chien pendant la nuit en VO.

vendredi 8 mars 2013

Elle pleure pas, elle chante

Je profite de cette journée particulière " de la femme " pour écrire un billet sur cet album paru dans la collection Mirages chez Delcourt, la même que Pourquoi j'ai tué Pierre, qui décidément aborde certaines réalités difficiles à évoquer, comme le viol ou l'inceste sur mineurs. Le fait initial est tiré du roman témoignage d'Amélie Sarn. Philippe de Pierpont en a fait un film sorti en juin.
Avec des mots justes et dans un style faussement simple, Eric Corbeyran illustré par Thierry Murat, reprend le long cri de souffrance d'une jeune femme qui prend enfin la parole et qui dès lors, en pleine catharsis, ne s'arrête plus de parler... un peu comme dans La pierre de silence.
Les dessins sont sobres, épurés, cantonné aux demi-teintes, ils font place au texte également lapidaire, la fille reste pudique et digne dans tout ce qu'elle n'a encore jamais dit au père. Evocation évacuation du passé, la force de l'album est toute entière dans les mots : justes, précis, exacts. La pesanteur du récit réaliste se dégonfle au fur et à mesure du récit qu'elle égrène, pour laisser insensiblement place à l'espoir.
Un album dur et beau qui ne trahit rien.
L'histoire oppose une petite fille à l'enfance brisée et un homme brisé suite à un grave accident de la route.
Cadette de deux frères Denis et Rémi, Laura, la trentaine, habite seule à la périphérie d'une grande ville. On perçoit dès les premières pages l'extrême tension qui habite le silence de cette jeune femme solitaire face à l'homme alité, inerte, relié à la vie par des tuyaux. Est-il encore conscient ? Elle ne parvient ni à compatir, ni à haïr totalement, alors elle se libère, sans rien lui épargner de la colère mêlée d'amour qu'elle nourrit à son égard. Vengeance ultime et libératoire d'une fille qui doit réapprendre à vivre, elle lui raconte, au cours des longues veilles qu'elle passe à son chevet, le calvaire de son enfance violée. Son désir de régler ses comptes va engendrer des retrouvailles certes douloureuses avec sa famille mais également lui permettre de se réconcilier avec son passé et avec elle même.
Lu en juillet 2011

dimanche 3 mars 2013

Le petit grumeau illustré


Je suis son blogue Petit précis de grumeautique depuis des années et pourtant je ne connaissais même pas son nom : Nathalie Jomard est illustratrice et son premier album Chroniques d'une apprentie maman est sorti en 2009. Depuis un grumeau bis est venu agrandir la famille et Chat-bouboule a été rejoint par deux autres compagnons à quatre pattes. Cela donne matière à ouvrage : les vignettes me font toujours autant rire et les conseils de Tata Nath sont toujours aussi foireux ! C'est avec grand plaisir que j'ai découvert les planches de l'ère pré-grumeautique (grossesse) et des premiers mois du Grumeau

à découvrir : le lien est dans la colonne de droite ou clic + rapide sans chercher

vendredi 1 mars 2013

Un mot, des titres : histoires de ROIs

Le roi blanc de Davide Toffolo   Coup de coeur
Nfumu Ngui - Flocon de neige - Flor do nieves est une bizarrerie génétique : seul gorille albinos connu au monde, capturé en Afrique équatoriale (alors Guinée espagnole), à l'âge de 2-3 ans à peine, il a vécu 37 ans au zoo de Barcelone dont il constituait une mes attractions majeures. Il a eu plusieurs compagnes et une nombreuse descendance, noire sans aucune exception.
L'auteur entreprend la narration du rapport particulier qu'il a entretenu avec le grand singe durant toutes ces années, ne manquant jamais de lui rendre visite lors de ses passages dans la ville espagnole. Au moment de l'écriture de l'album, il est en quête d'une histoire pour porter le récit de ce vécu, ce questionnement qui le bouleverse à chaque fois qu'il évoque ce cas unique qui n'est pas sans faire fortement penser au chaînon manquant.
Ce roman graphique s'inscrit parfaitement dans l'optique du challenge Tour du monde en huit ans en mode BD voyageuse comme le conçoit Mo' : outre le voyage transcontinental de Flocon de neige, il raconte le voyage de l'auteur à bord d'un ferry entre Gênes et Barcelone, sa rencontre avec Sara une photographe qui devient le premier auditoire de son histoire et le témoin de sa dernière rencontre alors que le primate atteint d'un cancer de la peau, est mourant et le voyage philosophique induit par la similarité entre l'homme et l'animal, que tous les visiteurs n'ont pu manquer de découvrir avec stupeur.


Le roi cyclope d'Isabelle Dethan 
C'est un vrai roi noir que celui là, un magicien maléfique de la pire espèce, dont le regard envieux semble capable de flétrir tout ce qu'il effleure : jeunesse, beauté, innocence... Une légende en trois actes

tome 1 : Le puits aux morts
Manipulé par un sinistre magicien, le vieux roi de Lycènes a fait tuer ses sept fils afin de ne pas avoir à leur céder le trône. L'un deux, cependant, a pu échapper au massacre : grâce aux nécrophages du Puits aux morts, il rejoint le jardin légendaire de Pareïza, où tout se régénère. Mais sa présence attire le sorcier, qui cherchait ce lieu pour en absorber la puissance.
tome 2 : Les sept frères
Nouveau maître absolu du royaume de Belderan, le Marquis, servi par son armée des ombres, fait régner le chaos et la terreur. Thalès, le septième fils du roi déchu, est devenu un voyant réputé et découvre l'unique faiblesse du tyran : l'amour secret qu'il éprouve pour une jeune saltimbanque.
tome 3 : Griselda
Rongé par l'amour fou qu'il voue à la jeune femme, le sinistre Marquis s'est affaibli. Le piège imaginé par le Roi Cyclope a fonctionné. Une ultime bataille doit lui permettre de renverser le tyran... Mais un amoureux déçu peut se révéler le plus dangereux des hommes.


D'Isabelle Dethan  j'ai lu également Eva aux mains bleues, une BD intimiste, toute en douceur, où se croisent trois générations de femmes et leur connivence en dépit de secrets, d'espoirs et d'attitudes face à la vie très différents.

Le roi vert d'après Paul Loup Sulitzer
Un trait classique  pour illustrer cette série BD en 5 tomes qui s'appuie, sans s'en éloigner beaucoup, sur le roman de Paul Loup Sulitzer tel qu'en mon souvenir.  Le roi vert est: un conte de fée moderne, altruiste et écologiste, une merveilleuse épopée romanesque comme il sait les écrire, même si par ailleurs, sur la quantité, il a aussi écrit des textes plus insipides, un thriller économique tout juste assez incroyable pour donner envie d'y croire.


Mauthausen, 5 mai 1945.
Un américain découvre dans une fosse, au milieu des cadavres, un homme... vivant ! Son nom est Reb Michael Klimrod. Il a 17 ans. On l'appellera Le Roi Vert. Une épopée a commencé. Terroriste en Israël, justicier à Buenos Aires, spéculateur génial... Son histoire est aussi celle d'un amour fou, d'un génie infatigable, d'un idéal. C'est la mise en place d'une fantastique et secrète organisation : près de 2000 sociétés, l'or, le pétrole... et surtout "les hommes du roi" qui achètent, vendent, brassent des milliards pour son compte.
New York, 5 mai 1980.
Entouré d'Indiens d'Amazonie, Reb Michael Klimrod pénètre dans le bâtiment des Nations Unies...