Avec des mots justes et dans un style faussement simple, Eric Corbeyran illustré par Thierry Murat, reprend le long cri de souffrance d'une jeune femme qui prend enfin la parole et qui dès lors, en pleine catharsis, ne s'arrête plus de parler... un peu comme dans La pierre de silence.
Les dessins sont sobres, épurés, cantonné aux demi-teintes, ils font place au texte également lapidaire, la fille reste pudique et digne dans tout ce qu'elle n'a encore jamais dit au père. Evocation évacuation du passé, la force de l'album est toute entière dans les mots : justes, précis, exacts. La pesanteur du récit réaliste se dégonfle au fur et à mesure du récit qu'elle égrène, pour laisser insensiblement place à l'espoir.
Un album dur et beau qui ne trahit rien.
L'histoire oppose une petite fille à l'enfance brisée
et un homme brisé suite à un grave accident de la route.
Cadette
de deux frères Denis et Rémi, Laura, la trentaine, habite seule à la périphérie d'une grande
ville. On perçoit dès les premières pages l'extrême tension qui habite le
silence de cette jeune femme solitaire face à l'homme alité, inerte, relié à la vie par des tuyaux. Est-il encore conscient ? Elle ne parvient ni à compatir, ni à haïr totalement,
alors elle se libère, sans rien lui épargner de la colère mêlée d'amour
qu'elle nourrit à son égard. Vengeance ultime et
libératoire d'une fille qui doit réapprendre à vivre, elle lui
raconte, au cours des longues veilles qu'elle passe à son chevet, le calvaire de son enfance violée. Son désir de régler ses comptes va engendrer des
retrouvailles certes douloureuses avec sa famille mais également lui
permettre de se réconcilier avec son passé et avec elle même.Lu en juillet 2011
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