jeudi 28 mars 2013

La zygène de la filipendule

Coup de coeur 2013
Catégorie Suspense 2/3


Présenté dans la catégorie Suspense, ce roman à intrigue appartient au sous-genre, sous réserve qu'il existe, policier humoristique  !

Résumé éditeur :
Dans l’enceinte d’un zoo en faillite voué à une reconversion en centre de loisirs, un des repreneurs chargés de fermer le site est retrouvé assassiné. Un commissaire – qui souffre d’une homonymie fâcheuse avec un célèbre policier belge – mène l'enquête, aidé en cela par un médecin légiste déjanté et un inspecteur aussi dévoué qu'inefficace. L'autopsie aboutit à un premier constat improbable : c’est un éléphant qui aurait fait le coup ! Ou un ours… ou peut-être bien les deux ? Mais ce n'est qu'un début, un second cadavre fait bientôt son apparition, puis un troisième... Dans cette jungle urbaine, tout le monde se retrouve dans le collimateur du commissaire : Nestor, le soigneur du zoo, son frère Pollux, bohème notoire et joueur endetté, le directeur du zoo idéaliste alcoolo, l'ambitieux sous-directeur, les membres du conseil d’administration, Joséphine la femme de service, sorcière à ses heures, et Ginette, la caissière, qui se prépare à une nouvelle invasion teutonne... Immergé dans un univers où les plus dangereux prédateurs ne sont pas forcément ceux que l'on croit, le policier patauge et l'enquête piétine. Ajoutez à cela des vautours rigolards, un orang-outan amateur d’équations différentielles, un lama psychopathe, un tigre végétarien, un couple de dendrobates (NdT : grenouilles), sans oublier la fameuse "zygène", et vous obtiendrez un roman dé-zoo-pilant...

Exemple de dialogue à l'humour étrange :
- Mais le chef a dit de tout faire pour le prendre vivant.
- Il en a de bonnes, le chef ! Tu as vu dans quel état on a retrouvé les victimes ? Et puis quand le chef dit qu'il faut le prendre vivant, il parle surtout de nous.
- Comment cela de nous ?
- Oui, il faut que NOUS on reste vivants pour le prendre, c'est ça que ça veut dire " prendre vivant ".

Si comme moi, vous vous demandez ce qui a bien pu inspirer son titre à l'auteur, Salvador Ricardo, vous aurez la réponse avec un peu de patience à un bon tiers du roman. Pour les moins courageux, voilà une image de la zygène de la spirée ou zygène de la filipendule (Zygaena filipendulae). C'est un papillon diurne rouge et noir, assez commun et apparenté aux papillons de nuit.

Le ton est donné, du moins pour un des aspects de l'histoire. On y rencontre une palette d'animaux parfaitement originaux, certains attachants, d'autres plus rébarbatifs, certains très surprenants : Albert-Albert l'orang-outan trop intelligent même pour un singe, Shere Kan son copain le vieux tigre qui ne ferait plus de mal à une mouche, mais offre encore de belles frayeurs à l'équipage de bureaucrates aussi prétentieux que nuisibles qui entoure la sous-préfète Mme Lapaud-de Loursse, un lama caractériel qui crache plus vite que son ombre, un couple de vautours dignes des meilleurs westerns... Grâce au savoir encyclopédique de Nestor, le soigneur du zoo, intarissable sur le sujet dès qu'il s'agit de ses protégés, j'ai appris de ses discussions avec le commissaire Jules Maigret (pas d'erreur, toute ressemblance avec un personnage imaginaire existant est parfaitement volontaire), quantité de choses qui  m'ont bien intéressée sur le comportement animal, pas si empreint de bienveillance naturelle et éloigné des déviances humaines que cela.
J'ai moins aimé les hommes et femmes de l'histoire, leurs intrigues et leurs défauts paroxysmiques, caricaturaux, outranciers : Pollux, le revers de la médaille de Nestor, aussi veule, fainéant et vulgaire, que son frère est dévoué, travailleur et fiable, sa récente petite amie la galliériste arriviste, qui passe le temps de ses apparitions à boire ou à vomir, le groupuscule de personnalités véreuses aux noms aussi tirés par les cheveux que leurs fonctions, qui complotent et intriguent pour retirer le maximum d'argent mal gagné de leur projet de démolition-réhabilitation du zoo, le vétérinaire taxidermiste et trafiquant d'espèces protégées.
En dépit d'une histoire plutôt plaisante et d'une plume agréable (si je ne tiens pas compte des jeux de mots complètement creux et de l'humour potache de certaines scènes) je dois dire que je me suis ennuyée à la lecture de roman à suspense, ce qui à mes yeux est le défaut le plus grave qui puisse porter atteinte à ce genre littéraire. Dans les cent dernières pages, le récit s'accélère, il faut dire que le paysage s'est singulièrement dégagé puisque le plupart des protagonistes se sont fait proprement occire, ce qui simplifie une scène fâcheusement encombré de personnages difficiles à démêler. Sentant le dénouement proche, j'ai pris plaisir à tourner les pages et la résolution du commissaire Maigret, qui reprend un schéma bien classique et traditionnel dans la littérature policière, ne m'a pas déçue.

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