Catégorie Suspense 2/3
Présenté dans la catégorie Suspense, ce roman à intrigue appartient au
sous-genre, sous réserve qu'il existe, policier humoristique !
Dans l’enceinte d’un zoo en faillite voué à une reconversion en centre
de loisirs, un des repreneurs chargés de fermer le site est retrouvé
assassiné. Un commissaire – qui souffre d’une homonymie fâcheuse avec un
célèbre policier belge – mène l'enquête, aidé en cela par un médecin
légiste déjanté et un inspecteur aussi dévoué qu'inefficace. L'autopsie
aboutit à un premier constat improbable : c’est un éléphant qui aurait
fait le coup ! Ou un ours… ou peut-être bien les deux ? Mais ce n'est
qu'un début, un second cadavre fait bientôt son apparition, puis un
troisième... Dans cette jungle urbaine, tout le monde se retrouve dans
le collimateur du commissaire : Nestor, le soigneur du zoo, son frère
Pollux, bohème notoire et joueur endetté, le directeur du zoo idéaliste
alcoolo, l'ambitieux sous-directeur, les membres du conseil
d’administration, Joséphine la femme de service, sorcière à ses heures,
et Ginette, la caissière, qui se prépare à une nouvelle invasion
teutonne... Immergé dans un univers où les plus dangereux prédateurs ne
sont pas forcément ceux que l'on croit, le policier patauge et
l'enquête piétine. Ajoutez à cela des vautours rigolards, un
orang-outan amateur d’équations différentielles, un lama psychopathe,
un tigre végétarien, un couple de dendrobates (NdT : grenouilles), sans oublier la fameuse
"zygène", et vous obtiendrez un roman dé-zoo-pilant...
Exemple de dialogue à l'humour étrange :
- Mais le chef a dit de tout faire pour le prendre vivant.
-
Il en a de bonnes, le chef ! Tu as vu dans quel état on a retrouvé les
victimes ? Et puis quand le chef dit qu'il faut le prendre vivant, il
parle surtout de nous.
- Comment cela de nous ?
- Oui, il faut que NOUS on reste vivants pour le prendre, c'est ça que ça veut dire " prendre vivant ".
Si comme moi, vous vous demandez ce
qui a bien pu inspirer son titre à l'auteur, Salvador Ricardo, vous
aurez la réponse avec un peu de patience à un bon tiers du roman. Pour
les moins courageux, voilà une image de la zygène de la spirée ou zygène
de la filipendule (Zygaena filipendulae). C'est un papillon diurne rouge et noir, assez commun et apparenté aux papillons de nuit.
Le
ton est donné, du moins pour un des aspects de l'histoire. On y
rencontre une palette d'animaux parfaitement originaux, certains
attachants, d'autres plus rébarbatifs, certains très surprenants :
Albert-Albert l'orang-outan trop intelligent même pour un singe, Shere
Kan son copain le vieux tigre qui ne ferait plus de mal à une mouche,
mais offre encore de belles frayeurs à l'équipage de bureaucrates aussi
prétentieux que nuisibles qui entoure la sous-préfète Mme Lapaud-de
Loursse, un lama caractériel qui crache plus vite que son ombre, un
couple de vautours dignes des meilleurs westerns... Grâce au savoir
encyclopédique de Nestor, le soigneur du zoo, intarissable sur le sujet
dès qu'il s'agit de ses protégés, j'ai appris de ses discussions avec
le commissaire Jules Maigret (pas d'erreur, toute ressemblance avec un
personnage imaginaire existant est parfaitement volontaire), quantité de
choses qui m'ont bien intéressée sur le comportement animal, pas si
empreint de bienveillance naturelle et éloigné des déviances humaines
que cela.
J'ai moins aimé
les hommes et femmes de l'histoire, leurs intrigues et leurs défauts paroxysmiques, caricaturaux, outranciers :
Pollux, le revers de la médaille de Nestor, aussi veule, fainéant et vulgaire, que
son frère est dévoué, travailleur et fiable, sa récente
petite amie la galliériste arriviste, qui passe le temps de ses
apparitions à boire ou à vomir, le groupuscule de personnalités véreuses
aux noms aussi tirés par les cheveux que leurs fonctions, qui
complotent et intriguent pour retirer le maximum d'argent mal gagné de
leur projet de démolition-réhabilitation du zoo, le vétérinaire
taxidermiste et trafiquant d'espèces protégées.
En
dépit d'une histoire plutôt plaisante et d'une plume agréable (si je ne
tiens pas compte des jeux de mots complètement creux et de l'humour
potache de certaines scènes) je dois dire que je me suis ennuyée à la
lecture de roman à suspense, ce qui à mes yeux est le défaut le plus
grave qui puisse porter atteinte à ce genre littéraire. Dans les cent
dernières pages, le récit s'accélère, il faut dire que le paysage s'est
singulièrement dégagé puisque le plupart des protagonistes se sont fait
proprement occire, ce qui simplifie une scène fâcheusement encombré de
personnages difficiles à démêler. Sentant le dénouement proche, j'ai
pris plaisir à tourner les pages et la résolution du commissaire
Maigret, qui reprend un schéma bien classique et traditionnel dans la
littérature policière, ne m'a pas déçue.


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